La carte et le territoire, une éthique de la contemplation
SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Pierre Poucet - le 13/09/2010 - 5 réactions -
par Pierre Poucet

Terminer un Houellebecq est, au sens fort, une épreuve. Au terme d’une succession de chapitres douloureux et denses, agencés dans une narration parfaite au rythme rond, rassurant, d’une pulsation mécanique ronronnant comme un ventilateur de Mac, cardiaque ; au terme de la figuration romanesque d’un mouvement vital cyclique, abscons et un peu tristement burlesque que l’on appelle une vie ; au terme d’une création vouée à la destruction dont l’absurdité pousse malgré tout à envisager la question du sens ; au terme de tout cela, et pour que tout soit consommé, l’épilogue houellebecquien, dans sa globalité idéelle, enveloppante et douce comme un linceul – Walking Ghost Phase – concentre en quelques pages d’une pureté radicale la totalité d’un monde dont le pourquoi désespérant s’éclaire d’un soleil théorique, où brûle froidement l’acceptation d’une claire apocalypse hurlée sourdement en une phrase d’une limpidité désertique. « Ce livre est dédié à l’homme » (Les particules élémentaires) ; « La vie était réelle » (La possibilité d’une île), ou, plus énigmatique : « Le triomphe de la végétation est total » (La carte et le territoire).
Excepté l’anachorète qui ne s’est pas livré à la lecture du journal, prière de l’homme moderne, tout le monde sait que tout – et n’importe quoi – a déjà été dit du dernier Houellebecq. La guerre a commencé. Mais il faut reconnaître qu’un tel ouvrage, et son auteur, peuvent légitimement donner des envies de se battre. Ou de devenir prophète, c’est selon. On ne sort jamais indemne d’une lecture aussi profonde, vide, terminale. On a aussi un peu envie de se tuer. Mais on tient. C’est l’effet, parait-il, des lectures de salut.
Aussi, si vous avez raté les premières pages de La carte et le territoire, (dont la publication a été autorisée dans Les Inrocks), c’est tout simplement que vous ne lisez pas Les Inrocks (Nelly Kaprièlian a kiffé. Mais on ne sait pas pourquoi). Si vous avez lu Libération, Le Point, Le Figaro, Paris-Match, Le magazine des Livres…
vous avez presque déjà lu le livre. Cela est bien. Mais dans mon
infinie bonté, je vous conseille tout de même sérieusement de vous le
procurer. Si vous avez lu Marianne (ou l'éloge paradoxal Macé-Scaronnien), que voulez-vous que je vous dise, c’est que vous êtes de gauche. Si vous avez lu Médiapart, alors vous avez pu commencer la poursuite du bonheur dès le mois de février avec la livraison d’une exégèse houellebecquienne du roman – et dans le même mouvement vous vous êtes lancé à la poursuite d’Eric Woerth, si si, avouez-le. Par ailleurs, si vous avez lu L'Express, vous avez sûrement beaucoup ri.
Enfin, si vous avez lu Assouline, je ne peux rien faire pour vous.
A ce propos, je me permets ici de renvoyer le lecteur en quête d’éclaircissements lucides à l’entretien – deux heures, dix-huit minutes et quinze secondes – que Marin de Viry et moi-même avons réalisé avec Michel Houellebecq jeudi 2 septembre, et qui n’est pas destiné aux cochons (qui nonobstant leur condition animale doivent être respectés, cf. La carte et le territoire, p. 139). Cela seul vaudra peut-être in secula seculorum. Inch’Allah ! Enfin, pour ce qui est des explications sérieuses, académiques et chiadées du roman, je renvoie le lecteur à l’article de Marin de Viry dans la Revue des deux mondes. Fair-play (c'est un rapport win-win).
