Sur le RING

"Je hais moi sans toi"

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Patricia Ferlin - le 17/02/2010 - 2 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Anna de Noailles, le nom résonne, lumineux, presque trop somptueux.

 


Quelques-uns se souviennent encore aujourd’hui de l’égérie de Maurice Barrès, poétesse précieuse qui régnait sur le faubourg Saint Germain.
Depuis moins de vingt ans, les lettres échangées par les deux écrivains, enfermées à la Bibliothèque Nationale, ont été rendues publiques. On se régale à découvrir cette correspondance volumineuse et digne où surgit, vibrant et passionné, le sentiment qui les lie.

Tout commence en 1903. Anna de Noailles est reconnue comme une poétesse de génie. Elle a publié son premier recueil en 1901, Le Cœur Innombrable, qui lui a valu tous les succès (1). Elle est l’épouse enviée de Mathieu de Noailles et s’est déclarée dreyfusarde, par esprit de contradiction. Sa silhouette frêle et brune hante les salons où elle récite ses vers. Elle irrite ou elle subjugue, mais ne laisse pas indifférent. Elle a vingt-six ans.
Au mois d’avril, elle fait la connaissance de Maurice Barrès. Celui que la génération de 1890 avait appelé « Le Prince de la jeunesse » a un peu vieilli mais possède toujours cette aura que les échecs électoraux successifs n’ont pas ternie.
Dès le premier regard, il fera partie des subjugués. Il s’attend à découvrir la poésie personnifiée, mais Anna lui parle politique, l’interroge et clame ses opinions. La rencontre aurait pu tourner court.
La dreyfusarde et le nationaliste convaincu auraient pu n’avoir rien à se dire. Mais déjà, l’attirance est plus forte que les divergences.

Et cet intérêt va grandissant, d’entrevue en réception, de dîner en salon.
Anna et Barrès se rendent mutuellement visite avec leurs époux respectifs.
Puis les conjoints disparaissent, lassés sans doute de ces conversations où seuls la poétesse et l’écrivain s’expriment. Lassés et surtout absolument pas dupes de l’attirance réciproque qui illumine les rencontres. Ils s’éclipsent. Mathieu de Noailles s’est écarté d’Anna, comme elle-même s’est détachée de lui. Quant à Paule Barrès, son union était avant tout un mariage de convenance.

Dès le mois de mai 1903, soit un mois à peine après leur première rencontre, Les Cahiers de Barrès sont plein d’Anna, son « beau souci ». Il est fasciné, passionné. Il aime sa langueur étudiée, sa nonchalance, son orientalisme, ses manières affectées, sa verve et ses vers aussi. Il aime l’encre des cheveux et le grain pâle de la peau. Il aime ses artifices et ses excès. Il aime tout court.
Et elle, Anna, que ressent-elle ? C’est peut-être plus complexe. Elle est flattée, mais aussi amusée et vite emportée par le tourbillon que lui offre Barrès. L’aime-t-elle ? Comme un frère spirituel, avouera-t-elle à l’Abbé Mugnier (2), son confident.

A son amie, Augustine Bulteau (3), elle confiera son « amitié si réelle pour cet esprit admirable dont l’attachement (lui) donne enfin, de la vie, une impression d’ordre, de profondeur et de paix ».

Elle veut laisser des traces, Anna, sur les pages et dans les cœurs. C’est cette image-là qu’elle peaufine, l’image de la princesse alanguie dans les coussins aux étoffes brillantes et soyeuses, l’image d’une femme au charme si fulgurant qu’on n’y résiste pas. Elle joue la délicatesse et l’éblouissement, et Barrès est ébloui, au plus profond de lui. Jusqu’à l’aveuglement. Difficile pour lui de faire la part du roman et de la réalité : Anna est une héroïne et il a besoin de cette drogue-là pour accéder au rêve. Il l’appelle « l’incomparable fée », la « magicienne », « mon bel incendie ». Elle devient son égérie. Et c’est exactement ce qu’elle veut : compter, laisser son empreinte, montrer au monde qu’elle existe. Elle habitera, indomptable, l’œuvre de Barrès, en ces années d’intense passion.

Barrès, par delà la femme, loue également l’œuvre d’Anna, et n’hésite pas à parler de son génie dès le mois de main 1903 :
« C’est dans ses vers qu’éclate son génie. Et Génie est bien le seul mot pour signifier le phénomène par lequel les plus beaux poèmes de ce temps se forgent dans cette jeune femme de vingt-cinq ans. Rien n’est au-dessus de Déchirement, Parfums dans l’ombre, C’est vrai je me suis beaucoup plainte,  publiés dans la Revue des deux mondes du 15 juin. » (4)

Il va chez Anna tous les jours. La communion s’installe, et le désir aussi. Désir de Barrès, vif, affamé. Exacerbé.

