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L'Individu, la Société et Mai 68 : émoi, émoi, émoi

SURLERING.COM - FRANCE - par Maurice Gendre - le 13/12/2004 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Laurent Baumel, trente-neuf ans, est responsable national aux études du PS depuis le congrès de Dijon en juin 2003. A cette occasion, il dépose une contribution générale présentant une double-thématique : la problématique générationnelle et le réformisme assumé appelé aussi « rénovation doctrinale ». Il est également co-auteur avec Laurent Bouvet de l'ouvrage L'Année zéro de la gauche (éditions Michalon). Dans ce livre, il exhorte le PS « à se débarrasser du surmoi marxiste ». Mais c'est lors de la remise d'un rapport sur l'Individu et la Société qu'il a déclenché l'ire de quelques caciques socialistes : un volet de cette étude était consacré à Mai 68. La presse bobo-parisienne est alors montée au créneau pour fusiller ce vilain « père fouettard ». Dommage : le rapport Baumel offre de vraies pistes de réflexion. Explications et entretien.



« Si ce garçon doit régler un problème avec ses parents, il y a d'autres lieux pour ça ». C'est ainsi que l'inénarrable, ex-Garde des Sceaux, Elisabeth Guigou a accueilli le rapport Baumel. Mais quel crime a donc pu commettre Laurent Baumel pour être ainsi cloué au pilori par tous les pourfendeurs de la « gauche barbelée » ? Très simple : cet ex-chevénementiste (ce qui est rédhibitoire au PS), désormais proche de Strauss-Kahn, a réclamé un changement de cap par rapport à l'héritage de Mai 68. En effet, c'est impardonnable...

Cette tempête dans un verre d'eau illustre à merveille les rapports ambigus de la gauche avec Mai 68. Après le drolatique slogan Touche pas à mon pote des pathétiques années SOS, on a l'impression que le PS joue maintenant une nouvelle partition, à savoir Touche pas à mon 68. L'aggiornamento n'est donc pas pour demain. Navrant, car Baumel bouscule bien des idées reçues et tente d'apporter un nouveau souffle doctrinal à la gauche. Ring a donc décidé de lui donner la parole.

« Nous sommes en pleine crise »

Ring
: Quelle est la plus grosse erreur d'appréciation des soixante-huitards ?

Laurent Baumel : Ils estiment que toutes les demandes - en dehors de la sphère économique - réclamant plus de libertés et moins de normes sont progressistes et positives. Cette vision était cohérente en 68. Etre anti-libéral économiquement et libertaire sur les questions de société avait un sens.  Puisque l'ordre moral et les valeurs traditionnelles de cette époque étaient conformes à la formule historique du capitalisme. C'est à dire le taylorisme, le fordisme... Le capitalisme de standardisation. Mais le capitalisme a évolué en trente ans. Il est devenu plus proche des individus, il a valorisé la singularité, l'authenticité. Il a récupéré l'aspiration libertaire. Le capitalisme a épousé la demande de distinction. Mais à gauche, les réflexes idéologiques des années 60-70 marchent encore. On peut parler d'inertie doctrinale.

Le phénomène générationnel est au coeur de cette problématique. Le poids des premières impressions est fondamental dans la structuration politique des gens. Karl Mannheim l'a très bien expliqué. C'est pourquoi des militants des années 60-70 ont des difficultés à faire marche arrière, ou à s'interroger sur des thématiques aussi brûlantes que l'insécurité.

Ring : Quelle est l'attitude la plus cohérente à adopter ?

LB : Trois solutions se présentent. Une attitude logique est celle des libéraux-libertaires. Ils veulent moins de normes économiques et une suppression des règles en matière sociétale. Inutile de préciser que ce n'est pas du tout l'option que je choisis.

Autre méthode : le blairisme ou « libéralisme compassionnel ». On accepte les concessions faites au Marché et au libéralisme économique, mais on compense en réaffirmant les valeurs morales et en faisant preuve de fermeté sur des questions aussi cruciales que la délinquance. Ce n'est pas non plus le chemin que je préconise.

