La Chute des Cieux [extrait IV Métacortex]SURLERING.COM - FICTIONS - par Maurice G. Dantec - le 11/06/2010 - 8 réactions -
quatrième extrait de Métacortex, Liber Mundi II, Maurice G.
Dantec
Commander Métacortex sur Amazon Copyright Maurice G. Dantec / Editions Albin Michel, 2010. Des dizaines d’avions dans une pluie de métal auréolée de gaz et de débris de toutes sortes, des morceaux de corps, de fuselages, des ailes entières, des tonnes de kérosène s’abattirent un peu partout sur le mont Wright et les régions avoisinantes. Ils aperçurent plusieurs foyers d’incendie qui éclataient simultanément dans la ville de Fermont et ses proches environs.Leurs corps enroulés l’un dans l’autre : deux boas constrictor cherchant à se dévorer. Ils reçurent quelques fines ondées à l’odeur de pétrole, ils entendirent des débris de toutes sortes se fracasser dans les collines rocailleuses alentours, ils virent la montagne s’illuminer d’une myriade de braseros orange. C’était juste le nouvel ordre du monde. Elle s’était blottie contre lui, la nuit était étonnamment chaude. Mais il savait que la source de chaleur principale était endotherme, ils étaient deux petits mammifères nocturnes qui avaient vaincu les sauriens, juste avant de se connaître mutuellement, et juste au moment où le grand astéroïde allait mettre à peu près tout le monde d’accord. Son regard se logeait naturellement au zénith, à la périphérie de sa vision c’est la peau ivoirine luisante de sueur d’Ariane McDowell, ses yeux feu, ses lèvres ourlées sur le cristal de ses dents, cette flamme de vie qui occupait tout l’espace disponible. Il fut surpris de constater à quel point toute authentique forme de Beauté convolait surnaturellement avec l’Invisible. Puis il commença à voir ce qu’il attendait. La Chute des Avions n’avait été qu’un préliminaire, bien entendu. Maintenant, l’ensemble des cieux humains tomberait sur la Terre. Les premières étoiles se mirent en mouvement dans l’anneau galactique. – Je dois m’occuper de Voronine, les voitures ne fonctionnent plus, je ne veux pas qu’il pourrisse dans la Chevrolet, je le ramènerai sur le cirque, avec tous les sacrifiés. Elle ne posa aucune question, elle se releva avec lui et le fixa de son regard fauve. Il serra ses mains autour de sa taille et l’embrassa, comme il ne l’avait jamais fait avec une autre femme, c’est-à-dire ces relations d’une nuit ou d’une semaine qui avaient traversé sa vie comme des courants d’air. Le cirque de ferrite était désormais le théâtre d’une intense activité nocturne. Verlande et McDowell observèrent les quelques débris métalliques tombés du ciel qui parsemaient la vaste étendue circulaire, entre des flaques de kérosène enflammé qui éclairaient la scène de leur feu vacillant. Sous la vigilance des chiens fantômes, des hordes de mammifères et d’insectes transgéniques ou bioniques s’affairaient, avec une précision plus cybernétique encore que celles des robots, à excaver les fosses souterraines, remonter les restes humains à la surface et reconstituer les squelettes. La cognition immédiate vint saturer son cerveau de chiffres. Une soixantaine de chiens fantômes SS. Plusieurs milliers de mammifères appartenant à de multiples néo-variétés. Des dizaines de milliers d’insectes, de vers, de reptiles mutants, bioniques, cyborgs. Des centaines d’oiseaux militarisés. Des dizaines d’êtres vivants entièrement nouveaux, des chimères rétro-engineerées, des créatures clonées, des animaux fabriqués en laboratoire. Ils ne formaient pas une entité intelligente collective, sans plus moindre singularité, comme les robots. Ils étaient un réseau de singularités, les mammifères tout particulièrement, qui dirigeaient de fait les opérations. Les squelettes étaient patiemment reconstitués et alignés le long des grands anneaux du cirque de ferrite. Verlande pouvait voir distinctement les carcasses et les ossements sous la lumière froide de l’astre lunaire, plein, rond, globe de lumière tamisée de cristal. Sinerzcki avait fait creusé 333 cellules dans la mine souterraine. Une bonne centaine avait été régulièrement utilisée, une soixantaine d’autres plus rarement et plus récemment, les dernières comme salles de service. La WonderLife avait bien planifié son expansion. Très vite, les chiffres commencèrent à prendre une forme, si ce n’était un sens : en une heure, plus de trois cents squelettes avaient été exhumés par les puits d’accès, le réseau néo-animal avait atteint