Fragments...SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Christian Combaz - le 02/01/2006 - 0 réactions -
Véritable tour de chauffe à l'écriture de son Lion ardent ou la confession de Léonard de Vinci paru chez Fayard en 2004, ce fragment de journal est le premier égard que Christian Combaz livre à vos yeux avant son Manifeste, qui illuminera parmi d'autres textes l'évolution naturelle de Ring vers l'horizon terminal désiré dès ses origines : son unification vers l'édition, jusqu'au Larsen. Le conservateur d'amboise, M. Sureau. Accueil courtois, une bague d'améthyste au petit doigt, cou mince, discours précis. Au mur la tête du comte de Paris, qui avait l'air d'un aigle et qui fut un moineau.
En sortant de la conservation B me suit dans la cour-esplanade qui domine la Loire, nous nous écartons d'un groupe de visiteurs. Visite du château pratiquement désert. Léonard respirait plus librement dans ce pays, c'était une sorte d'Amérique pour un italien de l'époque, une terre immensément vierge et une nature majestueuse, en dépit des brumes de la Loire qui rappellent celles de Milan et du Tessin. Au fait, ressemblance entre le cours de la loire et celui du Tessin. Au bout de l'île d'or (vérifier l'usage de ce nom au seizième siècle), la chapelle saint jean, bâtiment martyrisé par l'histoire, prisonnier des terrains de foot et des courts de tennis.
Visite du Clos Lucé, avec un léger côté jardin d'acclimatation, un personnel nonchalant, une crêperie dans le jardin . J'entends parler de cet endroit depuis l'adolescence. La famille Saint B qui possède ce bâtiment depuis longtemps à la suite de je ne sais quelles vicissitudes historiques, revient curieusement de loin en loin dans mon champ de vision depuis vingt cinq ans. J'ai connu un frère fantasque et drôle, au collège, à Paris . J'ai téléphoné il y a quinze jours à l'aîné qui dirige une sorte de fondation . Il m'a paru fort occupé. Et G, le journaliste écrivain, autour d'une demi-douzaine d'ouvrages de circonstance et de deux ou trois livres plus sérieux . Il m'a téléphoné au mois de juin curieux et peut-être inquiet de voir que je m'intéressais à Léonard pour un roman car il veut lui-même traiter le sujet. Je lui ai répondu que lorsque deux peintres peignaient un Saint Jean Baptiste ou la mort de Socrate, l'un ne vole pas le sujet de l'autre, et que Léonard appartenait à tout le monde. Visiblement peu convaincu, il m'a rappelé en juillet pour tâcher d'en savoir davantage et m'a dit que j'étais en avance sur lui, ce qui laisse entendre qu'il nous croit alignés pour une course. Je serai publié un an après lui s'il tient ses propres délais mais je connais assez ses livres pour savoir qu'aucune confusion n'est possible. M'a tout de même réclamé de différer ma parution afin que nous ne nous partagions pas le marché l'an prochain. Curieuse vision de la littérature. B lit en ce moment mon pamphlet sur les enfants mal élevés . Après une visite hâtive ( consacrée pour l'essentiel à découvrir les points de vue des différentes parties du bâtiment) je tombe sur l'entrée du trop fameux souterrain, par lequel il est inimaginable que François Premier ou quiconque du château d'Amboise ait visité par ce moyen le manoir du Cloux, trop éloigné. En revanche je crois volontiers qu'il menait à une cave toute simple comme nombre d'habitations de la région. En tout cas, ce boyau qui rétrécit dès l'entrée est très effrayant pour les claustrophobles, moi en particulier et mon modèle sans aucun doute.
Léonard a raté sa fête italienne au Cloux. A soixante six ans il invite chez lui la cour de France dont la moyenne d'âge doit être de vingt-deux. On imagine assez bien que tout ce monde-là pouffait de rire dans le taffetas, la soie rêche et la guipure. Eternel malentendu. Sauf que mon Léonard s'en aperçoit. B traîne la jambe avec le sourire. A l'hôtel au milieu de l'après-midi dans les hauteurs de la ville en bordure de la zone industrielle. Dîner face au château, salle ridiculement décorée de bleu et d'orange.