Puisque tout a été dit, donc, le Ring ne fera rien comme tout le monde, et je m’attacherai non pas à la figure – centrale dans ce roman – de Houellebecq, mais à Jed, son héros. On aurait tout à fait pu se pencher sur le thème de la relation père-fils, de l’individu, ou sur la construction du monde moderne comme simulacre concentrationnaire et infantilisant. On aurait également pu gloser sur la gloire, l’amour, les femmes, les pâtes italiennes du Monoprix... J’ai choisi Jed (mais j’aurais tout aussi bien évoqué le chauffe-eau, mon personnage préféré). Car à travers ce personnage, Houellebecq propose – et c’est une des lectures possible de l’ouvrage – non seulement une méditation sur le sens de la représentation esthétique du monde, une réflexion sur le statut du créateur, mais aussi une exploration vers ce que l’on pourrait appeler une forme de « sagesse artiste » inspirée de Schopenhauer. En fait, je ne dis pas autre chose que: ce livre est la déclinaison fictionnelle de la pensée de Schopenhauer. C'est une hypothèse. Qui peut déjà trouver quelque confirmation dans l'aveu de Houellebecq d'après lequel ce roman a été écrit en l'honneur du philosophe allemand: « Je ramène un os aux pieds de mon maître Schopenhauer » nous dit en substance l'auteur dans l'interview déjà citée. Houellebecq esquisse-t-il les contours d'une sagesse schopenhauerienne? En illustrant l'archétype d'une Vita Contemplativa, il semble que La carte et le territoire laisse entrevoir, au loin, la possibilité d’une île. Enfin c'est une métaphore.
Principe n°1 : le monde est pure causalité.
Jed est une particule sans masse. Fruit d'un hasard sociologique, déterminé à l'indétermination, ce double houellebecquien vit détaché, dans une posture de retrait, en simple observateur. Corps mu parmi les corps en mouvement, il se sent moins acteur qu’agi. Comme ces personnages de roman du XIXème, il est fait par les femmes et ne doit son succès artistique qu’au fruit de rencontres aléatoires, au gré du choc des particules, qu’elles se nomment Olga, Carte Michelin, ou Monoprix – nous sommes en régime libéral, en conjoncture de fluidité, relisez Zigmund Bauman. Jed est disponible au monde. Peut-être est-il lui-même objet parmi les objets, corps pur.
Jed incarne par excellence l’anti-ontologie dixhuitièmiste, l’anti-sujet volontariste et autonome désireux de faire l'histoire. A cet égard, il est l’antithèse de son père (et échappe donc encore aux lois sociologiques de la reproduction du même), qui s’est échiné vainement à imposer ses vues artistiques avant-gardistes, pour finalement se ranger – gagner de l’argent – par la force des choses. Telle est la marche de l’histoire « avec sa grande hache », aurait dit Perec. « Vos luttes partent en fumée, Sous des soleils qui s’ignorent, Dor- dormez, Mes réponses allongées… » (Jean Fauque). Jed, lui, un peu par hasard, se consacre à la photographie, puis à la peinture. Il figure. Et sans rien faire, il obtient tout : femmes, argent, gloire. Son attitude purement contemplative ne l’oppose à rien, le prédispose à tout, dans un néant « riche de possibilités innombrables » (p. 400). Jed ne lutte pas contre le monde, il est offert à lui. Jed, ou Le triomphe de l’avolonté.
C’est que si les hommes font l'histoire, ils ne savent pas l'histoire qu'ils font. Cette certitude ontologique est évidemment chez Houellebecq moins due à Marx (quoique) qu'à Max Planck. L'infiniment petit, comme le dit si bien Marin, s'agence à l'infiniment grand par la seule règle – impitoyable, un peu grecque – d'une causalité aléatoire. « Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu'on peut dire », clame l'Ecclésiaste. L’existence reste un mystère. « Le monde est ce qui arrive » disait Wittgenstein. Une manière de destin. Simple causalité. Leçon de positivisme. Chapitre suivant.
