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Interview exclusive d'Oskar Freysinger

SURLERING.COM - FRANCE - par La rédaction - le 21/12/2009 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

D'une pichenette sur un Minaret suisse, cet homme propulsa toute l'Europe en apesanteur. Interview de l'homme le plus détesté d'Europe, Oskar Freysinger, personnage clé de la polémique, traité de "nouvel Hitler" sur Al-Jazira et lanceur officiel de missiles de croisière sur la gueule moisie de notre intelligentsia parisienne.
Welcome to the West, baby.

David Kersan

Mathieu Bollon : Le vote sur les minarets possède une forte valeur symbolique. Mais ne craignez-vous pas que, sans une politique migratoire stricte, elle ne fasse que retarder l'islamisation progressive de la Suisse ?

Oskar Freysinger : Certes, si le message n'a pas été compris par les musulmans. Nous verrons dans la pratique. Si les burqas deviennent légion - avec exigences d'adaptations légales ou de lois parallèles insistantes etc. - il faudra prendre d'autres mesures. Ce qui est impossible à infléchir, à l'heure actuelle, est le déséquilibre démographique en faveur du monde islamique. Si nous ne parvenons pas à repasser au-dessus de 2,5 enfants par femme, notre culture sombrera. L'histoire l'a prouvé.

François-Xavier Ajavon : A l'heure du débat national sur l'identité française, peut-être pourriez-vous définir ce qu'est l'identité nationale helvétique, confédération de territoires assez étrangers les uns aux autres (par la langue, le peuplement...) ?
 
Oskar Freysinger : C'est un patriotisme constitutionnel. Le pilier autour duquel est agencé l'Etat suisse est une certaine idée de ce qu'est l'Etat, de ce que sont ses rapports avec les citoyens. En Suisse, ce que l'on appelle en allemand « Willensnation » se construit autour des principes suivants : souveraineté, indépendance, neutralité, démocratie directe, fédéralisme et subsidiarité. Il s'agit donc d'un acte de volonté commune de former une nation au-delà des cultures, langues et clivages. Voilà pourquoi l'introduction d'une norme légale concurrente (Islam) met en péril la raison même d'exister de l'Etat, puisque c'est le seul lien qui maintient les composantes du pays ensemble.

Evan Ard : Selon vous, l'amorce première d'un potentiel danger pour l'Occident est-elle concrètement ce que l'on pourrait appeler l'ensemble des revendications musulmanes - avec ce qu'elles peuvent impliquer d'intentions politiques équivoques, mais aussi de sollicitations légitimes sur le plan des juridictions actuelles - ou bien plutôt la crise identitaire globale que traverse en ce moment une Europe incertaine de sa destinée et de plus en plus étrangère à son héritage historique ?
 
O.F : Les deux éléments sont convergents.

Christine Datnowsky : Personne ne proteste lorsque la Cour Européenne de Justice demande aux écoles italiennes de retirer leurs crucifix, alors que la décision de la Suisse de ne plus construire de minarets soulève un tollé général, où vous êtes couverts d'insultes. Que vous inspire ce paradoxe ?
 
O.F : L'incompréhension la plus totale. Cela démontre le vide spirituel de l'occident, son incapacité à défendre son socle culturel et ses racines qui sont chrétiennes, qu'on le veuille ou non. Toute la conception des droits de l'homme est construite là-dessus.

Laurent Duclos : L'Islam ne distingue pas le politique du religieux. Or nos sociétés post-modernes ne sont plus en mesure de soutenir la controverse sur ce terrain. Estimez-vous que l'on puisse dès lors ne s'opposer à l'Islam qu'en tant que projet politique, un domaine que nous maitrisons mieux, et le dénoncer comme tel ?
 
O.F : Oui, c'est ce que j'ai fait lors du débat sur les minarets : Je n'ai rien contre l'Islam en tant que croyance personnelle et dans son aspect théologique. Chacun est libre de croire ce qu'il veut. Par contre, le volet politico-religieux qui est en contradiction avec l'Etat de Droit ne peut être toléré (droit pénal, égalité homme-femme, droit des enfants, liberté de croyance, etc.). L'arrêt Refah de la Cour Européenne des Droits de l'Homme stipule clairement que la sharia est incompatible avec l'Etat de droit.

Evan Ard : Selon vous, les organismes et les personnes qui soutiennent à tout prix que l'Islam ne pose aucun problème en Europe sont-elles entièrement sincères dans leur démarche et donc victimes d'une bien-pensance quelque peu naïve, ou bien leur attitude n'est-elle qu'une façade qui participe d'une volonté politique supérieure, inavouée ou mal assumée ?
 
