Gennevilliers - Asnières : 1-0SURLERING.COM - MURDER BALLADS - par Maximilien Friche - le 21/03/2011 - 3 réactions -
Il y a un peu plus d'une semaine, Samy, adolescent de 15 ans de la cité des Courtilles à Asnières, succombait à une blessure à l'arme blanche qui lui avait été infligée par une bande rivale de la cité du Luth à Gennevilliers. Consternation locale noyée dans l'apocalypse mondiale. Entre l'attente du génocide prévu par Kadhafi et le suspens autour de la troisième bombe nucléaire du Japon, nos petits chaos hexagonaux sont passés inaperçus. Et pourtant, nous savons depuis 2005 que ce genre de micro-événement peut provoquer l'embrasement du pays si et seulement si les médias jouent les catalyseurs. En attendant, tout le monde réclame un peu de justice et même, le retour de l'Etat.
Le séisme et ses répliques Le séisme, c'était en 2005 : les banlieues françaises en feu, comme manifestation d'un état de droit revenu au stade primaire de la violence. Les répliques, on les a eues lors du CPE en 2006 ou encore à l'automne dernier lors de la réforme des retraites. Mais ce n'est pas tout, des micro secousses se font ressentir ici et là afin que l'on n'oublie pas le caractère éruptif de nos marges. Samedi 12 mars dernier, Samy, jeune-homme-de-quartier-sensible de 15 ans, habitant la cité des Courtilles à Asnières était poignardé au thorax. Il en est mort dans la nuit suivante. Son erreur était grave, il faut le dire, il s'est aventuré dans la jungle voisine, dans le territoire de non droit d'à côté, la cité du Luth à Gennevilliers. Cet événement, on le sait, est bien aussi important que celui de deux jeunes en fuite électrocutés dans un poste de transformation. Mais l'opinion regardait au loin, les révolutions, les vraies, celles du monde arabe, et puis très loin, le séisme, le vrai, avec ses conséquences radioactives possibles. Il n'y a donc pas eu d'émeutes généralisées à la suite de cette étincelle, pas cette fois. Gennevilliers et Asnières ont tout de même vécu leur histoire, ont tout de même déroulé les différentes étapes, même si les caméras étaient moins nombreuses, il faut toujours enchaîner les mêmes choses, cela conjure les démons futurs. Comme depuis la mort de Samy, deux autres adolescents ont été agressés l'un à l’arme blanche le dimanche suivant et l'autre au tournevis mardi 15 mars, les mères socialistes et communistes ont donné dans le pragmatisme en déclarant un couvre feu sur les deux communes et ont pris deux arrêtés municipaux l'instaurant jusqu’au 24 mars. Il s’applique à « tout mineur non accompagné par une personne ayant autorité parentale ». Il faut dire que leur marche blanche, très belle d'émotion et de sens, et de symbole républicain e de désir de paix, mise en branle le lundi suivant la mort de Samy, n'avait pas suffit à raisonner les jeunes de nos deux quartiers. Le pragmatisme, c'est aussi Trente-neuf personnes interpellées depuis le drame, dont 22 mineurs. Pour dix jours, l'Etat occupe le terrain. On connaissait déjà notre renoncement à maîtriser certains territoires. Leur sortie de la République est tacitement admise, notre lâcheté étant contrebalancée par l'absence d'intérêt économique à reprendre le pouvoir. Sauf que cela ne suffit pas. Une fois autonomes, les zones tribales cherchent à consolider leur frontière voire à la repousser. Et la frontière entre les Courtilles et le Luth, l'endroit stratégique à prendre ou à laisser, c'est la station de métro, le terminus de la ligne 13. Tout le monde crie à l'absurde de cette guerre de jeunes, toutes les bonnes âmes se scandalisent du comportement de ces jeunes mâles qui ne peuvent s'empêcher de mettre leur fierté au dessus de la vie. C'est oublier l'origine même de cette criminalité qu'est le trafique de stupéfiants. Ce n'est pas l'absurde qui tue les jeunes de 14 à 25 ans, c'est l'existence d'une mini mafia. Et toute mafia implique des règles, de l'honneur et des crimes. Ce qui se passe dans ces banlieues françaises est plus proche de la Camorra napolitaine que de West-Side-Story. La France est enfin mûre pour importer le modèle Cosa Nostra dans ses banlieues. La lutte de clans absurde façon Kubrick ou Starmania ne dure pas longtemps. La professionnalisation impose l'installation de la mafia. Les romantiques peuvent aller se rhabiller de blanc et, ceux qui aiment le sport peuvent rester. Le tournoi a commencé samedi 12 mars, et ce n'est qu'un début, le grand incendie cher à Bertrand Cantat peut avoir lieu. La passion se lit dans les yeux des ados interviewés, ils ont la haine. Ce sport là est plus fort que le foot. C'est la haine des derby. Aujourd'hui Asnières-Gennevilliers, demain le derby toulousain Le Mirail-Empalot, et après demain le derby lyonnais Jean Mermoz-La Duchère. Le boulevard intercommunal entre les deux cités qui font l'actualité du moment s'appelle Pierre de Coubertin, c'est là que les véhicules des forces de l'ordre jouent aux casques bleus, l'essentiel étant de participer n 'est-ce pas ! Sauf que l'Etat apparait plus souvent comme spectateur qu'arbitre. Justice La mère de la victime a appelé au calme et à l'arrêt des affrontements dans une lettre lue lors d'une conférence de presse et diffusée comme il se doit sur Facebook. 