Sur le RING

Ils étaient une trentaine face à 150

SURLERING.COM - FRANCE - par Jérôme Di Costanzo - le 25/09/2008 - 1 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

La Pythie le prédisait :

«Pour vous, citoyens de la vaste Sparte, Votre grande cité glorieuse ou bien sous les coups des Perséides Tombe, ou bien elle demeure ; mais sur la race d'Héraclès, Sur un roi défunt alors pleurera la terre de Lacédémon Son ennemi, la force des taureaux ne l'arrêtera pas ni celle des lions, Quand il viendra : sa force est celle de Zeus. Non, je te le dis, II ne s'arrêtera pas avant d'avoir reçu sa proie, ou l'une ou l'autre.»

Ils étaient une trentaine contre 150. Une section constituée, placée en avant-garde, face à un bataillon de Talibans. « Les Héros se battent comme des Grecs », observait Churchill. Ils ont fait face, courageusement, sans peur, comme les guerriers de Léonidas repoussant les meutes de Xerxès dans les Thermopyles. Ils étaient 300, ils étaient 30, 10 d'entre eux sont tombés en août dernier. Ils ont fait le sacrifice suprême de leur vie afin de remplir la mission qui leur était attribuée. 21 de leurs camarades furent blessés là-bas, dans le district de Surobi. C'étaient des hommes du 8éme RPIMA, ils venaient aussi du Régiment de Marche du Tchad, un Légionnaire venait du 2e REP.

Il fallait observer un deuil, un temps silencieux de recueillement, une décence, une civilité que de part et d'autre on n'a pas accordée à nos héros. Ils n'ont pas eu droit à cet ultime honneur. Un bal tapageur de clichés, un diaporama pour public nihiliste furent le seul écho à leur sacrifice.  Pudibonde argumentation des autorités, agitant le droit des Femmes, ou bien de l'Homme, pour justifier cette guerre que l'on n'ose nommer ainsi. Et que dire des prêcheurs du désastre, professeurs de lycée, de philo, ou bien élus régionaux, tous « experts» en guérilla, faux prophètes de la paix, qui nous parlent de « sale guerre », voulant faire de l'Afghanistan un nouveau Vietnam, décrivant la situation comme un bourbier, une déroute militaire.

Comme dans une campagne bien organisée et au nom d'un pseudo droit à l'information, tour à tour nous avons eu droit aux photos des Talibans montrant d'insignifiantes et douteuses prises de guerre, à un rapport militaire détourné, et à des détails sordides sur l'embuscade. On veut ainsi nous démontrer par une absurde logique qu'une attaque surprise aurait pu être prévue ! Tout cela n'a pas de sens. Par cette nuisible polémique, nous avons fait insulte à leur courage. Ils étaient une trentaine faisant face à 150.

Constatons, qu'entre un gouvernement inhibé, maladroit comme un bègue cherchant ses mots, et des idiots utiles obnubilés par l'axe américano-sioniste, il nous a été impossible de parler de la réalité de la situation.

Mais qu'en est-il exactement en Afghanistan après sept ans de guerre ?

L'Ordre de bataille

Il y a chez certains « experts » une vision romantique du Taliban, nous les décrivant comme les héritiers de quelque cavalier de Kessel. La vérité est toute autre, celle de brutes qui placent dans les mains d'un enfant de 9 ans un couteau de boucher pour égorger un villageois fidèle au gouvernement de Kaboul. Voilà ce que sont vos « insurgés », vos courageux montagnards.

Ce que nous appelons improprement « Talibans » est un groupe composite et en partie non afghan : nous y trouvons des waziristanais venant du nord-ouest tribal du Pakistan, des milices Mehsud Maqqani au nombre de 30 000 environ, sous les ordres du Mollah Omar. Al Qaeda représenterait une force de 1200 à 5000 volontaires étrangers, venant de divers pays musulmans. Les Hezbi Islami comptant 1000 combattants, seraient une version afghane du Hezbollah libanais. L'I.M.U composée d'uzbecs en provenance de la frontière nord de l'Afghanistan, entre 5000 et 10 000. Les Talibans, ces « étudiants », à proprement parler, représenteraient une force de 10 000 à 30 000 hommes.

