Jean Pierre Treiber : La ballade du pendu
SURLERING.COM - MURDER BALLADS - par Mathieu Bollon - le 01/03/2010 - 4 réactions -

Le 20 février dernier, Jean-Pierre Treiber est retrouvé pendu dans sa cellule à la prison de Fleury-Mérogis, dans l'Essonne, où il était détenu en quartier d'isolement. Il était l'unique accusé du meurtre de deux femmes, Katia Lherbier et Géraldine Giraud (fille unique du célèbre comédien Roland Giraud) en novembre 2004. L'homme venait de se suicider à l'âge de 46 ans en laissant un mot dans sa cellule, dans lequel il explique avoir mis fin à ses jours parce qu'il en avait « marre d'être pris pour un assassin » et qu'il ne supportait plus d'être privé de ses proches. Garde-chasse alsacien, il avait été décrit à l'époque comme un individu simple, frustre voire simple d'esprit. Aujourd'hui, on sait, notamment grâce au témoignage de son ex-femme Marie Pascale [1], que Jean-Pierre Treiber était certes un homme taciturne et violent, mais qu'il ne correspondait nullement à l'image que lui avait donné les médias à l'époque. Il était en effet un homme à la personnalité complexe. D'un niveau culturel assez bas, il était néanmoins d'une intelligence normale. Passant pour quelqu'un de gentil, serviable et travailleur, il s'avérait en fait manipulateur et dissimulateur. Suite à sa rencontre avec un petit escroc local, Jean -Pierre Treiber avait développé une certaine fascination pour le monde du grand banditisme. Lui, le garde-chasse, « l'homme des bois » taciturne et très attaché à la nature, s'était mis à rêver argent facile et voitures luxueuses ! En se suicidant, Jean-Pierre Treiber a emporté avec lui ses secrets. Avec sa mort s'évanouissent les dernières chances de découvrir la vérité sur l'affaire Giraud. N'ayant jamais avoué sa responsabilité dans la mort des deux femmes, de nombreuses charges pèsent cependant contre lui. Son suicide représente un ultime coup de théâtre dans cette affaire aux multiples rebondissements. RING vous propose de découvrir les multiples soubresauts de l'affaire Giraud ainsi que le parcours de cet homme mystérieux et insaisissable qui, après avoir notamment nargué la police au cours d'une traque qui fit la une des médias pendant plusieurs semaines, s'est échappé pour toujours un matin d'hiver 2010. La fin tragique de Katia Lherbier et Géraldine Giraud Ce lundi 1er novembre 2004, Katia Lherbier, 32 ans, et Géraldine Giraud, 36 ans, viennent de passer le week-end de la Toussaint dans la demeure familiale des Giraud à La Postolle, dans l'Yonne. Elles ont prévu de rester ensemble jusqu'au lundi soir. Roland Giraud est alors à l'affiche d'une pièce avec Véronique Jeannot, Avis de tempête, qui fait un triomphe à Paris. Cela fait moins de trois semaines qu'elles se connaissent, elles vivent déjà une histoire d'amour passionnée. Depuis le début de leur relation, elles ne se quittent plus. Les deux jeunes femmes se sont rencontrées autour du 10 octobre à Sens, par l'intermédiaire de Marie-Christine Van Kempen, belle-sœur de Roland Giraud et tante de Géraldine. Celle-là subsiste en donnant des cours de chant dans la région. Katia Lherbier, jeune musicienne, est la colocataire de cette dernière. Elle vit de petits boulots dans le secteur artistique, en animant notamment des ateliers de musique ou de théâtre. Géraldine, elle, a d'abord tenté sa chance comme chanteuse dans le groupe Totem avant de se lancer dans le théâtre. Elle a ensuite enchainé les castings pour décrocher de petits rôles dans le cinéma sous un pseudonyme, avant de décider de gagner sa vie en faisant du doublage. Elle fréquente alors les lieux de rencontre pour lesbiennes, comme la boîte de nuit « Le Pulp » sur les Grands Boulevards à Paris, et passe de temps à autre ses week-ends en famille à La Postolle, près de Sens, où elle en profite pour se ressourcer, faire du sport. C'est donc dans cette région qu'elle va faire la rencontre de Katia Lherbier. Cette idylle qui avait si