Sur le RING

La carte n'est pas le territoire

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Judas - - le 11/03/2010 - 3 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Cette photographie est la représentation de ce que l’on peut voir de plus lointain dans l’univers. Cette image ne nous montre pas l’état actuel de ce que nous observons. D’ailleurs, nous ne voyons pas plus le « présent » du soleil ou de la lune qui sont assez proches, comparé aux distances inintelligibles de l’espace lointain. Dans ce sens, même si nous ne vivons plus dans un monde où la Terre occupe le centre de l’univers, dans la perception que nous avons de cet univers, c’est toujours le cas. Et c’est impossible de faire autrement.

 


 

Les prothèses que nous avons envoyé loin dans l’espace sortent à peine du système solaire. Nous ne pouvons pas appréhender le cosmos autrement que de là où nous sommes. Nous pouvons émettre des hypothèses qui facilitent le travail de recherche. Mais sauf à voyager plus vite que la lumière, jamais nous ne pourrons voir l’univers tel qu’il est dans sa totalité avec nos yeux de chair. Alors nous nous fabriquons d’autres yeux, d’abord pour voir toute la lumière, car nous n’en voyons qu’une infime partie. Ces yeux artificiels nous révèlent des merveilles, nous aident à comprendre, mais ne nous montrent pas le présent. Parce que nous voulons savoir d’où nous venons, d’autres yeux peuvent nous aider à simuler à partir de calculs ce que pourrait être l’état de l’univers. Mais ces calculs reposent eux-mêmes sur des hypothèses. Et il est nécessaire de revoir les hypothèses, d'affiner les calculs, pour coller aux observations des télescopes, seules garantes de la science, de la sanction du réel, de la réponse à la question que nous posons à la nature. Ces machines, et surtout Hubble, nous ont révélé un monde nouveau, plus clair, détaillé, coloré, d’une richesse insoupçonnée. Elles ont développé notre compréhension des phénomènes, et d’autres suivront, pour repousser plus loin notre connaissance de l’univers.

 


Malgré cela, et le nombre toujours plus grand de théories, nous ne savons toujours pas dans quoi nous vivons ni de quoi nous sommes fait. Les yeux se tourneront donc tout naturellement vers les expériences imminentes du LHC. Ce microscope devrait dévoiler un monde inconnu jusqu’alors. Confirmer ou infirmer des théories, des hypothèses. Ces expériences auront-elles le même retentissement que celle d’Albert Abraham Michelson et Edward Morley en leur temps ? Pourquoi avons-nous une masse ? La matière noire existe-t-elle  ? De quoi est-elle constituée ?

 


Il est en même temps frappant de constater que le LHC nous donnera accès aux premiers instants de l’univers. Dans le ciel, impossible de voir le tout début. Il est seulement possible de voir quelques centaines de milliers d’années après, à partir de l’époque où la lumière s’est séparée de la matière. Pour remonter plus loin dans le passé, il faut paradoxalement descendre plus court dans la distance, avec des accélérateurs de particules et des équations mathématiques. Mais si nous remontons aussi loin, jusqu’à pratiquement modéliser l’hypothèse du Big Bang dans nos cerveaux, nous butons sur un mur conceptuel indestructible, celui de l’origine. Là, au mur de Planck, les paramètres des équations s’affolent, les quantités physiques s'amusent avec l’infini. L’univers géométrique d’Einstein, dynamique, ne s’accorde pas du tout avec l'univers probabiliste, purement prédictif, de Borr. Doivent-ils d’ailleurs s’unifier ou se concevoir comme une unité synthétique et disjointe ?

 

 

 

