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La Corée se qualifie à onze contre neuf

SURLERING.COM - FRANCE - par Thibaut Kaeser - le 14/06/2002 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

magazine lidealiste

Luis Figo l'avait annoncé avant le coup d'envoi de ce match capital : la rencontre d'Incheon entre le Portugal et la Corée du Sud est un peu un seizième de finale – ce qu'elle fut. L'international portugais, rouage émérite du Real Madrid, habitué des grandes compétitions, avait vu juste. L'enjeu était de taille, décisif, et le calcul ne servait (presque) à rien. Une victoire signifiait un ticket assuré pour les huitièmes. Un nul aurait aussi suffit à la qualification du Portugal (en seul cas de défaite des USA face à la Pologne) et les rouges et verts de Antonio Oliveira ont longtemps caressé cette option, peut-être trop ; mais le sport est ce qu'il est, imprévisible.

Leur défaite a précipité ces outsiders de talent vers la sortie d'un Mondial décidément pas au bout de ses surprises, et ceci après l'élimination de la France et de l'Argentine. Enorme.

Un match aux allures de seizièmes de finale


Qui l'eût crû, pronostiqué, espéré il y a deux semaines ? Pas grand monde, sauf peut-être ceux qui ont pris la mesure de la qualité et des progrès du jeu sud-coréen en match amical contre la France ; ceux, surtout, qui pressentaient, pour l'avoir simplement constaté, l'essor remarquable – tout à fait mérité – du football asiatique, avec lequel les grandes formations mondiales devront désormais composer (voir aussi l'évidente et belle qualification du Japon). C'est tant mieux pour le foot qui s'enrichit d'un football " émergent ", ouvert, engageant, plaisant. Une véritable bouffée d'air frais au sein d'un sport qui laisse de moins en moins de place aux " petites " formations. Une surprise qui n'est de plus en rien volée. Au contraire.

Le Portugal méritait-il pour autant de faire les frais de ce changement notoire ? Non, pas vraiment, mais les résultats sont là. Et c'est bien la seule logique de ce sport impitoyable. La Corée du Sud continue tandis que son adversaire défait rentre à la maison, à l'image de l'entraîneur Antonio Oliveira, quittant le stade sur ses béquilles.

Une première mi-temps très rythmée, plutôt équilibrée


La rencontre a commencé sur un rythme incroyable, de très haut niveau, que l'on pouvait attendre des deux formations en présence. Sans répit, en effet, les Sud Coréens ont imprimé leur marque. Leur jeu tout de vivacité, de vélocité, de technique et de solidarité collective, a imprimé son ascendant dès le début du match. Rien d'écrasant ni de décisif, pour autant. Le Portugal, plus prudent, plus tendu, mais pas tétanisé, répondit avec ses arguments, notamment tactiques ; son (re)positionnement fut remarquable.

La Corée domina territorialement, quand bien même le jeu demeura équilibré. Les occasions des protégés de Guus Hiddink (3ème minute, Y.P. Lee ; 18ème, S.C Yoo) ne donnèrent ainsi pas l'impression que la partie basculait. Quant à l'attaque portugaise, elle ne se présenta pas sous son jour le plus offensif, se procurant de fait moins d'occasions que son adversaire. Un (son) symbole ? Figo, neutralisé par un très, très bon C.G. Song qui lui fît perdre l'écrasante majorité de ses duels.

Léger ascendant sud-coréen


Le secret du match ne résidait pas pour autant dans cet affrontement, mais dans l'expulsion de Joao Pinto, à la 26ème minute, pour avoir séché J.S. Park. Rien à redire à la sanction de l'arbitre argentin Angel Sanchez. Le verdict est correct, bien que douloureux pour le Portugal. Ce dernier encaisse de suite, à la trentième minute, un but de Seol, annulé pour faute de Choi. Un répit pour le Portugal qui, ensuite, apaise intelligemment, voire casse le jeu durant les quinze dernières minutes d'une bonne première mi-temps finalement équilibrée, d'un rang international, mais augurant d'une suite agitée, voire bouleversée.

A la pause, le Portugal est qualifié du fait de la défaite provisoire des Etats-Unis face à la Pologne (2-0). Mais il reste quarante-cinq minutes et dès la rentrée des équipes sur le terrain, dans un stade entièrement couvert de rouge, flamboyant de 50239 spectateurs enthousiastes (plus la moindre place de libre), les Sud-Coréens commencent à faire la différence. Le magnifique Seol d'abord (46ème), en tirant à raz du poteau. Puis, dix minutes après, la tête de Yoo, dangereuse, précise les affaires d'une équipe enhardie et devant laquelle le Portugal peine désormais à se regrouper.

Pourtant, cette dernière ne plie pas, elle a du répondant. Malgré tout. La magnifique tête décroisée et plongeante du talentueux attaquant Pauleta (le plus incisif portugais) à la 61ème minute donne des frissons. Rien n'est donc joué, même à 10 contre 11. Mais…

Les Portugais réduits à neuf


Mais que faire de plus quand une autre expulsion (encore une fois méritée et sans appel, malgré la colère du banc portugais), celle de Beto suite à un second carton jaune, frappe le Portugal, réduit à neuf comme une peau de chagrin ? Résister, se regrouper héroïquement? Faire comme on peut, plutôt. La réponse cruelle de réalisme - mais cette fois-ci aussi de brio - viendra du magnifique but de Ji Sung Park (70ème), un joueur dont on ne dira jamais assez de bien : amorti orienté de la poitrine suite à un centre venu du côté gauche (travaillé comme il le fallait par les Sud-Coréens depuis un certain temps), feinte de frappe et shoot entre les jambes de Victor Baia, battu, à terre.

Dès lors condamnés à l'exploit, les Portugais tentèrent le tout pour le tout, se dégarnissant largement sur leurs arrières. A trois reprises : l'occasion flagrante de Nuno Gomez à la 85ème minute, trébuchant, amer ; le poteau de Sergio Conceiçao, suite à une frappe pure à la 88ème ; puis une dernière tentative du même homme quatre minutes plus tard. Rien n'y fît, d'autant plus que le gardien Baia sauva ses buts à plusieurs reprises avec le force du désespoir. La Corée du Sud aurait pu finalement l'emporter trois ou quatre à zéro (contres de Seol, J.M. Han…), mais un seul but a suffit pour précipiter dans le néant les espérances portugaises.

Une Corée du Sud vive et méritante


Un Portugal qui aura manqué de chances, mais qui ne peut s'en prendre qu'à lui-même en raison des fautes grossières qu'il a commis (deux expulsions dans un pareil match !) et qui ont fortement amoindri ses chances. Un Portugal de talent qui doit plutôt regretter les vingt premières minutes désastreuses de son match contre les Etats-Unis. Des minutes qui pèsent lourdement dans la balance finale, tout comme le manque de maturité dans la conservation d'un match nul face à une Corée du Sud méritante, talentueuse, souvent virevoltante, d'une technicité fluide et percutante, qui n'a rien d'un David redevable de sa victoire à la seule amputation de Goliath - le match n'était pas tronqué, et ceci dès le début.

Cette dernière se heurtera donc à la réaliste Italie mardi prochain à Daejon (13h30 heure française), tandis que les surprenants Etats-Unis (eux aussi en progression mais moins nettement que les Coréens), finalement qualifiés malgré leur défaire 3 à 1 contre une Pologne très décevante, rencontreront le Mexique lundi 17 juin (8h30 heure française) à Jeonju. Pour de nouvelles surprises ? Ou " surprises " ...

Thibaut Kaeser



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Thibaut Kaeser par Thibaut Kaeser

Editorialiste, écrivain

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