Le 20 juillet, elle est aux Roches Noires à Trouville avec son mari et son fils. Les Barrès les rejoignent.
En septembre, les Barrès sont invités à Amphion, dans la propriété familiale des Brancovan, les parents d’Anna. Au printemps 1904, les deux couples se retrouvent en Italie. Cela pourrait ressembler à du vaudeville
: le mari, la femme, l’amant de la femme, la femme de l’amant… Pourtant non. Mathieu de Noailles, émet cependant quelques réticences. Rejoindre les Barrès en Italie ne lui dit guère. Il a perçu l’évident élan et les liens entre sa femme et l’écrivain. Il retarde leur départ. Anna écrit à Barrès qui l’attend :
« Monsieur, je me tourmente, je suis très triste, je sens que vous croyez que j’hésite à partir, et en effet vous ne pouvez pas savoir que je suis prête, et impatiente de partir ce soir même, et que je supporte très mal la distraction de Mathieu et son fort entêtement à ne point se presser. »
(5)

Début mai, ils se revoient dans la lumière florentine. A peine dix jours.
Ils gravent ensemble souvenirs et serments. Anna parle toujours d’amitié, d’intense amitié. Barrès mêle le spirituel au charnel. La belle semble s’y refuser.
Cette passion platonique et immodérée lui convient tout à fait. Elle sait bien que ne pas se donner veut dire le garder. Elle ne veut pas faillir et sent que si elle descend des cimes où il l’a placée, si elle cède, elle n’en sera plus maîtresse. Et puis, elle sauvegarde les apparences. Pas d’adultère, juste une profonde amitié platonique.

En fait, au stade où ils en sont tous les deux, la nuance est légère. Et l’infidélité, même blanche est tout aussi vive. Même si les corps ne s’emmêlent pas, les esprits se possèdent. Et Barrès peu à peu, parviendra à l’accepter.
Pourtant, à son retour d’Italie, il est à l’agonie, désenchanté, désabusé.
Le 7 juin 1904, il note dans ses Cahiers :
« Première impression d’une certaine lassitude et d’une certaine mauvaise humeur. – Las, à mon tour, de tout donner ou de tant donner. – Je mesure d’un œil dégrisé. Cette volonté de se faire désirer par l’univers, c’est intéressant par le don d’expression qu’elle y joint, mais c’est l’imagination vaniteuse d’une jeune femme d’officier, qui n’a pas vraiment l’échelle des valeurs. »

Le charme est-il rompu ? Non. Mais Barrès apaise sa passion, essaie d’occulter l’impérieux désir de la chair. Il est profondément déçu. Mais toujours amoureux. Il sombre et s’abîme. Puis reprend le dessus.
Anna a joué, l’a subjugué, et elle s’est refusée : la chair pour elle, ne constituait qu’une étape, un passage pas forcément obligé.

Lorsqu’elle est loin de Barrès, elle écrit des vers, des romans aussi.
Elle lui écrit à lui, presque chaque jour. Elle l’appelle « mon ami » ou « Monsieur Chéri ».

La conscience est tranquille, puisque la morale ne condamne que le péché de chair et non la fusion spirituelle. Pourtant, si elle savait, la morale…

Le 18 janvier 1906, Barrès est élu à l’Académie au siège de José-Maria de Heredia. Lors de son discours d’investiture, l’année suivante, le 17 janvier 1907, il doit comme le veut la coutume, faire l’éloge de son prédécesseur. Et donc, de la poésie. L’événement parisien a attiré beaucoup de monde. Anna est présente. L’écrivain décrit ainsi l’effet de la poésie :
« Un trouble inconnu s’empare de nous, un besoin d’amitié tendre, d’amour impérissable, un désir de mourir pour celle que nous aimons, la certitude qu’elle est une fée. » (6)

Anna baisse les yeux, en signe de fausse humilité. Tous savent qu’il est question d’elle. Et lorsqu’il ajoute : « Il est des vers qui sont des flammes, on y consumerait sa vie », un sentiment de triomphe l’envahit, mais elle reste muette, un sourire à peine esquissé au coin des lèvres.
L’éloge public, à peine voilé, c’est comme cela qu’elle conçoit l’amitié.

Trois mois plus tard, le 24 avril 1907, Les Eblouissements paraissent. Le 10 mai, Calmann-Lévy annonce la cinquième édition, « succès sans précédent pour un livre de poésie ». Sur la cinquantaine d’articles parus en France et à l’étranger, trois seulement sont hostiles.
Barrès, qui a avoué publiquement sa passion pour Anna et qui lui a dédié son Voyage à Sparte, vibrant hommage de son amour (vingt fois elle lui a fait recommencer la dédicace), aimerait être payé de retour et a demandé à la poétesse de lui dédier aussi publiquement Les Eblouissements.

Ce qu’elle fait avec le premier poème du recueil « l’amitié » :

« Mon ami, nous mourrons, votre pensive tête Dispersera son feu, Mais vous serez encore vivant comme vous êtes Si je survis un peu.
Un autre cœur au vôtre a pris tant de lumière Et de si beaux contours Que si ce n’est pas moi qui m’en vais la première, Je prolonge vos jours.
»

La dédicace est la suivante : « A mon cher ami Maurice Barrès, en infinie amitié ».