Principe n°2 : « La modernité, c'est le sujet pris dans l'histoire. L'homme qui naît, qui souffre et qui meurt. » (Jean Michel Maulpoix, La poésie comme l'amour)
Comme tout humain – ce « produit industriel de la nature » (Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, Livre IIIe, chap. 36) – Jed est un corps parmi les corps promis à la dégradation dans un univers lui-même soumis à l'extension du domaine de la lutte. Et l’univers n’est pas joli joli. Leçon de schopenhauerisme. Du sang, de la sueur, et des larmes ; des corps qui naissent, qui dégénèrent et qui pourrissent ; des points virgules partout ; le tout recommencé ad vitam. Le cycle de la vie, quoi. Parfois, un vague espoir de prolonger sa course, par le truchement du botox, ou d’un anus artificiel. Une plaisanterie. Au final, « tout n’est que vanité et poursuite du vent ».
Conscient du perpétuel changement à quoi se résume la nature ; conscient du mystère qui préside à la vie et à la mort (le suicide inexpliqué de sa mère, l’euthanasie de son père) ; conscient de l’éphémère et de l’irréversibilité de toute chose (le pourrissement des fleurs, ses premiers sujets artistiques) ; conscient, donc, d’un monde gouverné par une destruction créatrice, Jed partage avec Schopenhauer cette conception du vouloir-vivre : « Quelle exécrable chose que cette nature dont nous faisons partie (…) Bellum omnium, chacun ensemble chasseur et proie, le tumulte, la privation, la misère et la peur, les cris et les hurlements: et ceci continuera ainsi, in secula seculorum. » (Supplément au monde comme volonté et comme représentation, chap. 28). Demeure donc la causalité brute, qui est seule vérité. En termes houellebecquiens : et c'est la vie, en général, telle qu’elle se présente.
Principe n°3 : « Le monde est ma représentation ». Contrairement à Michel d'Extension ou à Bruno des Particules élémentaires, Jed ne semble pas souffrir de cet état de fait, pour la simple raison qu’il ne s’oppose pas à cette causalité impitoyable. Sa propre mort est vécue comme un soulagement attendu, dans l’ordre des choses. Né de la terre, il « prend[ra] congé d’une existence à laquelle il n’avait jamais totalement adhéré » (p. 426) et retournera à la terre, entouré de plantes. En accord total avec le vouloir-vivre.
L’art de Jed, tout autant que son existence, marchent à l’unisson du monde. Il sait Schopenhauer : « en effet, l‘absence de tout but et de toute limite est essentielle à la volonté en soi, qui est un effort sans fin » (Le monde comme volonté et comme représentation, Livre IIe, chap. 39). L’avolonté de Jed rejoint la volonté qui opère dans la nature. Soumis à cette loi, à toutes les lois, l’artiste, tel un sismographe, répond à « l’impulsion du moment » (p. 422) et enregistre les variations aléatoires qui lui sont imposées : « Être artiste, à ses yeux, c’était avant tout être quelqu’un de soumis. Soumis à des messages mystérieux, imprévisibles, qu’on devait donc faute de mieux et en l’absence de toute croyance religieuse qualifier d’intuitions ; messages qui n’en commandaient pas moins de manière imprévisible, catégorique, sans laisser la moindre possibilité de s’y soustraire » (p. 106).
Aussi Jed se contente de fixer le monde tel qu’il est « pendant qu’il est encore temps » (p. 120) : photographies d’objets manufacturés, métiers typiques d’une époque, personnalités représentatives d’un Zeitgeist… qui disparaitront vite. Sa démarche artistique et simple, qui consiste en « une méditation nostalgique sur la fin de l’âge industriel en Europe, et plus largement sur le caractère périssable et transitoire de toute industrie humaine » (p. 428). Neutre, objective, elle est presque clinique, comparable à la démarche d’un ethnologue : « Je veux simplement rendre compte du monde » (p. 420).