sa vitesse de croisière, et Verlande savait qu’ils n’avaient pas accompli la moitié du travail. Ils se tenaient aux abords du cirque, marchant très lentement autour de la Maison Cosworth, Parthénon infernal qui se dressait au sommet de son piton rocheux, sous les rayons presque bleus de la Lune. Il leva la tête vers le ciel, oui, c’était en cours, c’était encore à peine visible, tout juste discernable dans l’infinité du cosmos, mais le mouvement était amorcé, et une fois amorcé non seulement rien ne pourrait l’arrêter, mais rien ne pourrait l’empêcher d’accélérer. Le hayon de la Chevrolet était resté ouvert, il regarda calmement le corps de Voronine étendu sur la plate-forme arrière, il l’enroula dans une couverture de l’armée qui traînait dans un coin puis le hissa sur son épaule droite et se mit en marche sans rien dire. Ariane McDowell se tint constamment à ses côtés, son souffle lui parvenait parfois, avec les fragrances d’un parfum féminin. Mais le Métacortex ne cessait d’opérer, il ne cessait de connaître, il ne cessait d’encoder le cosmos en lui. Lui aussi, il ne cessait d’accélérer. La guerre n’est plus seulement la forme pensable, et pensée, du Monde, elle devient la seule forme pensée, et pensable, tout court, les ondes EMP venues de l’espace avaient coupé l’alimentation générale de la planète Terre. Puis le monde plongé dans l’obscurité assista à sa propre Chute. La Première Chute de l’Homme avait entraîné celle de la Création cosmique divine. La seconde allait mettre à bas le Cosmos qu’il s’était inventé. Ce fut d’une beauté pratiquement indescriptible. Et ce fut activement mortel. Dieu avait promis qu’aucun autre Déluge ne submergerait le monde. Sa Promesse s’arrêtait là, il n’avait rien promis concernant le chaos engendré par les hommes, et il n’avait rien promis concernant ce qu’ils avaient fait du ciel. C’était la Voie Lactée elle-même qui se mettait à se mouvoir. Elle ne pourra pas ne pas le remarquer plus longtemps. Partout, d’un horizon à l’autre, des étoiles apparemment fixes entamaient des mouvements divers, giratoires, transversaux, obliques, sinusoïdaux, elles étaient plus brillantes et plus nombreuses d’une seconde à l’autre, leurs déplacements se faisaient plus erratiques d’une seconde à l’autre, des nuées orange les accompagnaient, plus vives d’une seconde à l’autre. Ariane leva la tête à son tour. Elle observa, fascinée, la Voie Lactée qui se désagrégeait en une pluie lumineuse. Elle garda le silence un long moment avant de demander d’une voix frêle : – La Galaxie ? Verlande se tourna vers elle, imperturbable. – Nul besoin de toute la Voie Lactée pour finir le travail. Il y a près de 100, 000 objets de tailles diverses qui n’attendent que cela, jusqu’à deux mille kilomètres de distance. – Les astéroïdes ? Le sourire de Verlande se tendit sur ses zygomatiques, oh, il y aurait peut-être bien quelques morceaux de rocaille orbitale qui accompagneraient la chute du ciel, et ils provoqueraient sans doute leur lot de catastrophes locales, mais la catastrophe, la vraie, celle qui allait marquer d’acier et de feu la prochaine étape évolutionniste, serait évidemment l’œuvre de l’homme lui-même. Il suffisait d’attendre un peu. Alors le ciel s’embrasa, quasiment d’un seul coup, une irradiation pulvérulente prit possession de la Voie Lactée, des sphères blanches, jaunes, orange, rouges, auréolées de nuées solaires se croisaient, grandissaient à vue d’œil, traversaient la voûte céleste d’un bout à l’autre, formaient des essaims lumineux, et parfois allaient s’écraser les unes contre les autres dans un jaillissement de déflagrations. Elle a compris, se dit Verlande. – Tout ne pouvait finir que par la chute de nos propres cieux, se contenta-t-il d’énoncer. – Et par la mise à jour de nos enfers, répondit-elle en passant une main autour de sa hanche pour se blottir à ses côtés. Insensibles au danger venu du ciel dont ils étaient le contre-reflet tellurique, les hordes néo-animales poursuivaient inlassablement leur travail. Les chiffres étaient désormais d’une clarté absolue : les restes de près de six cents humains avaient été exhumés du souterrain, plusieurs milliers de satellites artificiels, en service ou abandonnés, traversaient les hautes couches de l’atmosphère, accompagnés d’une myriade de débris co-orbitants. Les télescopes orbitaux et les diverses stations spatiales furent frappés comme les autres par les ondes EMP, et rapidement happés