Faut-il gracier la Corrida ?
SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Armand Durand - le 08/09/2010 - 24 réactions -
Le 28 juillet dernier, les medias du monde entier ont annoncé tel un coup de tonnerre le vote par le Parlement de Catalogne de la proposition de la Loi d'Initative Populaire entraînant l'interdiction de la corrida de toros dans tout le territoire de la communauté à compter du 1er janvier 2012. Cette décision a eu naturellement un grand écho au nord des Pyrénées, où de nombreuses corridas sont également organisées chaque année. Un flot de réactions d'artistes, d'acteurs du monde taurin, d'hommes politiques ou d'"amis des animaux" (la Bardot en tête) ont fait les choux gras de l'actualité estivale.

Le relais donné à l'événement tendait à le présenter comme une grande victoire des mouvements écologistes radicaux et de protection des animaux. Cependant le contexte local donne en réalité une consonance assez différente – et pour tout dire encore moins réjouissante – à cet événement. En Espagne, personne n'est dupe de la véritable portée d'un vote pour lequel les intrigues politicardes ont été déterminantes. Rappelons en préliminaire qu'il s'agit d'une décision sans précédent. En effet, l'information très répandue selon laquelle la corrida était déjà interdite dans les Canaries depuis 1992 est fausse : la loi en question prévoit la protection des animaux domestiques à laquelle les taureaux braves ne sont pas assimilés, évidence de fait que les tribunaux ont eu l'occasion de rappeler. Mais les lobbies animalistes n'hésitent pas à manier la désinformation pro causa, et elle a déjà été reprise postérieurement au vote par le Président socialiste de la Generalitat de Catalunya M. José Montilla (qui avait pourtant voté contre cette interdiction, nous y reviendrons). À l'origine de cette affaire se trouve une plateforme d'associations anticorrida nommée " Prou !" (" assez !" en catalan) qui a profité de l'extension en 2006 du système de l'Initiative Législative Populaire aux communautés autonomes d'Espagne, pour diffuser une pétition qui rassembla 180 000 signatures, soit bien plus des 50 000 nécessaires pour faire examiner une proposition de loi en ce sens par le Parlament de Catalunya. Le porte-parole de la plateforme était jeune conseiller en communication à belle gueule M. Leonardo Anselmi, végétarien d'origine Argentine vivant depuis quelques années à Barcelone, issu des rangs du parti de coalition régional écologiste – néo communiste ICV. Comme chacun sait, la refondation de la démocratie en Espagne a permis la lente réaffirmation de l'identité régionale (la majorité et les textes officiels disant " nationale") en Catalogne. Peu à peu, comme en Écosse, en Flandre ou ailleurs, a émergé un lent et ample mouvement de rejet de l'hispanité, favorisé voire orchestré par les partis autonomistes et séparatistes. Non contents de pouvoir enfin pratiquer très librement leur langue, leurs coutumes et bénéficier d'un niveau d'autonomie locale que beaucoup de peuples envieraient, les divers mouvements catalanistes – et surtout ceux de gauche – ont mis progressivement en place une agit'-prop' qui vise ensemble la langue castillane, les insignes nationaux, la famille royale, les produits du reste du pays, les équipes sportives… et bien sûr la corrida, si souvent appelée en Espagne la " fiesta nacional". Tout cela est fustigé uniment comme autant de preuves que le franquisme n'aurait jamais pris fin. Là-bas, il est courant de voir sur certaines voitures des autocollants représentant la silhouette d'un âne (l'équivalent du coq gaulois pour les catalans). Mais il arrive assez fréquemment qu'elles arborent aussi un âne sodomisant un taureau. En Catalogne, le débat sur l'indépendance en est là. Il s'agit donc de bouter dehors la corrida, en tant que symbole évident et universellement connu de la culture hispanique. L'affirmation d'une identité nationale passerait par là. Partant, les associations animalistes savaient qu'elles pourraient compter sur des alliés objectifs suffisamment puissants, au-delà des députés écologistes. Les années passées, plusieurs conseils municipaux – dont celui de Barcelone – avaient ainsi adopté des motions déclarant leurs villes anti-taurines. Penchons-nous mieux sur le jeu de la particratie barcelonaise. La proposition d'abolition pouvait compter d'entrée sur le soutien de l'ERC ("la gauche républicaine de Catalogne" l'historique parti séparatiste de gauche) et de l'ICV (le parti de coalition écologiste et néo-communiste). La partie devait se décider entre le PSC (branche locale du PSOE au pouvoir à Madrid) et CiU. Le PSC dirige actuellement la communauté et voit arriver avec angoisse les élections d'octobre qui doivent renouveler le Parlament de Catalunya, car la victoire du vieux parti de coalition de droite autonomiste libéral – conservateur CiU est acquise depuis beau temps. Qu'en est-il alors de la tauromachie en Catalogne ? Même si les traces des courses de taureaux avec mises à mort y remontent au XIVe siècle, la région reste l'une des moins taurines d'Espagne. Alors que depuis ces dernières décennies le nombre de corridas organisées chaque année avait progressé à travers l'Espagne et la France, les dernières arènes des petites villes de la Generalitat ont dû fermer. Seule la " Plaza Monumental" de Barcelone en accueille encore. Elle propose un spectacle taurin tous les week-ends en saison dans son enceinte de 18 000 places, généralement remplie au tiers de