Happy Mondays : Arlésienne Made in ManchesterSURLERING.COM - SOUNDTRACKS - par Gaël Giovannelli - le 19/12/2011 - 6 réactions -
C’est l’Eternel Retour, mais sans l’esprit. Et de lettres, ils n’en ont retenu que trois, celles formant le sigle M.D.M.A. Ahuris un temps bénis de la pop anglaise, les matins joyeux ne cessent de reporter leur résurrection vers la nuit obscure de l’oubli. Pour notre bien.Pauvre Tony Wilson. Il doit se retourner comme une toupie dans sa tombe. Son cauchemar reprend du service. Déjà sur les routes (ou mordant la chaussée, c’est selon), les Pieds Nickelés de la pop sous ecsta reviennent. Pour se remplir les poches. Quel producteur malade et masochiste a bien pu avoir cette idée saugrenue ? Connait-il les Happy Mondays ? S’est-il renseigné ? Quelqu’un a-t-il prévenu leur manager Warren Askew ? Les Happy Mondays, c’est La Nuit des Morts Vivants+ Dumb & Dumber x vtre pire réveillon. Soit une bande de décérébrés noceurs aux commandes de votre compte en banque et de votre patrimoine. Il ne leur a pas fallu plus de cinq ans pour totalement ruiner Wilson, et fermer l’Hacienda. Tout cela en un album. Belle preuve de gratitude ; merci les gars, c’était sympa. Step On Pourtant, les Mondays, c’avait plutôt bien commencé. Au mitan des 80’s, le Club Hacienda de Manchester est the place to be. En bons prolos piliers de comptoir, Shaun Ryder et son « groupe » viennent se présenter à un crochet musical-et écluser quelques Lager. Soigneusement bourrés, ils arrivent logiquement derniers, mais Wilson, bon fond et fin limier, a senti le potentiel médiatique et populaire derrière la grande gueule de Shaun. Il leur fait signer leur premier simple, Delightful. Le talent musical du groupe étant tout relatif, Tony Wilson n’a d’autre choix que de vendre son nouveau produit avec un bel emballage, celui qui fait imprimer la presse et vendre les tabloids. En 1987, alors que les Happy Mondays s’apprêtent à jouer au New Music Seminar de New York, Wilson déclare, face à un parterre de journalistes cois, qu’ils ne sont « qu’une bande de dealers de drogue ». Evidement avec des formules pareilles, le public branchouille se rue. En effet, c’est une bande de drogués…qui jouent. On ne sait pas (à) quoi, mais ils jouent. Techniquement faibles, vocalement hasardeux, La seule attraction visuelle est l’agitation désarticulée de Bez, bonhomme aux yeux rouges de lapin défoncé, secouant ses maracas et ce qui sert de résidence à ses quelques neurones survivants. Mais la sauce prend. On est dans les 80’s, à l’apparat, au « plastic face », et la légende des frasques junkies des Happy Mondays donne bien le change, fait vendre, donne un fond supplémentaire à des textes déjà largement chargés (sexe, drogues, sexe, drogues…). Hors scène, Ryder passe pour un grossier et vicelard meneur d’une troupe de tarés qui essaye de penser, élaborant des propos insensé ponctués d’onomatopées sous l’effet des psychotropes, déstabilisantes pour ses interlocuteurs. Nick Kent brossa un portrait grimaçant et effrayant de cette « génération débranchée »**. Twistin’ My Melon, Man ! Le succès est là, et en fait les temps changent. Même à Manchester-la-grise. L’Hacienda est au cœur de cette révolution, la dernière révolution musicale et culturelle d’ampleur qu’ai connu l’Angleterre. Alors que l’Albion de Thatcher s’enfonce dans le Statu Quo -sans doute en hommage à son Prince Charles qui en a fait son groupe préféré, ceci expliquant cela- et bute contre un post-punk sans fin, une génération de petits morveux vont profiter de la baisse des coûts des vols charters en direction d’Ibiza. Le paradis baba-cool est en train de virer en club à ciel ouvert. Tous les dj du monde se doivent d’y