Sur le RING

Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

SURLERING.COM - FRANCE - par Laurent Obertone - le 26/01/2011 - 57 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe comment, n’importe quoi. Et personne d'autre.



L'opération n'en est pas moins réussie : comme tous les six mois, on reparle de l'euthanasie. Cette fois, le sujet est trop grave pour que l'on prenne au sérieux des arguments comme "nous sommes en retard", ou "d'autres pays le font". On ne peut encore moins prétendre que ce "retard" incombe aux "lobbies de catho extrémistes", comme le fait sans rire Jean-Luc Romero, principal soutien de cette loi. Dans la foulée, il ajoute : "C'est incroyable que la France, qui était en avance auparavant, soit désormais en retard sur ces questions de société". "Les politiques sont tellement conservateurs et tellement soumis à l'Eglise". L'absence de crédibilité de la phrase précédente annihile toute l'argumentation du personnage, vous en conviendrez.

Comme le dit simplement Jean Leonetti (auteur de la loi de 2005 sur la fin de vie), "Il n'y a pas des pays en avance et la France en retard". Les arguments habituels des progressistes, c'est-à-dire ceux qui n'en sont pas, doivent être rejetés. Avec raison, Leonetti a dénoncé le lobbying exercé par l'association de Romero : "Elle ne peut pas tous les six mois faire une proposition identique en espérant qu'elle passe", ce qui rappellerait furieusement la méthode employée pour faire adopter la constitution européenne et autres avancées sociales bourdonnantes (le mariage gay, par exemple)…

Ce qui frappe à chaque fois que ce débat est exhumé, c'est l'appel à la dignité. Les partisans de l'euthanasie évoquent même la dignité ultime qu'est le choix de la mort. Comment peut-on affirmer qu'il est digne et même suprêmement digne de permettre à un individu d'en finir ? Dans cette affaire, "Ceux qui prétendent savoir sont soit des ignorants soit des menteurs", a encore affirmé Jean Leonetti, en plaidant pour "Une culture du doute collectif" tout à fait pertinente. Seulement voilà : en face, il y a l'émotion, la souffrance, la dignité… tout ça ne laisse guère de place au doute et aux arguments. Toute bonne émission qui traite du sujet exhibera un malade incurable en phase terminale, convoquera une mère éplorée qui dira qu'on a pas idée de la souffrance qu'a connu son fils, que son agonie a été interminable, indigne du pays des Droits de l'homme. Que ce n'était pas humain de lui faire ça. Que répondre, sereinement, sans devenir un monstre ? Madame, votre fils n'était pas représentatif ? Madame, nous devons cultiver le doute collectif ? Impossible.

La mort, prochain pluggin des acquis sociaux.

Et prudence, l'opinion veille et se reconnaitra bien davantage dans l'émotion d'une mère que dans la froideur et le recul d'un discours scientifique. L'opinion ? Si on lui offre une nouvelle loi, elle la prendra. La question n'est pas celle de l'opinion : on ne peut pas tout décréter à l'applaudimètre, pas plus qu'on ne peut faire entrer 65 millions de cas dans le code pénal. Les partisans de l'euthanasie semblent mal mesurer l'induction d'un tel sujet. On peut d'ailleurs se demander d'où sortent de tels débats périodiques, de telles propositions de lois. Sont-elles destinées à affaiblir à force d'insistance le législateur et l'opinion ? Sont-elles destinées à détourner l'attention, à occuper les écrans ? Devant les immenses progrès des soins palliatifs, les partisans de la mort doivent mettre les bouchées doubles. Ils savent que le temps qui passe ne joue (pour une fois) pas en leur faveur. Bien entendu, une légalisation de l'euthanasie donnerait un coup d'arrêt à la recherche et aux soins palliatifs. Mais surtout, cette légalisation franchirait une immense barrière morale. Elle n'autorise pas à ne pas sauver, elle autorise à tuer. Elle permet de décider la mise à mort.

La peine de mort était d'une autre tempe : elle cherchait à punir définitivement la faute grave, en quelque sorte, d'un individu à l'encontre de la société. Pourtant, le résultat serait le même : on peut et on doit mettre à mort l'individu. Seule la raison diffère : dans le premier cas, on considère que la mort, au delà de l'enfermement simple, est la punition suprême pour le criminel. Dans le second cas, on considère que la mort est la libération suprême de ce qu'il est devenu. Il était victime de la vie. Voilà une conception des choses extrêmement perverse. Si l'on part du principe que le meurtre est la chose la plus grave, le légaliser, d'une manière ou d'une autre, avec consentement ou non, remet clairement en question ce postulat. La boîte de Pandore serait ouverte. Contre la peine de mort, on explique qu'il ne faut surtout pas ouvrir de débat sous le coup de l'émotion, pour des cas isolés. Exactement ce que l'on fait autour de l'euthanasie. De plus, l'argument essentiel opposé à la peine de mort est celui là : "La société ne peut tout de même pas tuer une personne". Ce principe de l'inviolabilité de la vie humaine est balayé par les tenants de l'euthanasie.

Certes, la vie d'un homme ne peut pas être érigée en principe supérieur à tout. Sans cela, on arrête la marche du monde. La société l'a compris et admet n'être pas prête à tout pour sauver les siens. Pour récupérer des otages, par exemple. Il ne faut pas tout faire pour sauver quelqu'un (médicalement, on appelle ça de l'acharnement thérapeutique) mais il ne faut pas non plus tuer quelqu'un. La différence est importante. D'un côté, la loi Leonetti, de l'autre l'euthanasie. Entre les deux, une pas immense, un choix tragique : laisser mourir ou tuer. Sans pour autant être un zélé contempteur de la "culture de mort" dénoncée par Jean-Paul II, on ne peut que constater qu'avec ces histoires d'euthanasie, l'avortement et les infanticides dépénalisés (une mère infanticide prend en moyenne un an de prison ferme par enfant tué), décidément, le champ de la vie se réduit. La plupart du temps, ce sont les gens bien vivants qui souhaitent que l'on légalise l'euthanasie. Et les malades ? Comment peut-on accepter que ces gens se transposent dans l'esprit du malade pour appuyer sa décision d'en finir ? Il n'est pas toujours possible de statuer médicalement d'un degré de douleur, souvent mêlé à un profond désespoir. En d'autres termes, seul le malade peut savoir. Et la plupart du temps, il ne sait pas.

Comment avoir la certitude objective absolue, compte tenu de l'état de sensibilité et d'émotion des malades incurables, qu'on peut ou qu'ils peuvent décider d'en finir ? On peut tuer un patient, on ne pourra jamais tuer le doute. C'est cette irréductible possibilité de doute qui devrait avoir la peau de l'euthanasie. Si la décision personnelle n'est jamais objective, le décision d'un tiers l'est encore moins. Qui souffre le plus ? L'entourage ou le patient ? La souffrance n'est-elle pas contagieuse ? Est-ce physique, est-ce mental ? Comment le savoir ? Compte tenu de l'enjeu, ces questions sont bien trop compliquées pour être tranchées aussi définitivement qu'avec du poison. Le simple fait d'évoquer la méthode est repoussant. "Ne parlons pas de poison, c'est péjoratif", affirme Roméro. Péjoratif. Oui, c'est salement péjoratif de tuer quelqu'un, même en l'empoisonnant, alors qu'on discute encore sur les souffrances éventuelles des criminels condamnés à mort par intraveineuse... Qu'on "endorme", qu'on "assiste" ou qu'on "pique", le résultat est le même : on tue.

Pour rester dans un domaine strictement matériel, imaginez les histoires d'héritage, les chantages... Quantité d'autres choses que la souffrance et le désespoir peuvent précipiter la décision. Le coût des soins (pour les proches comme pour l'hôpital), l'impression d'être une charge pour la famille et la société est très pesante. Certains vieillards sont déjà rongés par la culpabilité en maison de retraite (et les proches y sont parfois pour quelque chose). Imaginez qu'ils soient en soins palliatifs, avec pour seul lien à la vie l'impression d'être de trop… Choisiront-ils objectivement d'en finir ?  Une fois encore, le doute doit briser le mécanisme de la mort. Lorsqu'on parle d'euthanasie des malades incurables, il est aussi question d'eugénisme, du bon vieil eugénisme à la Jacques Attali. 65 ans ? Définitivement non-productif. À la mitraille. On sélectionne déjà en pré-natalité (90% des trisomiques sont avortés) sans qu'on s'en émeuve, pourquoi ne pas se débarrasser des accidentés de la vie ?

"On légalise dans ce texte le suicide assisté", disait encore Jean  Leonetti. Voilà qui est capital. Quoiqu'on en dise et peu importe les raisons : nous autorisons le suicide assisté. Rien n'empêchera par la suite de passer de la souffrance physique à la souffrance morale, comme c'est déjà le cas dans certains pays pratiquant l'euthanasie. Pourquoi cherche-t-on à tout prix à empêcher les gens de se suicider ? Parce ce que l'on considère que tout est réversible, qu'un suicide est toujours un échec consécutif à une situation potentiellement améliorable. Lorsqu'ils prennent la plus grave des décisions, les suicidaires ne peuvent en aucun cas être encouragés par la loi. On ne se précipite plus pour couper la corde, on ôte simplement le tabouret, sans même se demander si ce n'était pas un simple appel à l'aide, ou si l'homme ne pouvait pas encore changer d'avis. Pour rejeter l'euthanasie, Badinter disait : "Face à une épreuve, il y a une tentation de mort inhérente à la condition humaine".

