Historiographie de la TerreurSURLERING.COM - FRANCE - par Jérôme Di Costanzo - le 03/09/2008 - 0 réactions -
![]() Des « lois renversées » ; des « tribunaux anéantis » ; l'« industrie alanguie » ; un « commerce expirant » ; des « impôts non payés et pourtant le peuple appauvri » ; une « anarchie civile et militaire devenue la constitution du Royaume »... « Toute chose humaine et divine sacrifiée à l'idole du crédit public, et pour résultat la Banqueroute nationale ». C'est ainsi qu'en 1790, Edmund Burke, dans ses Réflexions, nous parlaitd'une France prête à sombrer dans la Terreur. L'essai du sage de Beaconsfield peut être qualifié de « classique ». Ce texte, en effet, nous parle par-delà les siècles, car l'on pourrait dépeindre la France d'aujourd'hui dans les mêmes termes. Un texte dont les dimensions prophétiques ne cesseraient de résonner d'une divine pertinence. La Terreur est fille de la Révolution française qui, elle-même, est fille des « Lumières » : c'est un « événement » et il est par nature « inarrêtable » pour faire référence à George Steiner. Dans une intuition géniale, Burke dépasse l'analyse simple du processus révolutionnaire français, il prophétise et nous décrit un événement, qui continuera sa course inexorablement, tout au long de notre histoire. La Révolution ne sait pas s'arrêter et la Terreur est toujours là ! Révolution de 1830 et les « Trois Glorieuses », 1848, révolution-répression-tyrannie, bourreaux et victimes en alternance, 1871, chute du IIIéme Empire, c'est le chaos sanglant de la Commune. Continuons : effondrement de la troisième République, la Collaboration, chute de « l'Etat Français » suivie de l'épuration. C'est dans ce sens que l'on peut parler d'historiographie de la Terreur ; il y a une histoire de cet événement, de ce vaisseau de malheur lancé à travers notre histoire moderne. L'escroquerie de la Révolution française Pour Burke, les événements de 1789 n'ont rien à voir avec une révolution, telle la « Glorieuse Révolution » britannique de 1688, qui provoqua la chute des Stuart et installa à leur place les Hanovre. Le consensus révolutionnaire de cette dernière fut de tout faire pour que le pays ne retombe pas dans le chaos politique de la guerre civile. Elle eut pour souci de préserver l'Ordre, et l'ordre des choses. Il y eut bien une rotation, de roi et de pouvoir. Ce qui n'est pas le cas de sa fille française en recherche de paternité. Notre Révolution n'en n'était pas une à proprement parler, pour Burke. Et c'est pour cela que dans la première partie des Réflexions, Burke ne décolère pas de l'appropriation et de la dénaturation des principes de sa révolution par les Français. C'est pour lui une escroquerie masquant la plus sordide des guerres civiles. « Les ruines encore fumantes qui partout en France émeuvent les regards ne sont pas le cruel témoignage d'une guerre civile.» Et l'événement poursuivra sa course au-delà de nos frontières : en Amérique du sud avec la révolution Bolivarienne. Il s'ensuivra le Risorgimento italien, opposant les Deux-Siciles à la Savoie et les garibaldiens aux états pontificaux. « Guerre de libération » aliénant les micro-états italiens pour former un royaume abstrait et emprisonner une papauté dans Rome. N'était-ce pas là une guerre civile maquillée du rimmel exaltant de la Révolution ? Guerre civile, toujours en Russie, entre Rouges et Blancs, élimination ou exil de tout ce qui pouvait être encore tsariste. Guerre civile encore en Espagne, qui se serait assurément appelée Revolución si la République avait vaincu le Franquisme, celle-là a l'avantage d'être honnête ! Révolution nationale-socialiste en Allemagne, avec un génocide au bout du compte. Guerre de libération contre l'oppression coloniale, où l'on pourrait encore voir l'esprit des Lumières à l'½uvre, libertés promises, un génocide à la clef, Cambodge, Khmers rouges, massacre des Harkis et une guerre civile endémique en Algérie. L'événement poursuit sa course, inarrêtable, trouvant de nouveau un terrain favorable : la révolution iranienne, l'islamisme, l'unitarisme rabaissés à l'état de doctrine révolutionnaire. Tout cela n'est que guerre civile et non pas révolution. Les précurseurs de l'événement. L'idée révolutionnaire, les Lumières, sont indissociables de la question de l'Absolutisme. Dans les Réflexions, une place conséquente est accordée à la description du processus politique qui équilibra les pouvoirs du Parlement et de la Couronne en Grande-Bretagne, et de leur logique aussi bien historique que rhétorique. La Révolution française produira ainsi la Terreur, car elle effectuera non pas une rotation, mais une substitution d'un monarque absolu mais incarné, par une abstraction omnipotente, « les droits de l'homme ». Au nom d'une « Raison » plus absolue qu'un absolutisme, au nom du vrai, du juste et de l'équitable, au nom d'une révolution quelconque à faire, la Terreur s'est mise en place. Car c'est au nom de ces Absolus, incritiquables et désincarnés, qu'on se permit de massacrer. Violences et désordres, l'anti-politique par excellence, placés par l'absurde comme valeurs légitimes de la Cité ! C'est la table rase et la terre brûlée de notre Révolution, un charnier pour faire triompher la « Raison » ou je ne sais quel autre unitarisme politique ou religieux.