sa capacité en moyenne, cycle qui se termine par la Feria de la Mercè fin septembre. La corrida proprement dite ne récolte guère plus qu'une indifférence vaguement hostile, terreau très favorable à l'activisme de quelques personnes bien organisées. Les amis des bêtes étaient déjà parvenues à faire adopter par plusieurs administrations municipales (dont Barcelone) des motions déclarant la localité anti-taurine. Dans cette situation délicate, après plusieurs saisons de retraite, le célèbre torero José Tomas avait choisi en 2007 (VERIFIER) de faire son retour dans l'arène à Barcelone en signe de soutien. Le vaste amphithéâtre afficha alors complet pour la première fois depuis des années. Par ailleurs, la tradition des " correbous" qui consiste à jouer avec les taureaux dans les rues pendant les fêtes votives reste très vivante dans nombre de localités, surtout au sud de la région. La proposition d'abolition étant arrivée devant l'assemblée, un débat entre protaurins et anti fut organisé en plusieurs sessions, mais il apparut vite qu'il ne servirait pas à grand-chose. Du côté des protaurins, on fit venir plusieurs élus et intervenants français. Notamment, M. Bourquin (président PS du Conseil Général des Pyrénées – Orientales) rappela qu'il y aurait toujours des corridas en Catalogne française, ce à quoi un député CiU lui rétorqua sur le traitement de la langue catalane en France. La question de l'éradication concertée des langues régionales de France par la République mériterait certes d'être mieux considérée, mais elle demeure d'évidence totalement inopérante dans ce débat précis. Cette disjonction entre la question ouverte et les enjeux considérés suffirait à montrer combien le débat était truqué, en dépit des dénégations constantes émises par la CiU. Chez les anti, la perle revint au philosophe Jesus Mosterin qui proposa sans broncher une comparaison entre la mise à mort des toros braves et les violences conjugales ou l'ablation du clitoris. Un universitaire madrilène en profita pour appeler aussi à l'interdiction de la production de foie gras. Au reste, le débat était beaucoup plus suivi à l'extérieur de la région qu'en Catalogne même, confirmant le désintérêt profond du catalan moyen. Des pétitions circulèrent, plusieurs autres communautés déclarèrent la corrida Bien d'Intérêt Culturel de manière à la protéger, le Roi réaffirma incidemment dans une interview son aficion a los toros déjà notoire, plusieurs personnalités médiatiques le firent plus vivement et des manifestations de soutien furent exprimés à l'occasion des premières corridas de la saison. Néanmoins, des pétitions pour des ILP semblables ont été lancées dans d'autres communautés où elles n'ont guère de chance d'aboutir. Notamment au Pays Basque espagnol où la corrida est bien implantée : la question a été rapidement écartée par l'actuelle coalition gauche-droite de partis nationaux et modérés (PSOE et PP) qui maintiennent en minorité les autonomistes à un siège près et gouvernent la communauté pour la première fois depuis le retour de la démocratie. Autres compositions partisanes, autres réponses. S'il était acquis que les groupes ICV et ERC voteraient en bloc pour l'interdiction, le Partido Popular (PP, le parti de droite actuellement dans l'opposition à Madrid au programme unitaire) et le PSC annoncèrent qu'ils voteraient en bloc contre, selon les déclarations antérieures. CiU avait donc en mains le sort de la corrida dans la Generalitat. S'il était annoncé que leurs élus seraient libres de leur vote afin de sauver les apparences d'un parti de gouvernement à la ligne modérée, le vrai choix de CiU se révéla quand ce parti fit adopter en commission un amendement prévoyant un moratoire repoussant l'entrée en vigueur de l'interdiction à 2012, de manière à permettre le dédommagement des acteurs économiques. En fait, l'enjeu était surtout de faciliter le rachat à moindre coût du site des arènes de Barcelone, qui jouissent d'un excellent emplacement en ville guigné depuis des lustres par plusieurs projets immobiliers. On parle d'un vaste centre commercial, la rumeur dit aussi que l'un d'eux concernerait la construction d'une mosquée, la première qui serait érigée à Barcelone depuis le départ des Sarrasins. D'autres projets conserveraient cependant le site comme lieu de spectacle. Au terme du débat, le clivage sur la question n'était donc pas du tout gauche contre droite, ni écologistes contre le reste du monde, mais bien partis indépendantistes contre partis unitaires. Sans illusions, le PP saisit le Conseil des Garanties Statutaires chargé de vérifier le respect des libertés protégées par le Statut de la communauté par le droit local. Naturellement, le Conseil déclara le projet conforme. C'est alors qu'une autre décision constitutionnelle d'importance majeure tomba comme une météorite dans le débat : également saisi par le PP pour d'autres questions, le Tribunal Constitutionnel de Madrid rendit fin juin son jugement, attendu depuis des mois, sur la légalité du Statut d'autonomie précité dont il vint limiter la portée dans certaines dispositions. Cette sentence fut évidemment très mal reçue en Catalogne, du fait que le Statut en question avait été approuvé par suffrage universel. Une grande manifestation de protestation organisée à Barcelone entre la demi-finale et la finale de la Coupe du Monde de football qui captivait de plus en plus l'Espagne et finissait même par séduire bon nombre de Catalans. Le PSC, craignant de s'aliéner une