bien commencé sera de courte durée et se terminera de façon tragique, ce même 1er novembre. A 13 heures, Katia appelle sa sœur aînée pour annuler un rendez-vous au cinéma, prévu en début d'après-midi. Les deux jeunes femmes passent alors la journée à ranger la maison en vue de leur départ, et passent quelques coups de fil. Aux alentours de 20 heures, elles embarquent à bord d'une 206. A 20h08, Géraldine reçoit l'appel d'une amie, Frédérique, sur son portable. La communication est alors brusquement interrompue à 20h10. Dès cet instant, les deux femmes disparaissent sans laisser de traces. Le même jour, à 21h52, la caméra de surveillance du Crédit Mutuel de Villeneuve-sur-Yonne enregistre des images de mauvaise qualité révélant une forme humaine, qui ressemble à première vue à une femme, effectuer un retrait avec la carte bancaire de Géraldine. Le lendemain, les deux jeunes femme ne se présentent pas à leurs rendez-vous respectifs et leurs parents tentent, en vain, de les joindre. Le 3 novembre, Roland Giraud, fou d'inquiétude, décide de prévenir la police. Les premières recherches s'engagent dans la région mais sans résultat. Dans le même temps, une douzaine de retraits avec les cartes bancaires des jeunes femmes ont été enregistrés dans l'Yonne pour une somme totale d'environ 2000 euros. Le 17 novembre 2004, 15 jours après la disparition des deux femmes, la police découvre que la carte bancaire de Géraldine Giraud a été utilisée pour régler des achats dans un centre commercial de Carré-Sénat, en Seine-et-Marne. Alors que les images des caméras de surveillance du supermarché défilent sur un écran en présence de Roland Giraud, la caissière reconnaît alors le visage de l'homme qui avait réglé ces achats. Le père de Géraldine a alors le pressentiment que sa fille est morte. Le lendemain, les policiers apprennent que la même carte bancaire a été utilisée dans une station service de Seine-et-Marne. Les images des caméras de surveillance permettent d'identifier le véhicule du suspect. Il s'agit d'une 205 de couleur claire, un modèle d'avant 1991. Le numéro de la plaque d'immatriculation n'est pas entièrement visible mais l'on sait néanmoins que le véhicule est immatriculé dans le département de la Seine-et-Marne. En consultant le fichier des cartes grises puis en éliminant les véhicules qui ne sont pas de couleur blanche ou beige, les policiers sélectionnent une liste de huit véhicules coïncidant avec la description. L'une des cartes grises correspond à une 205 blanche vendue par une femme à un certain Jean-Pierre Treiber. Une employée d'une ferme de Villeneuve-sur-Yonne où il a travaillé le reconnaît formellement sur les images des caméras de surveillance. L'étau se resserre alors sur le suspect. A la suite d'une filature, l'individu, âgé de 41 ans, est arrêté le 23 novembre en Seine-et-Marne. Très calme, ce dernier reconnait spontanément avoir utilisé les cartes bancaires des deux jeunes femmes. Dans le coffre de sa voiture, les enquêteurs retrouvent un couteau tâché de sang. Interrogé sur ce point, Jean-Pierre Treiber expliquera qu'il s'agissait en fait du sang d'un sanglier, ce sur quoi il ne mentait pas. Une enquête de police aux multiples rebondissements Aux policiers, le suspect affirme que les deux jeunes femmes étaient ses amies et qu'elles étaient parties pour « changer de vie ». Après 48 heures de garde à vue au cours desquelles il tient des propos incohérents, Treiber est mis en examen et écroué à la maison d'arrêt d'Auxerre. Le 8 décembre, les enquêteurs effectuent une perquisition au domicile de Jean-Pierre Treiber à Château, près de Villeneuve-sur-Yonne. Dans le cabanon de son jardin, ils saisissent un rouleau de ruban adhésif, ayant sans doute servi à bâillonner les victimes, sur lequel figurent un cheveu de Géraldine et une seconde empreinte ADN inconnue. Cette dernière découverte servira à étayer la thèse selon laquelle Jean-Pierre Treiber n'avait peut être pas agi seul