Sur le RING

L'échec en coupes d'Europe : enquête sur une passion française

SURLERING.COM - ADRENALINE - par Loïc Lorent - le 11/10/2010 - 6 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

C’est une question qui revient chaque année à la même période, que tous les acteurs et observateurs du milieu se posent depuis un bail, mais à laquelle personne ne semble pouvoir répondre : pourquoi les clubs français font-ils si pâle figure dans les compétitions européennes ? D’aucuns avancent bien des pistes – comme nous allons le faire. D’autres, nettement majoritaires, oscillent entre acrimonie et fatalisme. La FFF déplore ou nie, la LFP aussi. Les présidents de clubs accusent la DNCG. Quant aux ministres des sports, ils parlent de « relancer la discussion à Bruxelles » car chacun sait que « c’est au niveau européen » que « tout se joue » - et ce n’est pas totalement faux. Tous acteurs confondus, deux arguments sortent du lot : l’argument économique et l’argument tactique. Les clubs français seraient trop pauvres et trop frileux dans le jeu pour espérer remporter une coupe européenne. Avant d’analyser ces arguments – et bien d’autres –, un petit détour généalogique est nécessaire. Enquête signée Loïc Loren.




Les compétitions à l’échelon européen naissent dans les années 1950. A l’instar des Jeux Olympiques modernes, c’est une idée française – issue notamment du cerveau de journalistes de L’Equipe. De 1955 à 1971, les meilleures formations du continent s’affrontent dans la Coupe des clubs champions européens et la Coupe des villes de foires – étrange hommage à l’Europe médiévale. En 1960, l’UEFA, qui après un round d’observation a décidé de récupérer et d’organiser la chose qu’elle devine lucrative, invente une troisième compétition, la Coupe des Coupes. Plus de clubs, c’est plus de visibilité, c’est plus de ferveur, c’est plus de sous. Vainqueurs et dauphins de tous les championnats (et des coupes nationales), y compris ceux de l’Est et donc de sacrément exotiques, luttent tandis que, lentement mais sûrement, le football se professionnalise. En 1971, petite révolution : si la Coupe des Coupes (C2) est maintenue, la Coupe de l’UEFA (C3) et la Coupe des Champions (C1) prennent le relai respectivement de la Coupe des villes de foires et de la Coupe des clubs champions européens. Trois compétitions, avec une hiérarchie claire entre elles. Notons également que l’UEFA ne s’interroge pas sur les questions de frontières naturelles ou culturelles de l’Europe : des formations turques ou géorgiennes, par exemple, sont invitées à prouver leur valeur sur le pré. En 1992, la Coupe des Champions est rebaptisée Champion’s League, changement de nom qui induit aussi un changement de formule. En 1999, la Coupe des Coupes disparaît. En 2008, pour faire de la place à plus de clubs, clubs provenant de « petits pays », la Coupe de l’UEFA devient l’UEFA Europa League – l’emploi exclusif de l’anglais dans les dénominations n’est pas innocent, bien sûr. Au fil des décennies, le nombre de clubs qualifiés, et celui de clubs par pays, le nombre de tours préliminaires, évoluent. Apparaissent ou s’évaporent des phases de poules. Bref, avec l’UEFA, rien ne se perd vraiment, rien ne se crée ex nihilo, tout se transforme, si possible en or.

Après la généalogie, les chiffres. Attention, ça fait mal aux yeux. Entre 1955 et 2010, il y a eu cent quarante-deux campagnes européennes (C1, C2 et C3). Bilan des clubs français : douze finales jouées. Sur ces douze finales, on compte deux victoires (C1 de l’OM en 1993 et C2 du PSG en 1996) et dix défaites (Reims en 1956 et 1959, Saint-Etienne en 1976, Bastia en 1978, l’OM en 1991, 1999 et 2004, Bordeaux en 1996, le PSG en 1997 et Monaco en 2004). On a connu ratios (12/142 et 2/12) plus flatteurs. Maintenant, on conserve la même période (c’est très important) et on compare : les clubs espagnols ont disputé soixante-six finales, cinquante-cinq les clubs anglais, cinquante-quatre les clubs italiens, trente-deux les clubs allemands (de l’Ouest et de l’Est, puis de l’Allemagne réunifiée). Ce n’est pas un « écart », c’est un gouffre. Toujours la même période et on compare encore : les clubs hollandais ont joué seize finales, quatorze les portugais, douze les belges, huit les écossais, cinq les yougoslaves, cinq les hongrois, trois les roumains, etc. Si l’on ne s’intéresse qu’aux victoires et non aux finales, on remarquera que les clubs hollandais ont ramené chez eux dix coupes, les clubs portugais six, également six les belges, deux les soviétiques, et deux les roumains (dont une C1 pour le Steaua Bucarest).

Les clubs français sont-ils si mauvais qu’on le dit ? Ils ne sont pas mauvais, ils l’ont toujours été, nuance essentielle.



« On ne peut pas lutter avec Manchester ou Barcelone ». Tel est le refrain préféré de tous les acteurs et commentateurs de ce désastre quasi permanent que sont les virées des clubs français hors des frontières de l’hexagone. Ils invoquent l’avantageuse fiscalité des quatre Grands (Angleterre, Espagne, Italie et Allemagne). Ils accusent la DNCG, organisme chargé de surveiller les comptes des clubs, qui n’a pas d’équivalent en Europe. Ils pointent la répartition des droits télévisés, laquelle est égalitaire en France (professionnels et amateurs se partagent le gâteau, la plus grosse part revenant quand même aux premiers), ce qui n’est pas – ou beaucoup moins – le cas chez les Grands. Ils font remarquer qu’ils ne sont bien souvent pas propriétaires de leurs stades (les recettes tirées de la billetterie leur passe en grande partie sous le nez). Ils déclarent avoir du mal à trouver des sponsors solides. Obligés de traquer les déficits, ils jouissent de budgets qui rendraient utopique l’idée même de remporter la C1. Quant à la C3… On va en reparler. Ils maudissent surtout le fameux arrêt Bosman, décision prise par la justice européenne en 1995 et qui, pour faire simple, a permis aux clubs les plus riches de dépouiller de leurs meilleurs – ainsi que de leurs plus prometteurs, ce qui est plus grave – éléments les clubs moins aisés, pillage ciblé dans un premier temps, pillage systématique depuis quelques saisons. C’est vrai. Le seul club français qui s’illustre avec constance sur la scène continentale ces dix dernières années, l’OL, dispose de ressources qui le classent au mieux à la douzième place (les classements diffèrent d’une source à l’autre), très loin derrière les cadors des Grands. Et il est certain que le Real de Madrid, qui peine déjà à s’imposer avec ses stars, roulerait sûrement moins des mécaniques si les autorités espagnoles ne l’autorisaient pas à vivre et s’endetter malgré un trou de plusieurs grosses centaines de millions d’euros. « Les dés sont pipés », oui. Mais the money is not enough. L’argent n’explique pas tout. Il n’explique pas pourquoi les clubs français n’ont rien gagné pendant trente-huit ans alors qu’ils luttaient à armes égales avec les autres. (On notera d’ailleurs que lesdits clubs ont disputé six finales avant l’arrêt Bosman, soit en quarante ans, et six après celui-ci, soit en quinze ans.) Il n’explique par pourquoi les mythiques Verts, équipe on ne peut plus sympathique et talentueuse, n’a atteint qu’à une seule reprise une finale (les « poteaux carrés » de Glasgow). Il n’explique pas les défaites sans appel de l’OM en 1999 (C3) et 2004 (C3), ni celle de l’AS Monaco en 2004 (C1), qui plus est contre des formations à leur portée (Parme, Valence, Porto). Il explique encore moins comment des clubs comme les Girondins de Bordeaux, Rennes ou Lille peuvent se faire régulièrement éliminer de la C3 en seizièmes ou huitièmes de finale par des formations roumaines, tchèques, belges, hollandaises qui ont souffert au moins autant qu’eux des conséquences de l’arrêt Bosman et sont moins fortunés, parfois beaucoup moins (on mettra à part les clubs russes et ukrainiens).


