Sur le RING

L'enfant des trois mondes

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Cyril Cyrus Pahlavi - le 17/02/2010 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

ÉPISODE I: PERSEPOLIS


 

 

 «Ô homme, je suis Cyrus, fondateur de l'empire de Perse et roi d'Asie.


Ne murmure pas contre moi devant ma sépulture»


Venir au monde est déjà une drôle d'affaire, mais dans un monde moribond qui accouche de son épigone relève franchement du Grand Carnaval. Ma naissance a eu pour cadre l'épilogue d'un temps qui annonçait le soir de l'Occident. Je suis né sur les pentes neigeuses de son extrémité orientale, au pays de Zoroastre, membre d'une dynastie impériale déjà condamnée qui, comme l'astre déclinant du jour, jetait ses derniers feux sur un univers basculant vers un âge obscur, dévoreur des Lumières.

Situé au carrefour de l'Europe, des steppes d'Asie centrale, du continent des Maharadjahs et de la Grande Arabie, sur une faille géo-temporelle entre les plaques Occident et Orient, entre le passé et le présent, lieu des grands bouleversements tectoniques qui ont marqué l'histoire des hommes, le vieux royaume dans lequel je naissais au rang de "prince de facto" s'apprêtait à devenir l'épicentre d'un formidable cataclysme à l'échelle de la civilisation humaine. De cela je fus le témoin privilégié.

 

L'Éclat des Origines

 

L'Iran était l'endroit parfait pour débuter ma carrière de sismologue du choc des mondes. Le plateau iranien où je poussais mon premier vagissement, délivré par le médecin de l'impératrice, est l'un des plus anciens foyers de la civilisation humaine. Deux mille ans avant notre ère, les Mèdes, les Perses et les Parthes, peuples indo-européens déferlant des plaines méridionales du Caucase, y établirent un royaume prospère s'étendant de l'Afghanistan à l'Anatolie et de l'Oxus au Tigre. Ce royaume, dont le nom signifie "territoire des Aryens, des purs et des nobles", connut son heure la plus glorieuse sous le règne des souverains Achéménides. Le premier d'entre eux, Cyrus, dont je porte le patronyme, soumit une grande partie du croissant fertile, conquit Babylone, libérant les Hébreux, et établit l'Empire Perse comme la plus grande puissance du monde d'alors, avant la Grèce, et bien avant Rome. Ses successeurs étendirent les frontières aussi loin que l'Indus et l'Egypte où étrangement, les empereurs perses par trois fois vinrent à mourir, à commencer par Cambyse.

Toute la magnificence et la puissance de la monarchie achéménide, l'une des plus brillantes de l'Histoire, furent incarnées dans le palais mythique de Persépolis, érigé par Darius Ier sur un plateau de l'actuelle province de Fars. Avec ses temples merveilleux, se reliefs monumentaux et ses sentinelles de pierre aux formes de Chimères mythologiques, la ville des Perses fut l'oeil du cyclope impérial d'où rayonna l'influence de la civilisation achéménide dans tout l'Orient antique et bien au-delà.

Durant deux millénaires, le génie de la culture iranienne resplendit vers le couchant avant de s'éteindre sur elle-même, dans l'inanité la plus profonde. De lui naquit notamment le concept d'unification des hommes et du monde que l'on retrouve dans la sagesse grecque, romaine et chrétienne. Son influence s'exerça également à travers le zoroastrisme, cette religion solaire dont le prophète Zardocht a formulé, dans le Livre sacré Zend Avesta, le principe d'une lutte entre le bien et le mal symbolisée par la dualité entre "Ahura Mazda" dieu de la lumière et "Ahriman" dieu des ombres. A travers les conquêtes de Cyrus, émancipateur des Juifs, et de Darius, ami de Zarathoustra, cette notion fut transmise aux religions du Livre dont elle imprégna le verbe. Malgré six siècle de domination islamique, cette philosophie des Sages de la Lumière ressuscita grâce à des penseurs comme Sohravardî, et enrichit la dualité médiévale entre matière et idée, transcendant ainsi, comme l'explique le célèbre iranologue Henry Corbin, la gnose arabe des Averroès et des Ibn Khaldûn auxquels nos intellectuels islamolâtres se plaisent à réduire l'apport de l'Orient à la pensée occidentale (1).

L'historien des Grandes Nations, Paul Kennedy, l'explique à sa manière : tout empire qui s'élève vers le firmament fléchit un jour et, quel que soit son éclat, il finit par s'éteindre. Affaibli par les revers du Péloponnèse et le passage des Séleucides macédoniens, la lumière perse fut soufflée lorsque Persépolis, comme Rome plus tard, fut mise à sac et l'Empire soumis au joug barbare, celui des Arabes en l'occurrence. Malgré leurs efforts pour sauvegarder leur langue, leur culture et leur résistance à l'islamisation forcée, les petites royautés perses qui se succédèrent entre le VIIème et le XIème siècle de notre ère, ne parvinrent pas à se défaire de la domination étouffante des Califes. Ce qui restait de souveraineté perse fut balayé par le Tsunami turc, ou les hordes altaïques de Gengis Khan et de Teymour le boiteux. De cette longue nuit dans laquelle fut plongée la Perse, les ruines de Persépolis ne ré-émergèrent qu'au XXème siècle alors que le duel antique entre l'ombre et la lumière prenait une forme inattendue.

Ahura Mazda et Ahriman

 

Fils d'un Centaure Cosaque, Mohamad Reza Shah fut ce souverain mythologique appelé à faire ressurgir la légendaire citée des Perses des sables du Tarkht-é-Jamshid, comme renaît des cendres qui l'ont vu périr le Phénix [appelé ici Simorg]. Ce songe mystique était la métaphore des ambitions qu'il nourrissait pour son pays: restaurer l'Empire de Cyrus dans toute sa grandeur et toute sa gloire.

Folie des grandeurs ? Sans doute, mais au tournant des années soixante-dix, à l'approche du deux mille cinq centième anniversaire du royaume, ce despote éclairé pouvait se targuer d'avoir déjà parcouru pas mal de chemin vers son rêve. La "révolution blanche" lancée en 1961 pour moderniser le pays commençait à porter des fruits : en l'espace d'une génération, la réforme agraire, l'alphabétisation des masses, l'affranchissement des femmes, l'amélioration du niveau de vie, la modernisation des infrastructures et l'industrialisation de l'économie avaient provoqué une transformation fulgurante de ce pays sorti du Moyen-âge. Lorsque,  quittant la ville Lumière, ma grand-mère, l'épouse du prince Ali Reza, frère du Shah, arriva à Téhéran au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'Iran découvrait à peine l'électricité ; lorsque, trente ans plus tard, elle quittait l'Iran pour la dernière fois, celui-ci était bien plus loin dans le XXIème siècle que sa "vielle Europe". Le pays était passé du rang de pays sous-développé dans les années cinquante à celui de pays en développement dans les années soixante, puis à celui de pays développé dans le courant des années soixante-dix. Sur la scène internationale aussi, l'Iran renaissait de ses cendres, s'imposant comme la première puissance régionale, la première puissance pétrolifère et aspirant au rang de cinquième puissance du globe à l'orée des années quatre-vingt. Possédant les moyens de faire pression, militairement sur les pétro-monarchies arabes (occupation des îles de Tumb et Moussa en 1971) et économiquement sur les pays importateurs d'hydrocarbures, le Shah ne se doutait pas toutefois qu'il faisait déjà trop d'ombre à ses rivaux, à commencer par les plus petits.