31 octobre Une heure après nous descendons dans les profondeurs des carrières de tuffaut qui ont servi à la construction du donjon de Loches. Carrières à flanc de falaise qui sont devenues cachots et dont l'étroitesse, la profonteur, l'odeur de craie humide sont un cauchemar. Léonard s'il s'est fait décrire les conditions de la mort de Sforza et s'il a entendu dire que Ludovic captif peignait une fresque n'a pu s'empêcher de venir la voir à l'occasion d'un passage à Romorantin. Le thème de l'escalier hélicoïdal qui rappelle le mouvement de torsion du nouveau né pendant l'accouchement. Essentiel, ce mouvement ascendant et tournoyant où l'on craint de rester coincé. Source de tous les cauchemars claustrophobiques . Quand j'étais enfant c'était le mien, le principal, le seul, le seul récurrent en tout cas, je grimpais dans un donjon hélicoïdal et la torsion de mon corps ne suffisait plus à épouser celle de la pierre, je me retrouvais enroulé autour de l'axe, incapable de monter ni descendre. Autre panique du même genre éprouvée dans un barrage américain, le Hoover Dam près de Las Vegas, dont les galeries d'aération menaient au bord de l'immense toboggan de béton, au creux de la paroi parabolique. Considérable contraste entre cet espace immense et les frayeurs endurées pour l'atteindre. Image même de la naissance ou de la mort. C'est l'idée même du cauchemar final de léonard. Lugubre visite des appartements de Louis XI déserts. Damnation du pouvoir qui mène à toutes les cruautés à tous les fantasmes. Les fameuses cages de La Ballue, qui ne sont pas si étroites. Un condensé de philosophie, un cube de philosophie. Il s'agit de s'interroger sur la souffrance et la liberté d'autrui. Un viol permanent. Les fameuses salles de torture, idem. On pose indéfiniment la question qu'est-ce qu'un homme, où est le souffle qui l'anime, où s'en va t-il, où se dissipe t-il après ? qu'y a t-il derrière la porte de la souffrance, de la folie et de la mort ?
Dans ces dispositions d'esprit, je tombe à l'heure du déjeuner avec B sur une autre imbécillité américanolâtre en plein Romorantin. Devant le réseau de canaux entre le pont et l'écluse , à l'endroit même où Léonard voulait dresser devant la sauldre quelque équivalent de Chambord dont nous n'avons qu'une esquisse , la brasserie Belle Epoque . A droite les échos d'une fête foraine en préparation. Le personnel est déguisé en sorcier et sorcières, des outils du genre faux pendent au mur, des araignées, tout le macabre d'Halloween arrivé par container des Etats Unis . Le sigle Bud, pour Budweiser, leur fournisseur de bière orne le moindre accessoire macabre en plastique fabriqué dans le Minnesota.
Saint Nicolas 4 novembre Les jeunes gens qui vont se coucher à contrecoeur, qu'on n'arrive pas à tirer du lit, qui déplorent la sélection à l'école, qui sont insolents avec leurs professeurs et ne montrent aucune ardeur à la tâche, passent désormais une heure par jour éperdus d'admiration pour douze de leurs homologues qui se font botter les fesses du matin au soir à la télévision. A propos de télévision, FOG me prie de venir deviser avec le ministre de la culture et une poignée de gens dont je connais la plupart, sauf celui qui prétend me détester et qui ne m'a jamais adressé la parole. C'est une sorte de dadais hirsute en chaussures de basket, rôde dans les couloirs du figaro depuis huit ou dix ans. Au fil des années il est devenu rédacteur en chef « idées », ce qui consiste non seulement à interroger ceux qui les conçoivent, mais à prévenir ou à surveiller l'apparition de celles qui lui paraissent importunes. Quand elles éclosent il convient de ne point les laisser entre les mains de ceux qui les ont fait naître et de les dénaturer d'une façon ou d'une autre. Et si même ce dernier stratagème a échoué, il faut désigner les trois personnes, toujours les mêmes, qui ont le droit de les exprimer - voire parfois même au nom du journal, alors que le journal précisément a tenté de retenir la vérité importune pendant dix-huit mois. C'est en années qu'il faudrait compter lorsqu'on parle du Figaro. Depuis la publication de La bête sous l'escalier, depuis l'article consacré aux enfants-loups dans Valeurs Actuelles, il s'est écoulé près de quatre ans, j'ai présenté à Bollaert le dossier complet de la barbarie ordinaire et rien. A présent le dossier s'est alourdi, le gouvernement a changé. La télévision m'invite à en parler. Je parie que le journal, par le biais de Joseph, va inviter les trois obligatoires ( Finkielkraut, Elizabeth Lévy, etc) à discourir de cette question à ma place.
Mais bizarrement je compte sur les mânes de mon inspiratrice, Mme Mouton, pour me faire justice car c'est aussi lui faire justice. Les morts disposent d'armes secrètes que nous ne connaissons pas pour faire advenir le réel et confondre les imposteurs. On ne peut pas dire que de son vivant, cette dame en ait disposé. Je crois qu'elle va se venger en assurant le destin de ce petit livre qu'elle aurait tant aimé voir. Je rôde autour du commencement de mon livre sur Léonard, je m'étais promis d'écrire les premières phrases en profitant de l'apparition de la neige, c'est fait ce matin la neige est là et mon cahier reste blanc. Aucune panne d'inspiration, les choses se précipitent plutôt et j'ai le livre au bord des lèvres pour ainsi dire, mais depuis deux semaines j'ai plutôt fait une salle de bains. Loué une camionnette pour aller chercher une baignoire à l'ancienne - à Nîmes. A Montpeller, j'ai pris livraison de l'armoire Louis XIII de Michel que j'avais confiée en vain à l'excellent Maître Billy, lequel m'a paru bien fatigué par sa maladie mais d'un courage souriant et presque gai. Sa femme lucide et calme. C'est incroyable comme les gens bien élevés savent être spartiates devant la mort.