« Un jeu trop défensif », « une absence de techniciens », analysent-ils. Les entraîneurs (le mot existe encore, on le signale aux journalistes, de même que défi, qui vaut bien challenge) des clubs français, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, respecteraient à la lettre les enseignements de Dark Jacquet. Il est vrai qu’entre 1998 et 2002, l’équipe de France, c’était d’abord une défense de fer (Thuram – Desailly – Blanc – Lizarazu), l’une des plus brillantes de l’histoire du foot, bien aidée par un gardien d’exception (Barthez). Devant la défense, Deschamps et Karembeu/Petit, grands sabreurs de jambes, récupéraient le cuir et le donnaient à Zidane qui en faisait alors ce qu’il voulait. Saint Aimé parlait de « rigueur » et de « muscles » – son épigone, Roger Lemerre, aussi. D’aucuns purent décréter que l’équipe de France jouait « à l’italienne », donc contre-nature, sa glorieuse – mais toujours défaite à la fin – nature. Une Coupe du Monde, un Euro, deux Coupes des Confédérations tendaient à prouver que cette méthode était la bonne ou à tout le moins la plus fructueuse. Encore des chiffres : la Ligue 1 est l’un des championnats où l’on plante le moins de buts. La moyenne varie d’une année l’autre, bien sûr, mais reste (très) inférieure à celles des Grands. D’où l’impression d’assister à des exercices peu spectaculaires. De fait, certains « coachs » assument très bien le fait d’être des bétonneurs (le plus emblématique étant sans doute Pablo Correa à Nancy). Et quand ils refusent d’être considérés comme des apôtres de la défensive à tout prix, ils se retranchent derrière un « manque de moyens » qui les contraindrait à assurer un minimum syndical, avouant par-là même tout le bien qu’ils pensent de leurs joueurs. Pour résumer : ils ont des joueurs limités techniquement, donc ils ne peuvent prendre de risques, donc ils verrouillent à mort, et au diable « le spectacle ». Ils semblent plus obsédés par le fait de ne pas prendre de but que par celui d’en marquer. Confrontées à des formations plus offensives (la présence de stars induirait automatiquement la mise en place d’un schéma tactique audacieux), les équipes françaises n’auraient d’autre choix que de bétonner encore plus et de prier pour qu’un coup du sort leur permette de décrocher un match nul, qui est un « bon résultat », ou une victoire, toujours « héroïque », quand la défaite, elle, est toujours « logique » quoique souvent « cruelle », mais aussi la conséquence d’un « manque d’expérience ». Admettons que cette frilosité tactique, caricaturée en réflexe obsidional, soit responsable du peu d’enthousiasme suscité par la Ligue 1 et de l’échec sempiternel des clubs français à l’échelle continentale. Dans le second cas, elle serait d’ailleurs à la fois cause (on joue défensif parce qu’on ne peut faire autrement) et conséquence (on perd parce qu’on joue défensif). Mais si cette frilosité date de l’après 98, comment expliquer que les clubs français n’aient arraché que deux Coupes entre 1955 et 1998, à une époque où ils faisaient tout le contraire (c’est ce qu’on dit), c’est-à-dire l’offensive à outrance ? Après avoir longtemps désigné la « naïveté » des formations françaises (mais aussi celle de l’équipe de France, l’apothéose étant Séville 82), c’est maintenant leur « cynisme » qui provoquerait leur chute. Et si ce néo-catenaccio est la seule solution pour éviter de prendre une valise contre le Bayern de Munich ou le Valence FC, pourquoi en user également contre le Sparta Prague, Utrecht, Neuchâtel ou Setúbal, dont les joueurs, à suivre la logique des dirigeants et entraîneurs français, sont forcément des seconds couteaux ? On rappellera enfin que si la majorité des clubs français de l’élite subit l’arrêt Bosman, quelques-uns en profitent (Lucho González et Lisandro López auraient-il pu venir respectivement à l’OM et à l’OL sans ledit arrêt ?), profit qui ne compense peut-être pas les pertes (Drogba, Ribéry, Benzema, etc.), soit – les gros clubs français peuvent acheter de grands joueurs mais sont contraints d’en vendre d’autres.

Il y a tout lieu de penser que la position aujourd’hui hégémonique des clubs anglais, italiens, espagnols et allemands se transforme en monopole dans les années à venir. En ce qui concerne la C1, en tout cas. Entre 1995 et 2010, seuls l’Ajax d’Amsterdam (1996) et le FC Porto (2004) sont parvenus à contrarier la suprématie des Grands. D’ailleurs, la dévaluation médiatique et économique de la C3 pousse ces mêmes clubs à se focaliser exclusivement sur la Champion’s League. On dit de la C3 ce qu’on disait de la C2 à la veille de sa disparition : qu’elle est une « coupe au rabais » ou « un lot de consolation ». En « ouvrant » l’Europa League a des formations issues de championnats mineurs, et en remaniant son format afin de l’aligner sur celui de la C1 (en 2008), Michel Platini souhaitait endiguer son déclin programmé en lui offrant une visibilité nouvelle.