Seulement Mathieu de Noailles s’y oppose catégoriquement. Le poème liminaire et la dédicace disparaissent. Anna s’en explique à Barrès :
« Un jour, deux mois avant le 2 avril, mon mari à qui je parle de vous dédier mon livre me dit que c’est impossible, que notre amitié, si pure, si innocente n’en est pas moins l’objet d’un malveillant scandale, et enfin, me dit que, puisque je n’ai jamais dédié de livre à personne, à ma mère, à lui, au petit, il me le défend. Si je passais outre, c’était chez moi, la rupture. » (7)

Mais Barrès, persuadé de la perfidie d’Anna et considérant la menace de son mari comme un prétexte, s’est fâché, et a décidé de cesser toute relation :
« Adieu mon amie,
Il est inutile de m’écrire ; je n’ouvrirai pas vos lettres. Je sais votre facilité pour tout dire.
Daignez agréer, Madame, les respectueux souvenirs de l’ami que vos finesses ont offensé mortellement.
                        Maurice Barrès
» (8)

Est-ce la véritable cause de leur rupture ? Barrès s’est-il senti tellement vexé qu’il a abandonné Anna ?
Cécile Sorel, dans son livre de souvenirs (9), propose une autre version.
Avant d’être le soupirant éperdu d’Anna, Barrès avait été l’amant de la comédienne. Après leur rupture officielle, il continuait de lui rendre des visites amicales. Elle rapporte dans son livre qu’un jour (1907 ?), Barrès affolé, demande à la voir. Il lui explique qu’Anna a décidé de transformer leur chaste passion en aventure : « Elle veut me jeter hors de ma vie, hors de mon œuvre. Elle veut être ma souveraine. ». (9)

Barrès s’est installé confortablement dans cette relation platonique. Il l’accepte, ne cherche plus autre chose. Et voilà qu’Anna s’embrase. Vivre ! Elle veut vivre au grand jour avec l’homme qu’elle aime. Elle veut quitter son mari, partir. Les malles sont faites, elle a trente ans, elle n’est plus une petite fille.
Barrès monte dans le fiacre qui est venu le chercher chez Cécile Sorel. A l’intérieur, Anna en tenue de voyage. Partir. Tout abandonner. La gloire, l’Académie, le confort bourgeois et la tradition. Partir impossible.
Anna ne lui pardonne pas. C’est ainsi qu’on pourrait comprendre sa phrase à l’Abbé Mugnier : "Barrès est sorti de ma vie « comme un misérable."

Hormis dans le livre de Cécile Sorel, on ne trouve nulle part trace de cet épisode. Alors, qui croire ?

La poétesse est amoureuse, c’est certain, cette obsession de l’amour fusionnel qu’elle a toujours recherché, elle pense l’avoir trouvé avec Barrès, au moment-même ou celui-ci, las d’avoir tant attendu, s’éloigne.
C’est le propre des passions.
Alors que Cécile Sorel dise ou non la vérité importe peu. Une chose est évidente, et sa correspondance le prouve : Anna va se mettre à adorer l’homme qui commence à la fuir, jusqu’à l’épuisement, mais jamais jusqu’au renoncement.
Il est important de noter qu’après Les Eblouissements, alors qu’elle publiait un livre par an, il faudra attendre 1913 pour lire de nouveau ses poèmes en un recueil : Les Vivants et les Morts.

La rupture avec Barrès la laisse vidée. Blessure d’amour-propre, mais surtout d’amour tout court. Ses vers d’alors reflètent la douleur et l’amertume :

« Et vos gémissements m’annoncent tout à coup Les enivrants malheurs pour lesquels je suis née » (10)

Et ce poème à la transparence pathétique :

« Ne verrais-je jamais vos fraternels regards, N’entendrais-je jamais votre voix rassurante ?
Quoi ! même avant la mort, il est de tels départs ?
(…)
Je ne veux plus savoir tant ma vie est exsangue, Si c’est vous, ou si c’est l’univers qui me manque.
» (11)

Mais plus encore que les vers, ce sont les lettres d’Anna à Barrès qui expriment l’infini de l’amour et la souffrance devant l’absence. Lettres d’Anna conservées à la Bibliothèque Nationale. Lettres d’Anna, à l’écriture compulsive, rapide, à peine lisible où éclate la douleur.
Lettres d’une femme désemparée, isolée, qui balaient d’un coup l’image sophistiquée et précieuse de la belle orientale vaniteuse.
Elle pleure, elle implore, elle quémande, comme toutes les amoureuses rejetées :