mais avec l'aide d'un ou plusieurs complices. Dans une parcelle de terrain jouxtant son jardin et que Jean-Pierre Treiber avait récemment débroussaillée, les enquêteurs retrouvent parmi les cendres éteintes d'un feu de bois : des boutons de jean's, un trousseau de clés appartenant à Géraldine ainsi que des morceaux de portable carbonisés. Simultanément, la voiture de Géraldine Giraud est retrouvée sur le parking de l'hôpital Lariboisière à Paris. Le vendredi 10 décembre, à 2 h 30 du matin, les corps dénudés et calcinés de deux jeunes femmes sont exhumés du fond d'un puisard, ensevelis sous une pile de gravats. Quelques jours plus tard, les analyses ADN confirment qu'il s'agit bien des corps de Katia Lherbier et Géraldine Giraud. Une autopsie révèlera par la suite que les victimes n'avaient pas subi de violences sexuelles. Des traces de chloroforme sont relevées sur les vêtements et une couverture, retrouvés au fond du puisard. Cela permettra aux policiers d'émettre l'hypothèse selon laquelle les deux jeunes femmes auraient été tuées par inhalation d'un gaz toxique puissant, la chloropicrine. Ce gaz, interdit en France, était utilisé autrefois par les chasseurs pour étourdir et tuer les animaux sauvages, en particulier les renards. Le 20 décembre 2004, Géraldine Giraud est enterrée à La Postolle en présence de sa famille et du corps de son amie Katia Lherbier, enterrée quelques jours plus tôt. Au même moment, Jean-Pierre Treiber est mis en examen pour meurtre. Le 1er mars 2005 se produit le premier coup de théâtre de cette affaire. La tante de Géraldine Giraud et ancienne compagne de Katia Lherbier, Marie-Christine Van Kempen, est mise en examen. Elle passe alors 31 heures en garde à vue. En effet, la police scientifique et technique avait retrouvé dans sa cave des traces importantes de chloroforme, un produit de décomposition de la chloropicrine. Elle est suspectée d'avoir non seulement prémédité le meurtre des deux jeunes femmes par dépit amoureux, mais aussi de l'avoir commis elle-même. La découverte d'une lettre pliée en boule dans une corbeille et adressée à Katia Lherbier par Marie-Christine Van Kempen vient corroborer cette thèse. Dans cette lettre, cette dernière se plaint du départ prévu de son domicile de Katia Lherbier qui souhaitait s'installer en compagnie de son nouvel amour, Géraldine Giraud. Les enquêteurs découvrent alors qu'il existe un vieil antagonisme entre la famille Giraud et Marie-Christine Van Kempen, renforçant l'hypothèse de la culpabilité de cette dernière. Interrogé sur ce point, Roland Giraud explique avoir eu une brève relation amoureuse avec cette dernière dans les années 70, laquelle sous-entend par ailleurs qu'il aurait eu des relations incestueuses avec sa fille. Le mobile du meurtre pourrait donc être une histoire de jalousie sur fond de saphisme ou de vengeance à l'égard de son beau-frère. Le mercredi 30 mars 2005, la police procède à des tests acoustiques dans la maison de Marie-Christine Van Kempen afin de vérifier le témoignage de voisins qui affirment avoir entendu le week-end de la Toussaint une longue dispute impliquant des voix féminines et masculines, ainsi que des bruits sourds et des gémissements. Dans le courant du mois de mai 2005, les enquêteurs lancent une investigation dans les bars de Sens afin d'établir un lien entre le suspect et les deux victimes, mais sans résultat. En octobre 2005, une bistrottière de Fontainebleau assure à la police avoir aperçu Jean-Pierre Treiber et Marie-Christine Van Kempen ensemble dans son établissement avant les faits. Le 25 novembre 2005, l'ancienne compagne de Treiber, Patricia Darbeau, accusée d'avoir recelé les sommes retirées à l'aide des cartes de crédit des victimes, et Marie-Christine Van Kempen, sont mises en examen et placées en détention. Le 17 février 2006, la gérante d'un bar de Postolle affirme aux policiers avoir vu ensemble Treiber, Patricia Darbeau et Marie-Christine Van Kempen, quelques