Il y a un autre argument. On l’entend assez peu, sauf les soirs de déculottés ou lorsque les Bleus se font sortir piteusement d’une Coupe du Monde. C’est le suivant : « Les équipes françaises pâtissent de l’absence d’une vraie tradition footballistique dans l’hexagone ». On dit du foot qu’il est une religion en Espagne, en Italie, au Brésil, en Argentine, en Afrique. On dit qu’il est une passion en Angleterre et en Allemagne. En France, il ne serait qu’un sport parmi d’autres, un peu plus populaire, rien de plus. Les clubs ? Jusqu’en 1956, il est difficile de juger leur qualité dans la mesure où il n’existait pas de compétition européenne officielle (il y avait bien de sporadiques tournées). Par contre, l’équipe de France, elle, est clairement à la rue. Mais la fin des années 1950 est un âge d’or : deux finales de Coupes des villes de foires (1956 et 1959) et une demi-finale de Coupe du Monde (1958). Merci Kopa, Fontaine et Cie. Et puis, c’est le drame. On confesse ignorer si les sondages de l’époque témoignent de l’affection des Français pour ce sport ou de leur désintérêt. Toujours est-il que le football français traverse un désert dont il ne s’extirpe péniblement qu’une grosse quinzaine d’années plus tard. Et encore, un seul club se distingue, un seul club rivalise avec les cadors européens que sont alors, entre autres, le Bayern, l’Ajax, le Dynamo de Kiev, Liverpool : l’AS Saint-Etienne. Aussi glorieuses que furent ses campagnes continentales au cœur des années 1970, nous avons vu qu’elles n’accouchèrent que d’une finale. Derrière l’ASSE, il n’y a rien. Bastia ne fait illusion qu’une saison (1977-1978). Puis l’ASSE rentre dans le rang. Qui lui succède ? Personne. Quant à l’équipe de France, elle hiberne. Elle ne se réveille vraiment qu’en 1982, en Espagne. Une génération de joueurs exceptionnels la hisse deux fois consécutives en demi-finale de Coupe du Monde et décroche même un premier trophée de poids, l’Euro 84. Merci à Platini, Trésor, Giresse, Six, Battiston, Fernandez et Cie. Vases communicants ? Durant la même période, les clubs français dorment. Les Girondins de Bordeaux, le FC Nantes, l’AS Monaco, l’OM, le PSG dominent tour à tour le championnat de France. A la fin des années 1980, d’aucuns pensent que l’heure des clubs français est enfin venue. Entre 1990 et 1993, l’OM est certainement la meilleure équipe européenne – avec le Milan AC. Elle dispute deux finales de C1, en perd une (1991), en gagne une autre (1993). Et elle en aurait sûrement joué d’autres si l’affaire OM-VA ne l’avait pas brisée. Entre 1993 et 1997, le PSG rivalise avec le Real, le Barça ou l’Inter. Elle réalise de grandes performances en C1 mais ne dispute que deux finales de C2, en gagne une (1996), en perd une autre (1997). Les Girondins de Bordeaux jouent une finale de C3 et la perdent (1996). Vases communicants ? Durant la même période, l’équipe de France est absente de deux Coupes du Monde (1990 et 1994) et se ridiculise à l’Euro 92. Elle renaît en 1996 sous le ciel d’Albion. Puis elle explose littéralement deux ans plus tard, avec le sacre que l’on sait, et écrase la concurrence pendant quatre ans. Qui se souvient des matchs amicaux de l’EDF en 2000-2002 a une idée très claire de ce que signifie le mot suprématie. Revenue d’entre les morts, l’OM se hisse à deux reprises en finale de C3 (1999 et 2004) et les perd. Le Monaco de Giuly, Évra et Pršo dispute une finale de C1 (2004) et la perd.

Si l’on prend en compte les clubs, cette « absence de tradition » est une analyse séduisante. Mais l’équipe de France ? Après tout, avec deux Euro, une demi-finale de l’Euro, une Coupe du Monde, une finale et trois demi-finales de Coupes du Monde, deux Coupes des Confédérations, la FFF peut s’enorgueillir d’un palmarès qui, il y a encore deux ans, narguait l’Espagne, cette « terre de football ». Elle nargue encore les Pays-Bas et l’Angleterre, soit dit en passant – et nous ne nous consolerons jamais totalement de n’avoir jamais vu Cruijff soulever ce trophée. Mais qu’il y a-t-il des clubs français dans l’équipe de France ? Dans celles de 98, 2000 et 2006, pas grand chose. Les clubs anglais ont prospéré et prospèrent encore, l’équipe d’Angleterre n’en finit pas de décevoir depuis quinze ans. Les clubs espagnols triomphent, l’équipe d’Espagne n’a confirmé tout le bien que l’on pensait d’elle que depuis deux ans (avant cela, elle était justement surnommée « la championne du monde des matchs amicaux »). Finalement, seuls l’Italie et dans une moindre mesure l’Allemagne et les Pays-Bas ont eu concomitamment des clubs et une équipe nationale performants.

On raconte qu’une majorité de Français ne s’est entichée du football qu’après 1998. On prétend même que nombreux furent ceux qui découvrirent alors l’existence de ce sport. Marketing et « experts » autoproclamés en tous genres aidant, on a beaucoup parlé depuis de la nécessité de remplir les stades de femmes et d’enfants ainsi que la vocation pédagogique et citoyenne (vivrensemble, diversité, blablabla) du football. De fait, ceux qui s’intéressaient à celui-ci avant Gloria Gaynor ont perçu un changement dans le traitement médiatique qui lui est réservé. Une constante culturelle propre à la France est le mépris – plus ou moins feutré – des élites envers le sport en général et le foot en particulier. Au pays de Sartre, on ne peut que se moquer de ceux qui « courent après une baballe ». Quant à ceux qui les regardent, au stade ou devant leur poste de télévision, ce sont au mieux des beaufs, au pire des débiles profonds – et parfois des nazis en puissance. Jusqu’en 1998, malgré les exploits de la bande à Platini, le football français avançait dans un relatif anonymat. L’engouement pour les Verts n’était pas allé sans une certaine condescendance sur l’air d’Il faut bien que les ouvriers s’amusent. Une décennie plus tard, grâce au duel entre les Girondins de Bordeaux de Claude Bez et l’OM de Bernard Tapie, puis à celui entre l’OM et le PSG (invention d’un « classico » par Canal +), puis aux grands matchs des Marseillais en C1, le football hexagonal déborde enfin de L’Equipe et de Téléfoot. Dans les bureaux de tabac, on n’a jamais vendu autant de vignettes Panini. Dans les années qui précédèrent la Coupe du Monde 98, FFF et politiciens désirèrent « sensibiliser » les Français. Plans, campagnes, publicités, merchandising, afin que l’événement soit un « succès », d’abord économique. La France se dota enfin d’un grand stade et en rénova d’autres – dans nombre de cas, il eut été plus judicieux d’en construire de nouveaux, comme le firent les Allemands avant 2006. D’un point de vue structurel, l’impact de cette compétition fut néanmoins positif.