partie de son électorat à la veille d'une échéance mal engagée, choisit de s'associer aux partis régionalistes manifestants, tout en déclarant en la personne de M. Montilla qu'il ne devenait pas pour autant nationaliste. Cette manifestation rassembla entre 1 million et demi ou … 56 000 personnes, en fonction des sources. Cette journée de mobilisation fut très peu couverte par les medias étrangers, à l'inverse d'un sondage réalisé à cette période illustrant que pour la première fois une majorité relative de Catalans seraient pour l'indépendance. Mais l'unité affichée entre les partis participants vola en éclats quelques jours après. La date du vote final du projet d'interdiction approchait dans ce contexte qui laissait le monde taurin très pessimiste. Il n'avait presque pas bougé jusque lors. La conjoncture économique inquiète plus ses acteurs, gardant tous le nez braqués dans le guidon à négocier les contrats et les programmes des ferias... où s'entraînant dans les élevages entre deux courses. L'on préférait se dire qu'une interdiction restait inimaginable. À Barcelone, pour la première grande affiche du cycle, les arènes remplies au trois quarts entonnèrent spontanément " Libertad, libertad" au début de la course et la présidence accorda grâce à un exceptionnel toro de l'élevage Valdefresno nommé Rayito. À Céret, la principale feria de la Catalogne française se déroula sans troubles. C'est alors que le PSC annonça qu'il revenait sur la parole qu'il avait donnée et autorisait finalement ses députés à voter comme bon leur semblerait, tout en espérant que tous voteraient en faveur de la liberté. Sans rire. Même si les trois voix socialistes qui purent ainsi s'exprimer pour l'interdiction n'ont pas fait la décision, le principe même de ce revirement a beaucoup choqué en Espagne : que penser d'un parti qui trahit au dernier moment ses promesses de vote ? Comme prévu, la CiU vota très majoritairement pour l'interdiction des corridas en Catalogne et scella la décision. Dans les instants précédant le scrutin, les chefs de groupe à l'assemblée favorables à l'interdiction se succédèrent à la barre pour déclarer que leur vote ne serait pas anti-espagnol mais simplement pour une société meilleure. Cet admirable de rhétorique en équilibre a touché le fond par la bouche du probable futur président de la Generalitat, le CiU Artur Mas qui a déclaré après coup que cette interdiction ne constituait pas une victoire du catalanisme mais qu'elle " permettait la construction d'une Catalogne meilleure". En effet, pour qui connaît la région, il aura remarqué sans peine que c'est un lieu commun en Catalogne d'affirmer qu'ici, on a rien à voir avec l'Espagne parce qu'on a toujours été plus civilisé, plus moderne que ces arriérés sauvages, en prenant pour preuve le dynamisme économique et culturel de la Generalitat. En réalité, M. Mas et ses amis ont donc repris le cœur même de l'argumentaire de base de l'indépendantiste débutant pour justifier leur décision. Des deux côtés, le résultat a été accueilli dans le public par des cris et des larmes sous l'objectif des caméras avides, alternant entre les congratulations des uns et la peine des taurins groupés autour du jeune torero catalan Serafin Marin, effondré et amer. Comme à la finale d'une compétition sportive ou d'une émission de téléréalité. Toutefois, l'affluence devant le palais du Parlament restait très modeste. Toujours l'indifférence. La presse régionale a d'ailleurs accordé moins d'importance à l'événement que les journaux nationaux et étrangers. Dans les jours qui suivirent, parallèlement au battage médiatique mondialisé, beaucoup de personnalités (du monde taurin ou pas) ont exprimé leur indignation. On a souvent évoqué un retour à la dictature, accusation lourde envers des partis qui revendiquent ensemble, gauche comme droite, l’anti-franquisme comme mythe fondateur. Très rapidement, l'alliance objective entre animalistes et séparatistes a explosé après ce succès conjoint de circonstance. Conscients de la portée de leur acte, les partis autonomistes ont aussitôt affiché leur intention de protéger les "correbous", car les écologistes avaient tenu des déclarations fluctuantes sur ce point au cours du débat en assemblée. L'ERC souhaite par contre s'attaquer à présent aux ventes de souvenirs espagnols en Catalogne, pour " nettoyer" les Ramblas (sic) des boutiques de souvenirs, en déclarant à la télévision que " nous travaillons pour combattre ces clichés touristiques" au profit de " l'artisanat proprement catalan". Constatant qu'elle ne pourrait donc obtenir dans la foulée l'interdiction des "correbous", la plateforme " Prou !" y a officiellement renoncé par un communiqué étrange selon lequel elle se considère " techniquement dissoute". En fait, séparatistes et autonomistes ont mis en pratique la stratégie de dissolution des états européens telle qu'elle a été annoncée depuis la Belgique par la N-VA. Ils ont voté l'"évaporation", pour reprendre le concept cher à Bart De Wever, d'une composante visible de l'identité espagnole présente dans leur territoire. Les sécessionnistes des différents pays s'inspirent très concrètement les uns des autres. À Barcelone comme à Anvers, les actes traduisant cette politique sont enrobés d'un constant discours de respectabilité et d'apaisement, (alternant avec les menaces de scission unilatérale). Elle est présentée aux observateurs étrangers et aux électeurs hésitants comme participant d'une meilleure intégration au projet politique