jours avant les meurtres. Mais les trois suspects démentent et assurent que cette rencontre n'a jamais eu lieu. Le 27 février 2006, après trois mois de détention provisoire, Marie-Christine Van Kempen et Patrica Darbeau sont finalement relâchées, aucun élément probant ne permettant de corroborer la thèse du complot. Le 27 février 2007, la thèse selon laquelle Jean-Pierre Treiber aurait agi avec le concours d'un complice s'effondre. En effet, la deuxième empreinte ADN relevée sur le rouleau de scotch se révèle après analyse être celle d'un policier suite à une « pollution accidentelle des scellés ». Ce dernier avait tout simplement omis de mettre ses gants ! Le 13 octobre 2008, le juge Mickaël Ghir rend un non-lieu au bénéfice de Marie-Christine Van Kempen après quatre ans d'enquête, estimant qu'il n'existait pas de preuves suffisantes pour étayer son éventuelle complicité dans l'assassinat des deux jeunes femmes. Le magistrat ordonne en revanche le renvoi aux assises pour assassinat de Jean-Pierre Treiber tandis que sa compagne Patricia Darbeau obtient un non-lieu. Treiber devient alors le seul suspect dans cette affaire. La traque d'un homme des bois, ou le chasseur chassé Le 8 septembre 2009, Jean-Pierre Treiber parvient à s'échapper de la prison d'Auxerre alors qu'il était supposé être particulièrement surveillé, adressant de cette manière un formidable pied de nez à la police et la justice. Alors qu'il était affairé dans un atelier de la prison, l'ancien garde-forestier parvient aux alentours de 10 h 30 à se dissimuler dans un carton faisant partie du chargement d'un camion destiné à une commune de l'Yonne. La cargaison ayant été transbordée par un chariot élévateur, le chauffeur n'avait pas pu être alerté par son poids anormalement lourd et ne s'était donc pas rendu compte de la présence de l'évadé dans son camion. Lorsque le chauffeur était arrivé à destination, il avait constaté un trou dans la bâche ainsi que des cartons écrasés. Coïncidence curieuse, un second détenu s'était évadé le même jour d'un établissement pénitentiaire de l'Yonne, une heure avant Jean-Pierre Treiber. Il s'agit de Mohamed Amrami, 39 ans, qui purgeait une peine de dix-huit ans pour un braquage avec tentative de meurtre. Ce dernier s'était évadé à bord d'un camion vide dont la bâche avait été découpée, de la même manière que Treiber. Pour le comédien Roland Giraud ainsi que pour son avocat Me Francis Szpiner, son évasion constitue à elle seule un aveu de culpabilité. Des centaines de gendarmes se lancent alors à sa poursuite, en particulier dans la forêt de l'Yonne où on le soupçonne de se cacher. Malgré la mobilisation de centaines d'hommes assistés d'hélicoptères durant la nuit, le suspect est introuvable. Le matin du 9 septembre, les forces de l'ordre se déploient dans la forêt de l'Othe, non loin de la commune de Bonnard. Le même jour, le maire de Douai Jacques Vernier et son épouse affirment dans « La Voix du Nord » avoir vu l'évadé en train de courir pour échapper aux gendarmes. Une semaine après son évasion, un habitant du village de Bréau en Seine et Marne appelle la police pour les informer qu'il vient de croiser Jean-Pierre Treiber. Les enquêteurs prennent tout de suite cette piste au sérieux, d'autant plus que le témoin ne connaissait pas le suspect personnellement et n'était donc pas susceptible de le protéger ; ils orientent donc leurs recherches dans cette zone. Le 17 septembre, le journal Marianne reçoit une lettre signée de la main de Jean-Pierre Treiber (postée à Auxerre le 14) dans laquelle il clame son innocence. La police va alors installer plusieurs dispositifs techniques de surveillance-vidéo, dont l'une des caméras va filmer un passage de Jean-Pierre Treiber les samedi 3 et lundi 5 octobre 2009 dans une rue de Bréau située en bordure de forêt. Pour le moment, tout laisse à penser que Treiber vit dans les bois. C'est ce qui ressort des nombreuses lettres qu'il a adressées