Le triomphe de l’équipe de France marqua le début d’une hystérie qui dépassa d’emblée le cadre du sport. On parla finalement assez peu de schémas tactiques et de compositions. Des intellectuels qui, la veille, affichaient leur indifférence hautaine s’improvisèrent subitement spécialistes en la matière. On fit dire tout et n’importe quoi à cette victoire et aux suivantes – ainsi qu’aux défaites. La dimension sportive passa au dixième plan. On s’intéressait au « symbole du métissage ». On disait qu’elle « dynamisait l’économie ». L’équipe de France devint le personnage principal d’une jolie histoire, celle que les médias voulaient raconter. On n’en pouvait plus de « symboles ». Dans les portraits des joueurs intégrant les Bleus, il était et est encore peu question de foot mais beaucoup d’intégration et d’émotion. Souvent l’on va même chercher les parents afin qu’ils déclarent, face caméra, combien leur rejeton est un « bon garçon ». Très utile…
Le storytelling n’est pas l’apanage des médias français. Ce phénomène s’observe actuellement sous toutes les latitudes. Toutefois, en France, il atteint de tels degrés (et sécrète tant d’absurdités), il est tellement métastatique, il est tellement l’unique angle de lecture, que l’on est tenté de penser que se dissimule derrière lui une méconnaissance profonde du football et de son histoire. En l’occurrence, le storytelling n’est pas la cerise sur le gâteau, il est le gâteau. Dépouillé de l’odeur des vestiaires, le foot pouvait alors devenir chic, voire lorgner la hype. Un magazine comme So Foot n’aurait pu voir le jour et se maintenir sans cette transformation – ce qui n’enlève rien à la qualité de certains articles – tandis que L’Equipe s’y conforme et que les irréductibles Cahiers du Foot y résistent avec érudition et un humour jubilatoire – bien qu’ils soient aussi des vivrensemblistes fanatiques. Cette méconnaissance est peut-être, en effet, la conséquence d’un déficit culturel originel.

Par extension, ledit déficit sert fréquemment d’alibi aux entraineurs. Appliqué à leurs joueurs, il se mue en « manque d’expérience ». Des chiffres, encore. Depuis 1955, encore. Les Girondins de Bordeaux ont disputé 175 matchs européens, 170 l’OM, 165 l’OL, 140 le PSG, 145 l’AS Monaco, 104 l’AJ Auxerre, 100 le FC Nantes, 80 Lens (ordre de grandeur, car là aussi les sources…). Bilan absolument pas indigne. L’extrême rareté des finales n’en est que plus louche.

Sachant que les joueurs de nationalité française sont souvent minoritaires dans les grands clubs, la pertinence du lien tissé entre déficit culturel et résultats médiocres nous échappe un peu. Mais avant l’arrêt Bosman, quand les clubs, y compris les plus grands, n’alignaient presque que des Français ? Peut-on réellement affirmer qu’Alain Giresse, Marius Trésor ou Luis Fernandez n’étaient pas des garçons aguerris ? Les entraineurs français font penser à un chômeur qui, après un entretien d’embauche totalement raté, dirait : « De toute façon, je n’avais pas assez d’expérience ». Qui plus est, on rappellera que l’Inter ou le Barça n’alignent pas les mêmes joueurs depuis cinquante ans… Eux aussi s’essaient aux transferts. Justement, nous répondra-t-on, ils engagent des joueurs familiarisés avec les compétitions européennes. Sans doute, mais ça n’explique toujours pas les quatre décennies de vache maigre et, actuellement, plus que le manque d’expérience, c’est la différence de qualité qui devrait être pointée. Car qu’ils aient dix ou cent matchs de C1 dans les pattes, Lionel Messi et Samuel Eto’o seront toujours meilleurs – en talent pur et sur la durée – que Pjanic et Gignac. Il ne fait aucun doute que l’incapacité des grands clubs français à acheter des stars et de conserver plus d’une ou deux saisons celles qui le deviennent sous leurs couleurs (il semblerait toutefois que le statut de star ne soit pas compatible avec le fait de jouer en France) est un handicap colossal. C’est une évidence qui nous paraît bien plus importante qu’un supposé manque d’expérience qui ressemble fort à une excuse. Ce mouvement s’amplifiant d’année en année (on remercie au passage Arsène Wenger de piller avec constance les centres de formation français), on est prêt à trouver des circonstances atténuantes aux clubs français. Oui, la C1 sera de plus en plus dure à gagner. Oui, nous pensons nous aussi qu’une dizaine de clubs tout au plus (l’OL n’est pas loin mais n’en fait pas partie) est aujourd’hui en mesure de viser cette conquête à l’orée de chaque nouvel exercice. A bien des égards, cette vérité est déprimante. Comme l’est le comportement des clubs français en C3 ! Là, l’argument économique ne tient pas. Là, les clubs français n’affrontent pas (régulièrement) des formations du calibre de Chelsea ou du Milan AC. Là, pourtant, ils se font (régulièrement) sortir par des équipes que nous qualifierons de moyennes. De sorte que la plupart des analystes s’interrogent sur la réelle motivation des clubs français. Ils disent à juste titre : « En août, ces clubs affirment viser une qualification en C3. Quand ils l’obtiennent, ils la fêtent. Trois mois plus tard, ils affirment que la C3 n’est pas leur priorité, qu’elle les épuise, qu’ils n’ont pas le banc pour la jouer à fond, et n’éprouvent aucune honte – mais au contraire un grand soulagement – lorsqu’ils en sont éliminés ». Les mêmes analystes estiment que ce phénomène est très mystérieux. A quoi bon afficher une belle ambition pour la trahir constamment par la suite ? La timidité des schémas tactiques estampillés made in France n’aide pas, pour sûr. L’Inter de Mourinho a pu décrocher une C1 en pratiquant la défensive totale, mais cette victoire demeure une exception ces dernières années. La Nazionale de 2006 n’avait rien d’un hymne au catenaccio, nonobstant les miracles réalisés par un Buffon fort sollicité durant la compétition. L’Espagne de l’Euro 2008 et de la Coupe du Monde 2010 non plus. Chacun à sa manière, le Barça et Manchester United ont récemment démontré qu’il existe bel et bien une « prime à l’offensive ». L’effectif est ce qu’il est, et dans le cas des clubs français, pas toujours immortel, soit. Mais est-ce une raison suffisante pour ne rien tenter, pour proclamer dix jours à l’avance qu’on se contenterait bien d’un résultat nul ?
Se contenter : c’est peut-être ça, le problème majeur. Les présidents français donnent l’impression de gérer leurs clubs comme des PME. Compétitifs dans un secteur, ils répugnent à en conquérir d’autres. Les risques sont trop grands, les résultats trop aléatoires. Pourquoi s’aventurer sur un sentier périlleux alors qu’une belle route goudronnée, qu’on connaît de surcroit très bien, nous attend ? C’est ce que fait aujourd’hui M6 et ses hommes à Bordeaux. Antoine Pinay is not dead ! A pays de PME, clubs de PME. On peut reprocher bien des choses à Jean-Michel Aulas, à commencer par son côté Caliméro, mais il est l’un des seuls dirigeants français qui assument la puissance de son club, il lui donne les moyens de croître, et ose défier les cadors du continent. Dans un tout autre genre, Bernard Tapie ne se cachait pas davantage derrière son petit doigt. Il voulait l’Europe, il l’a eue. On dit : « Arrogance ! » On pense surtout que la victoire ne vient jamais sans une dose préalable d’autosuggestion. Dans la même position qu’un étudiant à la veille d’un examen difficile : s’il ne croit pas en lui, s’il ne se sent pas, au prix d’un mensonge qu’il se fait à lui-même, supérieur aux autres, s’il ne manifeste pas un peu d’orgueil, il a somme toute peu de chance de le réussir. L’hybris vaudra toujours mieux que l’impuissance. La DNCG ne favorise pas les rêves de grandeur, certes, mais nous pensons que le mal est plus profond, qu’il est d’ordre moral et intellectuel. Et qu’il a traversé le temps, qu’il sévissait déjà dans les années pré-Bosman. Que la logique du risque zéro des présidents – qui sont rarement des passionnés de football – déteint sur tout l’organigramme, sur les joueurs et sur le public. En fin de saison, le maintien et un bilan comptable à peine négatif les satisfont pleinement. Mieux ? « C’est du bonus ». L’esthétique du contentement – tacite ou avoué – explique en sens inverse que toute victoire soit décrite en des termes homériques (à côté du Real-Lyon de 2010, Austerlitz, c’est du pipi de chat).