par la meute silencieuse qui fusait à 28 000 kilomètres-heure, hommes, machines, débris, tout cela ne forma plus qu’un seul amas de matière ardente qui éclaira bientôt toute la ionosphère. Le ciel devint blanc-rose, parcouru de vibrations lumineuses spectrales, analogues à une aurore boréale. Alors survinrent les premiers météores. Quelques boules de feu en avant-garde disloquée, puis la conflagration initiale, ces centaines de sphères éclatantes d’une lumière poudreuse, se séparant brutalement en plusieurs morceaux en fusant de toutes parts, avant d’exploser de nouveau, en des nuées aux reflets chromés par la Lune. Ils se tenaient à mi-chemin de la Maison Cosworth et de la lisière de la forêt, aux limites du premier anneau minier. Ils se tenaient debout, serrés l’un contre l’autre, tête levée vers le ciel qui devenait une immense coupole aurifère. Ils se tenaient debout sous le dernier monde humain qui s’effondrait. À la différence des avions qui tombèrent d’une altitude maximale de 10 000 ou 15 000 mètres, les satellites et leur cohorte de débris provenaient de l’orbite terrestre, 450 kilomètres minimum, en dehors de la couche atmosphérique, à la vitesse moyenne d’environ 30 000 kilomètres-heure. À la place de blocs entiers d’appareils ce fut une ceinture de poussière métallique enflammée qui prit peu à peu possession du ciel, alors que les débris plus importants fusaient en longues traces pyriques vers le sol où Verlande et McDowell pouvaient déjà apercevoir la signature des premiers impacts. Ils se tenaient debout, serrés l’un contre l’autre, ne faisant pas un mais parfaitement conscients de la présence de l’autre, de son altérité fondamentale, qui seule permet cette cognition absolue que les humains nomment « amour ». Ils n’étaient pas seuls au milieu des fulgurances qui tombaient du ciel, ils n’étaient pas seuls au milieu du cirque de ferrite où les animaux désincarcéraient les enfants morts de leurs tombeaux souterrains, ils n’étaient pas seuls alors que les premiers nuages de poussière incandescente venaient créer plus d’incendies encore que les aéronefs en perdition, la forêt prenait feu à l’horizon, tout autour d’eux, ils ne sont pas seuls, ils sont avec les centaines d’enfants morts alignés sur les anneaux de ferrite, ils sont avec les astronautes désintégrés dans la haute atmosphère, ils sont avec chacun des satellites dont la Chute n’annonce pas seulement celle de l’homme, mais aussi sa possible restauration. Le ciel est devenu mauve, bronze, argent, or, turquoise, émeraude, diamant. C’est la seconde conflagration, la masse principale de l’anneau orbital qui vient s’écraser contre le monde. Les averses de feu sillonnent l’espace nocturne, de fulgurants brasiers prennent naissance sur la rocaille avant de s’éteindre aussi vite. Les chiens SS, formés à la guerre, et les néo-animaux, adaptés à la nouvelle nature, évitent avec précision les ondées de poudre enflammée et les incendies temporaires qui ne cessent de clignoter à la surface du cirque. Verlande sait que le Métacortex est le feu le plus intense qui puisse exister, et c’est par le feu qu’on arrête le feu. C’est comme s’il devenait lui-même l’axe giratoire de la planète, tout tournerait autour d’eux, désormais. Plus rien, pas même la destruction du monde humain ne revêtirait la moindre importance à ses yeux, à leurs yeux. Leurs yeux, comme deux armes pointées l’une sur l’autre, or feu contre bleu arctique, sous le ciel devenu polychromatique, en continuelle variation. Le vaste anneau de métal pulvérisé resplendissait de toute cette incandescence céleste, les météores ne cessaient de se multiplier, plus rapides, plus massifs, plus lumineux. Ils aperçurent les mouvements erratiques, les fragmentations brutales dans les couches denses de l’atmosphère, les traces rectilignes fusant droit vers le sol, ils entendirent écrasements en rafale dans les collines, ils discernèrent l’apparition de nouveaux incendies, plus proches, plus nombreux, puis ils virent cet amas cristallin auréolé d’or en fusion tomber du zénith, juste au-dessus d’eux. La pluie de poudre ignée raya l’air tout autour du piton rocheux, une myriade de micro-objets traversèrent les carrosseries des véhicules stationnés à sa base, provoquant une série d’explosions réglées à la fraction de seconde près. Rien n’est plus précis que le chaos, pensa Verlande en observant les automobiles se consumer dans leurs propres carcasses enchevêtrées. Il