La salle de bains est prête, il ne manque plus que l'eau ; Léonard ne m'eût pas blâmé de cette diversion qu'à mon avis il pratiquait sans cesse. Les croquis techniques et les représentations de canalisations venaient toujours le consoler de sa crainte de commencer ou de sa terreur de finir. Importance à donner jusqu'au ressassement, dans le discours de Léonard, aux fâcheux effets de la calomnie. Certaines natures l'attirent . La mienne en fait partie. J'ai entendu dire que E de M la pratiquait sur moi. Je crois qu'il ne m'a invité à écrire autrefoisai dans son journal que pour accrocher un obligé de plus à son tableau de chasse. Mais sur moi l'épingle n'a pas pris, il ne m'a pas accroché dans la vitrine, je n'ai été ni ingrat ni d'une reconnaissance excessive. Pour tout dire je crois qu'il entendait être traité par moi en pair, en écrivain, en créateur, et je l'ai insuffisamment flatté dans l'idée qu'il avait de lui-même.
10 novembre Son propos est assez grotesque : il va « interroger » l'itinéraire de Christophe Colomb au sujet du monde d'aujourd'hui pour prôner l'absence de barrières, de frontières ethniques entre les peuples , il nous parle de l'imagination globale du monde mais il ne s'aperçoit pas que la frénésie de découverte des navigateurs et des marchands était avant tout l'expression d'une névrose, qui s'est étendue aujourd'hui à notre cinquième du monde, et qui fait que les adolescents ne conçoivent plus le bonheur à leur porte.
Avec ça une tête de blaireau triste à l'½il plissé d'une froide malice . Il ne m'est plus sympathique du tout depuis qu'il a invité Sollers et Lévy à fusiller Camus par contumace à la télévision. Deux écrivains s'entretiennent d'un troisième (qui n'est pas là), pour dire qu'il n'a aucun talent, qu'il est « médiocre pire que médiocre ». Union des écrivains à Moscou en 36 . Se garder à jamais de ces gens-là. Salaï frôle les gouffres de la perversion et maintient entrouvertes les portes d'un monde souterrain dans le dos de Léonard, lequel fait souvent mention de sa position singulière perdu entre deux univers, celui des choses éthérées, platoniciennes, des passions lointaines et nobles de l'esprit, et celui des laideurs par lesquelles les hommes se complaisent dans la négation de leur nature divine. Salaï ne peut se passer du voisinage des cieux et lui ne peut renoncer totalement à la perversion de ses récits, de ses relations, de ce monde de tentations qu'il fréquente chaque nuit. Léonard se fait du souci pour lui en permanence et le voit exposé aux périls. Il le voit assassiné par ces hommes animés des plus viles passions et qui « offensent la nature dans ce qu'elle a de plus noble et jouissent de l'effroi et de la douleur de ceux qu'ils tiennent à leur merci ». (Très conscient d'appartenir au moins dans ses pires moments à l'espèce de ceux qui jouissent de l'effroi d'autrui - faire mention de ses dispositifs scéniques par lesquels il possède ses hôtes en provoquant leur terreur. Monstres et mécanismes.) Cette passion d'explorer sans cesse la diversité physique, corollaire obligatoire : se fait présenter des hommes montés comme des ânes non pour en jouir mais pour collectionner les curiosités, les difformités et les mesures. Précise bien à Francesco Melzi qu'il devra conserver ces cahiers-là. Fait mention d'une paire de cahiers à couverture de cuir épais et double qui contient la description verbale et les mesures de tous les prodiges rencontrés au cours de ses dissections. Lui ordonne de détruire tous les dessins qu'il n'a pas détruits lui-même. A compter de la période milanaise, pratique uniquement une sexualité campagarde, si non sono contadini non posso . Le jeune paysan ne connaît ni le péché ni la médisance. Paris, 20 novembre Une série d'entretiens télévisés sur mes Enfants sans foi ni loi commence par une heure et demie d'enregistrement au milieu du caviar de la gauche, le rédacteur en chef du monde, l'ancien du Nouvel observateur, un agité qui raconte sa révolution au théâtre, et Joseph MS, qui dirige les pages idées du Figaro.