Chaque empire a son conjurateur obscur, son Darth Vader, et dans le cas de l'Iran, ce rôle revint à Ruhollah Khomeiny. De toutes les haines et les animosités que les projets grandioses et flamboyants que le Shah de Perse avaient suscitées, la plus forte fut sans doute celle éprouvée par cette obscure cléricaille née en 1900 dans une famille bigote de la ville de Khomein sous le nom de Ruhollah Moussavi (روحاله موسوی). Armé d'un fusil dès l'âge de 17 ans, ce jeune dévot pour qui un bon musulman est un homme en guerre permanente, senti très vite peser sur lui le "grand dépôt" l'appelant à vouer son existence à la lutte contre Satan et les ennemis du Dogme, au premier rang desquels il eut vite fait de placer les Pahlavi, "ces rois mécréants". Synthèse mahométane entre Savonarole et Machiavel, il se distingua très vite des autres Talibans de sa génération par son sens aigu de la politique et du pouvoir, dont atteste notamment le Kachfal-Arsrâr (Dévoilement des Secrets), cette oeuvre acide dans laquelle le jeune professeur de théologie de 25 ans appelle les fidèles à se dresser contre les complots judéo-maçonniques menaçant l'Islam. Nommé Ayatollah de la ville sainte de Qom en 1950, puis Grand Guide Suprême du Chiisme (Marja-e taqlik), il n'aura de cesse de dénoncer les réformes modernisatrices des Pahlavi s'inscrivant, selon lui, dans un plan diabolique visant l'occidentalisation de l'Iran et l'élimination de son "âme islamique". L'année même où les Beatles débarquaient en Amérique, le Shah, excédé par ses diatribes acerbes, se résout à le condamner à un long exil dont il ne reviendra que lorsque Elton John entamera sa tournée historique en Union Soviétique. Le trouble-fête bouté hors d'Iran, l'Empire pouvait fêter sa renaissance.

 

"La Perse est en Parade" (Orson Welles)


 
Les célébrations de Persépolis prirent place en Octobre 1971 à Pasargades, le berceau de l'Empire iranien sur les ruines de la monarchie antique, à l'ombre du Mausolée de Cyrus le Grand, dans un mélange constant et étrange de nativité et de mort. Entre péplum hollywoodien et tragédie grecque, le show homérique dont la version cinématographique fut intitulée Lumières de la Perse s'ouvrit sur un Orson Welles dithyrambique déclarant, à la manière de Bonaparte au pied des Pyramides, que "ce n'est pas la fête du siècle qui commence mais la célébration de vingt cinq siècles !" (3).

Le prestige du régime était en jeu, on avait mis le paquet : sur un rayon de trente kilomètres, le lieu avait été débarrassé de ses scorpions et reptiles venimeux pour éviter des morsures regrettables à des convives dont certains allaient pourtant s'avérer plus fielleux que les plus funestes crotales. Le sol fut recouvert d'immenses tapis de soie auxquels avaient travaillé jour et nuit les meilleurs artisans d'Ispahan. Georges Truffaut, maître jardinier de Versailles et successeur de Lenôtre, fut chargé de couvrir plusieurs hectares de terres désertiques de parterres de fleurs et de cyprès symbolisant l'éternité. Au milieu du désert iranien fut planté un somptueux Camp du Drap d'or inspiré de celui que François Ier fit ériger en 1520 pour divertir Henry VIII d'Angleterre. Rappelant la porte des Nations de Xerxès d’où partaient dans l'antiquité les voies de communication vers les satrapies de l'empire, cette cité de tenture fut disposée en étoile dont les branches représentaient les cinq continents d'où venaient les convives.

De tous les points du globe, les rois mages affluèrent vers la ville stellaire de Chiraz, formant une galaxie de monarques, de reines, de princes, de légats, de Cheiks, de Sultans, de Présidents, de Vizirs, d'ambassadeurs, de magnats et de stars de la jet set internationale, tandis que les absents les plus puissants brillaient par une absence provocante, retentissant déjà comme un verdict. Parmi les centaines d'invités illustres qui avaient eu l'élégance de répondre à l'invitation du Shah, on retrouvait l'Empereur Hailé Selassié d'Éthiopie, les souverains des royaumes du Nord, Constantin, ex-roi de Grèce, et Juan Carlos, futur roi d'Espagne, la princesse Grace, Hussein de Jordanie, ainsi que certaines étoiles rouges déjà pâlissantes comme Tito, Ceausescu et Podgornyï, pour ne citer que les plus célèbres. Le rêve pouvait reprendre forme avant que la réalité morbide ne le fasse éclater à nouveau en mille morceaux.

Le matin du 12 octobre, deux mille cinq cent dix ans après la conquête de Babylone, au son des déflagrations de cent dix canons raisonnant dans le cirque environnant, le Shah, vêtu de l'uniforme impérial et paré de l'Ordre des Pahlavi, s'avança vers la tombe du fondateur de l'Empire millénaire. Dans un calme solennel et martial, il prononça d'une voix haute et claire une eulogie à la gloire de son illustre prédécesseur :

Oh Cyrus, grand roi, empereur des Achéménides,

Monarque de la terre d'Iran.

Moi, le Chaanchah et mes frères,

Nous te saluons.

Noble fils de l'humanité, nous sommes rassemblés

Sur la tombe où tu reposes pour l'éternité pour te dire :

Dors en paix parce que nous veillons.
 

Ce panégyrique diffusé à travers le monde fut suivi d'un long moment de silence durant lequel le vent du désert souffla plus fort, soulevant le sable des ruines antiques, comme s'il ce fut agit d'une réponse soupirée par Kouros.

