Génération Duhamel
SURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Aurélien Bellanger - le 11/10/2010 - 1 réactions -
Alain Duhamel est l’analyste en chef de la vie politique française. C’est une allégorie de la cinquième république, son corps de gloire et son triomphe. Il a tout connu, et tout commenté, les septennats, les quinquennats, le Général et les Affaires. Gonzo républicain, journaliste embarqué, Alain Duhamel était là.

Alain Duhamel passe à la télé. Semblable à une bactérie extrêmophile Alain Duhamel est capable de survivre au vide ionisé et anaérobie des tubes cathodiques. Il a présenté A armes égales, L’heure de vérité et Mots croisés. Il est entré dans l’histoire de France en présentant deux fois, en 1974 et en 1995, un débat de second tour. A ce stade, Alain Duhamel ne craint que Michelle Cotta (1981, 1988), supplante Poivre D’arvor (2007) et écrase Elkabbach (jamais).
Ses analyses, toujours mesurées et quelques fois profondes, ont leur place naturelle dans le paysage médiatique français, ne serait-ce que par persistance rétinienne. Alain Duhamel est un souvenir d’enfance. A la triste heure hebdomadaire d’éducation civique du collège répondait les analyses dominicales du journaliste tout imprégné d’histoire qui, dans L’heure de vérité, précipitait notre grisâtre république dans le révélateur de ses élections oubliées, pour révéler le spectre subtil de ses couleurs politiques : tout prenait vie. Alain Duhamel est resté la goutte d’essence qui mettait les institutions en mouvement.
Années après années, de régionales en cantonales, de cartes coloriées en demis camemberts, d’interview de Chaban-Delmas en interview de Douste-Blazy, Alain Duhamel s’est construit une pensée politique propre. Il a ainsi découvert un paradoxe qui portera son nom : pourquoi le pays du vote sanction, qui voit la déconfiture systématique du parti au pouvoir à chaque élection intermédiaire, est-il aussi le pays de la prime à la casserole, qui voit Balkany revenir infiniment aux affaires, à l’ombre d’un Chirac qui ne mourut jamais ?
La science politique n’est pas une science, c’est un art. On ne l’enseigne pas à l’université, mais dans des Instituts d’Etudes Politiques, où quelques professeurs opiniâtres tentent de percer les mystères de l’élection. René Rémond parvint ainsi à immobiliser le concept de droite. Après ce beau succès, de nombreux professeurs tentèrent d’identifier un concept de gauche. Mais un objet, nommé le centre, sert de théorème d’incomplétude aux études politique, et rend indécidable les frontières du progrès et de la réaction. Le centre est une sorte de Graal.
Et c’est Excalibur. Alain Duhamel a théorisé que pour s’emparer du pouvoir en France il fallait capter le vote centriste. La France, ajoute t-il souvent, se gouverne au centre droit.
Alain Duhamel regarde la vie politique française comme un enfant regarde un Rubik’s Cube. Elle est colorée et mobile, compliquée et savante. Elle ne possède aucune solution accessible. Mais il existe pourtant, apprend l’enfant un jour, une résolution possible en moins de vingt coups. Depuis un demi-siècle Alain Duhamel est à la recherche de cette combinaison clef qui poserait les conditions d’une prise de pouvoir parfaite par un usage savant du vote centriste.
Mais le Centre possède un ennemi fatal : le mythe de l’homme providentiel. Alain Duhamel à synthétisé ici sa vision politique du mal : c’est Bonaparte, de Gaulle ou Sarkozy. Le plébiscite, la guerre ou l’ouverture, tellement contraires au jeu normal des institutions, tellement hostiles au Centre. La Cinquième République est un casse-tête, mais pas un nœud gordien. Alain Duhamel a longtemps repensé au rasoir imaginaire qu’il avait ingénument déposé dans la main de Nicolas Sarkozy en 2003, quand il lui avait demandé si le matin, en se rasant, il lui arrivait de penser à la présidentielle. En se giscardisant Nicolas Sarkozy aura rendu le sommeil à Alain Duhamel.
Cependant le centre est aussi une idée dangereuse. Après quarante ans d’assiduité, Alain Duhamel n’a pas pu présenter les soirées électorales de la présidentielle de 2007 : l’homme de télévision n’avait pas vu venir Youtube, et laissa libre court, dans un amphithéâtre bondé de Sciences Po, à ses penchants centristes ; il votera Bayrou. Le mythe de la neutralité duhamelienne venait de s’effondrer. Au terme d’un court parcours expiatoire hors antenne, l’homme revint pourtant, plus neutre que jamais.
Dinosaure de la télévision, mastodonte de la radio, monument de la presse, Alain Duhamel commence à ralentir son rythme cardiaque. Il y a cependant très peu de chance qu’il survive à la Cinquième République, mais c’est là une prophétie positive.