Ce dernier visiblement ébloui d'être là, et soucieux de ne point déplaire à ses voisins à mon sujet. Curieusement la discussion tourne vite en ma faveur, grâce à un hommage appuyé de FOG . Je comprends mal le fonctionnement de cet homme, il m'accuse de n'être pas connu alors qu'il n'aurait tenu qu'à lui, et depuis fort longtemps, que je le fusse davantage. Au temps de Jean Edern Hallier déjà il me promettait de me confier quelque éditorial en prétendant que j'étais plus mesuré que notre Don Quichotte, ce qui n'était pas, il faut l'avouer, trop difficile. Je me souviens qu'il m'a invité à parler de Salinger un matin sur une radio. Il m'a flatté toujours et partout et de mille manières mais toujours en privé sans me donner rien à faire. Léonard (mon Léonard) a subi cela souvent il me semble. Ludovico Sforza cherchait partout quelqu'un qui fût susceptible de sculpter la statue équestre de son père et adressait lettre sur lettre à Laurent le magnifique, alors que Léonard habitait chez lui depuis deux ans.
Tout s'est passé hier comme s'il voulait s'excuser d'avoir donné le tour de clé. Un geste machinal en somme. J'ai feint de le croire. Cette impression m'est revenue à la lecture des témoignages de haine dont débordait, ma boîte email (au seul sujet de Plenel). Pour ma part je n'ai reçu que des compliments d'être resté debout sous l'outrage. L'internet condense l'opinion dès que la température change . Pendant la diffusion de l'émission, cinq cents visites et trente lettres. Le lendemain, idem.
Nombreuses coupures, censures en vérité, dans l'émission ci-dessus comme dans celle où m'a convié B de la Villardière. Dans le dernier cas l'émasculation du programme atteint des proportions qui devraient faire l'objet d'une étude séparée. Le producteur, que j'ai rencontré avant l'enregistrement, est une espèce de tapir qui n'a cure de ce que l'on raconte sous les projecteurs. L'essentiel est de garder son gâteau et ses points de retraite. Moralité, sur les sujets révoltants, puisque c'est le titre de l'émission (Ca me révolte), il évacue toute intervention qui ne dit pas ce que l'on veut entendre.
Déferlement de témoignages de satisfaction sur Internet à propos de l'émission d'hier. Un exemple
Des interventions comme la vôtre ou celle d'Alain Finkelkraut m'ont rassuré: non, je ne suis pas seul à être troublé par l'absence de vrais repères proposés à notre jeunesse, non je ne suis pas le seul à être troublé par la substitution de symboles à de vrais débats et réformes sur des questions de fond.Je ne suis pas un vieux vichyste nostalgique mais un "jeune" de trente ans, fils d'un modeste immigré italien qui a tout fait pour me donner les clés nécessaire pour accéder à la Culture et au Savoir et faire de moi un adulte: un individu libre penseur, maître de ses choix et responsable de ses actes.
La morale de la fable A présent, ces certitudes qu'on leur a volées dès l'âge de cinq ans, ces barrières qu'on a fait disparaître, ces préséances qui n'ont plus cours, ce respect qui s'est perdu, les enfants les exigent, les rétablissent, les exaltent avec la vigueur inquiétante de l'instinct. Ils réinventent les hiérarchies par la violence, ils cherchent à se rassembler, à se reconstruire par l'appartenance à une bande, à un groupe, à une fraternité quelconque - la définition de cette dernière passant par l'affrontement avec une fraternité rivale, donc par le défi , donc par la guerre. On mesure combien il est ici question de politique. On mesure aussi combien il est question de politique internationale . Des individus aux nations, il n'y a qu'une différence d'échelle.
Que nous reprochent en ce moment ceux qui prétendent exciter, à nos portes, la colère de l'Islam ? D'avoir failli à notre tâche en tant que pères, parrains, soutiens de ceux que nous prétendions élever. Communistes brejnéviens, libéraux américains, démocrates-chrétiens, socialistes européens, nous avons défini un modèle humaniste que nous n'avons ni incarné, ni suivi. Nous avons laissé travestir la vertu dans nos familles, dans nos écrits, dans nos productions audiovisuelles. Nous ne l'avons ni pratiquée, ni imposée par nos actes. Nous avons bâti un monde où il est plus urgent de se faire remarquer que de devenir remarquable. Notre notion matérielle de l'égalité a toujours prévalu sur celle qui donne un statut aux pauvres, aux vieux et aux malades. Or une partie de l'humanité ne pourra jamais être tirée de la misère. Ni rajeunie. Ni guérie. Qu'avons-nous prévu pour préserver sa dignité ? Rien. Nous avons envoyé les enfants des banlieues aux sports d'hiver . Nous avons multiplié les structures et les associations. Mais notre société est si loin de l'essentiel que même les milliardaires s'y sentent parfois humiliés.