Le lendemain, sous un soleil de plomb, Mohamad Reza s'adressa cette fois à ses contemporains, les appelant à sauvegarder l'héritage universel laissé par Cyrus et à poursuivre dans la voie qu'il avait tracée :
 

« Il y a 2500 ans, Cyrus, fils de cette Nation et de l'Humanité toute entière, apporta un changement fondamental en réformant le système de gouvernement archaïque et inhumain qui prévalait alors, pour en imposer un nouveau fondé sur le respect de l'individu, ouvrant ainsi la longue marche de l'homme vers le rêve de la société parfaite. Je veux espérer qu'avec l'aide de toutes les âmes éclairées de ce monde nous pourrons tourner la page sur une nouvelle ère de notre Histoire, une ère dont seront éradiqués l'obscurantisme, la souffrance et l'injustice. Au cours de 25 siècles, cette terre a souffert de plusieurs invasions souillant son sol du sang de ses fils et la mettant à genoux, pourtant ils ont toujours réussi à vaincre et l'Iran s'est relevé. En ce jour historique, en lequel nous renouvelons notre allégeance à ce passé glorieux, Moi, le ChaanChah d'Iran, j'appelle l'Histoire à témoin… » 

 

Plus tard, le Shah en exil exprimera le regret de n'avoir pas été lui-même un témoin plus lucide de la déesse Clio et des cruelles leçons qu'elle a données à ceux qui ont rêvé trop grand et trop éclatant. Mais pour le moment tout semblait lui donner raison, tant ses réalisations se plaçaient dans la lignée de celles des souverains Achéménides. Des centaines de tambours et de cors résonnèrent de partout dans les ruines comme si Cyrus, Darius, Xerxès et Cambyse étaient descendu sur Persépolis à ce moment pour le confirmer comme leur digne successeur. Ce thème de l'évolution et de la continuité se retrouvait également dans la gigantesque parade des glorieuses dynasties perses, l'une des plus extraordinaire à laquelle il ait été donné d'assister. Arborant des costumes flamboyants reconstitués dans les moindres détails par des historiens de l'Hermitage, du Louvre et du British Museum, plus de quatre mille hommes défilèrent, représentant les armées Achéménides, Parthes, Sassanides, Safavides, Afsharides, Qajars et Pahlavis, entrecoupés par des références aux sacs de Persépolis par les envahisseurs Macédoniens et Arabes. Il ne manquait que la dynastie Khoménide et ses légions de martyrs néo-islamiques portant barbes et AK47.

Bien entendu, de ces commémorations grandioses, les observateurs si souvent iniques retinrent moins l'émotion et le sens profond que les détails de la superproduction comme le luxe des bals VIP,  l'opulence des banquets arrivés tout droit de chez Maxim's, la profusion de caviar et de foie gras ou le collier de diamant arboré par le chouchou du Négus. Bref, l'attention se fixa sur tout le glamour des festivités à travers lequel la Perse impériale parue légère et inconsciente "comme les bulles déformées qui scintillent à travers les flûtes de champagne" observa le génial et non moins éthylique Orson Welles.

La Guerre des Mondes qu'il avait imaginée trente ans plus tôt prenait forme réelle. L'apothéose sonnait déjà comme une sentence capitale.

Moi, Cyrus Pahlavi, natif d'un monde englouti, je suis un enfant de ces célébrations, un rejeton du conquérant de Babylone à qui je dois mon prénom. Ces cérémonies du bimillénaire n'ont pas seulement laissé sur moi une empreinte patronymique, elles ont également imprégné ma perception, mes aspirations et mes utopies. Comment aurais-je pu ne pas être impressionné par le mythe de ce royaume disparu dans les sables, ses armées légendaires, ses vestales de feu et son bestiaire fantastique dont les griffons, les cerbères ailés, les hippocentaures, les chimères bicéphales et autres monstres fabuleux peuplent encore mon zoo intérieur ? Cette iconographie fabuleuse a nourri ma mythologie et mon imagination de même que celle de mes compagnons de jeu, ces gamins iraniens sacrifiés plus tard sur l'autel de la révolte. Combien de fois n'avons-nous pas joué à être des guerriers Achéménides paradant avec nos lances et nos fausses barbes, avant qu'un soir d'épiphanie 1979, il ne se retournent contre moi, moi portant la couronne des rois et eux déguisés en gardiens de la Révolution, bien longtemps avant que leur nouveaux maîtres ne les envoient, à peine sevrés, trépasser contre l'envahisseur irakien. Bien avant ces mille et un cauchemars, les mille et une nuits de Persépolis bercèrent mon enfance, distordant à jamais ma perception de l'ignoble réalité. J'étais insouciant, comme si le Shah s'adressait à son vague neveu lorsqu'il disait : "Dors tranquille Cyrus, nous veillons sur toi". Appelez ça de l'insouciance mais ne me le reprochez pas car, après tout, j'étais sous l'influence de cette puissante drogue que l'on appelle l'enfance.

Tout me condamnait déjà. La part occidentale comme la part iranienne. Mon entourage, des hommes et des femmes de l'empire Pahlavi, ces veilleurs de nuit entre les mains desquels reposait mon destin, m'impliquaient sans contredit du mauvais côté de l'Histoire. Ces dignitaires élégants aux cheveux grisonnants, aux gestes raffinés, éduqués en Europe et nourris de culture classique, avaient fait l'erreur d'aller à l'encontre de la marche du temps en prenant fait et cause pour un Occident suicidaire, m'entraînant malgré moi dans sa chute. Et cet aïeul maternel rencontré sur son lit de mort, parti de rien pour devenir Premier Ministre, né dans un pays archaïque qu'il fit tenir tête à Staline, dans un pays oublié dans lequel il fit s'asseoir Churchill et Roosevelt, cet homme simple dont la petite fille épousa un Prince, cet homme du Moyen-Âge qui connut le premier homme sur la Lune, ce bon musulman qui aimait à discuter avec le Pape,  cet homme sage, lecteur de Marc-Aurèle, qui en poussant son dernier souffle avait la certitude d'avoir redonné à l'Iran sa grandeur, cet homme n'était-il pas à lui seul le symbole de ma propre condamnation ? Car j'étais une cellule de ce corps mourant, de cette utopie décapitée. Trop jeune, trop naïf pour voir que des nuages noirs, venant du fond des âges, assombrissaient déjà le ciel bleu et le soleil éclatant de Persépolis.

Le Chant du Cygne

 

Les fêtes de Persépolis furent le chant du cygne de cette dynastie utopique à laquelle j'appartenais, la dernière d'une lignée millénaire et glorieuse. Les tambours, les cors et les canons qui avaient retenti à Pasargades annonçaient le fracas de son effondrement prochain. Tout concordait à proscrire ce régime démodé comme un Ayatollah enturbanné en 1945. Pensez donc, un Kémalisme monarchique qui célèbre son origine indo-européenne et veut faire renaître l'Occident en Orient dans une fin de siècle où l'Occident lui-même, souffrant de gauchisme hippie et de tiers-mondisme triomphant, vomissait déjà à grands flots sa propre grandeur et amorçait héroïquement sa propre désoccidentalisation.