800 personnes pour la marche silencieuse pour la paix puis 250 venues se recueillir aux obsèques du jeune Samy vendredi 18 mars et, quelques 200 policiers pour les encadrer et les protéger. Le désir de vengeance se mute lentement en désir de justice. C'est à dire que l'on se tourne vers l'Etat. C'est pratique : les monstres froids ont le ventre mou, on peut charger. L'Etat doit faire quelque chose, cela ne suffit pas d'étaler 150 policiers en tenue appuyés par 49 collègues en civil pendant une dizaine de jours pour faire respecter un couvre feu. On peut lire dans le Parisien : "Avec de tels événements, notre priorité est de sécuriser les lieux, de montrer notre présence, explique un policier. La mission est également préventive: il faut essayer de dialoguer avec les jeunes". Dialoguer, bien sûr, on n'y pensait plus. Même Sébastien Pietrasanta, le maire PS d’Asnières, et Jacques Bourgoin, son homologue PC de Gennevilliers se sont focalisés sur leur couvre feu et le rétablissement de l'ordre, avant de remettre le dialogue au premier plan. Juste après l'enterrement de Samy, les trois jeunes hommes placés en garde à vue après le meurtre de Samy ont été relâchés. Ce n'était pas eux. Non pas que ceux là soient innocents, mais ils n'ont pas tué Samy, on avait confondu avec une autre rixe, ce n'est pas leur crime. Alors aussitôt, d'autres noms circulent et la seule idée qui traverse les cages d'escalier, c'est que le coupable se rende le plus vite possible. Avec les flics, il sera en sécurité. Il serait plus tranquille en cellule que dans le quartier. De l'Etat ? Mais on en réclame ! Alors qu'ils sont tous coupables, œuvrant à leur petit trafic, initié au larcin, à la violence pour rentrer dans les bandes. Ils sont tous connus de la justice qui ne cesse de les voir défiler au TGI de Nanterre tout au long de l’année, accumulant condamnations, plaintes et poursuites judiciaires de façon quasi continue, sans pour autant subir les effets de l’application totale de la loi. Sans doute encore le syndicat de la magistrature qui s'efforce dans son gauchisme congénital et son principe de réversibilité perversive de culpabiliser les victimes, et de victimiser les coupables. Mais puisque l'on vous dit qu'ils veulent aller en prison, c'est plus sûr qu'au Luth ou aux Courtilles, acceptez par charité de les condamner. Le petit monde désemparé des cités qui réclame justice ressemble à des enfants qui aimeraient bien recevoir la grâce d'être punis comme preuve d'être aimés. Les maires des villes ont d'ailleurs invité les mères des jeunes à une réunion, parce que toute cette violence est avant tout l'échec des pères. C'est la crise de la légitimité, de la violence légitime, c'est à dire de la fessée. Aujourd'hui pour asséner des fessées à des jeunes de plus de quinze ans, pour qu'elles produisent l'effet de les calmer et de leur faire peur, il faudrait y mettre certains moyens que la niaiserie réprouve, malheureusement. Mais regardons ce qui se passe dans le 93, avec le recours fait à la Halde (1) par des parents d'élèves de la FCPE pour déplorer une discrimination : 84% des absences de courte durée des profs ne sont pas remplacées, situation dégradée par rapport à ce qui se passe dans les autres parties du territoire français. Le premier mouvement des territoires sensibles est donc toujours de faire fuir l'état, d'en condamner tous les abus de pouvoirs, et le second mouvement, quand la zone est sortie de la République, consiste à réclamer son retour et hurlant à la discrimination. Imaginons un transfert de l'éduction vers la justice. Les habitants de Gennevilliers et d'Asnières, leurs jeunes, ont aussi droit à l'expression de l'ordre, aux PV, au flicage, et aussi droit à la condamnation et à la prison. Et si on déposait un recours à la Halde contre le syndicat de la magistrature pour discrimination envers une population qui n'a pas le droit à la punition... De là, on peut tout imaginer, y compris un BHL en chemise blanche et cheveux grisonnants appelant à un devoir d'ingérence de la part de l'Etat dans l'éducation, quand les pères ont échoué, quelques messages qui nous mettraient en demeure de pratiquer des frappes chirurgicales sur les petites frappes des quartiers. Droit à la justice, droit à la violence légitime, droit à la condamnation, droit à la prison, droit à l'ordre, droit à la Loi, pour tous ? Maximilien Friche (1) L'Express 15/03/2011 Toutes les réactions (3)1. 21/03/2011 10:40 - HP
2. 21/03/2011 22:37 - Corsica
3. 08/05/2011 23:12 - ringO
réagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
Dernière réaction
Vraiment un très bon papier ! Le beurre et l'argent du beurre, telle est notre société. Ce qui me terrifie le plus ce sont ces marches dès qu'un jeune est tué. Mais qu'est-ce que les parents ont... ![]() Articles les plus lus
![]() |