Un suicidaire appelle souvent au secours dans son geste. L'euthanasié potentiel, lui aussi désespéré, sera privé de ce dernier recours, de cette dernière humanité. On ne lui tendra pas la main, on ne lui offrira pas le dernier espoir, on lui donnera la mort. La moitié des personnes qui tentent de se suicider ne récidivent pas. La moitié. Assister un suicide, c'est un échec absolu. La société (qui prétend accompagner en permanence l'individu, de sa naissance à sa mort) l'abandonne brutalement, le pousse dans le vide. Notre époque fait le contraire de ce qu'il faut faire : elle assiste l'individu, de bout en bout, si bien qu'il ne sait plus rien faire lui-même et qu'il finit par exiger que la société prenne en charge jusqu'à sa mort, et sans douleur s'il vous plaît. Notre époque qui exige le bien sans le mal a fait comprendre à ses ouailles que tout événement imprévu et que toute souffrance ne seraient pas tolérés, qu'on pouvait faire des lois sur tout pour éviter tout désagrément. C'est la renonciation ultime, la victoire de la fatalité. L'euthanasie, l'assistanat dans une autolyse garantie sans souffrance, est l'apothéose logique de notre époque.

Ce que l'on nous présente comme une dernière liberté n'en est pas une : c'est priver de toute issue l'individu qui a refusé de choisir la vie. Et les médecins, ces gens qui font tout pour sauver des vies ? Va-t-on faire d'eux les seules personnes autorisées à tuer de notre société ?



Pour Romero, "La volonté des médecins doit passer après celle des patients et de l'entourage". Les médecins ne seraient donc que des exécutants, dont on va faire des exécuteurs. Même l'antique serment d'Hippocrate ne le permet pas. "Ce serait une régression", affirme le professeur Lantieri, auteur de la première greffe totale de visage. "J'ai reçu une lettre d'une mère qui avait aidé son fils à partir. Selon elle, s'il avait su qu'on pourrait un jour réaliser une greffe totale de visage, il n'aurait pas voulu partir". Tant qu'il y a de la vie, il y a aussi de l'espoir. Avec la médecine occidentale, tout est toujours possible. À condition de ne pas renoncer. La dignité, le droit et l'ouverture d'esprit sont toujours des arguments utilisés pour accepter des revendications particulières, très minoritaires, tout en ringardisant la majorité indifférente ou sceptique. À croire qu'il suffit d'énoncer les choses avant les autres pour avoir raison. 

Au final, les bases de la société, morales et implicites, sont attaquées. Le politiquement correct ne défend jamais un ordre établi. Il défend toujours la nouveauté dont on ne sait rien, fondamentalement imprévisible, qui n'a de légitimité que par son statut magique de nouveauté (c'est d'ailleurs pour cela que nous n'avons pas le droit de la juger). Avec l'euthanasie et avec l'idéologie égalitaire, la justice sera fréquemment placée devant le fait accompli. Nous l'avons fait. Pour d'autres, c'était légal, pourquoi pas pour nous ? Oui, nous n'avons peut-être pas respecté les procédures mais enfin, le résultat est le même. Ce n'est pas si grave. Ne chipotons pas. Le meurtre n'est plus un tabou. Le risque, c'est bien évidemment l'accélération de la chose. La légalisation de l'euthanasie est une "limite à ne pas franchir", disait à juste titre François Fillon.

Le problème, c'est que tout ce que savent faire les progressistes, c'est précisément franchir les limites. Dès qu'il y a un trait qu'ils n'ont pas tracé eux-mêmes, il faut qu'ils passent de l'autre côté, un peu comme des garnements à qui personne n'a songé à apprendre leurs limites. Ils montrent qu'ils n'ont pas peur des lignes, qu'ils osent tout, qu'ils sont vraiment ouverts d'esprit. S'il y a les médias qui regardent, tant mieux. Ils seront encore plus fiers de leur coup. On peut, on doit penser que la chose n'en restera pas là. Avec le progressisme, tout doit toujours aller plus loin. Dès lors qu'il s'agit "d'autoriser" quelqu'un ou de "légaliser" quelque chose, il y a de fortes chances pour que les âmes les plus vertueuses de notre époque soient de la partie.

À partir du moment où l'on "dispose de son corps", pourquoi ne pourrait-on disposer de son âme ? Donnez ça, ils prendront ça et ils exigeront aussi ça et encore ça. Ils iront plus loin. Ils voudront avancer. Rattraper leur "retard" et se mettre en "avance". Jusqu'où ira cette progression ? Jusqu'à l'assistance permanente de tous les suicides ? Avec nos 10 à 15% de dépressifs chroniques, la démographie ne risque pas de s'améliorer.

Laurent Obertone



Toutes les réactions (57)

1. 26/01/2011 09:19 - "Les heures les plus sombres de notre histoire"


(pour une fois, c'est juste vrai)

Bonjour Laurent, et merci de commencer le travail.

J'ai juste fait une petite recherche "euthanasie nazi", un moment j'ai envisagé de sélectionner le meilleur article, mais ce n'est même pas nécessaire, le dossier est bien documenté, tout concorde parfaitement, il suffit de prendre le premier qui sort sur Google :

d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/euthanasie.htm

Bon courage, et à bientôt j'espère,

Michel Houellebecq.

2. 26/01/2011 09:44 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneMerci beaucoup Michel, et merci pour ce lien remarquable.

3. 26/01/2011 10:25 - HP

HPArticle à la fois réaliste et émouvant. Bravo !

4. 26/01/2011 11:09 - Absurde camusien

Absurde camusien"Tant qu'il y a de la vie, il y a aussi de l'espoir. Avec la médecine occidentale, tout est toujours possible. À condition de ne pas renoncer."

Consternant simplisme de classe de catéchisme...

Sous couvert de discuter le degré de moraline de l'euthanasie, vous nous balancez un concert de bondieuseries négligeant la souffrance physique d'individus se foutant pas mal de savoir si vous y voyez, vous, dans leur calvaire, une raison d'espérer. Ce n'est sûrement pas à la société de décider des valeurs qu'on accorde à la vie. Elle se doit de garantir, au contraire, le respect de chaque interprétation de celle-ci. Et ce, à une condition : que l'on entrave le droit d'autrui. Or l'euthanasie, en tant que choix personnel, n'affecte en rien le droit à la vie que vous défendez.

Vous vous bornez à démonter des argumentaires qui ne sont à peine mûres pour égayer les brèves de comptoir.

5. 26/01/2011 11:17 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneLa souffrance n'est pas un prétexte suffisant pour que la société en vienne à organiser la suppression de ses propres membres.

Vous pensez donc qu'il ne faut pas condamner les gourous qui se suicident collectivement avec leurs adeptes ?

Ne perdez pas de temps à notre comptoir : Jo di Mambro est l'homme qu'il vous faut.

6. 26/01/2011 11:24 - le meilleur des mondes

le meilleur des mondesil faut empecher ce pas en avant vers le meilleur des mondes

7. 26/01/2011 11:37 - Absurde camusien

Absurde camusienRidicule parallèle! Les suicides collectifs sont le fruit d'une manipulation. Ils sont le fait de criminels poussant à la mort des êtres le plus souvent atteint d'une souffrance psychique et existentielle. Aucun rapport avec le souhait d'un individu d'en finir avec une souffrance physique devenu insupportable, n'en déplaise à vos standards.

Relisez-moi, Monsieur! Je ne parle pas de vos argumentaires mais de ceux du progressisme de foire (certes réel, majoritaire et moralement stérile) qui sont la cause de la boboïsation et du nihilisme sociétal.

C'est une chose de casser du bien-pensant inculte, c'en est une autre de ne pas estampiller les demandes d'alternatives comme velléités progressistes nécessairement nauséabondes. Car s'il est vrai que, comme vous le dites à juste titre, "au final, les bases de la société, morales et implicites, sont attaquées.", rien n'indique que ces attaques ne sont pas jusitifées.
Du reste, les doutes que vous émettez sur la fragilité mentale des incurables, l'impact sur leurs proches et la société, sont justifiés et méritent que l'on s'y penche. Autrement dit, il est aussi ridicule de se prononcer "pour" que "contre" (mais je vous comprends, l'avis de Rome vous suffit) sans avoir attendu que cette hypothèse soit étudiée par les spécialistes et pas seulement par les tenants de l'Ordre Moral - qu'il soit d'obédience conservatrice sauce "Mon enfant trisomique est un cadeau du Ciel" ou de confession rustre progressiste façon "je fais ce que je veux avec mon corps".

Bien à vous.

8. 26/01/2011 11:57 - Nejma

NejmaLaurent, il y a 7 ans, j'ai vécu 8 mois de cauchemars, avec une personne pour qui tout espoir de guérison n'était vu que par le milieu médical. Elle refusait tout soin, toute nourriture, Elle a donc été nourrie pas une sonde directement reliée à son estomac et manifestait sans équivoque son envie d'en finir. Elle était allergique à la morphine.Je l'ai vue vomir ses excréments, au sens propre. Je vous souhaite Laurent de ne jamais, jamais vivre cela. Quand devant les médecins elle me demandait de l'aider à partir je lui répondais"je ne peux pas, je vais aller en prison", au médecin chef de me répondre "Vous n'avez pas le droit de parler ainsi, on doit y croire jusqu'au bout". Elle faisait 32 kg pour 1m70. Et pourtant elle était très très croyante, mais son délabrement était tel qu'elle se voyait comme une morte vivante et elle avait raison.
Aussi l'interdit du meurtre, ne peut-il pas admettre des transgressions au nom de la compassion, face à la demande de celle qui estime librement que sa vie n'est plus digne d'être vécue ?

9. 26/01/2011 11:59 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneEt qu'est-ce qui vous fait dire qu'un individu qui souffre physiquement n'est pas vulnérable, que son esprit est au dessus de toute possibilité d'erreur ? Son état physique accroît la subjectivité de son jugement. Le suicidaire élimine de lui-même toute possibilité d'espoir.

"Rien n'indique que ces attaques ne sont pas justifiées".
Normal, puisqu'elles se basent sur du vent. Rien n'indique non plus qu'elles le soient. Je croyais que notre époque s'en remettait constamment au principe de précaution...

Les spécialistes ont beau faire toutes les études qu'ils veulent, ils ne réduiront jamais le doute à néant. La première chose qu'il faut apprendre, c'est que la certitude absolue n'existe pas. Ce doute doit condamner l'euthanasie.