En pleine mondialisation, cet Occident sénile auquel le Shah voulait greffer le destin de l'Iran le rejetait, à commencer par les leaders qui avaient prit ombrage des "pompes et circonstances" de Persépolis. Dès 1971, les plus puissants d'entre eux, tels les présidents américains et français, le chancelier allemand et la reine d'Angleterre, brillèrent par leur absence aux fêtes organisées par le Shah, prétextant qu'elles étaient "indignes et honteuses". Paradoxe monarchique, la reine Élisabeth ne trouva pas de mots assez durs pour juger son alter ego iranien, ironisant notamment que "la mascarade", évaluée par le Foreign Office à plusieurs centaines de millions de dollars, était "l'un des pires excès du régime des Pahlavi". Décidément, les Mèdes ont beau médire et les Perses persifler, jamais ils n'égaleront la Blanche Albion dans l'art subtil de la perfidie.

Buckingham Palace avait donné le ton aux médias d'opinion occidentaux – le renard pouvait se relaxer, c'était le début de la saison de la chasse au Shah. Après avoir qualifié les cérémonies de "plus grande réussite du siècle" les journaux européens et américains s'acharnèrent gaiement contre le "césarisme des Pahlavi" et les "Gabegies de Persépolis". Le Times, d'habitude si sympathique à l'égard de Mohamad Reza, avança le chiffre exorbitant de 200 millions de dollars investis dans les célébrations tandis que la presse française, "plus royaliste que le roi", n'hésita pas à surenchérir en doublant l'estimation. Le monde était scandalisé. Le mal était fait. Mais puisque les comptes d'apothicaires ont leur importance en ce bas monde, il convient quand même de signaler que les dépenses engagées dans les fêtes du 2500ème anniversaire ne dépassèrent pas 60 millions de tomans de l'époque, soit approximativement 22 millions de dollars. C'est encore trop ? Oui, sans doute, c'est toujours trop pour épater la galerie mais pas plus que le prix du jubilé d'or célébrant en 2002 les 50 ans de règne d'Élisabeth II, ou celui du mausolée stalinien que s'est fait construire l'Ayatollah Khomeiny. Paradoxe républicain, c'est certainement beaucoup moins que les 200 millions de dollars investis dans les fêtes "démocratiques" du bicentenaire de la prise de la Bastille. Mais il est de bon ton de taper sur le Shah et de hurler avec les loups régicides : "le Shah est vivant, à mort le Shah !"

Le Goût amer de la cerise


Le Shah n'a pas été victime de la grandeur des fêtes de Persépolis mais ce sont ces dernières qui ont été victimes de la Grandeur du Shah. Les célébrations n'ont été que la cerise sur un gâteau impérial fort indigeste pour les adversaires de l'Iran impérial.

Paradoxalement, ce ne sont pas les quelques millions du pique-nique jet set qui condamnèrent l'Empire, mais le flot de pétrodollars qui affluèrent en Iran quand Mohamad Reza poussa l'OPEP à quadrupler le prix du baril de pétrole en 1974. Du jour au lendemain, les revenus pétroliers du pays passèrent de 2,5 milliards à plus de 18 milliards par an, et cela jusqu'à la veille de la révolution. Mais là, plus personne pour se choquer ! Une manne dont l'Iran a profité, puisque ces revenus accélérèrent considérablement son développement industriel et social – peut-être trop vite au goût de certains.

Par ailleurs, le "Tyran Réactionnaire" dont les rêves, loin d'être fixés sur quelques ruines du passé, se projetaient également sur le futur, était en train de bâtir une puissance moderne et performante qui ne faisait pas l'affaire de tout le monde : c'est lui qui a modernisé l'économie du pays. C'est lui qui a façonné la politique régionale de l'Iran. C'est lui qui a affirmé la suprématie iranienne sur le Golfe persique, écrasant de son poids militaire et stratégique les pétromonarchies arabes. C'est lui qui a lancé le programme nucléaire dont se servent aujourd'hui les Ayatollahs pour faire frémir le monde. C'est lui qui a refait de l'Iran une puissance fière et respectée dans l'Olympe des États. Pour le Shah, la grandeur n'était ni une folie ni un fantasme mais quelque chose à portée de la main – quelque chose qui, bizarrement, éveillait l'inquiétude de cet Occident qu'il admirait tant. De celui-ci, il ne récoltât que le prix de ses provocations. La morgue impériale ne connaît qu'un centre, et celui qui avait joué avec le feu du pouvoir allait l'apprendre à ses dépends. Pouces vers le bas, les grands de l'arène internationale l'abandonnèrent aux fauves. Amputation. Choix mortifère. Préambule d'un suicide collectif.

Étouffés dans leurs contradictions et leurs ambiguïtés inexplicables, les Occidentaux ont largement contribué à l'écroulement de l'Empire et à l'essor de l'islamisme moderne qui allait se tourner contre eux. Au début, l'Islam politique fut perçu par ces technocrates ignorants de Paris, de Londres ou Washington, comme une force capable de damer le pion à ce roi mythomane et de faire échec et mat à ses prétentions régionales. A travers le prisme de la Guerre Froide, ce pion idéologique leur apparut également comme un antidote puissant contre la lèpre communiste – un contre-feu efficace pour contenir l'Union Soviétique au Proche-Orient. Au fur et à mesure, les pompiers se firent pyromanes et ce qui ne devait être qu'un feu de paille devint rapidement une véritable menace, leur brûlant les doigts et menaçant d'incendier le monde.

L'intelligentsia tiers-mondiste de l'Europe nihiliste joua également, comme toujours, sa part ignoble dans la tragédie en gestation. Comme ces journaleux parisiens invités pour couvrir les évènements de Persépolis qui préférèrent "faire la révolution" en réalisant des documentaires mettant en contraste le "luxe des cérémonies" et "la misère du pauvre peuple iranien". Emboîtant le pas de ces faiseurs d'opinion/défaiseurs d'Empire professionnels, tout ce que le Shah comptait comme opposants parmi les intellos piteux, les écrivains pithiatiques et les étudiants oisifs, se fit l'écho des récriminations lointaines à l'égard de ce souverain phallocrate accusé d'organiser des orgies "alors que son peuple mourrait de faim" (sic.). A cette curée ignoble se joignirent jusqu'aux rejetons d'une aristocratie frustrée et embourgeoisée reprochant au Bonaparte iranien de dépenser "tout l'argent du pays…pour célébrer des fêtes ridicules" (4). Tandis que les loups hurlaient à la mort, le chef de la meute, chassé du royaume, tendait l'oreille depuis sa tanière. De sa retraite de Nadjaf, en Irak, le Guide Suprême, sentant son heure venir, appela ses fidèles à se révolter contre le tyran et son "festival de Satan". Au milieu de cette atmosphère hystérique, des islamo-nanars chauffés à blanc firent sauter le consulat d'Iran à San Francisco, posant un acte d'avant-garde qui en annonçait tant d'autres.