La voie que je souhaite emprunter a pour objectif de trouver la juste articulation entre les libertés et les règles. Tant du point de vue économique que sociétal. C'est une cohérence social-démocrate globale.

Ring : Pourquoi est-il encore si difficile pour la gauche de faire l'inventaire de Mai 68 ?

LB : Mai 68 est une icône. On touche à leurs idéaux de jeunesse. A la tête des media, on trouve de nombreuses personnes qui avaient vingt ans à cette époque. Et souvent, ils ont été les acteurs de cet événement. De plus, l'offensive anti-68 a été menée par des penseurs de droite comme Luc Ferry. Et ces derniers se sont trompés de cible en s'en prenant à des gens comme Derrida ou Foucault. Il n'est donc pas très aisé de porter un regard critique sur cette période sans être immédiatement affublé d'une quantité d'adjectifs négatifs.

Ring : Comment décrire l'Individu français en ce début de XXIe siècle ?

LB : Il recherche la singularité, l'affirmation de soi, mais il n'en vit pas très bien les conséquences collatérales. Il veut créer une « tribu » avec sa famille, ses amis... Il s'inquiète de la disparition de l'Etat, à laquelle il contribue pourtant lui-même en résistant à toutes les politiques de l'Etat.

Ring : Il réclame de plus en plus d'Etat mais en même temps il fait tout pour s'en extirper...

LB : C'est un paradoxe de l'hyper-individualisme souligné par Tocqueville. Plus on s'individualise et plus les demandes de sécurité et d'Etat augmentent. Mais, dans le même temps, les conditions de fonctionnement de l'Etat sont remises en cause.

Ring : C'est le thème de l'impossible réforme ?

LB : Thème qui a été dévoyé par les conservateurs, car ils assimilent le réformisme au libéralisme économique. La vraie question est : « Comment fédérer dans une société d'individus ? ». Ou plutôt : « Comment réformer dans une société de classes qui se voit comme une société d'individus ? ».

Ring : Comment s'est métamorphosé le rapport Individu/Société durant les trois dernières décennies ?

LB : Le grand bouleversement des trente dernières années c'est « l'individualisation subjective » qui se traduit par les phénomènes que je vous citais plus haut, à savoir : la singularité, le besoin de distinction, l'originalité... Les libertés nouvelles dont ont bénéficié les individus  leur ont permis (et leur permettent toujours) de se construire, et surtout de se différencier les uns des autres. Cela passe par les loisirs, l'orientation sexuelle... L'évolution du capitalisme, la division du travail, l'éclatement des anciennes catégories et des situations qui varient en fonction des entreprises accentuent aussi cette tendance.

A cet égard, des essayistes comme Lipovetsky considèrent que nous sommes entrés dans l'ère de l'hyper-modernité (ou  post-modernité). Une ère qui correspond en fait à la sortie de la modernité issue des Lumières. Cela ne va pas sans poser de gros problèmes. Et notamment la survivance du pacte politique. Comment peut-on gouverner une société où les individus sont incités à se distinguer, à se démarquer ? Comment les rapprocher alors qu'on privilégie leur « éloignement » et qu'on tente de les « séparer » ? Cela pose par exemple la difficulté de mettre en place une politique de classes. C'est en partie pour cela que Jospin s'est fracassé à la fin de son mandat sur l'explosion des revendications catégorielles. Il n'a pas été capable de construire une nouvelle alliance.

Le second problème de l'hyper-modernité se traduit par des souffrances psychologiques : les individus sont de plus en plus livrés à eux-mêmes. On dit qu'ils sont responsables de leur destin. En cas d'échec, ils sont « fautifs ». Or, en réalité, ils n'ont pas tous le « capital » et les moyens pour réussir leur vie, les inégalités restent structurées. Mais on refuse désormais de parler d' « inégalités de classe ». Ils sont nombreux à vouloir occulter la reproduction sociale. Ils s'échinent à ringardiser le déterminisme.

Ring : C'est un regard très « bourdivin » sur les rapports sociaux...

LB : Il y a un peu de ça.

Ring : L'hyper-modernité présente-t-elle un autre danger ?