au cours de sa cavale à son amie Blandine, l'amour de sa vie, ainsi qu'à d'anciens co-détenus. Ces lettres n'avaient pour seul but, nous le savons aujourd'hui, que de lancer ses poursuivants sur de fausses pistes. Car Jean-Pierre Treiber ne se cachait pas dans la forêt comme il le prétendait. Dans la lettre envoyée à Paris Match le 23 octobre, Jean-Pierre Treiber se moque ouvertement de la police en déclarant : « Ils n'imaginent pas ce que je dois faire pour vivre. Koh-Lanta, c'est du pipi de chat à côté de ce que je fais ». Dans une autre lettre, il raconte notamment comment il a échappé de justesse aux policiers du Raid le 9 octobre dans la forêt de Bombon en Seine et Marne alors qu'il se dirigeait vers un rendez-vous avec son amie Blandine fixé au pied d'un arbre marqué d'un cœur sculpté. Chaque information contenue dans ses lettres fait alors l'objet d'une vérification minutieuse par les enquêteurs. En vain, car Treiber était en fait bien au chaud au village, dans la ferme des Ecrennes appartenant à son ami Michel Huys. Les deux hommes s'étaient connus sur le domaine de Saveteux où ils travaillaient tous les deux à l'entretien des terres. Le 8 novembre 2009, Jean-Pierre Treiber est exfiltré de la ferme vers un appartement à Melun, loué par la fille de Régis Charpentier, 53 ans, un ami de Michel Huys. La police n'ignore pas les liens entre les trois hommes, Huys, Treiber et Charpentier, qu'elle commence à surveiller de très près. Elle ne tardera donc pas à découvrir la planque de Jean-Pierre Treiber. Après avoir arrêté Charpentier au volant de sa voiture dans une rue de Melun, il ne lui restait plus qu'à aller cueillir le principal suspect de l'affaire Giraud-Lherbier dans le studio où il se cachait, le 20 novembre 2009 à 16 h 20, au terme d'une cavale de 74 jours. Après avoir nargué le police pendant plus de deux mois, Jean-Pierre Treiber était finalement rattrapé par la justice. Le vrai Jean-Pierre Treiber Le 20 février dernier, Jean-Pierre Treiber, 46 ans, est retrouvé pendu à l'aide d'un drap dans sa cellule de Fleury-Mérogis vers 7 heures du matin à l'occasion d'une ronde effectuée toutes les heures. Une enquête administrative a été ouverte pour découvrir les circonstances exactes de son suicide. Il devait être renvoyé en avril prochain devant les assises de l'Yonne pour le meurtre de Katia Lherbier et de Géraldine Giraud en 2004. Pour certains, comme le comédien Roland Giraud, ce suicide constitue à lui seul un aveu de sa culpabilité. Jean-Pierre Treiber est-il coupable ou innocent ? Malgré les charges accablantes qui pèsent contre lui, des zones d'ombre subsistent dans cette affaire. Qui était cet homme et quel est son parcours ? Né à Mulhouse en 1963, il était le cadet d'une fratrie de trois enfants. Sa famille vit de la pension d'invalidité perçue par le père de famille, amputé d'une partie de la jambe au début des années 1940. Son instituteur a le souvenir d'un enfant « calme » et « souriant ». Élève médiocre, il redouble sa sixième avant de commencer, âgé alors de 13 ans, un CAP en horticulture. Il se fait embaucher par un pépiniériste de la région de Colmar sans même passer son diplôme. A 23 ans, il intègre une entreprise d'espaces verts où il devient chef d'équipe. C'est là qu'il rencontre sa première femme, Marie-Pascale, une secrétaire de 32 ans. Le couple se marie en 1987 et donne naissance à une fille, Pauline, deux ans plus tard. En 1991, il décide de fonder sa propre entreprise à Sternenberg, près de son village natal. Il souhaite en effet se rapprocher de la nature. Piètre chef d'entreprise, il laisse tomber son affaire brusquement lorsqu'il repère une annonce de garde-chasse en Seine-et-Marne. En décembre 1994, il s'installe dans la région de Bréau où il travaille comme garde forestier. Son employeur le décrit comme quelqu'un de travailleur au début mais qui se laisse rapidement aller lorsqu'il décroche un CDI. En proie à des difficultés financières, le