Entre les ruines achéménides et la ruine des Pahlavi, huit années s'écoulèrent séparant naissance et âge de raison dont je garde un souvenir de lumineuse immuabilité. Sans doute intoxiqué par mon enfance dorée et enchantée, je fus bien incapable alors de lire les signes précurseurs de la métamorphose universelle qui s'opérait sous mes yeux. Comme un arbre à l'automne perd ses feuilles, le siècle déclinant perdait ses ambassadeurs pour la postérité comme Igor Stravinsky, Fritz Lang, Renoir, Jim Morrison, Bruce Lee, Charlie Chaplin ou Elvis Presley. En même temps que la vie abandonnait ce siècle moribond, l'Amérique quittait le Vietnam, Brigitte Bardot les écrans, Ed Sullivan la scène, Bobby Fisher les échecs et l'Orient Express les rails. Ça sentait franchement la fin de règne pour les monarques d'une autre ère comme Zaher Shah, détrôné par les cocos, et les "méchants", comme Nixon noyé dans le Watergate, Bokassa 1er  et Amin Dada asphyxiés dans le sang de leur anthropophagie, Mao et Chang Kaï-Chek, frères ennemis, morts de n'avoir pas pu s'entredévorer, ou encore J. Edgard Hoover, grignoté par un demi-siècle passé à la tête du FBI. Ces "vilains pas beaux" étaient remplacés sur l'avant-scène de l'Histoire par des "insipides et incolores" comme Valéry Giscard d'Estaing, Gerald Ford, Jimmy "Peanuts" Carter, ou encore Helmut Schmidt, gentils croque-morts de l'Iran. Bizarrement, c'était aussi la fin d'une époque novatrice et futuriste, marquée entre autres choses par la conquête spatiale et la compétition muette entre Apollo et Soyouz. Alors que s'éteignaient les pionniers de l'espace Werner Von Braun et Korolev, le dernier homme posait le pied sur la Lune en 1972, dans le silence du Cosmos et l'indifférence totale.

Le siècle de la modernité et du progrès issu des Lumières laissait la place à des âges plus sombres, annoncés par le Dark Side of the Moon des Pink Floyd et One Flew over a Cuckoo's Nest de Milos Forman. Un nouveau Dark Age s'ouvrait, le temps et l'espace se télescopaient à un rythme croissant, Septembre se teintait de noir, Cat Steven devenait Youssouf Islam, le foetus perdait son statut de personne humaine, la middle class faisait sa révolution sexuelle, Lucy fêtait ses 3 millions d'années, l'Amoco-Cadiz se vidait du sang sombre de ses entrailles et, à la place de Spoutnik, un satellite chinois gravitait autours du globe déboussolé en diffusant en boucle la chanson L'Est est Rouge. Perché dans ma tour d'ivoire, sur les flancs blanchis du mont Alborz, j'ignorais que la première Guerre Froide touchait à sa fin et que l'Empire Pahlavi en était à son crépuscule. J'étais un peu comme Hiroo Onada, ce soldat japonais reclus dans son bunker jusqu'en 1975, ignorant que la seconde Guerre Mondiale était terminée et que l'Empire du soleil levant avait été éclipsé. Et pourtant, il était déjà manifeste que le King seventies, son Memphis Disco-Parade et son Stayin' Alive Studio 54 ne survivraient pas à la New Wave des mollah-punks minimalistes défoncés à l'héroïsme pur et à la puissance de leurs lyrics No Future. 

Marianne et l'Ayatollah


Tout au long de ces années qui furent pour moi d'une éternelle luminosité, le ténébreux ayatollah n'eut de cesse de préparer son come-back. Depuis son exil mésopotamien, il avait tissé des réseaux d'influence avec ses conjurateurs iraniens grâce auxquels il communiquait ses fatwas, sanctionnant les évènements qui se déroulaient au sein de l'Empire, jetant au passage son anathème sur l'organisateur des festivités de Persépolis accusé de crypto-zoroastrisme: "ce festival du Diable te condamne au plus sombre des futurs", avait-il notamment averti le Shah. C'est durant cet exil irakien qu'il rédige son fameux Velayat-é-Fiqih (Le Gouvernement Islamique) dans lequel il jette les bases du futur régime théocratique qu'il projette d'instaurer à son retour, et noue contact avec les Feddayin palestiniens de Saint Yasser Arafat qu'il initie aux joies du Djihad. Son militantisme déchaîné n'enchante toutefois pas tout le monde, à commencer par Saddam Hussein avec lequel il recroisera le fer plus tard et plus violemment. Indisposée par son activisme pro-chiite, la clique Baasiste et Tikritiste l'enjoint à la mettre en sourdine ou à quitter le territoire.

Après maintes hésitations entre différentes destinations dans la zone de l’Oumma, il opte pour la France. Choix judicieux ! Son agence de voyage n'aurait pas pu mieux le conseiller. Comme l'écrivait Flaubert à Sand "la France, comme les prostituées, aime les vieux farceurs" (5). Cette "vieille catin édentée" a en effet toujours pratiqué son tapin avec ce type de clients peu recommandables, tirant profit de ses libertés pour mieux le duper (6). Marianne et les barbus, c'est une vieille affaire : depuis sa relation avec le sultan Ottoman jusqu'aux obsèques royales qu'elle a offert à son vieil amant de l'OLP, son haltérophilie aiguë (boursouflure dégénérative de l'altruisme républicain) l'a toujours poussée à embrasser de sa bouche putride la cause de l'Islam conquérant, et à offrir ses charmes au premier Saladin libidineux venu au mépris de son titre égaré de Fille Aînée de l'Eglise. Le "vieux farceur" qui débarquait en ce mois de Ramadan 1398 de l'Hégire à l'aéroport Charles de Gaulle, avec pour tout bagage sa soif de vengeance sur le successeur de Cyrus, n'allait pas se priver de jouir au maximum des charmes que lui offrait l'Hexagone concupiscent. 