de l'Europe des vingt-sept. Cette sécession tranquille se veut justifiée, en Flandre comme en Catalogne, par l'impérieuse nécessité de rentrer dans le rang des pays européens "normaux et civilisés" par l'alignement sur les plus petits dénominateurs communs entre tous les composants des multiples cultures formant (encore ?) l'Europe. Ce serait l'intégration dans un projet plus vaste (de Reykjavik à Ankara) et plus noble que celui que porte une culture nationale. De cette sorte, la culture européenne ne se caractériserait plus par son exceptionnelle diversité, mais par une uniformité définie sur ses points les plus bas. Dans cette nouvelle Europe, une culture locale se distinguerait par la négative envers la culture nationale, et non plus par l'existence positive de telle ou telle particularité venant l'enrichir ou l'élargir. Malgré l'apparence qu'a laissé l'éloignement du buzz, l'histoire est loin d'être finie car il va se passer encore beaucoup de choses pendant l'année qui reste encore aux protaurins. Le gouvernement socialiste, très embarrassé, a regretté ce vote mais refuse d'aller au-delà de déclarations de principe après les récents remous autour du Statut, pour ne pas enfoncer un peu plus le PSC. Mais que pouvait-on attendre d’un gouvernement qui s’apprête en parallèle à modifier la loi organique structurant le pouvoir judiciaire pour la rendre compatible avec le Statut régional récemment retoqué, plutôt que de laisser la Catalogne s’y adapter comme l’exigerait le principe juridique élémentaire de hiérarchie des normes ? Seule la ministre de la Culture a déclaré que la tauromachie relevait clairement du domaine culturel, et elle s'apprête à recevoir les toreros à la rentrée. Ce n'est pas grand-chose, mais ce petit geste prélude probablement de la suite. En effet, un recours constitutionnel est prévu par le secteur taurin enfin mobilisé et le PP, dès que le texte sera promulgué (ce qui semble devoir attendre au moins la rentrée). Sans entrer dans les détails, il semble juridiquement tout à fait possible qu'il aboutisse à l'annulation de l'ILP au regard du régime constitutionnel de répartition des compétences entre pouvoir local et central en Espagne. De son côté, le PP a inscrit à son programme la protection de la corrida sur l'ensemble du territoire national, mais comme on sait, il est en minorité aux Cortes. Cette affaire pèsera donc sur les prochaines élections générales de 2012, alors que le gouvernement actuel paraît déjà à bout de souffle à cause de la crise économique. Bref, la tauromachie catalane n'est peut-être pas encore condamnée en réalité. Beaucoup ont réclamé une intervention publique du Roi. Mais un coup de majesté semble peu envisageable, encore moins avant que le Tribunal Constitutionnel ne se soit prononcé. Les goûts de Juan Carlos sont déjà suffisamment connus, il reste diminué après une grosse opération au printemps (subie dans un hôpital barcelonais !). Et il vaut mieux se réserver pour de nouveaux 23 février. Voire, l'infante Elena a assisté cet été à une corrida à Palma de Majorque, dans ces îles Baléares que les catalanistes veulent englober dans la Grande Catalogne de leurs rêves (au même titre que la région de Valence, une frange à la frontière aragonaise et bien sûr la Catalogne française : le séparatisme catalan entend aussi annexer sans préavis ni consultation tous les territoires extérieurs où un dialecte catalan se pratique). En attendant la suite, les corridas continuent à Barcelone. La feria de la Mercè 2010 a été renommée feria de la liberté. Comme depuis des années, des manifestants se tiennent à l'entrée pour conspuer les aficionados. Selon les témoignages, ils sont une grosse dizaine, comme avant. Ils ont réussi à remporter une victoire (non encore la guerre) sur l'un des éléments les plus originaux et célèbres de la culture européenne, au nom du progrès. Pour ce faire, ils ont pu s'appuyer sur un autre courant de dissolution de l'Europe, celui qui s'en prend aux états constitués en défense d'intérêts particularistes aux fondements plus économiques que culturels. Étrangement, cette alliance momentanée entre progressistes – animalistes et sécessionnistes vient vérifier certaines intuitions de Maurice Dantec (voire de Norman Spinrad de manière moins directe). C'est en fin de compte le processus de mise à mort d'une certaine Europe qui s'est à nouveau illustré. C'est sans doute la signification la plus terrible que porte le vote du 28 juillet. Nach Mavidou
Toutes les réactions (24)
1. 08/09/2010 15:12 - Nach Mavidou
Pour compléter mon propos, je me permets d'ajouter trois brèves informations qui sont survenues dans les quelques jours entre la rédaction de ce texte et sa publication :
1 - Tout d'abord, la loi a été promulguée dans les derniers jours d'août.
2 - Les élections en Catalogne viennent d'être fixées pour la fin novembre.
3 - Outre-Atlantique, la Cour Constitutionnelle de Colombie a rejeté le 30 août dernier un énième recours des associations antitaurines demandant l'abolition dans tout le pays, tout en limitant dans sa sentence leur tenue aux localités où elles se déroulent traditionnellement (comme en France).
2. 08/09/2010 16:31 - heidi
J' ai du mal à comprendre la volonté de la société actuel qui souhaite réapprendre le respect de la nature et de son environnement, a réévaluer ses productions en fonctions de ses besoins, et qui en même temps se pose encore la question du pour ou contre le massacre d' animaux pour une histoire de traditions.