On essaie, en ce moment, de nous forcer à lire et à commenter le livre d'un chevau-léger de la garde socialiste en déroute, Lindenberg. Il y est question des « nouveaux réactionnaires » car la gauche amorce en ce moment une sorte d'examen de conscience assez tiède sur le thème : « n'avons-nous pas été trop loin dans la permissivité ? »
J'ai appelé Bertrand hier pour lui demander si à son avis je devais rencontrer Marine Le Pen en public, il a fait preuve d'indépendance contrairement à la moitié de mes relations et d'ailleurs de ma famille, et de confiance à mon égard en me répondant à peu près : je sais que vous saurez rester vous-même, allez-y. Immédiatement je lui envoie un autre mot pour l'avertir de cette légende injuste et je lui propose de lui adresser le double de ma carte car je consigne tous mes envois dans mon ordinateur (ce qui est un mensonge, mais peu importe). Confusion du bonhomme. Depuis six ans, plus une ligne. A la vente annuelle des livres du Figaro il rase les lamB dorés dans un vieux pull over et ne tourne jamais les yeux vers moi. Le reste est banal mais j'ai quelque difficulté à tolérer ce pull-over. Que ce soit Ms ou lui, dans cette circonstance où deux cents invités sont pour la plupart cravatés, où la solennité des lieux exigerait quelque effort de toilette, on les voit rôder leurs quarante ans comme encore voûtés par le poids du cartable, avec la dégaine de l'adolescent de bonne famille, chandail mou, blue-jean, chaussures de basket. Pignouferie de ceux qui se croient simples et qui infligent leur exception vestimentaire au nom de la simplicité à deux cents personnes (qui ont eu , quant à elles, la véritable simplicité, la simplicité instinctive, de s'habiller pour sortir).
Nouvelle idée de titre, issue d'un jeu de mots que Léonard aimait lui-même et qui sonne très bien en français. Lion - ardo , le lion entouré de flammes, le lion ardent.
Grâce aux nouveaux verres que Francesco a fait venir de Murano par son père, je vois enfin les étoiles dont la neige est formée . La neige tombait souvent dans mon enfance. Une certaine année, dans la campagne derrière chez mon grand père en un lieu nommé l'Acuto elle atteignit presque la hauteur du jarret d'un cheval. Lorsque j'ai eu l'âge et l'esprit de l'observer, elle a cessé de tomber à Fiesole et à Florence. Quand je fus à Milan je la vis souvent . Dans mes promenades sous les glaciers où l' Adda prend sa source, je la contemplai même tout à loisir. Mais elle ressemblait à du sel et ne montrait pas cette beauté géométrique.
Quant à moi je viens de commencer mon livre par inadvertance et nous sommes le 24 novembre .
Paris 1er décembre Après la vente des livres sous les lamB, j'emmène B et Monique comme de coutume au petit cocktail où le Maire de Paris s'adresse aux présents sans quitter sa chaise. Il est visiblement mal remis du coup de poignard qui a failli l'envoyer ad patres au nom de l'islamisme anti-homosexuel. Curieusement personne ou presque, depuis cette tentative d'assassinat, ne consent à s'aviser que ce genre d'actes et ce genre de motifs nous seront bientôt aussi familiers que les bombes anarchistes dans l'europe de 1900. Dans la salle Besson affecte de ne pas m'avoir vu. Quelques minutes plus tard il dérive vers le buffet dans ma direction pour m'obliger à aviser sa présence, ne voulant lui-même, à aucun prix, s'aviser de la mienne. C'est le plus intelligent qui cède. Je lui tends la main et je m'en vais, après quatre secondes d'hésitation résiduelle où j'ai toujours l'illusion qu'il saura montrer en société le centième de l'agilité mentale qui caractérisent ses écrits. Illusion perpétuellement déçue. Dans la vie sociale c'est surtout l'agilité affective qui compte, soit une forme de jugement qui ne passe pas par l'intelligence et Patrick en est dépourvu.
Nous avons dû échanger moins de trente phrases en trente ans. Il a confié à SM que depuis la funeste période des éditions du Seuil, qui fut d'ailleurs plus funeste pour moi que pour lui comme en témoignent nos fortunes respectives, il ne supportait pas qu'on m'ait cité tant de fois en exemple pour la qualité de mes phrases. N'aime pas mon côté composition française. Il ne lui suffit pas d'avoir brigué et obtenu tous les honneurs de ce métier, il n'aime pas ceux qui le pratiquent en artisans soigneux.
G Saint B. Il est allé proposer au Rocher quelque chose sur la Loire et Léonard. On lui a répondu que je faisais déjà chez eux un album illustré sur le même thème. Bertrand lui aurait donc affirmé que j'étais déjà sous contrat pour ces lignes, alors que son attitude envers moi a été bien plus dilatoire. Oublié de féliciter G pour son prix littéraire mais aurait-il été dupe de mes compliments ? Pas plus sans doute qu'il ne le fut de cette récompense. La maison Grasset se fiche du monde depuis trop longtemps.