passer, tremplin décisif pour leur carrière. Picole, danse, sexe, et une nouvelle friandise qui vous colle le sourire pendant des heures-avant la terrible redescente. Un smiley à gober : l’ecstasy. Drogue de synthèse que les ados britanniques vont ramener dans leur poches, avec le son Ibiza dans le walkman. En 1987 donc, deux groupes émergent à Manchester : les Happy Mondays, et leurs rivaux, les Stone Roses. Beaucoup plus musiciens et inspirés que les précédents- il suffit de voir le nombre de compositions largement pompées au catalogue de la musique anglo-saxonne par les Mondays, de Lazyites à Harmony, de Beatles en Velvet), ces deux-là ont un point commun affiché : la drogue. Mais à un point ! Twenty-four Hour Party People Bez n’est ni musicien, ni même danseur professionnel, son seul rôle est de fournir officiellement le groupe en substances diverses et de profiter de la fête-et du cash. Shaun Ryder a pratiqué le deal dans sa prime jeunesse « rien de dangereux ; juste de la cocaïne, de l’acide et de l’ecstasy »* ! Mani des Stone Roses était aussi dealer, il finançait son trafic en revendant des Rolex volées contre de l’ecstasy directement à Amsterdam, c’est par lui que cette drogue est arrivée jusqu’à Manchester. Et aux portes de l’Hacienda. Pour en contaminer toute la faune en quelques semaines. Auparavant, le club recevait deux types de clientèles : les prolos des usines en semaine qui écoutaient le rock mancunien et la musique à la mode en se saoulant en règle, le week-end, une classe plus sélecte prenait possession des lieux. New Order généralement clôturait avec un live, puis on balançait de la house-music, et on sortait les pailles. L’Ecsta à tout changé : les prolos se sont défoncés, les gens se sont mélangés et tout le monde à dansé sur le même rythme. De 1987 à 1990, c’est un vrai Age d’Or qui s’ouvre pour Manchester, le « Village » vibre sur une autre onde, on abandonne le pardessus frileux et la déprime au profit de l’hédonisme insouciant procuré par l’ecstasy-qui deviendra un véritable fléau national-, les lunettes de soleil et le baggy. Tout le monde en Loose Feet. Les Happy Mondays sont la couleur locale, et élabore leur rock funky mâtiné de pop et de house (Step On, Kinky Afro), alors que les rave-parties poussent comme des champignons…dans la campagne anglaise. Comment Wilson a-t-il persuadé John Cale le méthodique de produire leur premier album, mystère. Gérer cette bande d’imbéciles heureux et mal élevés fut une corvée, mais le zen, qu’il pratique assidument, lui permettra d’accoucher de Squirrel & G-man Twenty Four Hour Party People Plastic Face Can’t Smile (white out). Ouf ! Suivra Bummed en 1988, en plein Summer of Love. Les Happy Mondays remplissent leurs poches et celles de Factory Records. Wilson, du coup, comme un père à qui l’on ramène des bonnes notes, ferme les yeux sur les graves problèmes d’addiction à l’héroïne de Ryder ; les autres ne sont pas en meilleur état : coke, herbe, acide, angel dust (très en vogue à New York). Mais le groupe travaille et en 1990 sort Pills’n’Thrills and Bellyaches, qui est encore considéré comme leur meilleur album, voire un des 50 plus grands albums de rock… Il grimpe directement au numéro 1des charts. Précédé en 1989 par l’album Madchester Rave On, qui contient leur sommet, cette petite perle d’ Hallelujah ( on se demande encore comment des têtes d’épingles pareilles ont pu composer un morceau aussi maîtrisé), Pills… devient le manifeste de ce Madchester coloré et allumé grouillant de musiciens, d’artistes graphistes et de DJ’s. L’Europe, le monde marche à l’heure Madchester. La ville est prise d’une forme de folie. Les premiers drames se produisent, puis la confusion, le