« Mon ami, que ne suis-je morte quand votre cœur, votre esprit, votre caractère me semblait divins, quand toute mon âme était fière de vous, quand vous me consoliez de la mort, quand vous étiez mon repos, mon paradis et ma gloire éternelle. Mon ami, je suis à bout de forces, de paroles, je suis exténuée, brisée, déçue jusqu’à mourir (…). Mon ami, dîtes à chacune de vos journées que vous m’empêchez de vivre, que vous avez mon sang sur vos mains. Ne me répondez pas à présent vous me feriez trop mal. Ah mon ami, mon ami ! Je mets ma douleur, ma main dans votre main.
                            A.N. » (12)

Un mois plus tard, à Londres, le cri d’Anna retentit encore :
« Aucune absence, fût elle de vingt années, ne me délie de mon serment d’éternelle amitié. Tous les besoins des êtres, la faim, le repos, la vanité, je les ignore ; je suis sourde à ce qui n’est pas la voix de mon cœur pour vous. (…) Mon ami, mon amitié est divine, ne brisez pas dans un moment de colère, de démence, cette plus grande chose sur la terre. Je m’en remets à vous pour rétablir, quel que soit le temps qu’il faille y mettre, ce lien sublime. (…) Si vous étiez mort, j’aurais été plusieurs fois par an, et jusqu’à ma mort, sur la place où vous eussiez reposé. Moi vivante et vous vivant, comment accepter cette plus morte mort. » (13)

Elle tombe malade, comme à chaque problème rencontré. Elle restera alitée six semaines.

Barrès, quant à lui, continue son ascension mondaine, politique et littéraire. Anna devient un merveilleux souvenir, un fragment charmant du temps où il était soupirant. Anna et l’Orient. Barrès est en train de tourner la page. Et le rythme de ses lettres diminue.

Pourtant, Mathieu de Noailles, est toujours jaloux, inquiet, furieux même :
« Monsieur,
sans qu’il soit besoin d’explications superflues, je vous avise que toutes relations soit de correspondance, soit de visites, doivent cesser à partir d’aujourd’hui entre votre maison et la mienne
. » (14)

Lorsqu’Anna apprend le geste de son mari, elle est éperdue. Comment renoncer ? C’est impossible. Elle écrit à Barrès, le jour-même :
« Mon ami, j’ai manqué mourir, je vis avec des fous, mais que rien de tout cela ne vous touche. Mon courage est à toute épreuve, je ne crains rien ; ne vous inquiétez de rien pour moi, tout ce qui m’arrive pour notre amitié m’est cher. Je vous écrirai demain. » (15) Et les lettres s’échangeront encore grâce à des intermédiaires : lettres plus rares, plus tristes, jusqu’en 1909.

Anna continue à fréquenter les amis communs et se lie davantage avec le neveu de Barrès : Charles Demange. Demange a une admiration passionnée pour son oncle et se veut son émule. Il cultive la ressemblance, malgré ses cheveux blonds, et bien sûr, tombe amoureux d’Anna.
Comme tous les autres, elle le laisse s’exalter. Seulement la marivaudage va cette fois tourner à la tragédie : l’amoureux transi se tire une balle dans la tête. Sur sa table, dans la chambre d’hôtel, des lettres. L’une est pour Anna, d’amour et de reconnaissance :
« Je me tue.
Je vous ai follement aimée. Votre amitié était le mieux que je puisse rencontrer sur terre.
Merci – et merci à mon oncle qui m’a fait vous connaître.
» (16)

Barrès va dès lors, considérer la jeune femme comme unique responsable.
Lorsqu’elle apprend la nouvelle, elle reste sans voix, prostrée. Plus tard, elle essaiera de s’expliquer. En vain.
Une ère nouvelle s’ouvre alors pour Anna, toute d’amertume, exacerbée bientôt par la guerre et les deuils.

Depuis le 14 février 1912, les époux Noailles ont opéré une séparation amiable.
En 1913, chez Fayard, paraît le recueil des douleurs : Les Vivants et les Morts.

Anna a envoyé son livre à Barrès. Il ne réagit pas.

Et la guerre, la « sanglante démence », fait tomber les hommes, un à un, dans la boue des tranchées.
Verdun. L’enfer blanc et rouge. Elle lit les articles de Barrès. Elle a peur. Et la nostalgie rebondit, à fleur de sa mémoire. Barrès, le frère, le miroir, l’ami perdu.

1917. La passion reprend ses droits. Les lettres recommencent. Barrès a 55 ans, Anna, 41. Et entre eux, tant de souvenirs. La flambée se surprend à renaître, après dix années d’obscurité. Le docteur Marthe Lobre, amie d’Anna, qui a œuvré à leur réconciliation, évoque en ces termes la reprise de leur relation :
« Cette fois, elles devinrent plus intimes et tous deux, pendant quelques mois, connurent un véritable bonheur. » (17) Passion assouvie ? Peut-être. Mais cela change-t-il vraiment quelque chose à la force de l’attachement ?

Le 12 septembre 1917, Barrès écrit à Anna : « (…) Comme je pense à vous, mon amie, et que je souffre que nos vies ne puissent pas paisiblement s’unir à tout ce qui m’est cher et à toutes les images que je retrouve ou que j’accueille.
»

Les poèmes écrits pendant la guerre paraissent en 1920 et deviennent Forces Eternelles.