LB : Un danger d'ordre spirituel. L'individualisation subjective ne fait pas disparaître les besoins d'unité, de religiosité ou de sens. Ce mouvement est à la base des réponses les plus régressives : repli sectaire, islamisme, communautarisme... L'objectif est donc de réinscrire l'Individu dans le collectif. C'est là que la République peut prendre toute sa mesure.

Ring : La libération des moeurs a-t-elle encore un sens malgré tout ?

LB : Sans nul doute. L'émancipation ne concerne pas encore tout le monde. Il ne faut pas oublier que des jeunes filles sont encore voilées dans notre pays, et que les mariages arrangés sont loin d'avoir disparu. Je suis d'ailleurs étonné que certains me taxent de réactionnaire et, en même temps, défendent le foulard par relativisme culturel. C'est un paradoxe du féminisme contemporain. On ne doit pas s'incliner devant la domination. Même si celle-ci est consentie. Le refus de l'aliénation est un combat permanent. 

A cet égard, je suis plus libéral (au sens politique du terme) que la plupart des gens. Si on me pose la question : « Etes-vous contre le port du voile à l'école ? » ; je réponds : « Je ne suis pas contre le port du voile à l'école, je suis contre le port du voile tout court ! ».

Ring : Voyez-vous d'autres domaines où il serait bon d'aller vers plus de libertés ?

LB : Je pense au travail. Sans remettre en cause les 35 heures, il faudrait peut-être repenser l'organisation du travail. Les possibilités offertes aux individus devraient être plus... enfin... il faut moins de normes. On devrait pouvoir moduler, pouvoir prendre une après-midi... Cela se fait déjà, mais essayons d'aller de l'avant.

Ring : En revanche, dans quels secteurs les normes et les règles devraient-elles  revenir au goût du jour ?

LB : A l'école notamment. Cela passe par un retour de l'autorité. Il faut revoir les rapports enseignants-élèves-parents. Ce n'est pas très porteur de dire ça à gauche, mais il faut y réfléchir. La logique consumériste doit être également traitée sans faux-semblants.

Ring : Vous faites référence à l'écolier-consommateur ?

LB : Finkielkraut dit des choses intéressantes à ce propos. D'une manière un peu caricaturale certes, mais il livre des pistes à explorer.

Ring : Et hormis l'Education ?

LB : Le droit de la famille est au centre du débat. L'homoparentalité pose clairement la question. Il faut en discuter réellement. Des sociologues, des psychiatres et des experts doivent pouvoir se pencher là-dessus. Ce n'est pas parce que la revendication existe qu'elle est forcément légitime. Est-il possible de bousculer et de s'affranchir d'un ordre sociétal multi-séculaire comme si ce n'était qu'une broutille ? Il en va de même pour des sujets comme l'accouchement sous X ou l'encadrement de la prostitution.

Ring : Les militants socialistes viennent de dire « oui » au traité constitutionnel. Quel pourrait être le visage de l'Individu dans le cadre européen ?

LB : Le schéma de l'Individu « qui s'assume difficilement » concerne toutes les sociétés européennes. C'est un problème transversal. En France, la crise des institutions républicaines prend une connotation plus forte car notre pays a été beaucoup plus structuré dès le départ par la politique et l'Etat.

Ring : Comment la gauche peut-elle se positionner face à toutes ces transformations sociologiques et philosophiques  ?

LB : Se référer à la dialectique de Hegel. A un moment donné vous avez un état du monde, cet état du monde correspond à un état de la conscience, cet état de la conscience fait bouger l'état du monde, et, à l'étape suivante, il faut que l'état de la conscience s'adapte au nouvel état du monde. C'est faire fonctionner la dialectique de l'objet et du sujet. Pour le moment nous sommes dans la phase de transition. Pour reprendre le titre d'un livre de Chevènement Le vieux, la crise, le neuf, nous sommes dans la période où le vieux n'est plus mais où le neuf n'est pas encore né. Nous sommes en pleine crise.

Propos recueillis par Maurice Gendre, pour Ring



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Maurice Gendre par Maurice Gendre

Editorialiste, ancien rédacteur en chef. Ring Wall of fame.

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