3 décembre Ce matin conférence, devant deux cents cinquante directeurs d'agence, au siège des Banques Populaires où j'ai poussé le chariot du courier à la même époque, soit 1976. Décidément la providence est fertile en indices ces temps-ci. Quand on revient ainsi sur ses pas, c'est qu'il y a quelque chose à comprendre. Je commence à deviner. Quelques phrases qui m'émeuvent aux larmes dans les carnets de Léonard. Celles où il exerce sa plume en marge de ses écrits en répétant dis-moi, dis-moi si, dis-moi si jamais. Relevé par Bramly dans sa biographie. Cette intimité de l'auto-tutoiement, celle du dernier cercle, du saint des saints, celle de la morale individuelle, prodigieuse. Je n'en abuserai pas mais elle est nécessaire en maints endroits du livre. La remise en cause de l'ordre établi intervient dans l'éducation d'un enfant bien avant qu'il ait éprouvé son existence. Il est vacciné contre l'ordre au même âge que contre la variole ou la coqueluche . Il n'a que très rarement l'occasion de s'y heurter : résultat, la première résistance qu'il rencontre est celle de l'uniforme. La philosophie générale qui s'exprime dans les feuilletons de télévision, les livres pour enfants, le discours pédagogique, le cinéma et le café théâtre, c'est que l'autorité est ridicule et illégitime avant même de s'être manifestée. Elle l'est, en quelque sorte, par définition, c'est un vice de naissance, c'est une excroissance inutile et dangereuse du comportement humain. Comme l'appendice il faut l'enlever, sans quoi c'est l'infection. Le fait même d'affirmer quelque chose, de prétendre transmettre à un enfant autre chose que des savoirs (c'est à dire un savoir en miettes, privé de cette solennité ex cathedra qu'il possédait avant 68), est devenu hors la loi. Le fait de se prendre pour quelqu'un , d'offrir une interprétation du monde, un portrait du monde, une lecture du monde, entraîne le soupçon de paranoïa ( et dieu sait que l'écrivain par nature y est exposé). Le fait de vouloir se définir par le lieu ou l'on est né, la région où l'on vit (au moins dans le premier âge) est désormais une offense à ceux qui n'y sont pas nés, à ceux qui n'y vivent pas. Il vaut mieux appartenir à la planète entière et fêter Halloween de Hong Kong à Karachi, que de se recueillir à Romorantin le jour de la toussaint. Ce qui s'infecte jusqu'à la violence, c'est l'appendice absent, c'est absence d'autorité dans la pensée, dans le comportement, dans la vie familiale et sociale. Car les enfants ne parviennent à se dessiner, à tracer d'eux-mêmes un portrait acceptable, que si les gens autour d'eux sont définis, que si la parole est ferme, les contours des parents et des maîtres tracés. A une parole ferme, à un contour tracé ils peuvent se heurter. Ils peuvent raffermir leur parole en disant non et tracer leurs propres contours autrement. Mais ils ne le peuvent pas si la mode est de remplacer la peinture par un « travail sur les formes et les couleurs », si le maître s'asseoit auprès d'eux, si l'écrivain et le philosophe déclarent qu'ils ne savent pas ce qu'ils disent, si le politique admet qu'il est avant tout le jouet des circonstances. L'enfant en construction a horreur des sables mouvants, or toute la culture de l'après 68 est bâtie sur la négation de ce qui faisait avancer nos pères : la soif d'absolu. La culture obligatoire aujourd'hui n'a soif que de relatif. En imposant le dogme du relatif, du mouvant, de l'instable, du cosmopolitisme obligatoire, du gavage d'informations contradictoires, les pédagogues et les détenteurs du discours depuis trente ans ont interdit aux enfants les plus fragiles, les plus perméables au milieu, de se construire une identité d'après un moule. Ils ont cassé le moule à chaque tentative. Résultat, l'enfant en crise, s'il ne se retourne pas contre lui-même, cherche les contours d'un moule quelconque, de plus en plus violemment et de plus en plus loin. Il se heurte aux murs de sa cité, puis aux barrières de classe, puis à l'autorité de l'état.
Les politiques parlent de respect des lois de la république, mais c'est un nom collé à des lois plus éternelles et qui sont celles de l'humanité. On nous parle de citoyens, je parle d'hommes. Et le premier des droits d'un homme est celui d'être civilisé c'est à dire d'acquérir assez de conscience pour ne pas devenir un animal enragé. Il faut permettre aux enfants de devenir des êtres calmes et conscients et ne pas les égarer dans la forêt du savoir avant l'âge de raison. Sans quoi c'est en bande qu'ils en sortiront et la matraque à la main .