Puis, vient le temps de la consécration : La Légion d’Honneur avec Colette et Proust en 1920. L’année suivante, elle est élue à l’Académie Belge de Langue et de Littérature Françaises (où lui succèdera Colette en 1933). En 1924, la revue Eve lui décerne le titre de « Princesse des Lettres », en en 1931, elle sera la première femme Commandeur de la Légion d’Honneur.

En 1922, Barrès publie Un Jardin sur l’Oronte, livre plein d’Anna. Ce n’est plus l’éblouissement des années passées, mais le constat un peu désespéré de l’attachement. Il suffirait de ne citer que cette phrase : « Il comprenait qu’il avait entendu un chant magique et pour la vie subi une toute-puissante fascination. »

Il dédie le numéro 1 à Anna, en ces termes :
« A Madame de Noailles, hommage de la plus fidèle amitié au génie. »

Barrès est souvent malade, Anna également. Les corps s’enlisent lentement, mais les esprits continuent de se mêler. Le 11 mai 1923, Barrès écrit à Anna une courte lettre où il lui dédie l’ensemble de son œuvre. Plus qu’une lettre d’amour.

« Tout ce que j’ai éprouvé de plaisir et de douleur dans la vie, c’est à vous, Madame, que je le dois, à vous que j’appelais avant même que je ne vous eusse rencontrée. Vous étiez dans Les Barbares, dans Les Déracinés, dans Du Sang, dans tous mes premiers livres aussi bien que dans Sparte, les Amitiés, la Colline et l’Oronte. Ainsi mon œuvre s’est placée, malgré moi, sous votre invocation, et maintenant je demande qu’un jour votre nom qui fut le rêve et le secret de ma vie soit inscrit à la première page de ce qui pourrait survivre de votre ami,
                        Maurice Barrès.
» (18)

Le 4 décembre, c’est la mort de Barrès. En famille. Pas de place pour Anna. Aux obsèques Nationales, à Paris, sa présence n’est pas souhaitée.
Elle est allée à Neuilly, dans la chambre aux murs nets. Barrès en habit noir, un crucifix sur la poitrine.
Elle tombe malade encore. Puis elle écrit. Beaucoup. Le deuil, la douleur.
Elle parle au disparu peut-être :

« Je sens que tu es mort et ne le sais jamais ! » « Et la plus morte mort est d’avoir survécu… » « Je cherche en vain l’oubli, l’espoir, l’inconscience Pour être délivrée enfin de ton absence ! » « Je songe à ce soupir dans Rome, J’ai été tout, et tout n’est rien ! » « L’esprit sombre et froid, Je hais moi sans toi. » (19)

Cri déchirant, avec lequel, elle trouve enfin le chemin de la simplicité.

En 1933, elle a 56 ans. Elle a consulté des psychiatres, des neurologues, mais rien n’y fait. Elle est malade d’elle-même, à l’intérieur.
C’est son dernier spectacle, ses adieux à ses amis. Une phrase pour chacun. Elle dit qu’elle souffre.

Le dimanche 30 avril, elle s’éteint. Elle n’a pas raté sa sortie. Dans la famille, dit-elle, on meurt toujours le dimanche.

Patricia Ferlin


(1) Le Cœur Innombrable va bientôt être (re)paraître aux Editions Ex æquo, dans la collection Hors Temps, dirigée par Patricia Ferlin. La collection propose  une série de rééditions d’ouvrages d’auteur(e)s oublié(e)s de la Belle Epoque. Après le Cœur innombrable, viendront La Maison du Péché, roman de Marcelle Tinayre (1902) et Etudes et Préludes,  poèmes de Renée Vivien (1901)
(2) L’Abbé Mugnier, le curé des Lettres, a tenu un Journal de 1879 à 1939, publié au Mercure de France en 1985.
(3) Augustine Bulteau est romancière et journaliste. Elle publiera sous les pseudos de Foemina et Jacques Vontade. Elle devient la confidente d’Anna en 1896.
(4) Claude Mignot-Ogliastri, Anna de Noailles, une Amie de la Princesse de Polignac, Méridien Klinckieck, 1986, pp. 184-185
(5) Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 22 avril 1904, in Correspondances d’Anna de Noailles et Maurice Barrès 1901-1923, annotée par Claude Mignot-Ogliastri, Editions de l’Inventaire, p.136.
(6) Claude Mignot-Ogliastri, op.cit, pp.218-219
(7) Lettre d’Anna de Noailles à Maurice Barrès, 21 mai 1907, in Correspondance, op.cit, p.636.
(8) Lettre de Barrès à Anna de Noailles, 2 avril 1907, in Correspondance, op.cit., p.589.
(9) Cécile Sorel, Les Belle Heures de ma Vie, Monaco : Editions du Rocher, 1946, p.169.
(10) Anna de Noailles, in Les Vivants et les Morts, Fayard, 1913.
(11) Ibid. « Je dormais, je m’éveille ».
(12) Lettre d’Anna à Barrès, 21 mai 1907.
(13) Ibid., 21 juin 1907.
(14) Lettre de Mathieu de Noailles à Maurice Barrès, 23 octobre 1907, in Correspondance, op.cit., p.635.
(15) Lettre d’Anna à Barrès, 23 octobre 1907.
(16) Correspondance, op.cit., p.XXIX.
(17) Correspondance, op.cit., p.675.
(18) Lettre de Barrès à Anna, 11 mai 1923.
(19) Anna de Noailles, in L’Honneur de souffrir, Grasset, 1927.