10. 26/01/2011 12:03 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneNejma, comme je l'explique dans l'article, il y a toujours des cas particuliers bouleversants, qui semblent légitimer l'euthanasie. Mais il y a aussi quantité de cas potentiellement améliorables que la mort condamnerait. Dans le doute, on ne peut pas.

11. 26/01/2011 12:39 - Janus

Janus"Comment peut-on accepter que ces gens se transposent dans l'esprit du malade pour appuyer sa décision d'en finir ?(...)En d'autres termes, seul le malade peut savoir. Et la plupart du temps, il ne sait pas. "

Magnifique argument d'une personne avec qui a le don de télépathie.
Bravo Laurent.

Je continue la lecture, c'est tout à fait formidable.

12. 26/01/2011 12:57 - skostiss

skostiss@Absurde camusien
"'L'euthanasie, en tant que choix personnel, n'affecte en rien le droit à la vie que vous défendez".

En tant que choix PERSONNEL, comme vous l'avez dit. Si une personne veut se suicider, le choix lui appartient. Et je le respecte au plus haut point. Et je peux même comprendre qu'on puisse faire le choix PERSONNEL d'"accompagner" un malade qui demande, en pleine possession de ses moyens intellectuels, qu'on abrège son existence. Mais il devra en assumer la responsabilité morale et pénale, car comprendre n'est pas légaliser.

Absurde en revanche de demander à la société d'encadrer son geste ou de l'aider à l'accomplir et pourquoi pas le financer tant qu'on y est?

La société peut en revanche faire preuve de compassion, et même d'accorder des circonstances atténuantes à celui qui aura décidé de libérer un malade de la perte de sa dignité (telle que vous la voyez en tout cas, telle que notre époque la voit).

Comme le vol peut être légitimé par la misère et même pardonné, mais ne pourra en aucun cas être dépénalisé, l'euthanasie ne saurait être appuyée par la loi.

Pour répondre à Nejma, je crois à la possibilité morale de la transgression qu'elle évoque (le terme est parfaitement choisi), mais cette transgression doit être considérée comme telle, et donc échapper au domaine législatif.

13. 26/01/2011 13:02 - Janus

JanusArticle plutot bordélique qui s'attache à démonter tous les arguments pour l'euthanasie mais sans réussir à convaincre plus que ça.
Le ton est vite donné, soit on est de son coté soit on est une pourriture progressiste émotive (à l'image de Simone Weil). Car laisser place à l'émotion dans le débat est bien évidemment le pire signe de faiblesse qui puisse être.
Je n'ai pas encore lu les commentaire précédents mais je te recommande le dernier film avec Pacino, You don't know Jack, histoire de remettre un peu d'émotion dans ton petit corps en bonne santé quoiqu'un chouia hypertendu, et de te recentrer sur la réalité de ce qui peut se passer dans la tête d'un patient qui désire profondément en finir.
Puisses-tu rester en bonne santé pour le restant de tes jours.

14. 26/01/2011 13:16 - Volt

Voltpremier commentaire par Michel Houellebecq himself, the very touch of the Ring, juste la classe.

15. 26/01/2011 13:16 - bada.moustapha@laposte.net

bada.moustapha@laposte.net"La première chose qu'il faut apprendre, c'est que la certitude absolue n'existe pas".
A vous lire, pourtant, on peine à échapper à l'absolutisme de votre position et de la doxa transcendantaliste pour justifier Votre définition de la vie, et de balayer d'emblée l'hypothèse de la consultation de spécialistes? Grand classique du mépris des sciences humaines par les tenants d'un immobilisme viscéral.

Votre Espoir, monsieur, n'a que faire de la condition humaine face à la souffrance. Votre Espoir ne tient que dans la défense acharnée de "l'ordre établi". Vous allez même jusqu'à vous féliciter du lien pourtant inexistant entre l'euthanasie et les saloperies que des nazis auraient appelés par le même nom. Godwin : à consommer sans modération.

16. 26/01/2011 14:38 - Nejma

NejmaSkostiss, nous sommes au coeur d'une société très laïcisée. Dans ce cas de l'euthanasie nous plongeons dans un conflit entre le respect de ce qui est rationnel dans un domaine où la passion interdit à nos convictions de subir l'épreuve de l'argumentation. Finaleme,nt qui est capable de définir correctement ce qu'est l'euthanasie?Vous me direz que c'est celle des juristes, c'est lorsque l'on donne sciemment la mort( par un geste ou son commission). Cela pose aussi la question de l'humanité qui nous interdit le meurtre, elle se perfectionne par un sentiment de bienveillance. Cela fait donc naître des conflits de valeurs dans lesquels l'auteur de cet article plonge à plein nez.
Comment concilier interdit du meurtre, respect de la liberté, la compassion et préserver la dignité?
Laurent précise qu'il n'y a pas d'absolu or il se trompe car la dignité renvoie à un absolu (cf la déclaration des droits de l'homme dans son article premier qui est quand même le préambule de notre Constitution).
Mais là encore qui doit considérer ce qui est digne ou indigne? Mourir dans la dignité, c'est mourir dans la décence, mais encore si cette décence vient de mon propre regard cela annule le respect que l'on devrait avoir pour la personne malade puisque qu'elle est dépréciée.

17. 26/01/2011 14:43 - Laurent Obertone

Laurent Obertone"pourquoi pas le financer tant qu'on y est ?"

Si une loie est votée, ce sera le cas.

"Puisses-tu rester en bonne santé pour le restant de tes jours".

Je préfère le vouvoiement à toute hypocrisie.


Moustapha, je revendique ce rejet absolu mais je ne prétends pas pour autant avoir raison. Je dis tout simplement qu'on ne sait pas, qu'on ne peut pas savoir. Ce qui m'importe, c'est que la société ait cette même humilité.
Qu'elle prétende avoir raison dans la planification de la mise à mort de ses membres serait autrement plus effrayant que tous les défenseurs réunis de "l'ordre établi".

18. 26/01/2011 15:12 - Michel Houellebecq

Michel HouellebecqNejma,
Vous soulevez, à mon sens, le seul argument qu'on puisse opposer à Laurent : il y a, en effet, certaines personnes allergiques à la morphine (moins de 1% de la population, quand même).
Mais 1% de la population, c'est déjà beaucoup, je suis bien d'accord avec vous ; et il faut bien reconnaître que les antalgiques de substitution sont pour l'instant beaucoup moins efficaces en cas de douleurs extrêmes.
Il existe, ceci dit, des alternatives non médicamenteuses. La France est, en effet, "en retard sur d'autres pays", dans au moins deux domaines touchant à la formation médicale :
- le traitement des effets secondaires de la morphine
- la formation des praticiens à l'hypnose.
Je ne suis pas suffisamment compétent pour poursuivre, mais le lien suivant pourrait peut-être vous intéresser : www.adrenaline112.org/hypnose/anes/anesbolus.html
J'ajouterai juste que nous sortons, il me semble, du débat sur la fin de vie ; car il existe certaines maladies, absolument pas mortelles, qui provoquent, elles aussi, des douleurs extrêmes. Faut-il s'en autoriser pour légitimer le meurtre ?

19. 26/01/2011 15:37 - HP

HPLa question de l'extension de la douleur physique à la douleur psychique soulevée dans l'article est très pertinente. Si on s'appuie seulement sur la volonté individuelle (volonté est un bien grand mot dans certains cas...) par rapport à la douleur, pour pousser la logique jusqu'au bout, on pourrait vouloir partir pour une baisse d'accuité visuelle ou parce qu'on vieillit et qu'on a des douleurs... Pour l'aspect psy, si on est en déprime ou dépression, on peut aussi le vouloir (on y viendra c'est certain). Alors, qu'on peut guérir de cela.

Je trouve que l'on parle assez peu des types de pathologies concernées. Il y a par exemple toutes les maladies neurologiques (épilepsie, sclérose en plaques etc.) avec troubles associés du comportement, de l'humeur, cognitif etc. qui ne sont pas mortelles et peuvent occasionner plus de souffrances morales que physiques. Avec parfois des patients peu autonomes (physiquement et psychiquement). Je ne dis pas que ces maladies sont un cadeau, attention. Ces maladies sont nombreuses en fréquence (et en augmentation) et devraient faire réfléchir car se loge là l'origine d'une grande dérive possible. Un malade avec une de ces maladies et des troubles de l'humeur associés est-il en mesure de faire un choix ? Je ne parle même pas de la maladie d'alzheimer et autres démences. Remarquez, c'est le budget de la sécu qui s'en trouverait allégé...

20. 26/01/2011 15:50 - moustapha

moustaphaAlors nous sommes d'accord, Laurent : nous ne savons pas. Il faut donc débattre.
Et donc : ne pas rejeter la modeste contribution des spécialistes aux questions médicales, éthiques et sociologiques qu'implique une question aussi grave!

J'oubliais, derrière ce flot de critiques : article intéressant!

Bien à vous.

21. 26/01/2011 15:53 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneUn témoignage intéressant dans la Dépêche, d'un certain «Pierrot» B. 50 ans, Infirmier, spécialisé dans les soins palliatifs à Toulouse.

« La première fois que j'ai été confronté à l'euthanasie, je débutais dans ma carrière. On a amené aux urgences un garçon de 25 ans, le même âge que moi. Il avait fait une chute le soir du Réveillon. Tous les électroencéphalogrammes étaient plats. En petit comité, les médecins ont décidé que l'euthanasie était la meilleure solution.

Mais c'est moi qui ai cassé les ampoules de potassium et qui les ai injectées. Il en a fallu une vingtaine… J'étais très choqué. Pour moi, travailler aux urgences, cela signifiait sauver des vies, pas donner la mort… Et puis, on ne m'a pas demandé mon avis. On m'a juste donné une prescription, orale… Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à sa famille. Je ne crois pas aux miracles, mais si cette famille, elle, y avait cru ?