Bref, une coalition mercenaire, disparate et relative d'un total avoisinant les 60 000. Il faut ici briser cette image persistante du combattant afghan, cette coalition n'est, en fait, qu'un corps étranger à l'Afghanistan. Ce n'est donc pas une guerre de libération nationale mais une lutte d'influence.

Face à ces clans, 76 000 soldats de l'armée nationale afghane, entraînés par la FIAS, 52 000 soldats de l'Otan, dont 18 000 américains, 45 % des troupes de la coalition viennent de pays Européens. Dépassant le cadre de l'Otan, nous pouvons constater sur des contingents non négligeables venant d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

Durant le conflit avec les soviétiques, le rapport de force était bien différent. Sur les dix ans de guerre, Moscou maintiendra 100 000 soldats (900 000 soviétiques sur dix ans partiront) sur place et 329 000 soldats afghans se battront à leur côté contre 250 000 patriotes afghans. 15 000 soldats soviétiques y perdront la vie et 53 000 seront blessés.

Après 7 ans de guerre, nous constatons que l'ANA (Afghan National Army) a perdu 3800 hommes, l'alliance du nord 200, et l'OTAN-FIAS 869. Nous ne sommes pas ici devant les symptômes d'une déroute, d'un désastre militaire ou d'un bourbier.

Des succès ont été enregistrés

En 2001, avec un mandat de l'ONU, nous avons expulsé les Talibans de Kaboul, détruit les camps d'entraînement d'Al Qaeda, de Tora Bora et de Kandahar. En 2002, un gouvernement de transition a été mis en place et cela en toute légitimité dans le respect des traditions du pays. En 2004, un Président est élu, Hamid Karzaï, avec 55,4% des voix, suffrage validé par l'assemblée traditionnelle des tribus la Loya Jirga. Aujourd'hui le pays est une république à régime présidentiel, pourvue d'une assemblée élue au suffrage universel et d'un Sénat. N'est-ce pas là une première victoire politique qui n'a été possible que par l'envoi d'une force armée ?

L'année dernière, dans la province d'Helmand, frontalière de la zone tribale pakistanaise, les Britanniques ont brisé l'offensive des Talibans, aliénant ainsi toute possibilité pour ces derniers d'envisager une reconquête du pays avec une force armée organisée. Enfin, le 10 décembre 2007, Musa Qala, au nord de la province d'Helmand, sanctuaire des forces rebelles, bastion regroupant 2000 fanatiques islamistes, tombe. Ce sont là des victoires militaires indéniables.

Il y a lieu d'intégrer dans notre analyse l'interconnexion qui existe entre l'Afghanistan et le Pakistan. En effet, nous avons vu qu'après la chute de Musa Qala, confirmant une défaite des rebelles, Benazir Bhutto fut assassinée. Réciproquement, quand le régime de Musharraf fut en difficulté et que la coalition démocratique menaça les intérêts du clan islamique au sein du gouvernement, certains analystes anglo-saxons prévirent une démonstration de force de la part des rebelles : ce fut Surobi.

7 ans de guerre : nous avons installé un système politique viable, porté des coups décisifs aux Talibans et affaibli les islamistes du Pakistan. Et maintenant, nous menaçons les Talibans dans leur sanctuaire de la zone tribale pakistanaise.

7 ans de guerre, certains pourraient s'impatienter et dire que ce n'est pas assez rapide. Rappelons que la guerre de Corée à durée de 1948 à 1954, 6 ans pour finir sur un statu quo et l'on considère ça comme une victoire de l'ONU. La campagne en Malaisie opposant britanniques à la guérilla communiste : 12 ans dans les années 50, la confrontation frontalière indonésienne, plus de 10 ans, l'éradication des rebelles au Sultanat d'Oman, plus de 10 ans aussi. Alors 7 ans pour l'Afghanistan ?

Passant, va dire aux gens de Sparte, que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois. Simonide de Céos, Hérodote, 7, 228.

Il serait donc pure folie, après les succès enregistrés, de vouloir démissionner de l'Afghanistan. Le terrorisme doit se combattre sur son terrain. Naïf ou bien criminel serait celui qui penserait que notre troupe retirée, la terreur resterait cantonnée à la banlieue de Kaboul ou à la passe de Khyber. Si, dans l'hypothèse dramatique où nous renoncerions à la force, nous devrions alors, dans un avenir proche, combattre nos ennemis au pied des murs de nos propres cités

Observons aussi, sur un plan de politique intérieure, que depuis le 11 septembre 2001, face à une menace réelle, nous avons cédé certaines de nos libertés individuelles afin de garantir notre sécurité.