Il faut être cohérent, ou l' on souhaite que la société de consommation revalu ses besoins, fait évoluer ses méthodes d' abattage et de production de viandes, met en avant les produits bios, accessibles ( espérons le ) un jour a tous, et du coup arrête tout simplement d' élever pour ensuite massacrer des taureaux ( devant une bande d' abrutis qui font la olà ), ou cette société baisse les bras et continu de voir dans la nature un produit de consommation comme un autre. Je suis désolé mais nous ne sommes plus au moyen âge et la vie d' un animal me semble avoir un peu plus de valeur qu' une fête traditionnelle et centenaire. Maintenant chaqu' un fait ce qu' il veut, mais soit on respecte la nature et on fait des concessions pour être cohérent, soit on s' en fout et ont le dit ouvertement. Ont peut sortir tout les arguments qu' on veut mais on ne peut décemment pas se dire respectueux de la nature et être pour la tauromachie. C' est soit une énorme hypocrisie, soit de la bêtise, dans les deux cas c' est pas très glorieux. En ce qui me concerne la tauromachie est au même niveau que les manteaux de fourrure, encore une saloperie que l' homme trouve le moyens de justifier en brassant de l' aire.
3. 08/09/2010 20:50 - Libermundi
Au pays de Heidi...on n'a pas l'aficion... mais :
1-Personne ne vous oblige à aller voir une corrida
2-Votre commentaire dénote remarquablement une non-connaissance de celle-ci
3-Laisser donc les personnes qui ont l'aficion vivre en paix
4-Trouvez -vous un autre combat bobomaniaquayatollesque, s'il vous plait
4. 09/09/2010 08:42 - jya
abolir la corrida est un non sens du point de vue ecologique ainsi que de la defense des animaux: les ganaderias ( la ou on eleve les " toros" de combats) occupent de tres grands territoires non destines a l'agriculture intensive et qui sont souvent de vraies reserves ecologiques; cela signifirait egalement la disparition des differentes races de "toros" qui n'auraient plus aucune fonction economique '(pour la forme il resterait bien quelques exemplaires dans les zoo comme les bisons decharnes que l'on peut parfois y voir) . Apres on aime ou on aime pas ce spectacle, personnellement je prefere me mobiliser contre les massacres et les guerres actuelles et celles que l'on ou prepere comme en Iran.
5. 09/09/2010 17:41 - heidi
@libermundi
1-vous avez raison personne n' oblige personne a rien, mais quand on est doté de conscience on peut prendre partie sur un sujet.
2- je n' ai pas besoin d' un cour sur la Corida, le seul fait de voir un animal souffrir le martyre et se vider de son sang me suffit pour me faire un avis sur la question ( pardon d' avoir un cerveau ), en effet la vie est, a mes yeux, plus importante qu' un panel d' argumentations vaseuses.
3-Je ne vous ai rien fait a ce que je sache je ne fait qu' émettre une réflexion, désolé que cela vous atteigne à ce point, il semblerait que cela vous dérange beaucoup, je ne dois donc pas dire que des conneries.
4- je n' ai aucun combat si ce n' est celui de la connerie, nous sommes nombreux dans ce cas. Certes on est toujours le con d' un autre, mais je vous avoue que le simple fait de lire vôtre commentaire me rassure, tant sur le manque de finesse de vos arguments, que sur la droiture évidente de mes motivations, à savoir le respect de la nature qui nous entoure .
Mais j' entame là un concept qui semble ne pas avoir échos chez vous, tant pis, continuez donc a brasser de l' aire vous finirez bien par décoller un jour ... : ) !!
6. 09/09/2010 19:59 - Libermundi
Chère Heidi,
Votre réponse se suffit à elle même me semble t-il...
Ah oui, j'oubliais... pour info et afin que vous me détestiez totalement sachez qu'il m'arrive d'en manger ! -du toro de corrida-
Pour finir et puisqu'il faut avoir "le respect de la natureuu qui nous entoureuu" (propos digne d'un khmer vert ou d'un écolo-pastèque) les ganaderias comme l'explique avec exactitude"Jya" en font très certainement beaucoup plus que vous !
7. 10/09/2010 10:56 - gaia
Je trouve qu'il est réducteur et diffamant d'assimiler tous les anti-tauromachie, et plus généralement les protecteurs des animaux, aux gauchistes ou aux "khmers verts". Je suis de droite, catholique, souverainiste et... végétarien. Je me reconnais dans le combat de Mme Bardot pour les droits des animaux et souhaite vivement l'interdiction des pratiques barbares des "pays du sud". Abattage "Hallal" et tauromachie et tête.
8. 10/09/2010 11:48 - Odelinef
Heidi,
Absolument d'accord avec vous. Il n'existe aucun argument valable qui prône la barbarie.
9. 11/09/2010 16:30 - gpcovell
Je suis assez d'accord avec le fait que la tauromachie est quelque chose d'assez barbare et ne devrait pas être toléré dans un pays civilisé. Je suis de toute façon très gêné par le fait que l'on fasse de la mort (fusse celle d'un animal) un spectacle. Je trouve que l'on se cache trop de la mort dans nos sociétés, mais de là à tomber dans l'excès inverse...
Donc, sur le fond, haro sur la tauromachie, ok. Reste la forme. Et ce qui me semble important à retenir dans cet article, c'est que la tauromachie n'est qu'un prétexte pour affaibli l'identité nationale d'un vieux et vénérable pays afin de promouvoir un régionalisme avant tout inspiré par des considérations économiques peu avouables (la Catalogne ayant assez de payer pour les salauds de pauvres de Castillans, tout comme les "Padaniens" d'Italie du Nord pour ceux du Sud, les Flamands pour les Wallons, etc...) C'est cela qui est inquiétant. Dans ce contexte, "la tauromachie, pour ou contre", on s'en fout. C'est la défense des identités nationales qui est en jeu, et c'est bien plus important que quelques taureaux, désolé.