doute. Et la gueule de bois après la grande « party ». Dysfunktional Unkle Les Mondays ? Ils ont fait ce pour quoi ils ont été programmés : tout foutre en l’air. Cure de désintox’ ou pas, Shaun Ryder et Bez font régulièrement la Une de la presse anglaise avide de scandales ; ils posent notamment en tenue d’Adam pour Penthouse avec de jeunes filles toutes en Eve. Pour le successeur de Pills…, c’est aux Caraïbes que Wilson envoie le groupe, officieusement pour éloigner Shaun de l’héroïne…qu’à cela ne tienne, ce sera sans l’héroïne. Surtout qu’il y a du crack d’excellente qualité là-bas. Les sessions sont un fiasco artistique et personnel complet : accidents de voiture à répétition : huit véhicules anéantis par Bez (qui roule sans permis) qui s’arrange pour se casser les deux bras, et échappe de peu à l’amputation d’un. Les membres sont dépassés, le cerveau et l’inspiration ramollis, les conflits surgissent. Départs et retours. Yes, Please ! sort malgré tout. Four commercial, gouffre financier. L’album le plus cher pour un indépendant (2.5 milions de francs à l’époque, 381 000 euros) provoque le dépôt de bilan de Factory, alors que l’Hacienda venait de fermer ses portes. Manchester, clap de fin. Sans maison de disques, les Happy Mondays se séparent. Shaun Ryder continue à faire parler de lui dans la presse : procès, divorce, abandon de sa famille, il vole une Lada ( !) à un curé (!!) et provoque un accident grave, prend la fuite…parce qu’ivre. Malgré Black Grape, le groupe formé en 1995 avec une partie des Mondays, et un succès considérable avec It’s Great When You’re Straight…Yeah ! (menteur), Shaun est devenu un adipeux has-been (il attaque le quintal avec aisance) drogué et dépressif, proche de l’amnésie (son autobiographie sortie cette année, Twisting My Melon, est un collage de « plusieurs mémoires », rarement la sienne est mise à contribution) qui tente pathétiquement de rester en selle. Le monde du show bizz étant cruel, pour lui, c’est l’extinction des feux de la rampe. Une tornade est passée. Alors attention !, producteurs, tourneurs, patrons de maisons de disques : s’il vous apparait être une bonne idée d’exploiter le filon de la nostalgie pour faire un hold-up, comme avec les Stone Roses cette année précisément, revoyez votre contrat d’assurance. Repassez toutes les clauses en revue. Les Happy Mondays, s’ils sont, semble-t-il, cleans, n’en sont pas moins restés des trouble-fêtes. Quatre reformations depuis 1999, aucun concert digne de ce nom de toute leur carrière, des problèmes avec le fisc jusqu’à aujourd’hui encore-la raison véritable de cette reformation-, une fâcheuse tendance à annuler les concerts (cette semaine, Toulouse, le Batofar à Paris, en tout six dates depuis le début de cette « tournée » de rodage) et un karma en berne. Certes les frangins Ryder, Shaun et Paul, bassiste, se sont rabibochés, et le line-up proposé est celui des origines. Mais est-ce un bien ? Pour nous, pour la musique? Qu’espérer des Happy Mondays aujourd’hui, même sous ecsta ? Que peuvent-ils bien faire de dangereux, de subversif ? Rien. C’est notre époque. The Boys are Back…so what ? Gaël Giovannelli Happy Mondays, en tournée en 2012…ou pas. *Les Inrockuptibles, n° 27, janvier-février 1991. **L’envers du Rock, Nick Kent, Austral 1996 Toutes les réactions (6)1. 19/12/2011 10:37 - Claude
2. 19/12/2011 12:18 - Jarvis
3. 19/12/2011 22:59 - Armand Durand
4. 19/12/2011 23:07 - Pete Doherty
5. 23/12/2011 18:42 - Jarvis
6. 14/01/2012 22:09 - bak
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En 2007 au Japon: http://www.youtube.com/watch?v=mufzZ5eiDBs Plus rien. ![]() Articles les plus lus
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