BIBLIOGRAPHIE

Œuvres d’Anna de Noailles :

Le Cœur innombrable (1901)
L’ombre des Jours (1902)
La Nouvelle Espérance (1903)
Le Visage émerveillé (1904)
La Domination (1905)
Les Eblouissements (1907)
Les Vivants et les Morts (1913)
De la rive d’Europe à la rive d’Asie (1913) A Rudyard Kipling (1921) Le Florilège contemporain : comtesse de Noailles, poésie, roman (1922) Discours à l’Académie Royale de Belgique (1922) Les Innocentes ou la sagesse des femmes (1923) Poèmes de l’amour (1924) Passions et vanités (1926) L’Honneur de souffrir (1927) Poèmes d’enfance (1929) Choix de poésie (1930) Exactitudes (1930) Le Livre de ma vie (1932) Derniers vers (1933) Derniers vers et poèmes d’enfance (posthume, 1934) Douze poèmes (posthume, 1946)



Autour d’Anna de Noailles :

Anna de Noailles de Claude Mignot-Ogliastri, Méridien Klincsieck, 1986.
Correspondance d’Anna de Noailles et Maurice Barrès 1901-1923, annotée par C. Mignot-Ogliastri, éditions de l’Inventaire, 1994.
Les Belles Heures de ma vie de Cécile Sorel, éditions du Rocher, 1946.
Anna de Noailles, un mystère en pleine lumière 1876-1933 de François Broche, éd. Robert Laffont, 1989.
Femmes d’encrier de Patricia Ferlin, éditions de Bartillat, 1995 (biographies de six auteurs de la Belle Epoque : Anna de Noailles, Gyp, Marcelle Tinayre, Colette, Renée Vivien et Rachilde).



Toutes les réactions (2)

1. 18/02/2010 04:51 - crashtest

crashtestJ'aurais aimé vivre en ces temps où les amoureux savaient s'écrire des lettres passionnées et où tout ne passait pas par ce cyber-voyeurisme si cher à la société actuelle!

Article magistral! Bravo.

2. 18/02/2010 21:49 - le chat botté

le chat bottéPour une chroniqueuse magistrale. Vivement la suite!

réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring



Veuillez saisir le code Anti-Robot, ce code sert à vérifier que vous n'êtes pas un Robot.
Ring 2012
Patricia Ferlin par Patricia Ferlin

 Docteur ès lettres, Patricia Ferlin enseigne à l’Université d’Orleans. Son premier essai, Femmes d’encrier, a obtenu le prix de la Societé des gens de lettres en 1995. Son dernier...

Dernière réaction

J'aurais aimé vivre en ces temps où les amoureux savaient s'écrire des lettres passionnées et où tout ne passait pas par ce cyber-voyeurisme si cher à la société actuelle! Article...

crashtest18/02/2010 04:51 crashtest
MgDantec
Articles les plus lus
  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Etta d’AmériqueEtta d’Amérique

    Encore une star de moins sur le walk of fame. C’est à croire que des étoiles qui constellent notre ciel, ce sont les plus petites qui brillent le plus. Et celles dont on oublie le nom. Un petit...

  • Hollande, voyage dans l'intellect d'un fromage en maturationHollande, voyage dans l'intellect d'un fromage en maturation

    Mais un fromage à 60%, tout de même. Ça y est, François Hollande a mis des mots sur son « programme ». Un programme en deux points : rêve et égalité. Sérieusement, qui François...

  • "La tragédie de 1915", génocide en superdiscount"La tragédie de 1915", génocide en superdiscount

    En 1987, le Conseil de l'Europe a reconnu une première fois le génocide arménien, en 2001, il y a eu la loi mémorielle à l'initiative de Jean-Claude Gaudin, maire de la ville à la plus grande...

  • Einstein On The Beach : un jeu sur la courbe du tempsEinstein On The Beach : un jeu sur la courbe du temps

    Il est des événements musicaux qui ont la fulgurance et la rareté des phénomènes astronomiques. Aussi ne passez pas à côté du remontage exceptionnel d’Einstein On The beach, apothéose...