O.F : Le but est de fragiliser des notions telles que « patrie », « racines », « identité », afin d'instaurer une sorte de birchermüesli multiculturel plus facile à manipuler en vue de la création d'un pouvoir supranational, voire mondial.

Mathieu Bollon : Quelle est votre position concernant le conflit israélo-palestinien ?
 
O.F : Vaste question. Et horriblement difficile. Le plus grand danger qui menace Israël est la question démographique (à l'intérieur même de l'Etat hébreu). Ce qui se passe là-bas nous donne des clés de ce qui risque d'être la situation en Europe dans quelques décennies. Permettez-moi de m'en tenir là, car ce sujet est trop vaste pour le cadre de cet interview.

Mathieu Bollon : La théorie du choc des civilisations a été mise en avant par Samuel Huntington dans le livre du même nom en 1996. Que vous inspire cette vision du monde et pensez-vous qu'elle ait cours encore aujourd'hui  ?
 
O.F : Oui, ce choc a lieu. C'est une guerre avec de nouvelles règles, de nouvelles lignes de démarquation, de nouvelles stratégies. C'est un processus long, larvé et terriblement dangereux pour la survie de l'Europe issue des Lumières.

Jérôme di Costanzo : En 1866, le catholique conservateur P.A von Segesser disait "même si la démocratie a des côtés sombres, elle est préférable à l'aristocratie quasi-démocratique du système représentatif". Croyez-vous que le point de vue de Segesser soit toujours d'actualité ? Vous sentez-vous proche de lui ?
 
O.F : Oui, parfaitement. Lorsqu'on voit à quel point les avis d'éminents juristes divergent sur un même sujet, on en vient à se dire que la volonté exprimée au suffrage universel a au moins sa représentativité pour elle. De plus, les gens se sentent plus fortement concernés lorsqu'ils sont impliqués, et se comportent généralement de manière plus responsable envers les institutions de l'Etat.

François-Xavier Ajavon : Que pensez-vous des intellectuels français...? De la "culture" française en général ?
 
O.F : Ah, la culture française. Un grand passé, mais pas de futur tant que la gauche bobo l'écrasera de son monopole et jettera l'anathème sur toute opinion « déviante ».

Christine Datnowsky : Vous avez déclaré "La France est foutue." Y-a-t-il selon vous une exception Française, et si oui quelle est sa nature ?
 
O.F : Le droit du sol, le regroupement familial et le passé colonial, ainsi qu'une classe politique irresponsable et lâche forment un cocktail explosif.

Mathieu Bollon : Tariq Ramadan est un intellectuel suisse d'origine égyptienne bien connu. Certains l'accusent de double language. Qu'en pensez vous ?
 
O.F : Il y a de multiples preuves de cela. J'ai les enregistrements d'un discours qu'il a tenu à la Réunion et d'un interview accordé à un journal marocain où ses propos sont ceux d'un fondamentaliste musulman. Il y dit tout le contraire de ce qu'il a affirmé dans le débat qui nous a opposés à « Infrarouge ». Ma foi, tacquia oblige...

Mathieu Bollon : Dans un récent interview vidéo diffusé sur Internet, vous avez sous-entendu que les oligarchies néo-libérales au pouvoir en Europe instrumentalisaient l'islam pour, en instaurant un climat de terreur, mieux asservir les masses. Pouvez-vous développer ce point de vue ?
 
O.F : C'est le principe bien connu du pompier-pyromane : on crée le problème pour ensuite se rendre indispensable dans le rôle du sauveur. Au passage, ça permet d'obtenir une emprise totale sur les citoyens, une sorte d'état policier dont le but officiel est de sauvegarder la sécurité, et le but caché de maintenir les citoyens sous contrôle. Partant du constat que les gens acceptent de perdre une partie de leur liberté si on leur donne un sentiment de sécurité en rétablissant l'ordre public, ce but peut être atteint avec le consentement des foules sans l'usage de la force. En fait, on remplace le totalitarisme dur de type stalinien ou hitlérien par un totalitarisme doux qui travaille en utilisant la manipulation (médiatique, étatique, culturelle, éducative) et la contrainte indirecte (psychologique). Voilà pourquoi tous ceux qui sortent du rang sont vilipendés, traités de fachos, nazis et j'en passe. D'abord,  on veut détruire leur crédibilité en s'attaquant à leur image, ensuite il faut faire des exemples pour réduire la grande masse au silence (personne ne veut être l'ennemi public numéro un) et finalement, il faut enlever au peuple les instruments lui permettant de se défendre contre la nouvelle oligarchie en soumettant le droit national à un droit international, facile à façonner à sa guise, en plaçant aux postes-clés certains sbires serviles.



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