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Génération X, le défi : Reconstruire le monde hors de lui

SURLERING.COM - FRANCE - par Maximilien Friche - le 12/10/2009 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Comment un héritage a-t-il pu être dilapidé ? Comment toute une culture a-t-elle pu être réduite à néant ? Il aura fallu deux choses : une idéologie et un véhicule. L'idéologie, c'est le modernisme. Le véhicule, c'est la démocratie jouisseuse de nos aînés. Une seule génération aura suffi pour déchristianiser, dénationaliser, et mettre la France en friche culturelle. Une seule génération de complexés par la liberté du jouir sans entrave aura suffi à faire régner la niaiserie sur notre pays. Et l'amnésie s'est déposée sur leurs descendants, eux les derniers objets de consommation acquis par les derniers des derniers ayant profité de l'enrichissement par le travail. Sans nom, sans projet, les sociologues les nomment génération X.  Appelons celle-ci à relever le défi de l'impossible : tout reconstruire sans aucun outil.  La génération X, le chaînon manquant de notre Histoire, part d'un creux et doit engendrer une nouvelle société, un monde de sauvetage.

 

Faillite de nos pères

Dans leur complexe de ne jamais être suffisamment modernes, nos pères ont laissé les idéologues investir toutes les institutions. Ils ont laissé le pouvoir à cette minorité d'illuminés, ces icônes adorées incarnant ce qu'ils n'ont jamais osé être. Dans leur facilité de vie en période glorieuse, ils n'ont pas vu qu'ils ne pouvaient plus faire confiance aux instituteurs, aux professeurs, aux dames catéchistes, à la télé, aux colo, aux éducateurs de tout poils. Produits de la faillite de la génération des parents, la génération X (1) a donc appris à lire avec la méthode globale, elle a étudié une Histoire dissoute dans le culte de l'actualité, elle a appris des mathématiques qui ne servent qu'à dénombrer, elle a compris que Dieu était un humanisme et ... elle ne sait rien. Nous ne savons rien et nous n'avons pas suffisamment de culture pour en avoir honte. Nous ne sommes pas plus évolués que Cro-magnon, nous partons de zéro. Le ground zero, c'est nous ! La génération la plus riche de tous les temps (2), post reconstruction et pré-crise, a couru dans une fuite vers la jouissance pour une consommation de tous les mondes en même temps. Cette utopie se résume à un éjaculat sur des orteils glissés dans leurs tongs. Eux se sont enrichis par le travail et ont promu la dissolution de cette valeur. Eux sont nés dans des familles et nous ont donné à contempler le spectacle de leur divorce. Eux ont reçu la France comme patrie, et nous font habiter une grande maison de tolérance de toutes les cultures sauf de la nôtre. Eux ont eu la chance d'être baptisés, nous, on nous a laissé le choix. Si ce ne sont pas eux les responsables, c'est du pareil au même, puisque c'est alors qu'ils étaient actifs que tout a été dissout. Ils ont laissé faire a minima. Les baby boomers complexés n'arrivent aujourd'hui toujours pas à concilier leur regret de voir leur progéniture ne pas connaître ses départements, et leur adoration du modernisme. Ils se disent que c'est sans doute mieux ainsi. C'est comme ça, il faut savoir évoluer. Il y a, chez nos proches ancêtres, une incapacité à imaginer l'Histoire autrement que comme une flèche en constant progrès. Rien à dire, ils se sentent plus évolués (et plus riches) que tous leurs prédécesseurs. Ils s'imaginent donc que tout ce qui vient après eux est meilleur. Le doute bénéficie toujours au progrès.

 

L'embarras du choix

La génération X des sociologues est cette génération émasculée par les parents du grand génocide, celui commencé en 1975 avec la loi Veil, la grande opération de tri à la source. Ils sont leur peluche, leurs enfants fétiches, leurs derniers objets de consommation, le refuge de toutes leurs névroses. Que leur restent-ils, à ces êtres qui n'existent qu'en tant qu'enfants de la démocratie jouisseuse ? Pas de culture, à peine plus d'identité ? Une personnalité clonée. La révolution culturelle des années 70 a été une remise à zéro de tout l'héritage. Il leur reste leur liberté préservée. On ne les a pas baptisés pour la respecter, pour leur laisser le choix. Quand on aime, on abandonne ! C'est la seule chose qu'ils possèdent, le choix. C'est la seule chose que les vieux ont laissée, le choix. Pouf pouf, ce-se-ra-toi-qui-se-ras-res-ca-pé. Quel embarras que ce choix qui nous a été laissé ! Dans nos berceaux de relativité absolue, nous avons du mal à lâcher notre pouce par crainte de briser le c½ur de nos papa et maman de nous voir grandir. Eternels adolescents, Tanguys dégoulinants, nous risquons de nous dissoudre dans une économie du recyclage infini, adorant le vintage par peur d'entamer cet énorme capital de liberté de naissance. Choisir ? A quoi bon ? Choisir ses études quand on ne sait rien. Choisir son pays. Choisir sa religion. Choisir son orientation sexuelle. Choisir et changer de choix tout le temps. Pour que le capital liberté soit sans arrêt rétabli à son maximum ! Choisir de vivre ou de mourir. Là, ça coince. Après une petite prise de conscience brutale - Je ne sais rien et tout se vaut, alors à quoi bon ? - nous pouvons devenir des dépressifs impuissants au suicide, rescapés d'X. Mais ce ne sont pas les idées qu'il faut remettre en cause, c'est l'ensemble dont il faut s'exclure. Pour en finir avec la modernité, nous devons construire le monde d'à côté. Appeler la génération X à relever le défi de reconstruire le monde hors de lui !