En Grande-Bretagne, citons les lois successives : Prevention of Terrorism Act en 2005, Terrorism Act en 2006, Counter-Terrorism Bill en 2008. Pour les USA, le Patriot Act de 2001, Homeland Security Act de 2002, REAL ID Act en 2005, Military Commissions Act en 2006. En France, Edvige, test ADN et réforme des services de renseignement. Si ces lois, face à la menace, gardent toute leur vertu pour le moment, que deviendraient-elles si nos troupes se désengageaient de leur théâtre d'opération, si nous renoncions à éradiquer le terrorisme à sa base ? Elles se multiplieraient pour former un Léviathan autant liberticide qu'apocalyptique. Nous serions condamnés à subir la terreur pour ainsi nous préparer, dans un avenir proche, à sa domination. C'est ainsi que ces lois peuvent être acceptables, en complément de l'engagement militaire. Nous retirer d'Afghanistan, ce serait nous condamner à vivre dans des cités assiégées et régies par une loi martiale.

Voilà pourquoi nous combattons en Afghanistan, parce que nous pensons que le mal doit être éradiqué à la source, parce que nous ne voulons plus vivre dans l'angoisse d'un attentat quand nous prenons le métro ou l'avion, parce que tout simplement nous voulons vivre en liberté, sans avoir à faire état de notre casier judiciaire !

Rejoignant ici Hannah Arendt, nous sommes ici au c½ur d'une problématique propre à nos sociétés démocratiques, la liberté et la sécurité, être libre et vivre dans une société sûre. Et l'emploi de la force pour éradiquer une menace à nos libertés, l'envoi d'une armée afin de détruire une menace me paraît ici tout à fait légitime. Ce n'est pas le conseil de Corinthe, qui unifia les cités grecques face à l'invasion de Xerxès qui me désapprouverait.

Depuis la chute de Mussa Qala, les Talibans ont changé de tactique, ils se sont éparpillés dans différentes zones d'Afghanistan. D'où la nécessité dans un commandement unifié, pour coordonner les actions par-delà les districts attribués. Cela implique aussi plus d'hommes pour couvrir et sécuriser les zones de conflit. Enfin commencera, en 2009, la relève de l'armée afghane, impliquant le désengagement progressif de la FIAS de l'Afghanistan. Cette guerre a déjà une fin programmée.

Nos soldats, en Afghanistan, défendent nos libertés. À l'image des Spartiates, ils iront jusqu'au sacrifice de leurs vies pour préserver les lois de la cité. Et pour paraphraser les mots du Général Sir Mike « Jacko » Jackson, lors de son intervention à la Richard Dimbleby Lecture (Defence of the Realm in the 21st Century), nos soldats font le sacrifice du sang pour préserver nos libertés et notre sécurité, alors que les gouvernements fassent le sacrifice de leur trésorerie. Nous n'avons pas le choix, si nous voulons demeurer des citoyens libres dans une cité libre.

La trentaine de Surobi ne s'est pas battue en vain, leur courage n'a pas été inutile. Ils n'ont pas sacrifié leurs vies pour une guerre absurde et sans fin. Comme un citoyen Grec, apprenant leur fin héroïque, je ne crains plus les Perses. Cette trentaine a fait face, ils furent nos lions des Thermopyles, à nous de faire face à notre tour.

Jérôme L.J di Costanzo



Toutes les réactions (1)

1. 17/10/2012 21:37 - costa

costaBien d'accord avec Jérôme di Costanzo : " Nous retirer d'Afghanistan, ce serait nous condamner à vivre dans des cités assiégées et régies par une loi martiale. "

Ring 2012
Jérôme Di Costanzo par Jérôme Di Costanzo

Chroniqueur Outremonde. Correspondant à Londres.

Dernière réaction

Bien d'accord avec Jérôme di Costanzo : " Nous retirer d'Afghanistan, ce serait nous condamner à vivre dans des cités assiégées et régies par une loi martiale. "

costa17/10/2012 21:37 costa
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