  • Les étoiles 2011 de DantecLes étoiles 2011 de Dantec

    "Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Dans l'enfer de Gotham magazineDans l'enfer de Gotham magazine

    À côté d'un journal moderne, même le candidat du NPA devient enthousiasmant. Et pour cause : être ennuyeux, c'est ce qu'on demande aux journalistes. Aux journalistes régionaux en particulier...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Gennevilliers - Asnières : 1-0Gennevilliers - Asnières : 1-0

    Il y a un peu plus d'une semaine, Samy, adolescent de 15 ans de la cité des Courtilles  à Asnières, succombait à une blessure à l'arme blanche qui lui avait été infligée par une bande rivale...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Joue-la comme BacharJoue-la comme Bachar

    Dans un monde arabe en pleine tempête, un pays d’irréductibles baathistes résiste aux bourrasques de la revendication 2.0. La Syrie de Bachar Al-Assad prête le flanc à la critique mais ne plie...

  • Pour qui les révolutions sont-elles une bonne nouvelle ?Pour qui les révolutions sont-elles une bonne nouvelle ?

    En dehors d'avoir été une excellente occasion pour descendre MAM et quelques ambassadeurs, ce qui se passe en Tunisie, en Égypte, en Libye et dans une moindre mesure (pour l'instant) dans...

  • Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"

    Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat...

  • Corpus Christi : douze heures pour tuer le ChristCorpus Christi : douze heures pour tuer le Christ

    Douze thèmes principaux, autant d'heures de bobine, 27 spécialistes, les ovations de toute la bonne presse française. Corpus Christi, série de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, ressemble à...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • La Passion du Christ : retour sur un scandaleLa Passion du Christ : retour sur un scandale

    Ecrits en avril 2004, ces trois textes au lyrisme parfois naïf constituèrent mon entrée dans la blogosphère littéraire. Malgré leurs évidents défauts, ils me semblent encore pouvoir...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Trois tombeaux pour le ChristTrois tombeaux pour le Christ

     La tombe du Christ en Inde ? À Talpiot ? Peu importe, on veut bien y croire, pourvu qu'elles démentent les Évangiles. Retour sur les nouveaux X-files à la mode autour du Jésus historique.Le...

  • Et si le Diable était anglais ?Et si le Diable était anglais ?

    "Je crois qu'il est temps de tourner la page sur les politiques du passé qui ont échoué". Quelques mois après Angela Merkel, c'est au tour de David Cameron de donner un gros coup de pioche dans...

  • John Barry [1933-2011]John Barry [1933-2011]

    Sa Majesté n’en revient pas, Bond en perd son flegme, et Danny Wilde son humour. Le toujours élégant John Barry a joué lui-même son œuvre ultime: sa propre mort. Si ce n’est pas cela, le...

  • La guerre dans le Nevada [dossier spécial]La guerre dans le Nevada [dossier spécial]

    Depuis ses débuts, Red Flag a entraîné les pilotes à survivre à leurs dix premières missions de combat. Toutefois, plus les opérations aériennes sont devenues complexes, plus la pression...

  • On a retrouvé la tête de Laëtitia PerraisOn a retrouvé la tête de Laëtitia Perrais

    Mardi après midi, la terrible nouvelle est tombée : une tête a été retrouvée dans un étang de 20 mètres de profondeur, à Lavau-sur-Loire. Selon les premières constatations, cette tête...

  • Ainsi parlait ZaraDebbouztraAinsi parlait ZaraDebbouztra

    Presque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline, commémoration pour une autre foisCéline, commémoration pour une autre fois

    Finalement, qu’est-ce qu’on s’en fout que Céline ne fasse pas partie des commémorations officielles de 2011 ! Que vaudrait d’abord un écrivain célébré par la République dont les...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Ben Laden choisit la France, et la France son destinBen Laden choisit la France, et la France son destin

    Ben Laden menace la France. On a envie de dire que c’est trop d’honneur ! Se voir hissé au niveau des grandes puissances qui menacent sa petite entreprise flatte notre ego d’anciens...

  • Broadcast : the dream is overBroadcast : the dream is over

    Chanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons...

  • La fille du Diable est dans la PlaceLa fille du Diable est dans la Place

    Pour les politiques, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que le Diable a pris sa retraite. La mauvaise, c'est qu'il a une fille, que cette fille lui ressemble et qu'elle a pris...

  • Tunisie année zéroTunisie année zéro

    L’histoire n’est pas finie. Telle est l’antienne récitée par les média français contempteurs tardifs du régime de Ben Ali.  L’improbable « Révolution du jasmin », par sa force...

  • Marine Le Pen : réseaux & paradoxesMarine Le Pen : réseaux & paradoxes

    Alors que Marine Le Pen vient de remporter, sans surprise, les « primaires » du FN en succédant à son père à la présidence du FN avec 67% des suffrages, balayant d'un revers de main son...

  • 2010, l'année des dérapages2010, l'année des dérapages

    Myard, Morano, Gaudin, Longuet, Frêche, Fabius, Siné, Vals, Mélenchon, Zemmour, Pagny, Guerlain, Séguela, Ménard, Hortefeux, etc. Leur point commun ? Ils ont dérapé. Attachez vos ceintures,...