savait que ce n’était que l’introduction. Il restait moins d’une minute, bien moins. Les néo-animaux continuaient patiemment leur œuvre, le souterrain s’exposait désormais sous la voûte du ciel qui s’écrasait sur la Terre. Les créatures renaturées avaient soigneusement disposé les squelettes au-delà du premier anneau minier, comme si, instinctivement, elles avaient non seulement voulu les extraire du sous-sol, mais les décentrer de la nécropole, tout en la cernant de leur présence révélée. Les chiens SS avaient parfaitement rempli leur toute dernière mission. Verlande se contenta d’énoncer : Neuf cent quatre-vingt sept. Ariane leva un regard interrogateur. – C’est le nombre auquel sont parvenus les animaux du souterrain. Il en reste encore quelques-uns en cours d’extraction, trente pour être précis. Ils ont fini. Tout est rendu à la lumière. La grêle ardente se dispersait sur le cirque, un bruit se fit entendre au-dessus d’eux, un vrombissement sourd, parcouru de hululements suraigus aux timbres entrecroisés, un son inhumain qui ne cessait de gagner en intensité. Il serra Ariane contre lui et se contenta de lui souffler : N’ayez pas peur. Il ne peut plus rien nous arriver. Il sentit son souffle tiède pulser contre son cou. Puis le satellite et ses débris chutèrent en plein centre du cirque de ferrite. En plein sur le piton rocheux, en plein sur la Maison. Le satellite n’était plus qu’une boule de plasma se déplaçant à environ 5 000 kilomètres-heure lorsqu’il vint se désintégrer à cet endroit précis du monde. À cette vitesse, l’énergie libérée équivalait à la charge explosive d’une bombe de très forte puissance, la Maison Cosworth disparut dans un jet vertical d’un jaune solaire qui éclaira comme en plein jour le cirque et les squelettes. L’onde de chaleur les submergea comme une nuée de vapeur brûlante. La boule de plasma et son cœur de métal en fusion ne se contentèrent pas de détruire la Maison Cosworth, les lois de la cinétique et de la physique les guidèrent droit à travers le piton rocheux, par les sous-sols transformés en un profond cratère, puis le satellite consumé provoqua une dernière déflagration en plein centre du dernier cercle. Ou plus exactement, l’avant-dernière, celle qui sert à la mise à feu. Ce fut invisible, donc cela s’imprima en cognition im-médiate dans son cerveau. La boule de plasma n’atteindrait pas la température nécessaire, mais cela serait néanmoins suffisant pour déclencher une réaction minimale dans le générateur à hydrogène, et ses milligrammes de matières fissiles. Les systèmes de contrôle seraient instantanément détruits, cela seul suffirait pour qu’en une fraction de seconde survienne l’inévitable. Une micro-explosion nucléaire. Un minuscule éclat, quoique insoutenable à l’œil nu. Quelques micromètres de diamètre tout au plus. Mais la même température. La même énergie, en version miniature, Hiroshima/Nagasaki divisé par mille. Ce fut analogue à un séisme, comme la réponse des profondeurs de la terre à ce qui avait envahi le ciel de nuit. La terre trembla sous leurs pieds alors qu’une onde de choc résonnait jusqu’à la surface dans un bruit assourdissant, celui d’un avion qui s’écrase, celui de milliers d’avions qui s’écrasent. Puis ils virent la surface du premier anneau minier s’effriter, se lézarder, se fendre, avant de s’effondrer brusquement par larges pans en de multiples éboulis et glissements de terrain. Au même instant le piton rocheux en son entier se vaporisa en son centre, au sein d’une nuée ardente accompagnée d’un épais nuage de fumée bien plus noire que la nuit étincelante. Le reste de la masse de roche s’écroula sur elle-même, en blocs vitrifiés vaguement luminescents dans les tonnes de poussière. – Les animaux renaturés ont réussi, tout ce qui était en bas est en haut, alors que tout ce qui était en haut est en bas. – Peut-être bien. Mais toutes les preuves concrètes de l’existence de la nécropole ont été détruites par l’explosion. Verlande savait que l’atomisation du réacteur à hydrogène avait soufflé l’intégralité du premier anneau minier souterrain et même une partie du second, la chaleur avait probablement vitrifié et scellé le dernier cercle et ses puits d’accès, il resterait un peu de radioactivité résiliente dans les profondeurs, quant aux preuves elles n’avaient de toute façon plus aucune importance. Seule comptait la vérité. Seuls comptaient les enfants morts et le lieu qu’ils désignaient. L’aube