Ses photographies de cartes Michelin, qui lui vaudront sa renommée, contiennent, et en même temps dépassent le monde des hommes : « Jamais il n’avait contemplé d’objet aussi magnifique, aussi riche d’émotion et de sens que cette carte Michelin au 1 / 150 000 de la Creuse, Haute-Vienne. L’essence de la modernité s’y trouvée mêlée avec l’essence de la vie animale. Le dessin était complexe et beau, d’une clarté absolue, n’utilisant qu’un code restreint de couleur. Mais dans chacun des hameaux, des villages, représentés suivant leur importance, on sentait la palpitation, l’appel, de dizaines de vies humaines, de dizaines ou de centaines d’âmes – les unes promises à la damnation, les autres à la vie éternelle » (p. 54). L’infiniment petit rejoint l’infiniment grand dans une représentation idéelle qui accède à la Beauté.
Ce passage rappelle évidemment une observation cruciale de La possibilité d’une île : « Sur une carte au 1 / 200 000e, en particulier sur une carte Michelin, tout le monde a l’air heureux ; les choses se gâtent sur une carte à plus grande échelle (…) : on commence à distinguer les résidences hôtelières, les infrastructures de loisirs. A l’échelle 1 on se retrouve dans le monde normal, ce qui n’a rien de réjouissant ; mais si l’on grandit encore on plonge dans le cauchemar : on commence à distinguer les acariens, les mycoses, les parasites qui rongent les chairs. » (La possibilité d’une île, p. 263). Mais Jed, lui, prend de la hauteur. S’il intitule son exposition « La carte est plus intéressante que le territoire » (p. 82), c’est que la représentation du territoire contient ce dernier, l’englobe, et le dépasse en même temps sans pour autant le transcender. La figuration du monde, et plus généralement l’Art, autorisent quelque chose comme une (trans)figuration. L’Idée ne s’oppose pas au monde, elle ne le nie pas. Elle est le monde. « Le monde est ma représentation ».
Jed termine sa carrière artistique, et sa vie, dans une existence quasi-végétative. Sa production artistique terminale, « tentative la plus aboutie, dans l’art occidental, pour représenter le point de vue végétal sur le monde » ne fait rien d’autre qu’entériner sur le plan esthétique le fonctionnement du cycle vital ; elle est représentation du vouloir-vivre schopenhaurien. Vivant au milieu des plantes, et avant de retourner à la terre, Jed aurait pu écrire la dernière phrase du livre : « Le triomphe de la végétation est total. » (p. 428)
Principe n°4 : Contemple le monde.
C’est en « rendant compte », en épousant le monde tel qu’il est – un peu à la manière d’un fou ou d’un enfant – que l'artiste non seulement minimise sa souffrance, mais aussi accède au Beau, et à l’Idée. Jed est une incarnation romanesque de la Vita Contemplativa. L'artiste restitue, par l'analogie poétique, ce que la simple contemplation lui apporte. Son art n’est pas autre chose qu’une « observation », au sens où l’entend Schopenhauer : « Quand, animé par la puissance de l'esprit, on abandonne la manière habituelle de considérer les choses, qu'on cesse d'éclaircir, à la lumière du principe de raison sous ses différentes formes, leurs relations entre eux (…) ; qu'au lieu de tout cela on se livre à l'intuition de toute la puissance de son esprit, qu'on s'abîme tout entier en elle (…): alors celui qui est saisi par cette contemplation cesse par là même d'être un individu, car l'individu a disparu dans l'instant de la contemplation : il est devenu le sujet pur de la connaissance, délivré de la volonté, de la douleur et du temps. » (Le monde comme volonté et comme représentation, Livre troisième, chapitre 34)
Houellebecq propose ici un personnage dont la nature offre une possibilité de dépasser le désir, la souffrance, et la mort; ce qui n’est pas rien, chez l’auteur. Jed apparait alors comme une alternative à la volonté individuelle, au moi ; au moi source de souffrance ; au moi dont on s’ennuie un peu, en Occident, et qui ennuie. « Le monde est ennuyé de moy, et moy pareillement de luy », annonce l’exergue emprunté à ce « punk » de Charles d’ Orléans (cf. notre entretien). L’individualité, « fiction brève » (p. 127), semble pouvoir être dépassée par l'observance d'une vie contemplative qui est aussi une tentative de connaissance pure du monde, une tentative pour devenir pur sujet de la connaissance : « (…) Les regards que le poète jette sur la nature environnante lui font prendre conscience de lui-même comme pur sujet de la connaissance, indépendante du vouloir, dont la paix spirituelle inébranlable entre en contraste avec les désirs de sa volonté toujours comprimée, toujours avide. » (Le monde comme volonté…, livre IIIe, chap. 51). Dans la poïesis, le salut.