10. 12/09/2010 06:52 - LUCAVERDAD
La souffrance d'un animal est aussi humaine.
11. 12/09/2010 11:59 - Partagas
J'étais dubitatif sur la question. Du coup, pour me faire une opinion je suis allé participer à la feria de Pampelune en juillet si je me souviens bien.
J'ai trouvé ça sympa mais en fait ça m'est assez égal toutes ces histoire de pro et d'anti. J'assisterai surement à d'autres corrida, ou pas, je verrai bien.
Le fait est que je pense qu'il y a des causes autrement plus prioritaires que l'activisme à fins d'interdire la corrida (ce qui n'est pas prêt d'arriver vu l'intérêt que la famille royale d'Espagne porte au sujet.
Mais que voulez vous, c'est le propre des bobos occidentaux sur-civils, déburnés et ramollis du bulbe que de se voir en héros post-modernes de causes qui n'en sont pas.
P.
12. 12/09/2010 12:29 - Floria Tosca
Quelques perles à méditer:
"nous ne sommes plus au moyen âge et la vie d' un animal me semble avoir un peu plus de valeur qu' une fête traditionnelle et centenaire." Et apparemment que celle d'être humains si j'en crois les articles de la presse quotidienne. (lapidation, pendaison etc)
"En ce qui me concerne la tauromachie est au même niveau que les manteaux de fourrure, encore une saloperie que l' homme trouve le moyens de justifier en brassant de l' aire." En ce qui me concerne par moins 45 ° en Sibérie l'hiver dernier, les deux pelisses de fourrure m'étaient d'un grand secours.
"la vie est, a mes yeux, plus importante qu' un panel d' argumentations vaseuses." A chacun d'apporter une véritable argumentation. peut-être réfléchir sérieusement à la question?
"Je me reconnais dans le combat de Mme Bardot" Qui c'est ?
"C'est la défense des identités nationales qui est en jeu, et c'est bien plus important que quelques taureaux, désolé." A propos je porte des chaussures en cuir et je mange de la viande. Je suis une barbare sans mea culpa!
"La souffrance d'un animal est aussi humaine." Oui, c'est vrai, lorsque j'ai vu la vidéo de la pendaison de Saddam Hussein, j'ai souffert.
"Mais que voulez vous, c'est le propre des bobos occidentaux sur-civils, déburnés et ramollis du bulbe que de se voir en héros post-modernes de causes qui n'en sont pas." Vivement que je me trouve une cause véritable.
Floria Tosca
13. 16/09/2010 16:19 - Greg môk
Le fond du problème était donc politique, la cause de la corrida un simple justificatif.
Cette époque met en valeur à longueur de journées, de mois, d'années, le bien, le progrès.
Et le résultat efficace et impitoyable est l'inverse de ce qu'elle produit.
L'équation reste irrésolue, et le paradoxe du vivant à produire des théories dont les expériences réelles démontrent des résultats contraires à ceux attendus prouvent, comme le dit Dantec, que mêmes si mes expériences foirent toutes, ma théorie est ... bonne.
A vrai dire, je n'ai jamais été surpris au sujet des gens de vertus à être en réalité de véritables monstres dans leur quotidien.
Que voulez-vous, l'ombre de soi-même est la lumière de ce que nôtre réalité.
14. 16/09/2010 16:20 - Greg môk
Que voulez-vous, l'ombre de soi-même est la lumière de ce qu'est nôtre réalité.
15. 16/09/2010 23:28 - Nach Mavidou
Pour ceux qui voudraient aller plus loin sur cette question, je signale la toute chaude réédition au format poche par les éditions Mille et Une Nuits de l'opuscule de Francis Wolff, Professeur de Philosophie à Normale Sup' intitulé : "50 raisons de défendre la corrida".
Pour 3,50 €, disponible en librairie.
16. 17/09/2010 23:31 - Jersan
Si la mort du taureau est la finalité d'une corrida, elle n'est pas le but du spectacle : le "sang qui coule" n'est pas objet de jouissance, c'est la confrontation héroïque du torero et la bravoure du taureau qui suscitent l'enthousiasme de la foule. Présenter les aficionados comme des "amateurs de sang", des violents, est une tromperie indigne.
Picadors, banderillons et toreros ne torturent pas le toro bravo, ils le combattent.
Comparer la tauromachie au sacrifice de l'Aïd El-Kebir est une erreur grave.
Quand la tauromachie ritualise la confrontation de l'homme à la nature, l'Aïd, lui, perpétue le rite du sacrifice.
Le chrétien que je suis refuse justement la perpétuation du sacrifice pour le salut des hommes ; si le Christ s'offre à nous sur la Croix c'est bien pour mettre un terme à la violence, au "sang qui coule", pour mettre fin aux sacrifices.
La tauromachie n'a rien à voir avec cela.
Si demain elle disparait, je vous assure qu'après-demain ce sera au tour du foie gras d'être prohibé et viendra le jour où manger une huître vivante constituera un crime contre la vie.
Je crois qu'il est nécessaire de reconnaitre les différences qui existent au sein même de l'espèce animale.
Le respect des animaux commencent par la reconnaissance des spécificités de chacun d'entre eux.
Autrement dit, respecter un chien, par exemple, commence par le différencier du reste des animaux.