La neige est très présente dans le Léonard, ne serait-ce que parce qu'il croit mourir enseveli et qu'il a froid, à cause de son attaque cérébrale. Trois visions cohabitent dans son esprit : la mort sous l'avalanche, la mort dans un refuge où on l'a conduit après l'avalanche, la mort à la cour du roi de France qui garde un côté mythique puisqu'il a encore du mal à croire qu'il ait jamais pu atteindre les bords de la Loire. Paradoxe temporel fécond. Surtout ne pas commencer à écrire avant d'avoir accordé tous les instruments. Dans un livre ce n'est pas le temps qui manque le plus, c'est l'intuition du sculpteur. C'est celle là qu'il faut nourrir avant d'attaquer, il faut la raffiner, la caresser, la flatter, c'est l'intelligence instinctive de l'artiste, elle consiste à marcher le nez au vent tandis que le cerveau suppute sujets et proportions .
Cher G-O Châteaureynaud L e sort de la somme litigieuse m'importe peu. En revanche, il m'importe énormément que la Ministresse de la Culture reçoive une lettre de remontrances sur ce thème . Je vais m'arranger pour qu'une question écrite soit déposée sur le bureau de l'assemblée. Merci de bien vouloir de me dire quelle forme peut prendre l'action de la SGDL. C. Combaz Réponse du Président de la Société des Gens de Lettres : Je comprends votre irritation devant l'attitude tatillonne ou peu compréhensive de tel ou tel employé du fisc. Qui n'a jamais été confronté à de telles contrariétés ? Cela dit, les responsabilités incitent à la diplomatie et je me vois mal adresser une « lettre de remontrances » à Mme la Ministre de la Culture. Je crois que ce serait de très mauvaise politique et contraire aux intérêts des auteurs que la Société des Gens de Lettres entend représenter. Avec mes confraternelles salutations etc Pauvre type.
8 Décembre Tristesse de Léonard devant la simplicité des jugements artistiques de sa mère Caterina et rappel de tous les cas où il a dû faire preuve de patience devant la niaiserie de ceux qui fonctionnent dans le seul ordre du j'aime j'aime pas. Thème importantissime de la tentation de la mondanité au sens biblique : l'artiste qui possède des chevaux et des maisons est-il un défroqué ?
Evocation de l'abus sexuel des enfants dans ses rapports avec l'autorité. Léonard établit un lien entre la fraternité sans hiérarchie qui règne dans certains ateliers florentins et le fait d'abuser des jeunes modèles. Lien entre la qualité de l'apprentissage et la distance par rapport au maître. L'apprentissage comme expérience amoureuse, le désir de la connaissance comme désir tout court. 12 décembre
Passé l'après midi avec B aux studios de la Plaine Saint Denis pour l'enregistrement de cette trop fameuse émission, tout le monde en parle. Dès l'arrivée, un nom me frappe sur la porte de la loge voisine : Joey Starr. Il s'agit d'un métis violent qui fait carrière dans la haine, qui passe trois mois en prison chaque année et qui chante dans un groupe nommé Nique ta mère ce qui ne l'empêche pas d'être honoré par radios et télévisions. La production a choisi pour moi les jeux du cirque, mais je n'ai aucune vocation à jouer les Sainte Blandine . Je le prouve, ma foi, assez bien. Le navigateur Olivier de Kersauson me soutient avec un placide courage mais il n'en a pas besoin car personne ne songerait à l'attaquer, lui, pour son goût de la fermeté, de la discipline et de la force d'âme, il est trop honoré dans le pays. La lâcheté de mes adversaires n'ira point contre l'opinion générale à son sujet. Tandis que moi, qui suis un inconnu, un étranger au club, il s'agit de m'infliger une épreuve initiatique, et d'inviter la meute à se déchaîner doublement contre moi, puisqu'on ne peut pas toucher à l'autre. Il suffit d'une blessure et l'odeur du sang fait le reste. Malheureusement le public derrière sa télévision n'est pas sensible à l'odeur. Il ne voit que ces animaux en bande au bord du marigot de la célébrité et il a pitié de moi. Il me l'écrit depuis trois jours de manière touchante et opiniâtre. Le génie du hasard fait que le spectateur moyen a pu s'identifier pleinement au sort absurde qui m'était fait : rembarré par une sorte de yéti en survêtement bleu roi qui répète « pour moi chuis désolé mais c'est de la merde ce que tu dis » , ensuite accusé de racisme, de lepénisme par un cinéaste de la gauche bourgeoise qui prétendait me juger sur pièces mais qui, dès qu'on le ramenait au livre, prétendait n'avoir pas besoin de le lire pour se faire une opinion.