Plus tard, je suis devenu infirmier libéral, et le problème de la douleur et de la fin de vie m'a toujours préoccupé. J'ai donc suivi une formation particulière pour prendre en charge les malades, notamment ceux qui, en accord avec leurs proches, ont décidé de mourir à la maison. C'est très difficile, notamment face à l'entourage.

On se trouve seul, sans structures, sans hôpital, sans médecin, face à des parents qui ont du mal à supporter les gémissements, la dégradation… Quand on entre dans la maison, on a l'impression de se retrouver sous une chape de plomb ! Pour moi, le principe n'est pas de maintenir la vie à tout prix, mais de prendre soin des gens jusqu'au bout…

Un jour, j'ai dû m'occuper d'un monsieur qui était en phase terminale d'un cancer. Au début du week-end, il a eu une forte poussée de fièvre. Son médecin habituel n'étant pas là, j'ai appelé le remplaçant, qui m'a conseillé alors de lui passer par perfusion des antibiotiques et de la cortisone. Le lundi matin, le patient allait beaucoup mieux, sa fièvre était tombée…

Mais il m'a reproché de l'avoir soigné. Il m'a fait comprendre que dans l'état où il était, il avait passé un week-end à souffrir et qu'il aurait préféré « partir » à l'occasion de cette fièvre… Le hasard a voulu que deux jours après, son fils et son petit-fils, qu'il n'avait pas revus depuis des années, sont venus le voir. Ils se sont réconciliés. Le lendemain, cet homme qui deux jours avant m'insultait presque, m'a remercié… »

22. 26/01/2011 16:34 - B.Kiddo

B.KiddoTiens tiens, Monsieur Houellebecq vous avez un fanatique lecteur du Ring, Mister Volt. Quand seule la signature produit de l'approbation. C'est mignon.

Skostiss soulève une question intéressante, la manière de traduire la transgression devant la justice. La responsabilité pénale lorsqu'il s'agit d'un vol peut en effet être atténuée en cas d'état de nécessité (art 122 Code Pénal, l'alinéa m'échappe). Dans le cas de l'euthanasie cette cause est difficile à mettre en œuvre puisque l'une des conditions à remplir est 'un danger actuel ou imminent'. Pour le moment les tribunaux font preuve de compassion en effet.
C'est ici la question du consentement qui pose problème et la loi du 22 avril 2005 portant sur les droits des malades a essayé d'y répondre en permettant de prendre en compte la volonté des malades. Lorsqu'un traitement médical n'est plus susceptible de guérir le patient, le traitement peut être arrêté et remplacé par des soins palliatifs. Il semblait important de préciser ces quelques détails.

Votre point de vue Monsieur Obertone est agréable à lire (même si je ne partage pas tout ce qui est dit), merci de l'avoir partagé. Néanmoins un petit bémol s'impose surtout quand vous parlez de "champ de vie (qui) se réduit" en évoquant l'avortement (doit on vraiment revenir sur ce droit des femmes ? A ce compte là remettons aussi en question l'abolition de l'esclavage ou la dépénalisation de l'homosexualité...). Et l'article se transforme en psychologie/discussion de comptoir lorsque vous semblez regretter que les mères infanticides se soient condamnées qu'à un an de prison ferme par enfant tué (des chiffres que je me permets de questionner, entre condamnation et peine effective il y a une différence). Pensez vous réellement que ces femmes puissent se faire soigner en prison ? Enfin, c'est là un autre débat.

Ceci étant dit, les questions soulevaient par l'article et les commentaires restent passionnantes.

23. 26/01/2011 16:45 - de passage

de passageBonjour,

Je lis beaucoup le ring, mais ne commente que très peu.
Ceci est une modeste contribution personnelle à ce que je pense du sujet, sans vouloir accrocher des partisans ou polémiquer; peut-être au moins pour faire avancer le débat.

Un gros problème du sujet de l'euthanasie est la différence entre le choix individuel (la liberté de l'individu) et le choix société (la soumission à la société).

D'un point de vue personnel, et en tant que défenseur absolu de la liberté individuelle, il me semble que le droit d'en "terminer" est une liberté fondamentale de l'individu. Par contre, la société peut et doit "négocier" avec lui pour le faire réfléchir sur l’irréversibilité de l'acte et toute possibilité de trouver une solution plus honorable ; mais, au final, respecter la décision de l'individu.
... Un peu, quelque part, comme pour l'avortement : donner un délai obligatoire de réflexion avant le passage à l'acte, sachant que dans un avortement c'est pire : on tue "l'autre", pas soi-même... pourtant, c'est tellement plus simple d'avorter que de suicider/s'euthanasier.

Par contre, là où tout se débat me fait frémir au plus profond de mon être, c'est cette dérive insidieuse vers l'euthanasie dictée et réglementée par la société : ce n'est plus véritablement l'individu qui décide de son sort, mais la société -c'est à dire les autres. Ce n'est alors plus un suicide légal, mais simplement un meurtre (car autrui tue quelqu'un).
Que reste-t-il du choix et de la liberté individuelle ? quelle dérive si la famille peut choisir pour l'individu ? Et pire si l'état décide au final ?... la frontière est si mince qu'elle fait peur.

On a pourtant une dualité claire : individu / société (ou non-individu, ou "autres").
Mais tout s'amalgame insidieusement, et dangereusement.

Peut-être qu'une solution serait un parcours du combattant individuel pour atteindre le kit d'euthanasie, long et coûteux, qui implique un sacrifice personnel nécessaire pour donner le temps et la réflexion sur la réalité / nécessité de l'acte.
Mais offrir le kit comme passer à un McDo, remboursé par la sécu... quel danger !

Il faudrait une vraie et longue réflexion à mener l'esprit tranquille, sans amalgames ni émotions... chose devenue impossible dans nos pays où le rationnel a été euthanasié depuis longtemps (si vous me pardonnez le jeu de mots).

Cordialement,
De passage...

24. 26/01/2011 17:24 - Janus

JanusPoignant témoignage que celui de Pierrot l'infirmer, mais le cas de ce patient en phase terminale de cancer qui souhaite en finir à cause d'une fièvre passagère ne rentrerait à mon avis pas dans le cadre légal de l'euthanasie ou de la mort assistée.
C'est une décision qui ne peut être prise sur un coup de tête et doit découler d'un processus de discussion entre le patient et sa famille, et le patient et son médecin.
Ma position sur le sujet est de sortir du débat toute action létale directe du personnel médicale, car aucun compromis n'aboutira jamais, mais de donner un cadre professionnel au suicide assisté.

Car quand j'entends que "mourir est une décision trop importante pour qu'on la confie aux patients" c'est pour moi complètement aberrant.

25. 26/01/2011 17:42 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneMerci, Moustapha.

B.Kiddo, sans trop m'aventurer hors sujet : les mères infanticides françaises effectuent en moyenne un an réel de prison (elles sont condamnées au double) par enfant tué (exemples "célèbres" : Courjault et Lesage). La prison ne les "soignera" sans doute pas, mais ce n'est pas le but. La prison sert avant tout à matérialiser la faute. Je constate que le laxisme à l'encontre des mères infanticides s'accroît de manière inquiétante, et que des désordres psychologiques très discutables sont avancés pour réduire comme peau de chagrin la condamnation (qui symbolise aussi la valeur de l'enfant par rapport à leurs propres pulsions).
En octobre, un père bordelais qui a tué son bébé a été condamné à 30 ans de prison ferme (dont 15 de sureté).

26. 26/01/2011 17:53 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneJanus, je trouve pourtant cette phrase très juste. Le patient n'est pas en position de décider. Dans un grand état de souffrance, on ne peut pas savoir, on ne peut que croire.

Je vais prendre un exemple un peu choquant. Si on vous torture de façon abominable, peut-être qu'a un moment donné de votre supplice, vous voudrez absolument mourir, sans l'ombre d'une hésitation. La douleur ne laisse pas le choix, elle étouffe tout espoir et toute issue.
Vous me direz qu'on peut aujourd'hui être certain qu'il n'y aura pas d'amélioration de l'état de tel ou tel malade... Je vous répondrai que non. Même les plus cartésiens des médecins ne savent parfois pas expliquer certaines rémissions spectaculaires, de cas pourtant unanimement "condamnés".

Imaginez-vous le poids de l'erreur ? En définitive, le patient ne peut pas savoir, il ne peut que croire. Cela implique donc qu'il peut se tromper lourdement. C'est tout le problème et ce doute doit signer, à mon humble avis, l'arrêt de mort de l'euthanasie.

27. 26/01/2011 18:44 - Nejma

Nejma@Michel Houellebecq, il est évident que lorsque je parle de douleurs ce ne sont pas celles des menstrues, d'une crise hémorroïdaire (je n'en ai jamais eu mais paraît que c'est horrible), d'un nerf sciatique coincé ou de crises néphrétiques mais bien de douleurs liées dans le cas que j'évoque à un cancer du larynx qui a nécessité une ablation, soins multiples et variés sauf psy, une impossibilité de se nourrir autrement que par des liquides, et de communiquer. Ce qui a été le plus douloureux, c'est d'abord physique les poumons s'étant infectés avec les nombreuses erreurs de trajectoires ensuite les diarrhées répétées qui ne lui permettaient plus de marcher sans porter une protection. Puis allergie aux protections qui peuvent contenir des agents allergènes.
J'avais l'espoir de lui donner assez de force pour qu'elle se batte. N'est-ce pas la première des réaction de l'entourage?
Même s'il y avait des soins à domicile, cela ne prenait pas en compte le carnage fécale et urinaire qu'elle laissait quotidiennement sans compter les fois où elle arrachait sa sonde. J'avais employé une auxiliaire de vie à domicile, qui a refusé de poursuivre.Puis je me suis mise en stand by vis à vis de mon emploi pour me consacrer à elle et sa guérison.Mais dès que je rentrais chez moi il y avait une odeur insupportable de cadavre, de maladie.
Elle écrivait sur son ordi ce qu'elle avait à me dire,me suppliait de lui apporter un poulet rôti, du bifteck de chez untel.Il ne servait à rien de lui dire tu ne pourras pas le manger. Je lui achetais donc tout ce qu'elle avait envie de gouter. ces vaines tentatives finissaient par des étouffements. Puis la douleur s'est accompagné d'une torture psychologique. Le sadisme a été jusqu'à ce que je lui achète de la nourriture pour qu'elle puisse la sentir et pleurer au dessus. "Pitié je veux juste sentir l'odeur, m'écrivait-elle".
J'ai vécu 8 mois dans un univers étrange fait d'insomnies, d'aller retour à l'hôpital, de confidences passionnantes, de chantage, de détresse, de suffocations.
Michel, je ne connaissais pas les thérapies par l'hypnose, croyez-bien que si j'avais eu cette possibilité j'aurais tout fait pour qu'elle puisse en bénéficier. Face à ces situations nous sommes démunis, il y a le milieu médical qui sait et en face ceux qui sont dans l'expectative, l'angoisse des va et vient entre l'espoir les regrets et le désespoir. Où était sa libre disposition d'elle-même? Lui a-t-on offert des conditions ultimes d'une vie supportable ? Je suis convaincue qu'elle était largement indépendante pour décider. On lui a infligé des traitements curatifs disproportionnés alors qu'elle agonisait. Elle réclamait juste le droit de mourir pas le droit d'être tuée là est toute la différence.