couple Treiber se déchire et se fait expulser alors qu'Anaïs, 13 ans, la fille de Marie-Pascale, doit lutter contre un cancer des os foudroyant. En 1998, l'alsacien part seul à Sens dans l'Yonne où il travaille dans une entreprise d'élagage, puis est engagé au Châtelet en Brie (Seine-et-Marne) sur le domaine de Saveteux. Ses parents lui achètent une petite maison sur les hauteurs de Villeneuve-sur-Yonne. Il donne sa démission quatre ans plus tard. C'est à ce moment qu'il passe sous la coupe d’un chef de salle de l’auberge du Bois de la Grange, à Saveteux, une salle de réception. C'est grâce à cet homme qu'il se fera embaucher dans une obscure société baptisée "Star Événement". Embringué dans une bande de fêtards, Treiber écume alors les bars de Fontainebleau. Son nouveau mentor lui propose de devenir gérant d’une discothèque à Blandy-les-Tours (Seine-et-Marne). Les rêves de Jean-Pierre Treiber s’envolent en 2004 quand son associé, soupçonné d’escroquerie, est incarcéré. A Sens, le juge Michaël Gihr voit en lui un être " intelligent mais influençable". Les experts psychiatres Frantz Prosper et Michel Dubec diagnostiquent, eux, " un sujet à la personnalité immature, dépendant et plutôt dans l’évitement phobique de la confrontation sociale, longtemps en repli sur la nature, sous le regard étayant de substitut paternel, parti pris de la fuite face à la compétition, à la contrariété". Enfin, selon la psychologue Michèle Agrapart, Jean-Pierre Treiber est un homme sûr de lui et narcissique, assez introverti, vivant au gré de ses besoins et pulsions et cultivant une profonde indifférence à l'égard des autres. Le moins que l'on puisse dire est que la personnalité de Jean-Pierre Treiber est aussi complexe qu'énigmatique et recèle donc une part de mystère. L'ancien garde forestier s'est-il suicidé par remords, lâcheté ou lassitude ? Il est difficile d'interpréter le sens de son geste. Malgré les multiples éléments plaidant en faveur de sa culpabilité, le doute plane encore. L'affaire Giraud reste plus que jamais une énigme sur laquelle la vérité ne sera peut être jamais faite. Mathieu Bollon1 : Marie Pascale Treiber a publié aux Editions de l'Archipel un livre, « Ma vérité », en octobre 2009 où elle donne sa vision de la personnalité de Jean Pierre Treiber.
Toutes les réactions (4)
1. 01/03/2010 11:49 - Lucie
Je n'arrive pas à entendre la souffrance du père. Le soir du meurtre, je crois qu'il avait décidé de jouer une pièce, enfin de continuer à faire l'acteur. Et puis je n'ai jamais entendu sa douleur, j'ai vu un homme froid en parler, comme ça, calmement. Quelque chose nous échappe dans cette histoire, naturellement mais j'ai toujours trouvé sa réaction vraiment singulière.
2. 02/03/2010 23:17 - Luc
@ Lucie.
N'essayez pas d'écouter la douleur. Alors peut-être l'entendrez-vous. Tous les acteurs ont joué le soir de la mort de leur enfant. Pas un ne s'est refusé à son public en pareille circonstance, parce que c'est la seule chose qui reste à un comédien : jouer à l'enfant qu'il vient de perdre, pour lui dire de ne pas partir si tôt, et lui dire au revoir.
3. 03/03/2010 01:07 - Lucie
Vous avez raison Luc, j'avais juste du mal à lire sa douleur, sans doute sa pudeur et l'incommunicabilité de cette horreur. Pauvre famille.
4. 24/03/2010 20:26 - Isengrine
Faut-il absolument crier, se labourer le visage, pleurer toutes les larmes de son corps pour exprimer sa douleur et, surtout, la rendre crédible aux yeux de certains? Il en est des douleurs comme des colères: celles qui sont " rentrées", silencieuses, sont bien plus dévastatrices que celles qui font du bruit.
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Dernière réaction Je n'arrive pas à entendre la souffrance du père. Le soir du meurtre, je crois qu'il avait décidé de jouer une pièce, enfin de continuer à faire l'acteur. Et puis je n'ai jamais entendu sa...  01/03/2010 11:49 Lucie
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