Dans la coquette garçonnière de Neauphle-le-Château où sa maîtresse gâteuse l'avait installé, Khomeiny tint salon à un parterre ébahi d'intellectuels ayatollâtres accourus à son chevet dès qu'ils avaient senti le vent de l'Histoire tourner en sa faveur. L'habile Savonarole sut exploiter leur "ouverture d'esprit" pour faire de ces courtisans "progressistes" les complices de son retour sur scène. Il tira également profit de leurs complexes judéo-crétins pour forger l'une de ses armes rhétoriques de prédilection, celle de l'islamophilie/phobie ; panneau dans lequel ne cesseront de tomber par le suite tous les intellos pseudo-éclairés (7). Comme bon nombre de ces thuriféraires du khomeynisme conquis par le charisme de l'Ayatollah, des grands naïfs comme Henry Corbin ou Michel Foucault n'hésitèrent pas à le magnifier comme "l'apôtre de la nouvelle Persépolis" (8). Khomeiny tira également profit des médias qui donnèrent plein écho à son discours spirituel, lui permettant de devenir ainsi l'un des adversaires les plus influents du Shah.

Bénéficiant du confort bourgeois de son pied-à-terre parisien et de la bienveillance de ses hôtes lobotomisés, le guide suprême ne cessait de gagner en culot et en aura en même temps qu'il radicalisait sévèrement son boniment. Paris devint ainsi pour la première fois le muezzin de la Guerre Sainte du haut duquel l'Imam déchaîné lançait ses prêches apocalyptiques contre le régime impérial, relayé et amplifié dans le monde musulman par la déesse aux cent bouches de la radiotélévision française. Chef d'orchestre de la symphonie d'un nouveau monde, le prophète exalté lançait ses appels virulents au régicide, galvanisait les foules aveugles, incendiant leurs consciences et appelant du cri d'Allah Akbar la victoire finale sur la tyrannie des Pahlavi. Bref, son éminence eut droit à tous les (dés)honneurs de la République coiffés par un vol Paname-Téhéran tout confort inclus. Marianne et les Ayatollahs, ça a toujours été une histoire d'amour, mais là il faut dire que la French Connexion de l'internationale islamiste s'était franchement surpassée (9). Mais elle n'avait pas été jusqu'au bout de ses ressources puisque j'ai su que la compagnie française a pris l'initiative de rendre obligatoire le port du voile à ses hôtesses sur cette ligne. Bravo !

La Révolution Noire

 

A des milliers de kilomètres de là, une étrange révolution crépitait, orchestrée à distance depuis la république laïque, par le pontife omni-impotent, et accomplie sur place par les commerçants du Bazar de Téhéran devant l'oeil incrédule d'un pouvoir impuissant et de ses alliés consentants. Pendant toute l'année 1978, le bubon de la révolte noire enfla : les manifestations et les grèves se multiplièrent, paralysant les administrations, le secteur industriel, et interrompant l'acheminement du pétrole dont dépendait l'économie nationale. De ce carnaval insolite je n'eus quant à moi qu'une vision fragmentaire, entendant au loin les harangues de la foule réclamant, chaque jour un plus ouvertement, le retour du maître. L'inquiétude que réveillaient en moi les coupures d'électricité, les émeutes et les déploiements de blindés dans les rues était partiellement apaisée par les "jamais l'Occident ne nous abandonnera" que l'on répétait autour de moi. Malgré ma naïveté infantile, je voyais bien que le paquebot fellinien de Persépolis prenait l'eau. Son naufrage n'était qu'une question de temps. 

Malgré tout ce qu'il avait fait pour son pays et tout ce qui lui restait encore à accomplir pour atteindre son rêve, le dernier des deux empereurs de la planète voyait son pouvoir, autrefois immense, s'éroder inexorablement comme les roches de Pasargades. En ces heures sombres, le dernier carré de fidèles se resserrait cruellement autour de celui qui fut l'un des leaders les plus respectés du monde et qui maintenant attendait seul dans son palais de Niavaran l'heure de quitter son trône. Bientôt il ne lui resterait plus d'autre alternative que l'exil ou le destin que connurent dans les mêmes circonstances Louis, Nicolas et leurs êtres chers. Dix jours après l'épiphanie, le 16 Janvier 1979, Mohamad Capet s'envolait finalement pour l'Egypte, comme son père l'avait fait en 1941, emportant avec lui quelques fidèles et une poignée de la terre du pays qu'il ne reverrait jamais. Mesquine, l'Histoire retiendra les "valises d'argent" qu'il emportait, oubliant bien entendu le dernier ordre qu'il laissait derrière lui, celui d'éviter à tout prix le bain de sang qui aurait pu lui rendre sa couronne.

A quelques heures d'intervalle, laissant derrière nous mon père en compagnie de la Grande Faucheuse, je quittais moi aussi, aux bras de ma mère, le pays qui m'avait vu naître, pour un pays étranger. Curieux qu'en persan le mot "étranger" signifie également "France". Curieux aussi que le ciel de ce pays qui nous accueillait maintenant, après nous avoir trahis, fût le seul que j'eusse à partager de toute mon existence avec l'homme qui était la cause de mon exil – un ciel où s'étaient réfugiés, faute d'autre asile, tant d'autres trompés de la République Sultanine comme ces pieds-noirs parmi lesquels je devais rencontrer ma femme.

Deux semaines après notre exode, l'imam parisien faisait un retour triomphal accueilli, à l'aéroport Mehrabad, le même qui nous avait vus partir, par une foule en délire de plusieurs centaines de milliers de personnes dont une majorité n'allait pas tarder à regretter sa joie hâtive. En ce 1er février 1979, jour d'allégresse, le fossoyeur de l'empire se rendit au cimetière des martyrs de Beheshté-Zahra où il proclama la déchéance des Pahlavi et sa vision du futur :

Mohamad Reza, cet ignoble traître, a fuit, pillant tout ce qu'il pouvait, ruinant notre pays et remplissant ses tombes. Ses projets, conduits au nom du progrès et de la liberté, ont en réalité conduit cette nation vers la décadence et l'impureté. Il est temps maintenant de chasser les mécréants, de rétablir l'autorité du Coran et la gloire d'Allah.

Quelque chose était pourri dans ce royaume, mais il était d’ores et déjà clair que l'amputation du monarque n'allait pas arrêter la gangrène qui le rongeait. Conscients que le pays s'apprêtait à basculer dans un chaos apocalyptique, quelques hommes de bonne volonté, véritables patriotes, comme Bakhtiar ou des officiers loyaux tel le général Qarabaghi, tentèrent en vain de faire entendre raison aux fous d'Allah. Pour toute récompense, ces "traîtres" et ces "mécréants" connaîtront la prison, la torture, les pires humiliations, et pour finir la mort. Ceux qui en réchapperont, comme l’ultime premier ministre du Shah, réfugié lui aussi à Paris, seront rattrapés et abattus sous l'oeil indifférent des autorités locales. Le pays était décapité comme l'avaient été la France et la Russie. Combien profonde fut cette folie pour traiter ces élites diplômées de la Sorbonne et d'Oxford comme des chiens ? Combien inhumaine fut-elle pour faire pendre des chiens haut et court parce qu'ils avaient appartenu à des infidèles chrétiens ? Combien lâche fut-elle pour lapider des femmes pour leurs moeurs libérales ou pour avoir simplement un jour refusé les avances d'un ayatollah transi ? Le sang versé par cette folie fratricide s'apprêtait à couler à flot comme aux jours glorieux de la révolution française.  