28. 26/01/2011 18:59 - B.Kiddo

B.KiddoTout d'abord merci Monsieur Obertone de m'avoir répondu.
Loin de moi l'idée de paraître désagréable, néanmoins je m'interroge sur une quelconque formation en psychologie que vous auriez pu recevoir pour avancer des propos aussi lourds que "désordres psychologiques très discutables" concernant ces mères.
Au sujet de la matérialisation de la faute des mères infanticides, celle ci n'est possible que par le suivi d'un traitement mené par des psychiatres. En effet elles n’ont pas investi l’enfant comme un être vivant à la base. Ce n'est pas en prison qu'elles vont comprendre ce qui les a animé à ce moment là. Vous parlez de peines "symboliques" à hauteur de la valeur des "dégâts" si je puis dire, et c'est bien sur ce terrain que les magistrats évitent de s'aventurer.
J'ai bien conscience que ce sujet est très dur et nous renvoie chacun à notre intimité la plus profonde mais il faut éviter de se laisser submerger par nos sentiments.
Pour finir, l'idéal bien serait pour ces mères de suivre un traitement afin de prendre conscience de l'acte et ensuite payer leur dette à la société par un passage par la case prison.

Dans une seconde partie vous dîtes "Imaginez-vous le poids de l'erreur ? En définitive, le patient ne peut pas savoir, il ne peut que croire."
Et si le patient est prêt à prendre le risque ? ;-)

En espérant ne pas avoir été trop sèche.

29. 26/01/2011 19:26 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneB.kiddo,

"désordres psychologiques très discutables"

Très discutables car très discutés par les spécialistes. Ces concepts sont souvent utilisés de façon étrange et passionnelle par une minorité de psychiatres. Les défenseurs du "déni de grossesse" prétendent que la femme ne se rend pas compte qu'elle accouche, qu'elle ne sait pas que ce qui vient de lui arriver est un bébé. Si une femme pourtant déjà mère ne sait pas ce qui est sorti d'entre ses jambes, je veux bien qu'on nous explique pourquoi elle lui défonce le crâne à coup de pommeau de douche, avant d'éponger soigneusement les traces et de cacher le tout dans le fond du frigidaire ou du jardin.

Remarquez, peut-être qu'elle agit de la sorte avec tout ce qu'elle ne connait pas, ce qui n'est pas vraiment un témoignage "d'ouverture d'esprit", vous en conviendrez.

Soit ces femmes sont folles et il faut les enfermer, soit elles ne le sont pas et il faut les enfermer. Notamment parce que rien ne peut prévenir la récidive.

Je pense que ces personnes jugées par ailleurs "équilibrées" doivent purger leur peine avant que l'on se préoccupe de leur guérison, parce qu'elle doivent payer, quoiqu'il arrive, pour la "chose" qu'elles ont massacré. Notamment parce qu'un an de tôle pour une vie, tout bien pesé, ce n'est pas cher payé, et que nombre d'enfants non-désirés risquent eux de le payer cher. "C'est le déni de grossesse, m'sieur le juge".

"Et si le patient est prêt à prendre le risque ?"

En ce cas, l'altruisme à la base de nos sociétés devient superflu : nous n'avons plus aucune raison de dissuader un suicidaire de passer à l'acte.

30. 26/01/2011 21:08 - MG. Dantec

MG. DantecReçu à l'instant par email :

Enregistrer toutes les naissances pour mieux contrôler la natalité
par Jeanne Smits, 2011-01-22

"Le grand bienfaiteur de l'humanité, Bill Gates – vous savez bien que lui et sa femme, Melinda, ont créé une Fondation pour améliorer la santé mondiale et réduire la natalité – a eu une nouvelle idée présentée en novembre dernier au Sommet de la « mHealth Alliance », que vient d'évoquer LifeSite. Il propose d'utiliser la technologie des téléphones portables pour enregistrer chaque naissance pour créer une nouvelle base de données pour la vaccination. Il s'agirait de prendre les empreintes digitales du nouveau-né et de consigner son lieu de naissance, ce qui permettrait de mettre en place des « systèmes pour s'assurer que l'immunisation ait bien lieu ». Et des « avertissements » automatiques pour les parents qui « oublieraient » d'amener leur enfant pour une vaccination.

L'idée d'apparence généreuse est de réduire la mortalité infantile. Objectif déjà partiellement atteint depuis 1960 : on enregistrait alors 20 millions de décès d'enfants avant leur 5e anniversaire, contre 8,5 millions « seulement » aujourd'hui. Gates attribue ce succès à la vaccination des bébés pour les deux tiers, le tiers restant de vies sauvées étant liées à une amélioration de la situation matérielle des parents, selon lui. Mais l'objectif principal n'est pas en fait de réduire la souffrance des enfants et la tristesse des parents : pour Bill Gates, le bienfait recherché serait une baisse de la natalité. Il a expliqué devant un parterre de 2.000 personnes que les parents ont davantage d'enfants lorsque le taux de mortalité infantile est élevé, il suffit donc de réduire la mortalité pour assurer un taux de natalité plus bas comme on l'a constaté dans l'Occident urbanisé où il est tombé sous le taux de remplacement des populations (le but à atteindre ?).

La Bill and Melinda Gates Foundation finance généreusement le Planning familial et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP). En ce qui concerne les campagnes de vaccination, rappelle LifeSite, des cas bien documentés attestent de leur utilisation pour assurer discrètement des stérilisations féminines : ainsi la Cour suprême des Philippines a établi en 1995 que des vaccins anti-tétaniques utilisés lors d'une campagne d'UNICEF contenaient des beta-hCG, qui, administrés de cette façon, conduisent le corps féminin à considérer l'hormone de la grossesse comme un envahisseur lors d'une éventuelle grossesse ultérieure et à la rejeter, et donc à les rendre pratiquement stériles. 3 millions de femmes en âge de procréer avaient reçu ces vaccins lors de campagnes qui les visaient spécifiquement, alors que les hommes étaient deux fois plus nombreux à mourir du tétanos…

La mHealth Alliance où Bill Gates a bénéficié d'une assistance aussi nombreuse et attentive est une création de la Fondation des Nations unies, de la Fondation Rockefeller, et de la Fondation Vodafone qui l'ont lancée en 2009 pour utiliser la puissance des technologies sans fil pour améliorer les questions de santé dans les pays à revenus moyens ou pauvres. Le plan d'aide d'urgence des Présidents des États-Unis l'ont rejointe, puis Hewlett Packard en 2010. Bien sûr, comme tous ces programmes, celui de mHealth propose des solutions et des aides qui sont réellement capables d'aider, de secourir et de soigner. Mais ici avec la certitude que la plupart des donateurs sont des promoteurs de la réduction de la population mondiale par le contrôle de la population, et avec l'idée inquiétante d'une sorte de « mise en ligne » mondiale des données de santé, ce qui est pour le moins à double tranchant."

Mes amitiés transatlantiques au Ring et à Michel Houellebecq.

31. 26/01/2011 21:26 - B.Kiddo

B.KiddoMonsieur Obertone, ces mères ne sont pas équilibrées, voilà pourquoi je parlais de régler les désordres psychologiques avant de purger une peine. Sinon ça n'a aucun sens.

"Très discuté par les spécialistes", comme les spécialistes qui pensent guérir le cancer du sein par l'homéopathie ou ceux qui considèrent l'homosexualité comme une déviance ? Oui vous trouverez beaucoup de spécialistes pour soutenir toute sorte de thèses . Que ce genre de faits vous effrayent cela se comprend, de là à priver de sens un concept psychologique c'est bien triste...

"Qu'on vous explique"... avez vous lu sur le sujet ? Ces mères qui n’ont pas investi l’enfant comme une personne. L'enfant n'existant pas, elles peuvent l'étouffer dans un sac en plastique, le traiter comme un déchet. Le bébé n'existe que si la mère l'a investi comme tel.
Votre raisonnement est faussé car vous essayer de comprendre ce genre de fait par un raisonnement clair et objectif. Or ces actes ne sont pas animés par une quelconque raison.

La folie est un mot que je n'emploie pas d'abord, peut être parce que je ne le comprends pas.

Pour arriver à tuer son propre nouveau enfant, une chose est sûre, il faut être très déséquilibré.

Si vous pensez que rien ne peut empêcher la récidive et qu'il faut enfermer tous les criminels en CDI je pense que notre échange s'arrête là. Je ne vous donnerez qu'un chiffre : en ce qui concerne les homicides, le taux de retour en prison d’anciens détenus est de 0,5 %.