« Le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. » Lord Acton La Révolution française fut bien une substitution et non une rotation. Ce sont les « philosophes », amis de l'homme, Diderot, Voltaire, Rousseau et consorts, qui ont ouvert cette boîte de Pandore avec leur fanatisme dialectique. Au nom de l'Egalité, de la Modernité et de la Justice nécessaires à tout prix, ils ont planté les bases du totalitarisme, du crépuscule des Dieux et de la Morale. Ils ont hissé la violence jusqu'au meurtre de masse légitime ; ce ne sont que des moyens, une nécessité pour atteindre un abstrait absolu. Tout ici s'organise, la Terreur, la guerre civile, par la désignation et la condamnation véhémente et fanatique des coupables pour arriver à atteindre une vérité sans corps : l'abstraction de la raison et son absurde incarnation des « droits de l'homme » régnant en dogme. Sans aucune précaution, nos Lumières, par volonté universaliste, ont réduit l'Humain à des groupes, à des classes, à des cantonnements. Dans ce désespoir, il ne restera plus qu'à choisir, en effet, son camp ! C'est bien ici un vocabulaire de guerre civile. « Choisir son camp », dans tous les sens du terme, choisir son camp de réfugié estampillé ONU ou aller là où Dieu est congédié, dans un camp de concentration. Apocalyptique Burke, il nous a décrit un scénario immuable, où un abstrait absolu se change en charnier puant, où l'extatique promesse d'un monde plus juste se conclut dans un bain de sang.
Retirer Jésus de sa Croix On peut ici rejoindre un René Girard, en voyant l'événement Terreur, guerre civile, comme le fait de vouloir retirer Jésus de sa croix et ainsi ne plus sublimer la violence à travers la Passion : substituer le corps du Christ à la pensée pure. Substituer l'incarnation à la raison, le Roi au juste, le corps à la vérité, toute nature aliénée pour le progrès de l'humanité. Par cette lecture de l'événement, tout en gardant un Burke, prophète de référence, on constate qu'un Saint Jean, dans ses révélations, nous décrivit aussi, quelque part, le processus de la Terreur, par cette « décrucifixion » du Sauveur, l'antéchrist, la venue des faux prophètes, vulgaires liberator, führer ou petit père des peuples. L'Apocalypse nous annonce la massification de l'humain, la volonté d'aliéner les individualités, les rendre anonymes ; où les nombres remplaceraient les noms et les nations se lèveraient les unes contre les autres, à savoir : la description intemporelle du paradigme des violences. Une vision elliptique de la course de l'événement Terreur dans un espace-temps : la catastrophe biblique. Je me garderai bien de voir en Saint Jean un père fondateur du conservatisme. Je noterai seulement qu'il existe dans la rhétorique conservatrice, aussi bien chez Burke que chez un de Maistre, aussi bien chez un Churchill qu'un Enoch Powell, l'inspiration eschatologique de cette venue d'un péril. Il y a une dimension prophétique dans le conservatisme. Ce prophétisme tory peut se détacher clairement de celui d'un Marx, qui base son travail sur la critique d'une société et de ses mécanismes vus comme vicieux. Tandis que le conservatisme se borne à annoncer le désastre qu'engendrerait une rupture, l'avènement du Faux et du Mensonge fait qu'on présentera comme salvatrice la venue des faux prophètes. Notons ainsi qu'un Marx place la Révolution comme conséquence logique du vice de la société et ainsi donne légitimité à la violence, sous couvert d'un retour à un pseudo état de nature. Différent positionnement pour nous, Conservateurs, cet événement est vu comme une catastrophe, une rupture, une barbarie politique, une hérésie aux conséquences funestes. Enfin, de cette courte tentative historiographique découle un questionnement central concernant le conservatisme. Soulevons ici, en conclusion, une question essentielle, comme le remarque le philosophe Roger Scruton pour les Conservateurs : combien de temps ? Cela induit une interrogation eschatologique, inhérente à toute pensée classique, sur les délais, la durée, une philosophie de la séquence : Combien de temps avant la fin des temps ? Combien de temps avant la Chute du Temple ? Combien de temps avant le retour de la Bête ? Pour Burke : combien de temps avant que l'euphorie révolutionnaire ne se transforme en bain de sang ? D'une manière générale, combien de temps mettra l'événement à effectuer sa course ? Quelle en sera sa trajectoire ? À la lumière de la foi, cette problématique peut paraître incomplète. Dans la Genèse, la référence au temps, à la séquence, est omniprésente : lors de la création du monde, avec l'âge des patriarches, les noms des premiers descendants d'Adam, et cela jusqu'au Déluge. Ici, l'événement « Terreur » pourrait se comprendre comme concept inversé et symétrique à cet épisode Noachite : un anti-Déluge. Et notre questionnement sur l'événement pourrait se reformuler ainsi : combien de temps mettra l'homme à détruire l'oeuvre de son Créateur? Jérôme L.J di Costanzo Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
![]() Articles les plus lus
![]() |