On ne lutte pas contre le monde ; on l’ « observe ». Tels semblent être
les prolégomènes à toute (hypopthétique) éthique de la contemplation
houellebecquienne future. L’hypothèse n’est peut-être pas si absurde
que cela. Houellebecq sait que la volonté individuelle, mue par le
désir, n’amène que souffrance, et violence. Laissez-faire,
laissez-allez… ce qui est un peu libéral tout de même. Mais contemplez,
portez un regard attentif sur les choses… ce qui n’est pas non plus,
après réflexion, tout à fait incompatible avec une philosophie du
changement. Paradoxalement, le conservatisme peut aussi être source de
progrès (relire de l’auteur « Le conservatisme, source de progrès », Le Figaro du 08/11/03). Houellebecq conservateur? Sur le plan politique, en un sens, oui (cf. notre entretien). Pour être plus juste, l'auteur se ferait plutôt l'apôtre d'un « progrès lent », un peu comme Jean-Pierre Pernault... Mais peu importe ici.
Posons que la posture esthétique contemplative de Jed, qui n’est ni classique ni romantique contient – et c’est le cœur de l’hypothèse – une forme de sagesse. Certes, il n’appartient pas à l’écrivain de délivrer des leçons de morale (relire « Sortir du XXème siècle », in Lanzarotte). Mais on sait l’impact sur l’écrivain des Aphorismes sur la sagesse dans la vie de Schopenhauer, et l’on ne peut s’empêcher de songer à la dimension philosophique, au sens étymologique, de ce personnage. Houellebecq cherche la carte pour le territoire. Jed est peut-être celui qui, comme le disait Nietzsche à propos de Schopenhauer, « fai[t] planer [quelque chose comme] la menace d’un nouveau bouddhisme sur l’Occident » (les références de Houellebecq au sermon sur l’établissement de l’attention énoncé par Bouddha – l’Asubha – sont d’ailleurs symptomatiques). Soyons clair, il ne s’agit pas de prétendre que Houellebecq est
bouddhiste, ni qu'il nous enjoint à prier avec ferveur le Dalaï-lama. Nul Dieu, nulle religion, nulle
leçon de morale. Juste l’illustration romanesque d’une pensée
philosophique à rebours de l’ontologie moderne: un
syncrétisme artistique et religieux d'inspiration schopenhaurienne qui
tente de réconcilier l'homme avec sa nature, avec la nature. Une forme
de sagesse qui trouve son fondement dans l'acceptation de la causalité,
dans le dépassement de la question du désir et de la fatalité de la
mort. Par l'Art.
Épouser le vouloir-vivre, s'unir au monde comme sujet pur de contemplation. Il y a ici la consécration d'une forme de religiosité artistique, quelque chose comme une religion de l'Art. Don, vocation, inspiration, contemplation... la vocation artistique rejoint la vocation religieuse sans toutefois se confondre avec elle, simple homologie. La Vita Contemplativa comme promesse de bonheur, ou d'extase. N'est-ce pas là, après tout, l'une des dimensions essentielles de la quête houellebecquienne : la poursuite du bonheur ? En tout cas ça calme.
Pierre Poucet
Michel Houellebecq, La carte et le territoire, Flammarion, 428 p., 22 €
Toutes les réactions (5)
1. 13/09/2010 14:25 - fanjo
Grand texte, l'autre bout de la carte, après Marin de Viry.