La réelle question est de savoir si la justice a assez de moyen pour faire son travail, comme vérifier le respect des convocations réservées aux libérés sous conditions, l'application des soins nécessaires à tous les détenus qui en ont besoin... Mais c'est encore un autre débat.

32. 26/01/2011 22:19 - Laurent Obertone

Laurent Obertone"ces mères ne sont pas équilibrées"

Ce n'est pas la conclusion des psychiatres. Selon eux, le déni de grossesse n'implique pas un désordre mental.

Ensuite, je ne vois pas ce que viennent faire vos homéopathes et vos homosexuels là dedans. Je vous disais simplement que de très nombreux psychiatres (tout autant psychiatres que les autres) sont très réservés (euphémisme) quant à la validité du concept de déni de grossesse.

"Ces mères qui n’ont pas investi l’enfant comme une personne"

Tout comme les psychiatres soutenant la thèse du déni de grossesse, vous ne savez pas répondre à ma question : si l'on a "pas investi", pourquoi massacrer et dissimuler ? Il y a bien une raison dans ces actes : la froide raison de l'assassin, qui calcule pour tuer et qui calcule pour dissimuler (et la plupart du temps qui dissimule très bien).
Si on retrouvait la mère complètement perdue, prostrée dans une marre de sang avec le petit cadavre, on pourrait envisager le déni de grossesse. Or, on a affaire à un meurtre (étouffement, étranglement, coups...) puis à une dissimulation méthodique (nettoyage, enfouissement, congélation...). Est-ce un déni de comportement criminel ? Qu'est-ce qui empêche d'étendre le concept aux tueurs en série ? "M'sieur le juge, c'était un déni de victime".

N'écoutez pas Victor Hugo : remplacer les juges par des médecins est une folie.

"en ce qui concerne les homicides, le taux de retour en prison d’anciens détenus est de 0,5 %"

Et ça se chiffre à combien, en victimes innocentes ?

33. 27/01/2011 01:24 - victor

victorCertains arguments pour l'euthanasie sont à mon avis tout à fait acceptables. D'autant plus qu' ils sont sincères. (sur ce site, tout du moins )
Je partage néanmoins l'opinion de ceux qui sont contre. Et même résolument contre.
Je me permets de dire que selon moi attendre et esperer une loi qui encadrera l'euthanasie afin de mettre un terme au calvaire d'un malade est néanmoins un manque de perspicacité. Et ce au moins pour les raisons suivantes.
Il est incontestable que la societé que nous connaissons est une societé dominée, influencée par des Managers qui ne connaissent que le profit.
Avez vous remarqué nos Managers Modernes ? Pratiquement toujours un discours soft, cool, sympa, s'excusant toujours des dégats que leur gestion provoque et promettant toujours de veiller à ce que celà ne se reproduise plus jamais. Plus jamais, disent ils depuis toujours.
Je m'interesse à la politique depuis bientot 40 ans, je l'ai forcément remarqué et n'en crois plus un mot. Plus un seul mot.

Pour ne parler que de la gestion de la santé en France. L'affaire du sang contaminé ? la recherche du profit. L'affaire du médiator aujourd'hui et les autres médicaments hier? La recherche du profit. L'insufisance chronique des moyens matériels et humains dans les hopitaux ? ( oui, humains, c'est à dire du personnel qualifié, en nombre suffisant et qui croit en sa vocation) La recherche des profits encore et toujours. Et si on ne parle ici que de la santé, chacun sait que dans les autres domaines de notre societé, c'est la même mentalité qui commande.

Ce n'est probablement pas un hasard, si les partisans de l'euthanasie se trouvent majoritairement du coté de ces bobo liberaux gauchisants depuis toujours favorables à la transgression des tabous et à la mise au rebut des valeurs encore largement admis dans notre société voici encore 30 ans.
En invoquant bien entendu, la liberté, le progrès, la modernité, affectant un souci permanent pour des relations cool et en l'occurence, de la compassion pour la souffrance des autres.
La mentalité des Managers que nous connaissons + les bobos, voilà bien ce qui domine encore et pour quelque temps encore la societé actuelle.
On peut donc prévoir que la libéralisation de l'euthanasie ne serait après tout et par dessus tout qu'une sinistre affaire profitable et acheverait probablement ce qui reste encore de la civilisation française. Le combat continue. Bien à vous et merci à toute l'équipe du RING pour la qualité du site.

34. 27/01/2011 08:21 - Michel Houellebecq

Michel HouellebecqA peu près tout le monde, en vieillissant, se trouve de plus en plus souvent confronté à l'agonie de proches. Ce n'est jamais bien gai. Parfois c'est atroce, comme dans votre cas, Nejma ; parfois c'est plus apaisé.
Que vous ne connaissiez pas les techniques de l'hypnose, c'est bien excusable ; le problème est que beaucoup de médecins ne les connaissent pas non plus. Plus généralement, la formation médicale en France, historiquement, s'est trop peu intéressée à l'accompagnement des agonisants, et aux techniques de lutte contre les très grandes douleurs.
Mais c'est justement le but de la loi sur les soins palliatifs ! Permettre le développement en France d'unités, en nombre suffisant, dédiées à ce seul objectif.
Les soins palliatifs refusent l'euthanasie, aussi bien que l'acharnement thérapeutique. Ils demandent d'immenses qualités humaines chez les bénévoles et les soignants, mais n'exigent du malade aucun héroïsme ; c'est une "voie moyenne" (comme le bouddhisme, d'ailleurs). Parce qu'il faut, quand même, dire la vérité : lorsque la douleur est vaincue, la demande de mort disparaît presque toujours ; et les médecins, lorsqu'on les interroge, s'affirment en mesure de vaincre n'importe quelle douleur. Au prix, c'est vrai, d'une altération de la conscience. Mais qu'est-ce, exactement, que la conscience ? Et qui peut dire ce qui se passe dans la conscience d'un agonisant ?
Alors, pourquoi compromettre le fonctionnement d'une loi qui est en train de se mettre en place, qui a déjà donné de bons résultats, pour se rabattre sur la formule, certes plus efficiente et plus brutale, de l'euthanasie ? Pour faire des économies ? Ou par une volonté perverse de "briser le tabou ultime ?" Je ne sais pas, et à la limite je m'en fous. Mon propos n'est pas de débattre avec les partisans de l'euthanasie, c'est de les combattre.
Quant à la dignité, je n'ai pas compétence pour en parler. Je n'ai jamais senti, chez moi, quoi que ce soit qui s'apparente à de la "dignité" (mais peut-être, chez d'autres, ce sentiment est-il plus développé). Parfois je me suis senti aimé, désiré, disons pour faire sobre accepté ; et ceci m'a donné envie de vivre. Parfois, je me suis senti rejeté ; et ceci m'a donné envie de mourir.
J'avoue que mon analyse ne va guère au-delà ; et que dans cette enflure grotesque de "dignité" et de "respect", je distingue en filigrane quelque chose de beaucoup plus sombre. Genre : "Allons, allons, mon garçon, un peu de dignité ! Vous voyez bien que vous dérangez tout le monde !... Pourquoi ne pas prendre, gentiment, votre cocktail lytique ? On vous fera une jolie petite incinération, et puis une petite cérémonie citoyenne, tout mignon tout digne, avec mix de musiques apaisantes et lâcher de tourterelles."
Pour un vieux lecteur de science-fiction, comme moi, le sujet n'a rien de très neuf. Entre "Soleil vert" de Fleischer (bonne adaptation cinématographique, remarquable composition d'Edward G. Robinson) et "Le test" de Matheson (moins connu, mais je recommande également), le sujet a déjà été brillamment traité.
La différence, c'est que, maintenant, nous y sommes. Nous y sommes.
Michel Houellebecq.

35. 27/01/2011 09:41 - juif entre les mots

juif entre les motsLire ou relire Un cantique pour Leibowitz , de Walter M. Miller.
Un excellent bouquin qui lie de façon particulièrement intellibnte un certain nombre de liens entre culture, technique, société, foi, livre, et toute la fin tourne autour de cette question de l'euthanasie. Non pas que je sois d'accord avec les positions de l'auteur, mais c'est un vrai romancier.

Je n'ai pas trop envie de développer ici ( je suis à nouveau sur un clavier ridicule ),
mais une question qui se pose est: jusqu'à où accorde t on à l'Etat de légiferer.
Le rapport que chacun établit à sa propre mort, à la possibilité pour x ou x raison de se la donner, est la pierre angulaire de la signification qu'il parvient à donner au phénomène curieux qui est le fait de se trouver vivant. Oui, même pour une rage de dents, on peut se donner la mort. C'est un peu con, c'est pas très beau, c'est même très nul, mais c'est très exactement la limite de soi qui est en jeu, et donc soi.
Il est devenu ridicule de mourir par amour ( roméo et juliette seraient deux clowns un peu naïfs aujourd'hui ), stupide de mourir de douleur ou de tristesse, etc.
Pourtant ces reculs ne témoignent que d'une chose, c'est de la dépossession de soi=même, qui est le propre du mouvement des empires. On laisse à l'état ( une machine ) le soin de faire de nous un personnage de son roman écrit par personne, ou plus précisément par les fantomes affamés des morts qui nous ont précédé. Et dieu sait s'ils tournent, ceux=là, sur leurs petits manèges !


@MG. Dantec: si tu repasses par là, je suis M G, jadis de la rue L.A. Cr... en face de Ro...Ro, j'aimerais bien re avoir ton email, sans avoir a demander ça à des tas d'intermédiaires. Le mien est mon mon prénom et mon nom tout attaché à gmail point com.