L'image donnée par mes adversaires était telle que j'aurais pu en dire deux fois moins sans cesser de susciter la sympathie. J'ai reçu des lettres de lecteurs qui promettaient d'offrir mon livre plusieurs fois à leurs amis pour manifester leur « vote » en ma faveur. Vîtes-vous la mise à mort de mon ami Combaz, hier soir, chez l'inévitable Ardisson ? Mise à mort ou tentative de, car la victime s'est débattue comme un beau diable, avec plus de vivacité et de répartie que je n'en eusse témoignées à sa place : que je n'en ai témoignées, plutôt, puisque j'étais passé quinze jours plus tôt par la même épreuve, avec moins de violence toutefois. Les lecteurs réguliers de ces éditoriaux connaissent l'histoire et mes mésaventures, je m'en suis ouvert à eux précédemment, par le biais d'un entretien avec Marc du Saune. Je m'en étais ouvert également à Combaz, qui deux semaines de suite en fit une partie de la matière de ses chroniques de télévision, dans Valeurs actuelles. J'ai reproduit sur mon site personnel, parmi les "pièces" de l'interminable "affaire", le plus récent de ses billets, titré "La noblesse du direct". J'ai peine à croire que cet article-là ou son prédécesseur n'aient pas été pour quelque chose dans l'invitation faite à Combaz : invitation à être mis en pièces, sous l'½il des caméras et les applaudissements du public.
Les gens vous disent : oui mais pourquoi y allez-vous, puisque vous savez bien que ça ne peut pas se passer autrement ? Ils ne songent pas que c'est cela ou rien, pour un livre ou pour des idées : la résignation totale à n'exister pas, et à ne rien changer à rien, ou bien ces promesses de supplice. Spécialement convoqué lui aussi, un Romain Goupil sera plus prolixe, mais pour broder sur le même thème, avec les ornements d'usage, tels que raciste ou lepéniste, qui même lancés à tout hasard font toujours bien dans le tableau. Jolis petits acteurs et jolies petites actrices d'opiner mauvaisement du bonnet, alors, non sans filer en douce quelques coups de pieds de l'âne : on ne va tout de même pas se priver d'appartenir emphatiquement au groupe dans son moment le plus jouissif, celui qui le fonde et qui le légitime, celui qui lui confère sa consistance et son pouvoir, l'exécution de la victime. Et moi, et moi, et moi ! De grâce un peu de place parmi vous, MM. les bourreaux ! Laissez-moi tremper mon p'tit bout de film dans ce beau sang tout frais ! Paraît que ça porte bonheur... Allez, la messe est dite, et c'est bien le cas de le dire. Cette fois il n'y a plus d'espoir. Donc, nous en sommes là : M. Joey Starr, prototype idéal de l'homme du jour, idole des femmes et citoyen modèle, est l'arbitre suprême de la conformité des idées avec le code du dicible en société ardisonienne - c'est-à-dire en société tout court, hélas, Ardisson y veille tous les jours. M. Romain Goupil, le fin critique, l'idéologue subtil, décide des livres qu'il ne faut ouvrir sous aucun prétexte. Mlle Clotilde Courreau régente la vie de l'esprit, comme les actrices du Théâtre-Français posaient pour Junon ou pour Athéna, dans les dessus-de-porte Louis XV. M. Guillaume Canet, lui, tient le chandelier haut levé au-dessus du carnage, en espérant qu'un peu de lumière tombera aussi sur son Idole ("jusqu'où faut-il aller pour réussir ? "). Que dit Cocteau de la mort, déjà? Je n'ai pas ici ma bibliothèque. En tout cas l'homme en noir n'a pas besoin de tuer : comme elle il a ses assassins. Idée de pièce de théâtre, un seul personnage. Une femme seule, active, ayant tout réussi sauf sa vie, décide d'ouvrir les cadeaux qu'elle a acheté cinq ans plus tôt en prévision d'une journée de passage à vide. Elle n'a presque aucun souvenir de ce que contiennnent les boîtes mais le déballage tourne à l'aigre . Elle se rappelle trop précisément les circonstances dans lesquelles elle a acheté tout cela : cinq ans plus tôt elle gardait une poignée d'illusions sur elle-même qui ont disparu. Léonard et le silence, thème essentiel du silence impossible dans les villes, de la compagnie de sa maisonnée trop bruyante et trop exigeante, mais aussi Léonard ne peut pas prétendre qu'il subit cette agitation domestique, quand il en est privé elle lui manque, éternellement soucieux de réunir autour de lui le foyer qui lui a trop tôt manqué dans son jeune âge : désillusion quant à la période où sa mère Caterina est venue vivre chez lui, songe que soudain cette compagnie idéale lui est devenue moins familière et moins chaleureuse, songe que cette femme lui est moins proche désormais que le cercle de ses apprentis, en tout cas elle n'est source d'aucun soulagement comme autrefois parce que toute sa force résidait précisément dans son entourage et qu'elle est arrivée chez lui toute seule. (.../suite ici) Christian Combaz Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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