Quand ils ne lâchent pas prise – sans pour autant espérer aller très loin dans la compétition –, ces clubs s’effondrent quand même, trois fois sur quatre avant les huitièmes de finale. Pour ne parler que de la période post-Bosman et des supposés grands clubs à l’exception de Lyon (OM, Bordeaux, Monaco, PSG, Lille), on a l’impression que ceux-ci sont trop complexés pour jouer à fond la C1 mais trop prétentieux pour jouer à fond la C3. Dans le premier cas, leurs complexes sont légitimes – ce qui n’excuse pas leur passivité. Dans le second, on s’étonne. Comme s’ils ne voulaient pas se demander si le niveau de la Ligue 1 ne se rapprochait pas davantage de celui des championnats hollandais, portugais, grec ou belge que de la Bundesliga ou du Calcio. On le craint. Soit ils l’admettent, et la C3 devient pour eux attractive. Soit ils continuent de croire en un lien de parenté direct avec les Grands, et la C1 restera pour eux intouchable sans qu’ils aient pu pour autant garnir leur salle des trophées. S’il faut savoir assumer sa puissance, il faut aussi savoir reconnaître sa déchéance, surtout lorsqu’on ne fait rien de sérieux pour la contrer.

Une autre chose, dite en creux précédemment : contrairement aux Grands, le championnat de France n’a pas toujours eu de locomotives et jamais de wagons. Reims domina pendant quelques années. Quand ce club périclita, il n’y eut pas de relève. Même chose avec Saint-Etienne. Bordeaux et l’OM puis l’OM et le PSG (avec l’arbitrage de Monaco et de Nantes) se tirèrent bien la bourre pendant un certain temps, mais trop court, et deux-trois clubs d’élite, ce n’est peut-être pas assez (la Liga est phagocytée par le Real et le Barça, soit, toutefois l’Espagne produit chaque saison, et de depuis longtemps, au moins six-sept clubs aptes à la représenter férocement dans les joutes européennes – c’est moins vrai pour l’Italie et l’Allemagne). Entre 1996 et 2002, on a pu dire qu’une bonne dizaine d’équipes était susceptible de remporter ce qu’on appelait alors sobrement la Première Division. C’était sans doute trop. Le règne de Lyon entre 2002 et 2008, émaillé de coups d’éclats – ainsi que de déroutes et, plus embêtant, de non-matchs – en C1, ne fut jamais vraiment contesté. La double opportunité de 2004 ne fut qu’un feu de paille (et quelles chutes !). Où l’on retombe sur un « manque d’émulation » (après le manque d’expérience…) – dénoncé par certains depuis belle lurette – qui serait propre au championnat de France. Tour à tour anarchique et propriété d’un seul club, la Ligue 1 produit une élite extrêmement restreinte et ne facilite pas son épanouissement, lequel ne se nourrit que du danger, de la présence de concurrents crédibles.

« Et alors, c’est ce qui fait le charme du football français », diront tous ceux qui furent « enchantés » par le parcours de Calais en Coupe de France. On ne nie absolument pas le charme de ce genre d’épopée. On regrettera néanmoins sa récurrence. Calais en C3, c’est sympathique. Sur le papier. Sur le terrain, ça aurait forcément débouché sur une splendide série de branlées – une pensée pour Gueugnon et Guingamp. Le caractère français est comme ça : il n’aime pas lire ce que nous avons écrit à propos de l’hybris. Pour lui, la victoire est toujours un peu suspecte. Et dans ses manuels d’Histoire, enfin, ceux d’avant, on enseignait aux enfants que les défaites étaient souvent plus glorieuses que les triomphes. Waterloo plutôt qu’Austerlitz. Il y aurait mille choses à dire sur les fondements idéologiques de cette sublimation de l’échec. Nous ne la jugeons pas (pas ici en tout cas), nous l’observons. De même, nous notons que dès son deuxième ou troisième sacre, l’OL fut l’objet de critiques acerbes sur l’air de Lyon remporte tout, c’est injuste. Quelle étrange idée que d’introduire la notion de justice dans le football. Il faut voir les reportages consacrés à ces petits clubs, ces « David », lorsqu’ils doivent se mesurer à des grands, des « Goliath ». Ils sont toujours, ces reportages, plein de misérabilisme, de bons sauvages, de gens sympas, de types « comme tout le monde », qui ne se la pètent pas. Mise en scène, storytelling, d’accord. Faut bien vendre le truc. Le discours qui sous-tend et que draine cet enthousiasme (David et Goliath) est, on ose le mot, tellement provincial ! La glorification des « petits », affublés de toutes les vertus, est une barrière à l’acceptation des règles cruelles du haut niveau. En C1 ou en C3, l’innocence se paye cash. Chanter Calais et les autres de temps en temps, pourquoi pas. Cependant, ne chanter que Calais et les autres, s’accrocher à eux comme des morts de faim, broder autour des leurs « exploits » une ribambelle d’éloges de l’amateur, c’est la manifestation d’un refus. Il n’est toutefois pas interdit de penser que Calais doit demeurer Calais et que plus les « exploits » sont nombreux, plus ils accréditent la thèse d’une Ligue 1 faiblarde. Somme toute, les miracles existent, tant en France que chez les Grands. Seulement, chez ces derniers, on les prend pour ce qu’ils sont – et c’est déjà beaucoup.