36. 27/01/2011 11:10 - Nejma

Nejma@juif entre les mots, vous êtes souvent entre quelque chose.
Pour MG Dantec son contact apparaît sur sa photo de pirate gallois:
contact@mauricedantec.com
Je ne sais si c'est fiable mais ro ro près de chez lulu c'est bien connu aussi.
En ce qui concerne le thème que vous commentez c'est exactement cela la dépossession de soi qui est à penser et jusqu'où l'État est autoriser à aller? Fiat lux!
Vous me faites penser à Spinoza dans vos réflexions, sagesse méditation de la vie?
@Michel, j'avais 35 ans à l'époque de son agonie, je ne savais pas qu'un an après j'allais vivre la mienne mais c'est une autre histoire. Entre les séquelles d'une agression et celles d'un cancer ce sont deux mondes. Merci pour le lien, il est très très instructif.
Là où je suis très surprise Michel, c'est votre engagement éthique.
Je concède sur le fait qu'il ait urgence à un développement des soins palliatifs et de l'accompagnement à condition qu'ils ne soient pas réduits à une simple technique médicale. C'est une tache très ingrate, et en même temps noble, les candidats risquent de ne pas se bousculer au portillon.Personnellement je n'ai pas d'idée arrêtée, je ne suis ni pour ni contre l'euthanasie.
Je me questionne encore, j'ai vécue certes avec cette personne de 78 ans, ce qu'elle refusait avant tout c'était d'être aussi diminuée ne plus jamais pouvoir manger boire ou parler normalement.
J'ai vu un reportage sur arte de la manière dont les suisses s'y prenaient pour un fin de vie assistée, c'est loin d'être en effet convaincant.
Il ne s'agit pas non plus de sacrifier les veiux comme dans l'ouvrage que vous mentionnez, c'est cette dérive qui serait à craindre, peut-être.
Michel si le seul fait de vous sentir rejeté vous a donné envie de mourir, je me permets une indécence, vous aimez manger, boire, fumer, faire l'amour, si demain de façon définitive cela vous est interdit, Dieu seul sait comment vous réagirez, mais là je crains le pire.
En tous les cas merci pour votre enrichissement.

37. 27/01/2011 12:03 - un roi dans ses chambres

un roi dans ses chambresNejma, ce que je ne savais pas encore que je voulais dire, mais que je dis mainenant, c'est qu'il y a des zones qui devraient être mintenues hors de la pensée législative. La Loi exlut la personne de son champs dans la mesure même où elle prétend s'en occuper. Ce qui touche aux limites du désir individuel de vivre ( là où se fonde essentiellement le sens ), ça ne devrait pas concerner la législation. Chaque fois que les législateurs se mèlent de ça, c'est signe que la fin est déjà passé , ce qu'à vrai dire je sais depuis ma naissance ou presque. La page mise en lien par Houellbecq le rappelle plus qu'autre chose.
Que ça ne regle pas des tas de situations infiniment douloureuses, des drames terribles, c'est certain. Et alors ? De deux choses l'une: soit ces situations de grande dereliction ne sont que des drames ( et c'est ce qui se passe quand elles tombent dans la coupe des solutions lgiférantes ), soit elles peuvent éventuellement redevenir des témoins privilégiés du Tragique ( lequel caractérise toute vie humaine digne de ce nom ).

De même, ne s'opposer à l'euthanasie que avec des arguments du genre " plus tard, ça ira mieux", ou " votre esprit est embrumé par la douleur" , ce sont des arguments irrecevablles parce que dégradants ( ils dégradent en l'homme son infini ): si l'on se met à prétendre que le seul bien à attendre sera plus tard ça ira mieux, alors on confond la durée de la vie = le temps chronologique = et , disons, pour faire bref: les capacités d'eternité, celles dont goethe parlait en disant en substance: "tout est limité, seul le désir ( l'amour, le désir ) est sans limite"

38. 27/01/2011 15:20 - Nicolas

NicolasDans une société de plus en plus coupée de la nature, il me semble que l'euthanasie ne peut que s'imposer sur le long terme.
L'altération de l'homme, confronté à sa mutation organique et biologique de par sa manière de se nourrir, de se soigner, et à la nocivité d'une multitude de phénomènes externes aboutira à une multiplication des maladies et à des aberrations de plus en plus nombreuses en fin de vie.
Face à l'ampleur du phénomène, au sordide et à l'insupportable, je crains bien que les humains, à un moment donné, n'aient plus vraiment le choix.
Si la société continue sur cette pente, il est même probable dans le futur de voir l'euthanasie, rendue obligatoire, devenir la norme, un moment où l'homme aura oublié qu'il pouvait dans des temps anciens mourir naturellement.

39. 27/01/2011 17:09 - Nejma

Nejma@roi dans ses chambres décidément vous avez l'art des pseudos, chacun d'eux créant une hilarité chez moi que vous ne pourriez imaginer.
Personne ne serait donc en droit d'envoyer son prochain ad patres, pourtant vous le savez certains médecins en France pour qui le pronostic est irrémédiablement funeste(nous ne sommes pourtant pas dans Antigone).
Que doit-on faire? Nier la réalité pour se cantonner dans une position idéologique (je ne prétends pas que c'est ce que vous faites)? Doit-on légaliser? Ou doit-on accepter uniquement des exceptions d'euthanasie? Je vous rejoints sur le fait que si l'on parle en lieu et place du souffrant "plus tard ça ira mieux", c'est un aspect de la dignité que j'évoquais plus haut.
On ne peut pas donner au corps médical des prérogatives indues, on ne peut laisser le champs complet au législateur. Mais où est le droit du to be left alone?
C'est clair on doit rendre compte de la violation d'un interdit, mais là encore si on donnait pouvoir à un médecin, est-ce que tous les médecin ont l'intégrité morale voulue?
Est-ce que l'on peut se passer du sacré qu'il y a autours de la mort roi dans ses chambres?
Il y en a tant des questions mais ne pas apporter de réponse pas à notre niveau, c'est continuer à ignorer une réalité, cette réalité est la suivante l'euthanasie est pratiquée clandestinement dans le milieu médical . Donc quelque part peut-on se passer de la pensée législative?
Idéalement ce que vous évoquez est juste, il est nécessaire d'avoir des zones grises non délimitées par la loi. Est-ce que le remède pourrait être pire que le mal, o, ne sait pas.
Alors comment trouver un consensus praticable? Vous pourriez me dire que dans la vie il n'y a pas de solution parfaite ni même bonne(Lacan).
Nicolas, mourir naturellement on ne demande que cela pas trop tôt quand même, voyez comme à travers nos diversités d'opinions il est délicat d'aboutir à un concensus moral.

40. 27/01/2011 17:09 - Arnaud

Arnaud"Je suis ici, l'autre est ailleurs, et le silence est terrible:
Nous sommes des malheureux et Satan nous vanne dans son crible.
Je souffre, et l'autre souffre, et il n'y a point de chemin
Entre elle et moi, de l'autre à moi point de parole ni de main
Rien que la nuit qui est commun et incommunicable,
La nuit où l'ont ne fait point d'œuvre et l'affreux amour impraticable
Je prête l'oreille, et je suis seul, et la terreur m'envahit.
J'attends la ressemblance de sa voix et le son d'un cri.
J'entends un faible vent et mes cheveux se lèvent sur ma tête.
Sauvez-la du danger de la mort et de la gueule de la Bête !
Voici de nouveau le gout de la mort entre mes dents ,
La tranchée, l'envie de vomir et le retournement.
J'ai été seul dans le pressoir, j'ai foulé le raisin dans mon délire,
Cette nuit où je marchais d'un mur à l'autre en éclatant de rire.
Celui qui a fait les yeux, sans yeux est-ce qu'il me verra pas?
Celui qui a fait les oreilles, est-ce qu'il ne m'entendra pas sans oreilles ?
Je sais que là où le péché abonde, là Votre miséricorde surabonde.
Il faut prier, car c'est l'heure du Prince du monde."

Paul Claudel, Ténèbres.

41. 27/01/2011 20:04 - Greg môk

Greg môkNous sommes entrés dans une nuit sans fin.

42. 28/01/2011 01:59 - Géraldine

GéraldineMerci à Michel Houellebecq pour ses interventions, j'ai désormais un point de vue différent sur l'euthanasie. En revanche, je ne crois pas la médecine française capable de valider l'hypnose et de la systématiser

43. 28/01/2011 12:54 - Nejma

NejmaLaurent Obertone à quand un article sur la décision du Conseil Constitutionnel et la conformité de son interdiction?

44. 28/01/2011 12:56 - Nejma

NejmaOUPS je parle des mariages gay ça va sans le dire mais c'est mieux en le disant.

45. 28/01/2011 14:20 - Laurent Obertone

Laurent ObertoneNejma, je ne sais pas si ça vaut un article. Mais la stratégie est la même : j'imagine que la question reviendra sur le tapis jusqu'à ce que la réponse soit "oui". Suite à quoi les militants pourront passer à l'étape suivante : l'adoption.

46. 28/01/2011 15:22 - Plancton

PlanctonEt merci à Jean-Paul Sartre pour ses interventions sous le pseudo de juif entre les mots.

47. 28/01/2011 21:51 - homo ex makina aux mains de myrrhe

homo ex makina aux mains de myrrhe@plancton: simple curiosité, mais.... en quoi Sartre ?

48. 28/01/2011 23:03 - florence

florence@Michel Houellebecq
J'ai plus de doutes que d'opinions sur le sujet, mais votre position, bien que je la partage assez, a quand même quelque chose qui me rebute. quand vous dites :"Les soins palliatifs refusent l'euthanasie, aussi bien que l'acharnement thérapeutique. Ils demandent d'immenses qualités humaines chez les bénévoles et les soignants, mais n'exigent du malade aucun héroïsme" soudain je pense aux romains qui se suicidaient: le choix du suicide, quand on souffre trop ou pour une autre raison, n'est pas forcement du au fait qu'on est poussé dehors par la société ("Allons, allons, mon garçon, un peu de dignité ! Vous voyez bien que vous dérangez tout le monde !.."); il peut être quelque chose du genre:"dans ces conditions, je ne joue plus; les dés sont pipés, l'adversaire n'est pas loyal", bref, une question de fierté.