Le chien est un animal domestiqué par l'homme, il a besoin d'un maître, sa sensibilité s'exprime différemment selon sa race, il peut souffrir de la solititude et ce, à des degrés divers, toujours selon la race ; faire souffrir un chien est immoral car sa nature est de faire du bien à l'homme, en le protégeant, en lui donnant de l'affection, et faire du mal à un être qui vous fait du bien est moralement condamnable. On notera que dans certaines sociétés, le chien est consommé par l'homme...
La vache est un animal consommé en Occident, elle est domestiquée par l'homme à des fins utilitaires, on consomme sa chair, on utilise sa peau pour le cuir, on consomme son lait, on peut l'utiliser pour labourer les champs, etc...On notera que dans les sociétés hindouistes la vache est sacrée, qu'il est moralement condamnable que l'homme l'utilise pour assouvir ses besoins, aussi vitaux soient-ils.
Il faut considérer le toro de combat comme il est, pas comme on voudrait le fantasmer : le bos taurus ibericus est un animal sélectionné par l'homme dans le but bien précis de correspondre au cadre défini de la corrida.
Le toro bravo est par nature destiné à combattre ; si on mettait une vache laitière dans l'arène, cette dernière fuirait, il serait indigne de s'acharner sur elle, on pourrait parler alors d'actes de cruautés, cela irait à l'encontre de l'éthique du torero qui est de combattre, et il n'y a aucun risque à torturer un animal, or les risques sont bien réels de se faire blesser ou mourir à affronter un taureau de combat dans une arène et ce, quoique en disent les anti-corrida.
Il serait tout aussi absurde et immoral de combattre un chien, la nature du chien n'étant pas de se confronter à un torero.
Respecter la nature du taureau de combat consiste donc à le laisser vivre ses quelques années à l'état sauvage dans notre camargue afin d'affiner son caractère (bravo = courageux/battant), ensuite lui laisser vivre ses derniers instants dans l'arène, une fin autre que celle des vaches dans un abattoir, certes.
Il arrive que les toros bénéficient d'une grâce (indulto) quand ces derniers montrent une vaillance extraordinaire, certains d'entre eux sont devenus des légendes dans le coeur des afficionados, alors que certains toreros, pour ne pas avoir respecter le taureau, par exemple en se reprennant à plusieurs fois pour mettre fin à la vie du taureau, se voient conspuer, c'est la bronca (la foule qui fait part de son mécontentement au torero).
Quant aux souffrances de l'animal j'avais lu que le taureau souffrait plus du stress dans les transports l'acheminant dans l'arène ou dans une autre enceinte que dans l'arène elle-même, de plus l'adrénaline anesthésierait la souffrance due aux blessures...
L'ouvrage de Wolff est en effet très intéressant, j'ai essayé de faire partager certains de ses arguments ici même.
Bien à vous.
17. 22/09/2010 11:55 - Clément, jeune aficionado de Nîmes
Bravo pour cet excellent article qui nous situe plus clairement la chronologie de cette triste affaire. Souhaitons que le Tribunal Constitutionnel espagnol saisisse la portée "totalitaire" (c'est un mot fort, mais ne faut-il pas appeler un chat un chat ?) de cette interdiction et l'annule bien vite.
Je me permet de poster un lien vers une lettre ouverte aux anti-corridas que j'ai écrite en concertation avec le club taurin que je préside. C'est ici : http://loschicuelitos.hautetfort.com/archive/2010/09/12/lettre-ouverte-aux-anti-corridas.html#comments
18. 22/09/2010 23:21 - Nach Mavidou
Aujourd'hui 22 septembre 2010, lors de la dernière session avant les élections à venir, le Parlement de Catalogne a voté par 114 voix contre 14 une autre loi protégeant les "correbous". Le texte fait explicitement référence à l'ancienneté multi-séculaire de ces courses, à leur poids économique, à la préservation du patrimoine génétique des toros braves et à l'expression de la culture propre à la Catalogne, en termes très fleuris.
CiU et ERC ont voté en bloc en faveur de cette loi. En marge du vote, un député CiU a expliqué que l'absence de mise à mort justifiait ce traitement différent et que cette autre loi cherchait à éviter les mauvais traitements aux animaux.
19. 25/09/2010 00:19 - olub
Malheureusement, étant moi-même d'origine catalane par mon père (dont l'oncle adorait les corridas de Figueras, pardon Figueres!) je connais bien cette région et son autonomie obtenue pourtant de manière raisonnable et intelligente (Merci à Jordi Pujol, authentique catalaniste pourtant fidèle à l'Espagne mais ayant la désagréable manie d'être de droite, c'est embêtant tout de même (!). Toutes ces menées orchestrées par l'Esquarra Republicana (Besancenoterie locale et pesante) ont fini par triompher de cet homme sage sus-cité. L'actuel maire de Barcelone voudrait même faire passer (source sûre) la ligne TGV près de la Sagrada Familia, la seule cathédrale au monde encore en construction, initiée par le célèbre Anton Gaudi. A l'inquiétude de tous les donateurs pour la poursuite de la construction quant à la fragilité du terrain urbain où se trouve le splendide édifice (eh oui, il y a encore cette foi en Catalogne et en Espagne en général, y compris du côté des gens anti-cléricaux devant lesquels il ne faudra jamais critiquer la Vierge Noire de Monserrat!), le maire a répondu dans une imbécillité digne d'un politique européen: "Mais, enfin, il y a bien d'autres choses à visiter en Catalogne!" Tout ceci est malheureusement véridique; je le tiens de ma tante qui habite Barcelone.