On a franchi la ligne jaune. On a versé dans l’histoire de mentalités. Le pire, c’est que nous allons continuer – la question nous trotte dans la tête depuis trop longtemps pour que nous ne tentions pas d’épuiser le sujet. Il y a de cela quelques mois, dans l’une de ses tribunes quotidiennes sur RTL, Eric Zemmour revenait sur les confrontations franco-allemandes (pour la première fois depuis 1986, EDF et Nationalmannschaft devaient se retrouver au sortir de la phase de poules), et le journaliste-chroniqueur de pointer le « complexe d’infériorité » des Français pour expliquer les défaites d’autrefois et pour en prophétiser de nouvelles. Schumacher défonçant Battiston, c’était la continuation du duel séculaire sur un autre terrain – le gardien de la RFA était certainement très client du bismarckien credo La force est mon droit. Ce jour-là, Zemmour ne faisait pas preuve d’originalité. Cette analogie était déjà à la mode dans les années 1980. Et l’on parlait aussi, plus globalement, du « complexe d’infériorité » des joueurs français, pas seulement envers les Allemands : ça marchait aussi avec les Italiens, les Espagnols, les Anglais et les Hollandais. Condamnées historiquement au doute, les Français perdraient leurs moyens face à des formations plus huppées. Laissons l’Histoire de côté pour remarquer que cette opinion est sœur de la mythique pression, celle-là même qui briserait tous nos espoirs. La pression ! Ils ne supportent pas la pression ! Ils ont trop de pression ! L’œuf ou la poule : on ne sait pas qui a tiré le premier : le journaliste ou le sportif ? Toujours est-il que lorsqu’un « champion tricolore » est battu, que ce soit par plus fort ou plus faible que lui, le journaliste lui demandera pavloviennement s’il n’a pas « mal géré la pression », et si le journaliste ne parle pas assez vite, c’est le sportif qui invoquera « la grosse pression qui pesait sur (ses) épaules ». Et si, objectivement, le Français a joué comme un âne, eh bien, c’est toujours un-peu-beaucoup la faute à la pression. Depuis que le développement personnel se propage partout à la manière d’une MST, cela porte un nouveau nom : « le mental fragile des sportifs français ». Nous nous trompons peut-être, mais nous avons l’impression que la pression ne flotte qu’au-dessus de la France, ce qui est quand même étrange – même si l’on sait grâce à Tchernobyl que les nuages peuvent s’arrêter aux frontières. En général, quand un Anglais ou un Italien perd, il dit : « J’ai été mauvais », et s’il perd contre un adversaire au talent contestable, il s’excuse auprès de ceux qui le supportaient. Parfois, l’Anglais ou l’Italien tombent sur plus fort que lui. Alors il dit : « Je suis tombé sur plus fort que moi ». La pression : excuse principale des sportifs français, excuse marginale chez les autres. Pourquoi sont-ils comme ça ? Il faudrait interroger Eric Zemmour.
 
On peut imaginer que la propension elle aussi toute française à voir du « positif » dans les défaites ou à toujours minimiser celles-ci, non pas parce que ça arriverait à tout le monde – et ça arrive à tout le monde – mais parce que « c’est pas si grave après tout » est l’une des clefs de voûte de l’échec des clubs français. Car elle vient de loin, cette manie, elle était déjà là dans les années 1970-1980. Saint-Etienne perdait en quarts de finale. Difficilement pardonnable ou ne serait-ce que « dommage » ? Non, la défaite était toujours « pleine de promesses ». Plus tard, Bordeaux ou Monaco perdait en quarts de finale. C’était évidemment « cruel » mais ça annonçait aussi « des lendemains plein d’espoir ». Aujourd’hui, c’est l’OL qui n’en finit plus de « franchir un cap ». On prétend que chez les Grands, on enseigne la haine de la défaite. Les joueurs français expatriés là-bas le confirment dans leurs déclarations. Les Immortels de 98 affirment que c’est cette « culture de la gagne », apprise notamment en Italie, qui leur a permis d’envisager une victoire finale. On a voulu croire que celle-ci – et avant elle la C1 de l’OM et la C2 du PSG – désinhiberait les clubs et les joueurs français. N’avaient-ils pas prouvé qu’ils pouvaient eux aussi briller au plus haut niveau ? Vœu pieu, visiblement.   

Durant la dernière Coupe du Monde, d’aucuns se sont acharnés sur la « formation à la française », laquelle serait trop axée sur le physique au détriment de la technique et de l’intelligence tactique. Un autre héritage de l’ère Jacquet, commentent-ils. N’ayant jamais trainé nos guêtres dans un centre de formation, nous ne pouvons ni les suivre ni les contredire. Nous avons vu, comme tout le monde, des reportages, des documentaires filmés de l’intérieur (mode lancée par Les Yeux Dans Les Bleus). On n’y a pas trouvé le signe d’une affection démesurée pour la muscu. Par contre, on a été parfois assez étonné par la teneur du discours des « coachs ». Quelque part entre le fonctionnaire des provinces illyriennes et l’assistante sociale. Que ça manque de charisme ! Dans son genre, Domenech était une caricature. On doit confesser que le personnage nous a longtemps été sympathique. On adorait la manière avec laquelle il renvoyait les journalistes dans les cordes. On trouvait qu’il avait raison de ne pas répondre au mec qui lui demandait des nouvelles du petit orteil de Gallas. Le drame de Domenech, c’est qu’il a pris goût à la chose, que ses conférences de presse se sont transformées en pièce de moins en mois drôle et surtout qu’il n’a jamais justifié ses compositions d’équipe (mais cela intéressait-il vraiment la majorité des journalistes ?). Et puis, donc, il y avait chez lui cette insupportable tendance à disserter sur l’émotion, « la vie de groupe », à choisir pour des raisons « sentimentales » un remplaçant du Barça, qui plus est auteur de matchs médiocrissimes, plutôt qu’un titulaire de la Roma. Bien sûr qu’une franche camaraderie est préférable à une animosité de chaque instant. Bien sûr qu’on aime les « histoires d’hommes », comme on disait autrefois. Mais il y avait chez Domenech, dès lors qu’il parlait de foot, ce qui lui arrivait rarement entre 2006 et 2010, un je-ne-sais-quoi de gourou social-démocrate, catho de gauche, boyscout qui ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons d’un sélectionneur de l’équipe nationale.
Bon, faute de pouvoir évaluer la place allouée à la préparation physique dans les centres de formation, on s’étonnera quand même du nombre de milieux défensifs aux pieds carrés qu’ils produisent. On remarquera qu’à part Gourcuff et Nasri, ils n’ont enfanté aucun numéro 10 (même si Nasri n’est pas un pur 10) de niveau international depuis Zidane. On soulignera l’absence de mecs capables de planter un but en dehors de la surface de réparation. Nous serons moins sévère avec les attaquants. Gameiro est prometteur, et le Benzema de Lyon était vraiment monstrueux de talent.
Il est possible que cette fameuse « génération 87 », la crème de la crème, soit moins brillante qu’on le pensait au milieu des années 2000. En la matière, aucune nation n’est épargnée par les trous noirs. Reste à savoir s’il s’agit là de malchance ou la conséquence logique d’une mauvaise politique de formation. Pour mémoire, et pour relativiser, on se souviendra que ces mêmes méthodes étaient il y a encore peu l’objet d’interminables éloges (« les meilleurs centre de formation au monde », rien de moins).