49. 29/01/2011 11:39 - Gonzague

Gonzaguejuif entre les mots, j'en apprends plus dans votre échange avec princesse du désert qu'avec quiconque ici. Je ne commente jamais, pas le temps mais vous posez très bien le principe d'une responsabilité intellectuelle. Vous avez une position très éclairée, mure, et je suppose que vous refusez autant que faire se peut d'aliéner votre liberté. A vous de faire les parallèles.
Nejma, si votre plumage est aussi beau que votre ramage exquis, c'est quand vous le souhaitez...

50. 30/01/2011 10:14 - Léon

LéonEt si l'on demandait leur avis aux morts... Après tout, il me semble qu'ils sont les mieux qualifiés, les plus compétents. La mort est leur métier, non ? Les vivants, que savent-ils de Thanatos ? Pas grand chose...

51. 31/01/2011 21:59 - Marlow

Marlow"Parce qu'il faut, quand même, dire la vérité : lorsque la douleur est vaincue, la demande de mort disparaît presque toujours ; et les médecins, lorsqu'on les interroge, s'affirment en mesure de vaincre n'importe quelle douleur. " Très important cela, merci Michel Houellebecq. J'ai entendu à plusieurs reprises des médecins s'exprimer là-dessus, notamment un professeur de médecine qui s'occupe d'une unité de soins palliatifs et qui témoignait très concrètement de cela.
Contre l'acharnement thérapeutique, pour les soins palliatifs, contre le droit de donner la mort, je suis.

52. 01/02/2011 03:15 - Nicolas

NicolasMa grand-mère est morte il n'y a pas longtemps, les médecins n'en avaient rien à foutre de ses douleurs. Ils obéissent aux ordres comme tant d'autres. On l'a tringballée en ambulance sur des routes bien cahoteuses, d'examens divers en expériences aléatoires... elle demandait juste qu'à rester allongée... laisser venir et en finir... mais non. Il fallait utiliser le nouveau matériel il parait, et on teste avec ce qu'on a sous la main. Alors hop! En voiture! Un petit tour dans les rocheuses, histoire de bien disloquer les jointures, c'est sans doute pas assez pénible comme ça sur la fin, et puis tiens, encore un autre, de la clinique au scanner, et encore un petit tour de roue. Au moment où elle allait crever enfin, on lui a changé le sang et c'était reparti. La vieille carne en pouvait plus, dans les ambulances transportée à hue et à dia, elle suppliait qu'on la laisse tranquille coriace qu'elle était, mais les forces l'avaient définitivement lâchées. Le coeur pourtant, battait encore, mais la morphine a eu le dernier mot.
Ce n'était pourtant pas une indigente, mais il a fallu abréger dans ce contexte, c'était devenu par trop sinistre, l'inhumanité a ses limites.
Les médecins sont certainement en mesure de vaincre n'importe quelle douleur, mais apparemment, il ne sont plus là pour ça vis à vis du commun des mortels.

53. 01/02/2011 09:16 - Marlow

Marlow@Nicolas : que la prise en charge de la douleur ne soit pas encore réelle dans tous les cas est malheureusement une réalité dont vous apportez le témoignage. Que les personnels de santé, pensant bien faire, répondent de façon inadaptée, cela est aussi une réalité. Beaucoup de progrès sont à faire, notamment du côté de la formation des médecins et des métiers de la santé en général.
Cependant, le témoignage que vous apportez ne remet pas en question les objectifs qui me semblent les bons : apporter les réponses adaptées, écouter chaque cas, chaque humain ; ne pas s'acharner techniquement sur un malade (ce qui semblé être arrivé à votre grand-mère) ; soulager la douleur. Mais ne pas donner la mort et instaurer le droit de cela.

Je repense à ce que j'ai pu observer il y a quelques années dans un hôpital d'enfants malades à Paris où ma fille a passé une semaine pour une péritonite (rien de très grave). J'ai pu observer les infirmiers ou aides soignants très formés à la gestion de la douleur, y compris sur une enfant malade atteinte d'un cancer féroce. Elle ne souffrait pas, on venait régulièrement lui demander si elle avait mal, en situant la douleur sur une échelle de 1 à 10, elle répondait, les infirmières adaptaient les doses. Elle était pourtant bien présente, s'amusant, observant, regardant un film, écoutant une histoire, discutant.

54. 02/02/2011 17:06 - pharael

pharaelune petite recherche "euthanasie nazi" donne d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/euthanasie.htm
J'ai hâte d'essayer quelques autres : "manger nazi" "dieu nazi" "autoroute nazi" "amour nazi" "nazi rock nazi"

55. 18/02/2011 20:08 - Vlad XXII

Vlad XXIIVous aviez vu juste, Laurent : les dépressifs seront les prochains.

http://infrarouge.tsr.ch/ir/1795-vieux-depressifs-tous-exit

56. 25/06/2011 00:58 - Trouduc

TrouducBonsoir à tous,

Je vois que je poste ce commentaire avec quelques mois de retard, mais peut-être le lira-t-on quand même.

Un jour j'ai entendu quelqu'un dire : "Il n'y a pas débat sur l'euthanasie, il y a débat sur la mort. La vraie question est celle de la mort".
J'irai encore plus loin en disant qu'il n'y a pas de débat sur la mort, mais un débat sur la vie.
La vraie question est la vie, puisqu'elle est la seule à exister, la mort étant un concept qui se défini par ce qu'il n'est pas : la vie.

On entend parfois dire "la mort est un phénomène irréversible, quand on décide de mourir on ne peut revenir sur sa décision, et des gens qui exprimaient leur volonté de mourir le reconnaissent maintenant".
Mais la mort n'est pas l'accident, la mort est la règle, la vie conduit nécessairement à la mort. C'est donc la vie qui est irréversible, une irréversible course à la mort.
La vie et le temps.

Certes, il existe des cas où des personnes dans des souffrances atroces finissent par être soignées et par aller mieux. Mais au final sont-elles délivrées de la mort ?

Une personne subissant un supplice de 10 ans, puis se rétablissant plus au moins et ne souffrant plus : peut-être vous remerciera-t-elle de l'avoir maintenue dans ces souffrances afin de parvenir à cette guérison. Mais cette personne dit cela car ces souffrances sont derrière elle, ce qu'elle perçoit, ce sont les quelques années qui lui restent à vivre, qu'elle espère heureuses.
Cette personne n'avait donc pas davantage raison ou tort lorsqu'elle vous réclamait de mourir 10 ans plus tôt.
Posez-lui la question différemment : "seriez-vous prêt à souffrir à nouveau 10 ans durant afin d'avoir quelques années de vie après ?". Que répondra-t-elle ?
Et d'ailleurs pourquoi cette personne est-elle heureuse de voir sa santé s'améliorer : est-ce par amour de la vie, ou est-ce tout simplement par soulagement d'avoir moins à souffrir ?
Vous posez la volonté de vie comme force et la volonté de mort comme faiblesse, mais il ne s'agit bien souvent que de faiblesse dans les deux cas, devant la vie d'abord, devant la mort ensuite.

Pourquoi la vie devrait-elle durer le plus longtemps possible ? Pourquoi se jeter sur une personne mourante afin de la maintenir en légume des mois durant ?

L'erreur de cet article consiste à considérer l'euthanasie comme un assistanat : en réalité, il n'est question d'euthanasie pratiquement que pour des personnes qui ne sont pas en état de vivre naturellement et qui sont maintenues en vie par des moyens artificiels, ou bien qui ont été sauvées d'une mort certaine. L'euthanasie ne fait donc que rétablir ce qui aurait été si l'on n'était intervenu, elle ne "crée pas de la mort". C'est donc cette vie forcée qui est un assistanat et non l'inverse.

Quant à l'aide au suicide, elle n'a rien à voir avec l'euthanasie, les gens voulant réellement se suicider peuvent le faire et le font effectivement par eux même.
Vous dites que la moitié des gens qui effectuent des "tentatives de suicide" ne recommencent pas. Je le crois volontiers, mais sachez qu'une grande partie de ces tentatives n'en sont pas. Souvent les gens tentent d'attirer l'attention sur eux en sachant qu'ils ne mourront pas, par besoin affectif. C'est donc un volonté de vie bien plus qu'une volonté de mort. Placées devant la question de l'euthanasie, ces personnes auraient-elles accepté qu'on leur donne la mort de façon certaine ? Rien n'est moins sûr !
Quelqu'un qui murit sa décision de mourir, qui le veut réellement, ne se rate presque jamais.

Bref, au risque de paraitre provocateur, à ceux qui disent "nous n'avons pas le droit de donner la mort", je vous répondrai "vous n'avez pas le droit de donner la vie". Après-tout le plus grand des meurtres n'est-il pas de faire naître un enfant ? Chaque naissance est une mort programmée. Vous dites qu'un suicidaire ne choisit pas sa mort. Mais choisit-on sa vie ?
Il faudrait accepter la vie, l'aimer, souhaiter l'allonger coûte que coûte, souffrir tant qu'on peut pour la prolonger encore ?
Alors laissez tomber vos considérations techniques sur la manière de procéder, sur les éventuels abus qui pourraient-être commis (il me semble que ces questions viennent après), et demandez-vous seulement : "ne suis-je pas un dictateur de la vie ?"

57. 26/09/2012 17:00 - Infiniment fini

Infiniment fini@Trouduc. Oui, votre commentaire a été lu quand même. Et bien qu'il m'ait laissée sans voix, j'ai tenu à y répondre : votre point de vue - qui, à mon avis, clôt le débat - nous donne enfin accès à une autre dimension, expurgée des arguments très ressassés du pour ou contre l'euthanasie, dont les partisans sont généralement "très pour" ou "très contre", mais toujours de la même manière.
Merci pour ces nouveaux éléments de réflexion. (Mais je suis déjà conquise par vos idées.)

Ring 2012
Dernière réaction

(pour une fois, c'est juste vrai) Bonjour Laurent, et merci de commencer le travail. J'ai juste fait une petite recherche "euthanasie nazi", un moment j'ai envisagé de sélectionner le...

26/01/2011 09:19 "Les heures les plus sombres de notre histoire"
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