  • Benoît XVI - Un cœur intelligentBenoît XVI - Un cœur intelligent

    Lecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald :  Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II...

  • Cold Wave is not dead : le zéro absolu du rockCold Wave is not dead : le zéro absolu du rock

    La Cold Wave, cette déferlante qui vient ronger comme l’azote liquide les piliers du post-punk balbutiant et tentaculaire, emporte les âmes au cœur de l’hiver thermonucléaire. Balade...

  • Zemmour, le dérapeurZemmour, le dérapeur

    Vous avez raté les articles de Libé et Rue89 sur le procès d’Eric Zemmour ? Pire ! vous les avez lus mais êtes restés sur votre faim ? Les pingres ! Même pas un « pétainiste », ni même un...

  • Robert Brasillach : le procès expédiéRobert Brasillach : le procès expédié

    Il en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu...

  • L'Arizona, capitale de la haine ?L'Arizona, capitale de la haine ?

    Six morts, douze blessés. C'est le terrible bilan de la fusillade qui a éclaté samedi dernier, dans l'Arizona, lors d'une réunion politique. Parmi les blessés, la parlementaire démocrate...

  • Requiem pour une sexualité d'EtatRequiem pour une sexualité d'Etat

    Faut-il des assistants sexuels pour "soulager" les handicapés ? C'est la question que posent a priori sérieusement certains députés, en particulier Jean-François Chossy, de l'UMP. Notre époque...

  • Du bon et du mauvais usage de l’indignationDu bon et du mauvais usage de l’indignation

    Il est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant,  grand bourgeois, grand lettré,  grand amoureux des femmes (il en a eu cinq...

  • Jacques Vergès, Roland Dumas et la moralité de la défenseJacques Vergès, Roland Dumas et la moralité de la défense

    Cela faisait quelque temps que j'avais l'intention de consacrer un billet à cette interrogation : La défense est-elle morale ? Elle a été formulée à la rentrée du Jeune Barreau du Val d'Oise...

  • Terreur et martyre : il était minuit à AlexandrieTerreur et martyre : il était minuit à Alexandrie

    Il était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces...

  • Assises islamisation : c'est la lutte prime-timeAssises islamisation : c'est la lutte prime-time

    La jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés...

  • Joy Division par Kevin CumminsJoy Division par Kevin Cummins

    Lou Reed voulait que son bijou, Berlin, soit « un film pour les oreilles ». Avec ce recueil sobrement intitulé Joy Division, Kevin Cummins nous offre le son pour les yeux. Entrez dans  la...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • Occupation des rues : un dérapage collectif ?Occupation des rues : un dérapage collectif ?

    «Je réitère qu’un certain nombre de territoires, de plus en plus nombreux, sont soumis à des lois religieuses qui se substituent aux lois de la République. Oui il y a occupation et il y a...

  • PS : les intermittents de la réalité en tournéePS : les intermittents de la réalité en tournée

    Même si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable...

  • Wikileaks, le napster des ambassades ?Wikileaks, le napster des ambassades ?

    Parce que Wikileaks s’opposait à l’ordre établi, on l’a cru de gauche. Pour autant, l’entreprise est-elle révolutionnaire ? Oui, autant que Montesquieu peut l’être. Mais son alliance...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Blondeincendiaire.com : the murder chat roomBlondeincendiaire.com : the murder chat room

    (reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Les Suisses sont-ils un exemple ?Les Suisses sont-ils un exemple ?

    WikiLeaks, avec la publication scandaleuse d'une multitude de dépêches de la diplomatie américaine, a fait passer au second plan le résultat de la "votation" suisse qui a approuvé par...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Le Jihad global en voie de disparitionLe Jihad global en voie de disparition

    Les faits démontrent l'immense écart entre l'affolement politico-médiatique et la débandade djihadiste.Vers la fin d’une finale de championnat d’échecs, le connaisseur, jusqu’alors...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Exil(s) ExpressExil(s) Express

    Géraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et...

  • Vers un Indice de Bonheur BrutVers un Indice de Bonheur Brut

    Nous sommes de plus en plus tristes. Gallup. C'est Gallup qui le dit – le plus grand imposteur statistique que la terre ait jamais enfanté. En tout cas les anglais semblent pas très heureux. 52%...

  • Préservatif : et si le Pape avait raison ?Préservatif : et si le Pape avait raison ?

    Une rare unanimité associative et journalistique devrait aussitôt éveiller les soupçons. On entendait parler "d'avancée", de "pas en avant"… On entendait des associations "saluer" les propos...

  • Et si les chômeurs ne chômaient plus ?Et si les chômeurs ne chômaient plus ?

    Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

  • Droit de réponse à Pierre CormaryDroit de réponse à Pierre Cormary

    Droit de réponse d'Yves Bernanos à Pierre Cormary.Un article très récent de Pierre Cormary, publié dans Ring, vient de porter atteinte à la mémoire de mon grand-père, Georges Bernanos. J'en...

Rubrique Médias du Ring