Contre-emploi pour un contre monde

Je suis, tu es, nous sommes, le chaînon manquant. Un chaînon manquant, c'est le contraire d'un maillon faible, c'est à dire l'absence d'un maillon bien sûr, mais encore le contraire du faible. C'est en effet sur ce manque que repose tout l'espoir de voir notre Histoire constituer un continuum. Nous sommes ceux qui doivent être écartelés. Le seul projet viable est un renversement des sens : ne pas exister mais permettre d'exister. Comme nous sommes parents et que nous ne possédons rien, il nous restera à être des décideurs. C'est ça un chaînon manquant, c'est, en l'absence de capital, décider. Nous ne savons rien et nous devons tout enseigner pour que la France survive à nos parents. La génération X, coincée entre deux générations, doit tenter, un peu pathétique, de joindre les deux bouts en écartant ses petits bras. Il faudra trouver quelques volontaires pour jouer le jeu. Quelques-uns pour renverser les choses  dans le trou noir : faire ce pour quoi ils ne sont pas programmés. Vivre à contre-emploi. Des incultes chargés de l'éducation de futurs Nobel, des tétraplégiques de naissance entraîneurs de boxe, des enfants de divorcés missionnés pour prôner les valeurs du mariage, des lecteurs bègues et hésitants enseignant la méthode syllabique, des raisonneurs parlant théologie. Et le monde compte sur ceux qui sauront le mieux rentrer dans ce rôle du contre-emploi pour se régénérer, il compte sur eux sans le savoir. Ils sont missionnés par le futur. Les enfants nés ou à naître sous (génération) X sont les premiers à attendre. Ils aimeraient bien que leur héritage soit reconstitué avant l'âge adulte. Les élus de la génération X, ayant accepté de renverser leur rôle de chaînon manquant, devront développer une défiance radicale vis-à-vis du monde moderne, jusqu'à s'en exclure pour le reconstruire. Reconstruire le monde pour la génération X, c'est d'abord en sortir, rebâtir le monde hors de lui.. Un monde à côté, non pas un monde opposé, contraire et sectaire, mais le monde hors de lui, un monde de sauvetage. Nous devons être la génération du hors système, du hors contrat, du hors-jeu, de la communauté, du village, de la famille. Ne prenons que l'exemple des écoles. Pour l'enseignement, l'accessoire doit être l'essentiel, le supplément, la base. Il faut faire sécher la journée pour se reposer du cours du soir. Ne faites plus confiance aux systèmes, sortez de l'éducation nationale pour la recréer. Créez des écoles libres hors contrat (3)! Faites-les croître. Rien ne grandit dans l'ombre des systèmes, rien n'y naît ni ne pousse, il faut devenir incontournable en dehors. Il faut beaucoup d'écoles, confessionnelles ou non, dans chaque préfecture et sous-préfecture de notre territoire hexagonal pour que l'éducation nationale, dans son collapsus amorcé leur demande d'exister à travers elles. Il faut laisser le monde moderne mourir pendant qu'on y est plus. Et pour ceux qui ont construit ce monde bis, les incultes d'X, accepter d'être en formation non pas continue mais perpétuelle pour passer de l'exemple au martyr. Et servir de matériau de fondation à notre future éducation nationale, à notre future France, notre France de sauvetage.

 

Maximilien Friche


(1) http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Generation_X

Selon la classification de William Strauss et Neil Howe, la génération X désigne les Occidentaux nés entre 1959 et 1981.

(2) : « Les Nouvelles générations devant la panne prolongé de l'ascenseur social » Louis CHAUVEL, document de travail préparatoire à son article pour la Revue de l'OFCE, janvier 2006 « La lecture générationnelle permet de comprendre que les jeunes valorisés d'hier sont devenus les seniors favorisés d'aujourd'hui (...) Les générations nées dans les années quarante apparaissent ainsi comme situées systématiquement au sommet d'une vague qui s'écroule pour les puînés. »

http://louis.chauvel.free.fr/ofceralentissementgenerationnel5.pdf

(3) http://www.creer-son-ecole.com/



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Maximilien Friche par Maximilien Friche

Directeur littéraire aux éditions Ring. Ring Wall of Fame.

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