Et puis il y a les « têtes pensantes », les chefs, et même les politiciens. Le tragi-comique épisode Domenech a confirmé tout le bien que nous pensions de la FFF. Après Claude Simonet, ses charmantes notes de frais en Asie et sa condamnation par la Justice du fait d’un amusant maquillage comptable, après Gérard ‘’Sepamafotesecellaginola’’ Houllier occupant le poste de DTN, après l’inénarrable Escalettes et son regard de cocker scrofuleux, après mille petits arrangements entre amis dont les échos ont alimenté les pages des magazines, après les effets de manche de Thuram (pourquoi n’a-t-il pas tout bonnement démissionné ?), on laisse tomber. Au reste, la plupart des actuels dirigeants du foot français étaient déjà là, sur la scène ou en coulisses, en 1998-2002. Donc ? Eh bien, de même que certains joueurs de l’EDF étaient cramés en débarquant en Corée, et auraient dû le reconnaître et agir en conséquence, les vieux messieurs de la FFF devraient apprendre les vertus de la retraite.
Il y a de cela deux ou trois ans, Frédéric Thiriez, le patron de la LFP, décrétait qu’un club français remporterait la C1 « avant 2012 ». Il n’a alors pas cru nécessaire d’expliquer comment. La marotte de Thiriez, ce sont les droits télévisés. Plus de sous, pour faire comme les Grands. Pourquoi pas. Mais nous avons déjà dit qu’en France les clubs de l’élite ne récoltent qu’une partie de ces sommes astronomiques. L’autre cheval de bataille de Thiriez, c’est la Coupe de la Ligue, celle qui nous offre chaque année des affiches mémorables : Troyes-Auxerre, TFC-Boulogne, Sedan-Sochaux. Coupe sans histoire, en plus, inventée pour concurrencer la Coupe de France et satisfaire l’égo de ses créateurs. Les grands clubs ne s’y trompent pas, qui délaissent cette compétition. Les clubs de Ligue 1 se plaignaient déjà assez du « calendrier surchargé », il a fallu que la LFP rajoute des dates. La cohérence de la politique menée par la LFP ne nous convainc pas. 2012, c’est demain, et l’on ne voit à l’horizon aucune C1 et pas davantage de C3.

Quant aux politiques, ceux qui parlent d’étudier la chose avec leurs partenaires européens, qui saluent – à juste titre – le travail de Michel Platini à la présidence de l’UEFA (en ce qui nous concerne, nous le remercions surtout de ne pas céder à la vidéo), qui aiment se faire prendre en photo avec les joueurs ou les tancer quand ils versent dans le grotesque (dans cent ans, les images de Roselyne Bachelot parlant d’une voix grave – et les yeux exorbités qu’on dirait qu’elle a avalé un truc qu’on ne veux pas, mais alors vraiment pas goûter – des « enfants perdus » de Knysna, intrigueront beaucoup les historiens), ceux-là ne font rien de concret. Ils s’immiscent, ils commentent, ils brodent du « symbole » et de « l’exemple », ils nous ennuient avec leur chansonnette Et comment qu’on va éduquer nos enfants après ça, comme si les enfants étaient de toutes petits choses innocentes et que mille autre scories de la connerie ordinaire ne leur tombaient pas quotidiennement dessus, mais, quinze ans après l’arrêt Bosman, ont-ils convaincu la Komission de Bruxelles de revenir sur son éloge de la libre circulation des travailleurs ? Nein. Sous Jospin – façon de dire, hein –, Marie-Georges Buffet, avait fait de ce sujet l’une de ses priorités – avec la lutte contre le dopage. Pour quel résultat ? Aucun. L’impuissance, disions-nous plus haut, l’impuissance…

Bien sûr, on peut estimer que si les clubs français ne gagnent rien depuis cinquante-quatre ans, c’est parce qu’ils sont… maudits. Ceux qui ont vu la finale de la C1 93 n’ont sûrement pas oublié les mots de Thierry Rolland après la victoire de l’OM. Il disait : « Le signe indien est brisé ». C’était une chose qu’on répétait souvent à l’époque, l’excuse ultime : c’est pas qu’ils étaient mauvais, nos clubs, c’est qu’ils avaient la scoumoune. Et pourquoi qu’ils étaient carrés, les poteaux de Glasgow ? A un centimètre près… Quand ce n’était pas la faute des arbitres, tous à la solde de l’Allemagne. Il manquait toujours un centimètre, un pied, une tête, un rien. Ce rien, c’était le signe indien. Et contre les esprits maléfiques, que peut-on faire ? Attendre et espérer. On attend et l’on espère depuis 1997… Aussi, de deux choses l’une : soit c’est Satan en personne qui nous veut du mal, soit les raisons de cet échec permanent sont à chercher ailleurs. C’est ce que nous avons essayé de faire.

Si quelqu’un avait LA réponse à cette question, je l’aurais déjà donnée.

Un dernier mot : on peut déplorer l’évolution du football, on peut regretter l’époque du sport amateur, on peut pester contre le toujours plus de fric, on peut ne pas être très sensible à l’idée selon laquelle les matchs internationaux seraient des succédanés de la guerre. C’est notre cas. Mais le système est ce qu’il est. Soit on joue le jeu comme les autres, auquel cas on s’adapte, soit on se tait, soit on se met sur la touche. Une contre-coupe d’Europe, réunissant des clubs que la logique industrielle ne comblerait pas de bonheur, dont les dirigeants préféreraient Camus à Sartre, ça pourrait avoir de la gueule. Ça ne fonctionnerait pas, mais ça aurait eu le mérite d’exister. Should I Stay Or Should I Go. Dans le football comme dans la vie en général, rien n’est jamais plus funeste que le Juste-Milieu.