Je laisse la parole à un pionnier de la radioastronomie et inventeur du radar aéroporté, Sir Bernard Lovell :
« Nous vivons une époque bien singulière. Les astronomes ont repoussé les frontières de la science jusqu’à un point où elle ne peut plus répondre aux questions qu’elle soulève. Si à un certain moment du passé, l’univers était très proche d’un état d’infinie petitesse et d’infinie densité, nous devons nous demander ce qu’il y avait avant, et ce qu’il y avait à l’extérieur de l’univers. Pour l’instant, la réponse est que des questions de ce genre n’ont aucun sens. Au IVe siècle, quand on a demandé à saint Augustin pourquoi le monde n’avait pas été crée plus tôt, il a répondu qu’il n’y avait pas de plus tôt, et que le temps avait commencé à exister avec la création du monde. A cet égard, la pensée philosophique n’a guère progressé. Si vous demandez à un astronome contemporain ce qu’il y avait à l’extérieur de l’univers avant le « temps zéro », tout ce qu’il pourra vous répondre c’est qu’il n’y a pas d’« extérieur ». Je n’ai pas l’impression que de telles réponses soient de nature à satisfaire longtemps les savants et les philosophes.
Pour en revenir a ce que je disais tout-à-l’heure, nous sommes confronté au problème du « commencement », c’est-à-dire d’une époque lointaine où le temps, l’espace et l’univers, au sens où nous les entendons aujourd’hui, n’existaient pas. L’astronome américain Robert Jastrow a déclaré dernièrement  que les astronomes, après avoir escaladé une immense montagne, avaient fini par atteindre le sommet et s’étaient aperçus que les théologiens étaient déjà là depuis des siècles. Au XIIIe siècle, saint Thomas d’Aquin a élaboré une doctrine qui réconciliait la science d’Aristote avec le dogme chrétien, et qui a continué à inspirer les hommes pendant des siècles. Il me semble qu’il nous faudrait un nouveau saint Thomas d’Aquin, qui réaliserait la synthèse entre la théologie et la science moderne, pour transformer radicalement notre vision de l’univers et des rapports de l’homme avec cet univers. »





Toutes les réactions (3)

1. 12/03/2010 15:51 - An Zorn

An ZornVoilà qui est particulièrement beau, je vous remercie Iowan Thoraval.

Le commencement n'est pas l'origine. On ne peut pas réconcilier le singulier et le duratif. La connaissance n'atteint pas le Mystère. Tout ce sur quoi on peut s'interroger, ce sont les choses prodigieuses qui se produiront au fur et à mesure qu'on s'approchera toujours, encore, et encore. Les philosophes, les savants, les théologiens ne se contenterons pas, ils ne se contenterons jamais, ils continueront pour les siècles des siècles parce que c'est ce qui rend l'Homme Grand, et ses actes Beaux.
Dans l'espace ? Nous irons si notre volonté est assez grande. Des Vaisseaux-Mondes, des Terraformations, plutôt qu'une Terre étriquée, qu'une post-histoire harmonieuse et sans vie. Elle n'est pas le centre, Nous, Je, suis le centre. Pas une Terre, un Monde.
Voilà l'usage véritable de la technique et de la science : Des prothèses changeantes pour un Homme au rêve inchangé. Un corps, ou une fusée, afin de se lancer cet Homme à l'assaut des finalités sans fin. De brûler, de se sublimer, à tous les sens du terme.
Le secret de la masse ne nous approchera pas plus du Mystère que si nous suivions une courbe tendant vers sa limite. Nous ne l'atteindrons pas, c'est la direction, et la technique, c'est la puissance de réalisation de la volonté libre. Mais qui sait, le secret de la masse, c'est peut-être l'accès au voyages sur les longues distances.

La direction. Pas une seule direction, pas des direction.

Et ce n'est plus ici que ça se passe, c'est là haut, ou là bas, en tout cas, c'est partout-dehors. C'est toujours-déjà-maintenant, ou jamais, et un dénommé F.Nietzsche le savait mieux que personne lorsqu'il disait : "Hélas! le temps approche où l'Homme ne lancera plus par-delà l'humanité la flèche de son désir, où la corde de son arc aura désappris de vibrer."

2. 12/03/2010 16:38 - Christine FD

Christine FDJe vous remercie de transmettre ces "informations" rares et précieuses si clairement.


.

3. 12/03/2010 21:22 - Iowan Thoraval

Iowan ThoravalLa connaissance n’atteint rien, elle amène de nouvelles questions. Croire en une connaissance totale du monde est une folie.

Le commencement n’est pas l’origine, c’est précisément le problème qui se pose à la physique d’aujourd’hui. L’origine, la singularité, est masquée, l’univers « commence » à l’ère de Planck, en dessous, personne ne peut rien en dire puisque la notion même de temps devient étrangère à nos conceptions d’aujourd’hui. On va dire il n’y a pas de temps. Mais l’absence de temps est elle-même indicible, le langage se déploie dans le temps.

Ring 2012
Dernière réaction

Voilà qui est particulièrement beau, je vous remercie Iowan Thoraval. Le commencement n'est pas l'origine. On ne peut pas réconcilier le singulier et le duratif. La connaissance n'atteint pas...

An Zorn12/03/2010 15:51 An Zorn
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