2. 13/09/2010 21:18 - poisson
Les romans de cet homme unique sont si puissants qu'ils donnent presque irrésistiblement l'envie d'écrire à leurs sujets,(comme s'ils étaient autant de monolythes déchiffrables qui pourraient délivrer LA Vérité)et comme vous l'avez déjà dit,bien souvent,il s'agit formellement de tout et de n'importe quoi.Vraisemblablement,je n'ai jamais rien lu concernant cet homme et son travail,sa production,qui ne puisse échapper à une empreinte de formalisme religieux.. Soit l'on ne comprend rien à son oeuvre parce que l'on n'a jamais suffisamment souffert ou même (et c'est tant mieux)on ne comprend rien à son absolutisme dépressionnaire,soit l'on sent que Houellebecq ne parle qu'à nous et à notre douleur,comme s'il était venu pour l'éclairer de son expérience extraordinaire du mal exister,et dans ces cas là,souvent,on aimerait être reconnu du maître,du prophète superbe et l'on écrit pour approcher les faveurs de l'évangéliste ultime.Malheureusement,dans les deux cas,la passion éloigne la lucidité et perturbe le jugement: rien de bien grand ne suit une parution de houellebecq.
Rassurez vous,je ne serai pas non plus très grand,mais je tiens tout de même à vous donner mon point de vue:Selon moi,Houellebecq ne poursuit pas plus le bonheur qu'il ne suggère la contemplation comme le ferment d'une extase promise,ou,comme vous le dites,comme la clé d'une possible ataraxia.
Toute la conscience de Houellebecq hurle sur chacune de ces pages que le Bonheur est un territoire inexistant,(il fut peut être tangible il y a peu,sous Pompidou en France,peut être)ou alors rien qu'une possibilité exemplairement moderne de marketing,et que quel que soient nos motifs de croyance ou de joie (sexe,religion,plaisir,travail,et donc,aussi...l'Art)a bien y regarder,ils sont tous potentiellement atteints du même pourrissement génétique du turbo capitalisme
occidental.Comprendre le monde,le...contempler..le représenter si l'on veut ne fait pas de nous,ni de Jed,des candidats à une future proposition de bonheur.La contemplation et l'acceptation ne sont pas des postures nouvelles mais l'obligation naturelle de tout individu éclairé.On ne refuse pas la lutte dans l'observation,on s'y alimente et l'on y puise le sens du combat:c'est déjà pas mal.Un combattant est déjà mieux armé s'il sait ce qu'il combat...et puis rappelons que Fitzgerald tenait lui même la lutte comme un des seuls plaisir de l'existence,au même titre que l'amour et le plaisir...
Dans le fond,il se pourrait que Houellebecq soit exagérément hédoniste et qu'il soit le visionnaire des hédonistes futurs.
enfin,merde à tous ceux dont c'est le métier de parler de livres qui ont attendu "la carte et le territoire" pour trouver Houellebecq drôle,et qui ont eu l'air physique du soulagement en apprenant que parce qu'il ne parlait plus de misère sexuelle mais d'Art,il devenait enfin plus dense et sérieux. ; )
3. 14/09/2010 14:18 - Bernard B.
Je viens de finir "La Carte et le Territoire" et j'ai été très déçu : à part quelques brefs passages amusants, j'ai trouvé ce livre ennuyeux, creux, sans intérêt, et plein de redites. Ca m'a conforté dans mon opinion : Houellebecq a tout dit dans ses trois premiers romans. Il y avait encore quelque chose dans "la Possibilité d'une île" (même le film), mais dans celui-ci on retrouve tous les thèmes déjà développés, avec quelques petites variantes superficielles parce qu'il le faut bien : la médiocrité humaine, l'incommunicabilité entre les êtres, la solitude, le désespoir, la mocheté du monde moderne, les courses à l'hyper-marché Casino, les parkas etc...
Je n'en reviens pas qu'on puisse en dire autant de bien : on dirait que les journaleux veulent se rattraper d'avoir injustement traîné Houellebecq dans la boue, d'autant plus que dans ce dernier livre il n'y a ni provocation, ni polémique, ni marketing à outrance, ce qui le rend plus acceptable et politiquement correct. Comme d'habitude, les critiques s'extasient à contretemps, quand il est trop tard...