Loïc Lorent


Toutes les réactions (6)

1. 11/10/2010 03:31 - Erwan

ErwanD'enfer ce papier, Dassier, prends en de la graine !

2. 11/10/2010 14:31 - Vlad XXII

Vlad XXIIExcellent article !
Et pourtant, cela fait un bout de temps que le foot ne m'intéresse plus.

Une question tout de même : pourquoi refusez-vous la vidéo ?

3. 11/10/2010 17:59 - ferdinand

ferdinandN'oubliez pas qu'en Angleterre il n'y a qu'un sport : le foot ( un peu le rugby à cause de la tradition universitaire et dans des stades vielliots ) vous n'arriveriez pas à me citer un joueur ou un club de basket anglais. Il n'y a donc rien d'extraordinaire à voir des grands stades pleins. En France au contraire nous sommes omni-sports , ne dominant aucun des cinq sports collectfs ( foot, rugby, basket , hand , volley ) mais étant plus ou moins compétitifs dans chacun d'eux ( la France est le seul pays a avoir gagné la champion's league dans ces cinq sports ). Quand on vit à Liverpool on a pas d'autre choix ( à part se suicider comme disait Ringo Starr dans Yellow submarine ) que de supporter son club de foot, alors que le citoyen amateur de sport à Montpellier peut voir du haut niveau en rugby, foot , volley, hand ( il y avait mème il y a quelques années une bonne équipe de basket ) .

4. 12/10/2010 13:21 - SF

SFLe sujet est bien le niveau des clubs français en Europe, mais puisque vous parlez de l'oligopole des 8-10 grosses écuries européennes, il faudrait aussi noter l'évolution de la C1, non pas en terme de formule (une poule, deux poules, tours préliminaires, mini-championnat, etc) mais par rapport au statut des équipes qualifiées.

Avant 1997, seuls les champions en titre de leur pays étaient qualifiés pour la Ligue des Champions, qui portait alors merveilleusement son nom.
D'ailleurs, notons le changement de nom (en 93) : de Coupe des clubs champions à Ligue des champions. En particulier de clubs champions à champions, du qualificatif au substantif. Un mec champion, il porte le titre de champion, un champion tout court, ça peut simplement être un type vachement trop fort, t'as vu.
Le ver est dans le fruit, et l'acceptation des vices-champions en 97 dans la compétition ne gène pas vraiment. Merde quoi, le Milan se fait enflé par la Juve dans le Calcio et il peut même pas participer à sa C1 et gagner ses pépètes habituels...

Puis en 99, on élargit aux 3e et 4e. Les parvenus. Les mecs qu'ont même pas frôlé le titre de champion. C'est-à-dire que les pépètes, quoi.
Il n'est même plus nécessaire de se défoncer pour le titre de champion national afin de participer à la plus prestigieuse compétition européenne. L'esbroufe totale !

Et ensuite, on s'étonne de l'agonie de la C3. Forcément, si au moins les troisièmes et quatrièmes des championnats majeurs la disputaient (je parle même pas des vice-champions, quand bien même ils ne méritent pas non plus leur place en C1), elle aurait beaucoup plus de prestige et donc d'avenir.

Donc. Quand hier, on se tapait soit le Real, soit le Barça, aujourd'hui on se tape les deux, plus un Valence. Vous vouliez Manchester et le déshonneur ? Vous aurez le Big Four et le déshonneur (je passe sur l'actuelle méforme de Liverpool). Idem pour l'Italie.
Bref, le monopole est bien établi, les indices UEFA légitimant le tout.

Au lieu de faire de petites rectifications type fair-play financier, Platoche devrait revenir sur ces places qualificatives en C1, avant qu'il... Silly me. Il est déjà trop tard.

5. 12/10/2010 19:21 - Loïc Lorent

Loïc LorentConcernant la vidéo : pour quelle(s) phase(s) de jeu ? qui décide ? le droit à combien de fois par match ? Risque de ralentir le jeu. Dans nombre de cas, la vidéo (en tout cas aujourd'hui) n'aide en rien. La solution expérimentée cette année en C1 (cinq arbitres) me paraît intéressante.

Ferdinand : très juste, j'aurais dû en parler.

SF : d'accord avec vous. "Mécaniquement", les clubs français ont souffert de l'ouverture de la C1 à d'autres clubs que les champions.

6. 17/10/2010 01:57 - François

FrançoisCet article est brillant.
Soutenant mordicus Bordeaux depuis maintenant 17 ans, je pense que ce club est à l'image même des clubs français. Solide et d'une stabilité remarquable en championnat, Bordeaux joue toujours de la même façon en Coupes d'Europe depuis donc 17 ans: de façon fade. Une seule fois, selon moi, les Girondins ont fait vibrer durant tout ce temps: lors du quart de finale de la C3 de 1996, lors du fameux 3-0 infligé au Grand Milan AC. Mais si l'on écarte cette comète, Bordeaux joue sans jouer, comme s'ils avaient peur de gagner. L'attitude de la direction et de M6 confirme: ne jamais afficher d'autres ambitions qu'une qualification européenne (depuis trois ans, ils ont progressé: ils espérent le podium; pour se vanter de viser le titre, on attendra encore un peu). Et en Europe, ne pas espérer grand-chose, éviter la claque et prendre l'argent. La modestie gage de stabilité? Résultat: pour un club expérimenté (qualifié pour l'Europe quasiment tous les ans depuis 20 ans), une série sidérante d'éliminations en 16-8ème de finale. 1996 et 2010 furent des étincelles, mais le feu prendra-t-il?
Intéressante comparaison entre le niveau de l'équipe de France et des clubs nationaux.

Ring 2012
Loïc Lorent par Loïc Lorent

Loïc Lorent est romancier et pamphlétaire.

Dernière réaction

D'enfer ce papier, Dassier, prends en de la graine !

Erwan11/10/2010 03:31 Erwan
Tout sur
Articles les plus lus
  • Les excuses publiques de Causeur à David SerraLes excuses publiques de Causeur à David Serra

    Publié sur Causeur.fr le 11 décembre 2013, un an après le conflit entre l'auteur de Satellite Sisters et l'éditeur. Les éditions Ring annoncent à leur tour la fin du contentieux avec Maurice...

  • Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?

      On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire... qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple,...

  • Droit de réponse aux désinformations de Maurice DantecDroit de réponse aux désinformations de Maurice Dantec

    [ Addenda du 11 décembre 2013 :Les excuses publiques du Magazine Causeur à David Serra : http://www.causeur.fr/nos-excuses-a-david-serra-et-aux-editions-ring,25362David Serra et les éditions Ring...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD,...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous La France orange mécanique