Le 1er avril 1979, après 2500 ans de monarchie, l'Iran devenait une république islamique, première du genre. Poisson d'avril ? Non, pour de vrai ! Le plus ironique dans tout cela est que le guide suprême de la révolution théocratique revint de Paris en première classe, dans un vol Air France spécialement affrété pour lui par la République, fille des Lumières. Le pays de Voltaire, qui avait fait sa révolution deux cents ans plus tôt pour "écraser l'infâme", venait de le remettre en place au nom des droits de l'homme. Un comique qui vire au tragique quand tombe le masque du nouveau commandeur des croyants.

Les Âges Obscurs


Ce que les intellectuels de tous poils avaient annoncé comme le renversement d'une autocratie rétrograde au profit d'une république démocratique et populaire, aboutit en réalité à l'instauration d'une théocratie de type médiéval qui n'avait de nouveau que la prééminence sans précédent qu'elle accordait au clergé et au Coran. Dans leur grande naïveté, aucun d'entre eux n'aurait pu imaginer l'apparition d'une telle dictature de droit divin, fondée sur le code islamique strict de la Charia – une dictature phallocrate qui imposait le voile aux femmes, reléguées au rang d'êtres inférieurs – une dictature obscurantiste remettant en cause les quelques progrès que l'ancien régime avait fait en matière de liberté de parole, de presse, d'opinion et de religion. Dès son intronisation, l'ayatollah Khomeiny instaurait l'un des régimes les plus ultraconservateurs et répressifs de l'Histoire, marqué par le fanatisme, la cruauté des milices religieuses, la délation, la terreur, la répression et la torture systématisées. L'économie ne fut pas en reste : placée sous l'autorité des Bazaris et des "fondations" religieuses, elle subit une véritable soviétisation, tandis que les exportations pétrolières s'écroulaient et que le revenu par habitant s'effondrait de 2,5% par an pendant plus de vingt ans. Pour ce qui est de jeter l'argent par les fenêtres et d'affamer son peuple, le Shah avait trouvé ses maîtres. Grâce à la révolution, l'Iran faisait un bond de mille ans en arrière.

Dans sa haine du passé lumineux et moderne de l'Iran, l'une des premières initiatives de l'imam fut d'envoyer ses Gardiens de la Révolution détruire les anciens monuments de Persépolis, symboles impies de la monarchie pro-occidentale – monuments qui ne seront sauvés du saccage que grâce à l'intervention de pauvres villageois et des tribus nomades Qashqai de la province de Fars. Doué d'un sens inouï de l'humour, celui qui se fit appeler le "Briseur d'Idoles" ne tarda pas quant à lui à développer un grand culte autour de sa personne sainte, une glorification personnelle que n'auraient pas désavouée Staline et Mao. Pour couronner le tout, un grand mausolée, bien plus impérial que celui de Cyrus, lui sera consacré, sur lequel des talibans sénégalais sont aujourd'hui payés pour se lamenter devant les touristes verts venus de tout le monde musulman.

Ce qu'un siècle de modernisation était parvenu à faire de l'Iran, le vicaire de Qom le mit à terre en quelques mois seulement, tant du point de vue domestique que du point de vue international. La révolution qui renversait une dynastie résolument orientée vers l'Occident fit place à un régime fondamentaliste qui lui tournait résolument le dos. Le premier coup de force de celui que le Times Magazine choisit comme l'homme de l'année 1980, est l'occupation de l'ambassade américaine et la prise d'otage de son personnel – otages que Khomeiny offrit de libérer en échange de la tête du Shah. A la place d'un allié fidèle, l'Amérique découvrait une nation haineuse qui la conspuait frénétiquement aux cris de "Grand Satan". Alors que la puissante Armée Rouge essuyait ses premiers revers face aux Djihadistes afghans et que le bloc de l'Est se fissurait lentement mais sûrement, l'Occident trouvait son nouvel adversaire. La vieille digue impériale érigée jadis pour contenir le flot du communisme était devenue le bassin d'où se propagerait la lame verte de la révolution islamique, cette lame qui emportait déjà sur son passage le soviétisme et le Pahlavisme, reliquats d'un siècle révolu. Une civilisation est morte là, j'ai vu sa tombe à l'ombre de celle de Cyrus le Grand.

Épilogue d'un temps


Alors que la Perse se consumait dans les flammes de la révolution, le roi apatride, dernier d'une lignée millénaire, brûlait lui aussi, d'un cancer irrémissible ne lui laissant que le temps de voir son oeuvre anéantie, son pays délabré et le cercle de ses amis réduit comme une peau de chagrin à un prince croupier, un bourbon égaré, un géni des Carpates et un chérif du couchant. Les autres, tous les flagorneurs qu'il avait, huit ans auparavant, conviés à sa table, fermaient leurs portes à ce paria, ajoutant à sa douleur le goût amer de la trahison et la crainte constante d'être livré, pour quelques talents, à ceux qui avaient mis sa tête à prix. Le Shah de Perse devenu "Shah errant", déambula ainsi de port en port, avant d'accepter l'asile offert par Anouar Sadate – hospitalité que ce dernier paya chèrement de sa peau, criblée par les balles assassines des Frères Musulmans. Agonisant en même temps que son pays lointain, Mohamad Reza ferma définitivement les yeux sur le Nil éternel. Étrange destinée que celle de ce monarque résurrecteur de Persépolis, mort sous le soleil d'Héliopolis, à l'ombre des pyramides immortelles – ce monarque intemporel dont la dépouille, embaumée comme celle d'un pharaon, fut accompagnée par une impératrice digne de Cléopâtre vers sa dernière demeure située prés de la Citadelle des souverains Fouad et Farouk, non loin de la Vallée des Rois.

De l'autre coté de la Méditerranée, mon horizon, moins sombre que celui de mon grand oncle, pris la couleur d'azur et d'or factice de la French Riviera. Comme les Russes blancs et tant d'autres aristocrates déchus, nous débarquâmes à Nice, moi et les dignitaires de l'empire dont certains avaient accompagné le Shah dans son dernier voyage. Après une Bérézina de plus, une nouvelle diaspora monarchique faisait naufrage dans cette cité hellénique dont, ironiquement, le nom grec, Niké, signifie étymologiquement Victoire, et phonétiquement Défaite.