éclaira le cirque de fer. Ce serait le Jour d’Après. Et donc celui d’Avant. Celui d’Après la Chute. Celui d’Avant les Anges chargés de trouver dix Justes dans la Cité. Le jour où non seulement le diagramme s’exposerait dans sa vérité, mais aussi dans la plus totale indifférence, le monde s’effondrant si bas, si vite, que plus aucun centre ne pourrait y être éclairé, plus aucune vérité ne pourrait être extirpée des Ténèbres, le monde allait tout égaliser de sa lumière monochrome, le monde allait se livrer à Verlande, au moment où il ne serait plus un monde. Il le savait déjà, il avait complété la narration au moment où plus personne n’en aurait rien à foutre, et le monde contemplerait, ébahi, les multiples formes que prendrait sa propre destruction au moment où lui, Paul Verlande, s’en désintéresserait tout à fait. Le Directoire, il l’avait identifié, cette galerie de visages et de noms que la lumière cognitive avait rapidement décodée sous leurs différents alias, mais leurs véritables identités, si elles existaient vraiment, allaient vite se fondre dans le chaos général, et ils trouveraient sur le marché des milliers de pseudonymes disponibles. Avec leur fortune, leurs contacts, leur expérience, ils pourraient sans doute se doter d’un micro-État nautique, ils pourraient y installer très facilement un camp de concentration flottant. Ils ne manqueraient pas de matières premières. Le monde entier était devenu un vaste laboratoire de retro-engineering grandeur nature. Il finit par se rendre à l’évidence. Il les avait pistés, il les avait cherchés, il les avait trouvés. Mais ils n’existaient plus. Ultime tour de prestidigitation, l’effacement général des données informatiques de la planète leur avait donné la possibilité de disparaître dans le monde alors même que celui-ci disparaissait corps et biens. – Je veux qu’on parte d’ici, Paul, au plus vite. – Où pensez-vous aller ? Tout est pareil partout, désormais, le monde est enfin unifié ! – Ce n’est pas une raison. Verlande se devait d’admettre qu’elle était dans le vrai. Ils pouvaient au moins rejoindre les véhicules dans la clairière, pour y passer le reste de la nuit et de la matinée. Au moment où il s’approchait de la Chevrolet, le Métacortex envoya un premier signal, qui attira son attention mais qu’il ne fut pas en mesure de décoder. La cognition immédiate recommençait un cycle, elle n’était plus absolue, et encore moins infinie. Mais c’est au moment où il allait mettre la main sur la poignée que l’Éclair survint. Comme un code rouge. Un code rouge de son nanonetwork neuronal. Un éclair, la vitesse de la lumière, la vitesse suffisante pour tracer un diagramme, un plan, un circuit. Une nanoseconde pour voir le piège. Le réseau de micro-fibres optiques reliées de la portière à un petit détonateur placé sous le siège avec un cube de C-4, dispositif autonome, mécanique d’horlogerie classique, un câble, un interrupteur, le tout improvisé au dernier moment, mais avec génie. On n’avait pas piégé tout le véhicule, on avait simplement voulu s’assurer que le conducteur mourrait à coup sûr. La simplicité même. Il reconnaît la signature. C’est juste l’évidence, banale, mécanique, qui lui saute aux yeux. Ils ont piégé les voitures. Il redresse la tête vers Ariane alors même qu’il entame sa course et ouvre la bouche pour lui hurler de ne pas toucher à sa Lexus. La dernière image qu’il voit c’est Ariane McDowell qui attrape la poignée de sa portière et lui envoie un lumineux sourire, lumineux comme un soleil qui naîtrait au moment de disparaître dans ses propres flammes. Les flammes qui éclosent en orange arborescente, brûlante, qu’il se prend en pleine face avec l’onde de choc. C’est à contre courant qu’il tombe à genoux, la tête offerte au feu, le corps encaissant l’impact et les morceaux d’acier portés au rouge. Toutes les réactions (8)1. 11/06/2010 11:45 - marie
2. 11/06/2010 15:06 - David Kersan
3. 12/06/2010 00:26 - Gaël
4. 12/06/2010 11:21 - florence
5. 12/06/2010 23:33 - Gaël
6. 13/06/2010 10:02 - ed quarter
7. 13/06/2010 22:15 - florence
8. 14/06/2010 00:27 - Gang
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Dernière réaction
( je ne sais pas qui au Ring choisit les photos qui "illustrent' les differents extraits de Metacortex qu'on a pu avoir ici ,mais... à chaque fois j'ai un peu 'bloqué' devant,dans le sens où elles... ![]() Articles les plus lus
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