Alain Duhamel, dont l’onctuosité patente a parfois souffert d’une gestuelle trop nerveuse, et d’un empressement un peu maladroit à poser la question cruciale, a toujours adopté, au moment de la réponse, une attitude plus douce, la tête légèrement penchée et les grands ouverts, bleus, admiratifs et globuleux. C’est le plus beau plan de coupe de la télévision. Cela peut justifier d’être allé voter, ou d’avoir cru, un jour, à la promesse d’un candidat.
Alain Duhamel ne s’est mis qu’une seule fois en colère. C’était au moment de l’affaire de Tarnac, quand le militant d’extrême gauche Julien Coupat, en comparant l’état de droit républicain à une dictature totalitaire, accéda à une certaine reconnaissance intellectuelle. Il est vrai que l’interview obtenue par Le Monde, à travers les murs d’une prison, donnait à réfléchir, et aurait pu, pourquoi pas, déterminer ma génération de stagiaires précaires à prendre les armes. Alain Duhamel nous convainquit du contraire en déconstruisant, avec une facilité déconcertante, la dure prose de Coupat.
Sur la dernière publicité RTL, Alain Duhamel est en bras de chemise, cravaté et souriant, et s’appuie le mot « politique », qui forme avec le mot « édito » un sorte de tribune implacable. Entre les mains rassurantes de Alain Duhamel, le mot « politique » paraît plutôt petit. Aurélien Bellanger
Toutes les réactions (1)
1. 14/10/2010 23:09 - JedMartin
bon article, sympa cet alain duhamel, mais alors chevelure authentique ou pas?
|

par Aurélien Bellanger
Aurélien Bellanger est né en 1980. Il a publié un essai sur Michel Houellebecq, Houellebecq écrivain romantique, aux éditions Leo scheer en 2010. Il a écrit quelques poèmes, publiés sur son...
Dernière réaction bon article, sympa cet alain duhamel, mais alors chevelure authentique ou pas?  14/10/2010 23:09 JedMartin
 Articles les plus lus Pour Sarkozy, avec ferveurNB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde... Satellite Sisters : suite de la sirène rouge, des racines du mal et de Babylon babiesLe manuscrit Satellite Sisters, suite de la Sirène rouge, des racines du mal et de Babylon Babies, est dans les airs entre Cape York et Paris, direction les éditions Ring. Le site officiel des... Qu’est-ce que la Résurrection ?« Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre
message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)
Encore une fois, Benoît XVI a tout dit.
Sans... Richard Wagner, un antisémite maître spirituel de Hitler ?À propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les Juifs (Berg International, 2012)Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans... Réflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse(propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a... "Finance pousse-au-crime" : la preuve, enfinCela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl... Qui ? Assassinats. Militaires. Petits enfants. Montauban et Toulouse. Ecole juive. 11,43 et 9mm. Indignation, compassion, consensus. Campagne suspendue par le PS. Une minute de silence dans les écoles... Carnets de campagneLes campagnes électorales sont des périodes d'extrême saturation des ondes et des conversations, un peu comme aux César ou aux Victoires de la musique, où les animateurs-fonctionnaires s'agitent... A l’école de l’antimodernitéPuisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,... Les étoiles 2011 de Dantec"Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice... Le superbe top 50 des FrançaisPuisqu'on
vous dit que vous les aimez.
"TOP 50 :
contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous
présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste... Rachida Dati creuse son FillonQue le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati... Sécurité routière : l'arnaque extra-largePuisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de... Poudlard for ever A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit... Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain« Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je... Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoEntretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les... Les révoltes arabes, les intellectuels français et la pensée "complexe"Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat... Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFoi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source... In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueLe premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs... Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristOn connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que... Ainsi parlait ZaraDebbouztraPresque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son... Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe... Céline rattrapé par la mémoireSors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline... Broadcast : the dream is overChanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons... Benoît XVI - Un cœur intelligentLecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald : Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II... Robert Brasillach : le procès expédiéIl en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu... Du bon et du mauvais usage de l’indignationIl est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant, grand bourgeois, grand lettré, grand amoureux des femmes (il en a eu cinq... Terreur et martyre : il était minuit à AlexandrieIl était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces... Assises islamisation : c'est la lutte prime-timeLa jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si
les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien
reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés... Chemins de travers« Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute... PS : les intermittents de la réalité en tournéeMême si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable... "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester... Blondeincendiaire.com : the murder chat room(reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »... Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker... Quelques traces de rouge à lèvres…Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met... Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireAncien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées... Exil(s) ExpressGéraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et... Et si les chômeurs ne chômaient plus ?Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand... Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...
 |