En passant de l'extrême Occident et de Persépolis à cette Byzance balnéaire, je délaissai involontairement mon prénom de Cyrus pour celui de Cyril. Devenu citoyen de France, j'apprenais à vivre comme l'écrit si bien Garcia-Marquez, tel un anonyme dans une cité d'anonymes illustres. Parti du point névralgique du renversement de la balance historique, j'allais bientôt m'apercevoir que le flux entre l'Orient et l'Occident décrit par Emmanuel Berle n'épargnerait pas cette nouvelle Constantinople assiégée elle aussi par la Oumma en quête perpétuelle d'espace vital. N'ayant pas le coeur de voir ses habitants se rendre à l'envahisseur et le Soleil se coucher à nouveau sur la civilisation, je devais poursuivre ma route plus loin vers le ponant et m'établir sur les pentes enneigés de la Montagne Royale au sein de la nouvelle Rome, un lieu où je n'aurais pas honte de m'appeler Pierre et où je n'aurais pas à craindre d'élever mes enfants. 

En 2001, trente ans après les Jashnaa, ou festivités auxquelles on avait imputé la chute du Shah, l'Ayatollah Khatemi, s'est rendu sur le site de Persépolis et à appelé à sa restauration, rappelant aux témoins présents que "les Perses furent un jour un peuple puissant et ingénieux" (10). Peu de temps après, l'anéantissement des tours babéliennes de Manhattan marquait le premier sac de la Nouvelle Rome et une nouvelle étape de l'effondrement de l'idée romantique d'une civilisation mondiale, rêvée par Kouros.
 

Cyril Cyrus PAHLAVI
 

(1) Henry Corbin, L'lran et la philosophie, Paris, Fayard, 1990, 268 p.

(2) Paul Kennedy, The Rise and fall of the Great Powers, New York: Random House, 1987, 677pp.

(3) Cyrus Kadivar, "We are awake. 2,500-year celebrations revisited", The Iranian, January 25, 2002;  Cet article m'a été d'une grande aide concernant les détails des célébrations de 1971.

(4) Marjane Satrapi, Persepolis, Paris, L'Association, 2000, p. 26.

(5) G. Flaubert, lettre à G. Sand, cité dans "Les Vieux farceurs et la nouvelle islamophobie".

(6) Maurice G. Dantec, "La Seconde Mort de Van Gogh", Le Figaro, 1er Février 2005.

(7) Caroline Fourest et Fiammetta Venner retracent très bien le développement de cette arme rhétorique dans Tirs Croisés: la laïcité à l'épreuve des intégrismes juifs chrétiens et musulmans, Paris, Calman-Lévy, 2003, 424 pages.

(8) Michel Foucault, "A quoi rêvent les Iraniens ?", Le Nouvel Observateur, 16 octobre 1978.

(9) Christian Pahlavan, "Marianne et l'Ayatollah", Politique Internationale, no 24, Printemps 1984.

(10) Cyrus Kadivar, "We arae Awake", op. cit.
 


Toutes les réactions (1)

1. 03/03/2010 02:41 - RadioFreeAlbemuth

RadioFreeAlbemuthC'est la l'un des textes les plus poignant que j'ai pu lire à ce jour , je l'ai lu d'un trait , complètement fasciné , j'ai ressenti avec vous la chute de votre nation , j'en suis resté agard pendants plusieurs minutes , je souhaite continué à vous lire longtemps et vous faire par de toute ma sympathie , pour ce qu'elle vaut.

Un lecteur nocturne.

réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring



Veuillez saisir le code Anti-Robot, ce code sert à vérifier que vous n'êtes pas un Robot.
Ring 2012
Dernière réaction

C'est la l'un des textes les plus poignant que j'ai pu lire à ce jour , je l'ai lu d'un trait , complètement fasciné , j'ai ressenti avec vous la chute de votre nation , j'en suis resté agard...

RadioFreeAlbemuth03/03/2010 02:41 RadioFreeAlbemuth
MgDantec
Articles les plus lus
  • Pour Sarkozy, avec ferveurPour Sarkozy, avec ferveur

    NB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde...

  • Satellite Sisters : suite de la sirène rouge, des racines du mal et de Babylon babiesSatellite Sisters : suite de la sirène rouge, des racines du mal et de Babylon babies

    Le manuscrit Satellite Sisters, suite de la Sirène rouge, des racines du mal et de Babylon Babies, est dans les airs entre Cape York et Paris, direction les éditions Ring. Le site officiel des...

  • Qu’est-ce que la Résurrection ?Qu’est-ce que la Résurrection ?

    « Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)  Encore une fois, Benoît XVI a tout dit. Sans...

  • Richard Wagner, un antisémite maître spirituel de Hitler ?Richard Wagner, un antisémite maître spirituel de Hitler ?

    À propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les Juifs (Berg International, 2012)Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • "Finance pousse-au-crime" : la preuve, enfin"Finance pousse-au-crime" : la preuve, enfin

    Cela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl...

  • Qui ?Qui ?

     Assassinats. Militaires. Petits enfants. Montauban et Toulouse. Ecole juive. 11,43 et 9mm. Indignation, compassion, consensus. Campagne suspendue par le PS. Une minute de silence dans les écoles...

  • Carnets de campagneCarnets de campagne

    Les campagnes électorales sont des périodes d'extrême saturation des ondes et des conversations, un peu comme aux César ou aux Victoires de la musique, où les animateurs-fonctionnaires s'agitent...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Les étoiles 2011 de DantecLes étoiles 2011 de Dantec

    "Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"

    Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Ainsi parlait ZaraDebbouztraAinsi parlait ZaraDebbouztra

    Presque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Broadcast : the dream is overBroadcast : the dream is over

    Chanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons...

  • Benoît XVI - Un cœur intelligentBenoît XVI - Un cœur intelligent

    Lecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald :  Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II...

  • Robert Brasillach : le procès expédiéRobert Brasillach : le procès expédié

    Il en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu...

  • Du bon et du mauvais usage de l’indignationDu bon et du mauvais usage de l’indignation

    Il est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant,  grand bourgeois, grand lettré,  grand amoureux des femmes (il en a eu cinq...

  • Terreur et martyre : il était minuit à AlexandrieTerreur et martyre : il était minuit à Alexandrie

    Il était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces...

  • Assises islamisation : c'est la lutte prime-timeAssises islamisation : c'est la lutte prime-time

    La jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • PS : les intermittents de la réalité en tournéePS : les intermittents de la réalité en tournée

    Même si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Blondeincendiaire.com : the murder chat roomBlondeincendiaire.com : the murder chat room

    (reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Exil(s) ExpressExil(s) Express

    Géraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et...

  • Et si les chômeurs ne chômaient plus ?Et si les chômeurs ne chômaient plus ?

    Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous le dernier Taguieff