4. 14/09/2010 14:22 - popup44
Entièrement de ton avis Bernard, tu as tout dit, il a voulu faire un livre hyper public, lisse, et en résulte un livre sans vraie force littéraire. Ta dernière phrase est sans appel.
5. 14/09/2010 20:51 - suber
je découvre ce site et son usage ( cadeau d'un ordi vraiment perso) . intéressant et positif a priori. parailleurs, j'aime bien houellebecq depuis le début sans fanatisme. son interwiev pose fort bien toute la problématique de la relation écrivain-lecteur.. je pense à céline dans les années 50 répondant à qqs journalistes et se moquant des admirateurs s'adressant au "maaaîîître" . on fait penser des conneries ( qui peuvent être des idées intelligentes ,cultivées, etc..) aux auteurs à partir des phrases de leurs livres.j'ai bien aimé comment Houelleb.. remet en place ses admirateurs.
vous vous rendez compte: la même chose pour Tocqueville, Balzac, Socrateetc...merci pour la bonne foi intellectuelle partagée: c'est rare.
|
Dernière réaction Grand texte, l'autre bout de la carte, après Marin de Viry.  13/09/2010 14:25 fanjo
 Articles les plus lus Pour Sarkozy, avec ferveurNB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde... Satellite Sisters : suite de la sirène rouge, des racines du mal et de Babylon babiesLe manuscrit Satellite Sisters, suite de la Sirène rouge, des racines du mal et de Babylon Babies, est dans les airs entre Cape York et Paris, direction les éditions Ring. Le site officiel des... Qu’est-ce que la Résurrection ?« Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre
message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)
Encore une fois, Benoît XVI a tout dit.
Sans... Richard Wagner, un antisémite maître spirituel de Hitler ?À propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les Juifs (Berg International, 2012)Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans... Réflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse(propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a... "Finance pousse-au-crime" : la preuve, enfinCela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl... Qui ? Assassinats. Militaires. Petits enfants. Montauban et Toulouse. Ecole juive. 11,43 et 9mm. Indignation, compassion, consensus. Campagne suspendue par le PS. Une minute de silence dans les écoles... Carnets de campagneLes campagnes électorales sont des périodes d'extrême saturation des ondes et des conversations, un peu comme aux César ou aux Victoires de la musique, où les animateurs-fonctionnaires s'agitent... A l’école de l’antimodernitéPuisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,... Les étoiles 2011 de Dantec"Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice... Le superbe top 50 des FrançaisPuisqu'on
vous dit que vous les aimez.
"TOP 50 :
contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous
présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste... Rachida Dati creuse son FillonQue le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati... Sécurité routière : l'arnaque extra-largePuisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de... Poudlard for ever A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit... Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain« Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je... Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoEntretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les... Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat... Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFoi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source... In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueLe premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs... Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristOn connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que... Ainsi parlait ZaraDebbouztraPresque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son... Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe... Céline rattrapé par la mémoireSors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline... Broadcast : the dream is overChanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons... Benoît XVI - Un cœur intelligentLecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald : Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II... Robert Brasillach : le procès expédiéIl en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu... Du bon et du mauvais usage de l’indignationIl est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant, grand bourgeois, grand lettré, grand amoureux des femmes (il en a eu cinq... Terreur et martyre : il était minuit à AlexandrieIl était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces... Assises islamisation : c'est la lutte prime-timeLa jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si
les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien
reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés... Chemins de travers« Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute... PS : les intermittents de la réalité en tournéeMême si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable... "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester... Blondeincendiaire.com : the murder chat room(reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »... Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker... Quelques traces de rouge à lèvres…Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met... Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireAncien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées... Exil(s) ExpressGéraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et... Et si les chômeurs ne chômaient plus ?Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand... Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...
 |