Cet amalgame consistant à mélanger Franco et la corrida est proprement sinistre et cynique. Il faut évidemment faire en place la promotion des Arabes locaux et musulmans qui sont bien sûr, authentiques et vertueux, eux. Résultat: à Badalona, où le maire socialiste a autorisé la construction d'une mosquée, les locaux se sont mobilisés et ont manifestés au son de 'Moros fuera!" (Dehors las Arabes!) Résultat: le maire revoie sa copie! Les Espagnols nous donnent la rescette/ Espérons qu'elle transpire par les Pyrénées.
Pour revenir à la "sauvagerie de la corrida", il serait de se pencher sur le mode d'abattage des bêtes en Europe. Il y a de cela quelques années, un ami photographe professionnel avait fait un reportage sur des abattoirs. A peine les bêtes exécutées, elles sont dépecées parfois encore quasi vivantes: de plus, l'animal sent la catastrophe arriver, il monte paniqué sur ses congénères dans des hurlements difficiles à supporter pour qui ne travaille pas là. L'habitude quoi. Comme dans les camps de déportation en somme. Alors vous pensez, la corrida! Quelle histoire pour pas grand-chose! L'ami en question n'a pas mangé de viande pendant un mois, puis a oublié et a remangé de la viande. On oublie vite en fait. Ne prenez pas ça comme une morale, juste comme un constat. L'animal souffre dans "tous" les cas. Bataille anti-corridas? Une belle illusion.
20. 10/10/2010 12:09 - Olivier
Votre article rappelle un certain nombre de faits, les résume à merveille. Bravo pour ce travail!
Néanmoins, je voudrais réagir sur un point de détail: en aucune façon, les catalanistes veulent englober les îles Baléares, ni la communauté autonome du Levante dans un ensemble administratif. Ou alors c'est une tendance très minoritaire.
D'un point de vue linguistique, la langue vernaculaire parlée aux Baléares est le catalan. La langue parlée à Valence est le catalan, même si certains politiques voudraient le nier (confondant politique et linguistique). Donc ce territoire englobant la côte méditerranéenne de Perpignan à Alicante, ainsi que les Baléares et la côte ouest de la Sardaigne, est considéré comme le territoire linguistique du catalan.
Je n'ai jamais entendu, moi qui ai vécu en Espagne depuis mon enfance, que les Catalans veuillent englober les Baleares et le Levante dans leur communauté.
Ceci dit, je suis d'accord avec vous que certains secteurs, particulièrement dans ERC, militent pour une cause qui a plus à voir avec la négation de quelque chose (en l'0ccurrence, patrimoine culturel espagnol) qu'avec l'affirmation d'une identité catalane, "nationalité" qui devrait se conjuguer sans problème avec la nation espagnole.
Je pense que le détonateur de cette crise a été le rejet par le TC du Estatut. Là, ils ont fait une énorme gaffe. Juste à cause du mot "nation"... Terme qui est, comme tout le monde sait, indéfinissable. Les sensibilités s'exacerbent, et des conneries sont faites au niveau politique.
21. 10/10/2010 12:19 - Olivier
Clément: je ne crois pas qu'un rejet de cette ILP par le Tribunal Constitutionnel serait encore souhaitable.
Le mal est fait. Jamais le TC n'aurait dû rejeter le Statut, voté démocratiquement par le Parlament après je ne sais combien de mois de travail et de discussions enflammées!
C'est plus qu'une erreur: c'est de l'inconscience.
Comme le suggère Nach et l'analyse parfaitement, c'est du moins ce que j'en retire, tout vient de là! Ce rejet a suscité un profond sentiment d'injustice dans la société catalane. Donc on s'attaque à tout ce qui, de près ou de loin, symbolise l'Espagne. Non seulement ERC, mais également certains secteurs du nationalisme plus décaféiné comme CiU. Voire certains élus du PSC.
Dès qu'on ouvre la boîte de Pandore du nationalisme, on fait n'importe quoi. Nationalisme contre nationalisme, ça ne donne rien de très positif.
Je critique le vote de l'ILP, qui me paraît incroyable: les catalans espagnols vont devoir passer la frontière et aller à Céret pour voir une corrida, de la même manière qu'ils allaient voir Viridiana et les films français, interdits sous le franquisme.
Mais le mal est fait. Toute décision du Tribunal Constitutionnel, qui me paraît de l'ordre du possible, ne fera qu'attiser les braises.
22. 11/10/2010 12:25 - Nach Mavidou
Je suis bien d’accord avec vous, Olivier, en ceci qu’une décision du TC ne fera que jeter de l’huile sur le feu quelle qu’elle soit.
Le Statut, cependant, avait été approuvé par référendum le 18 juin 2006 par les électeurs Catalans. Vue de France, la situation actuelle est particulièrement difficile à comprendre car depuis 1962 ; l’approbation par référendum de l’élection du Président de la République au suffrage universel au détriment des députés et sénateurs notamment, l’un des coups politiques majeurs du Général de Gaulle ; le Conseil Constitutionnel se refuse à juger ce qui a été voté par le peuple (c’est donc la voie à retenir pour faire passer ce qui ne passerait pas a priori : retour de la peine de mort, interdiction de pratiquer telle religion définie, abolition du régime républicain… lâchez votre imagination !!).
Ceci étant, les élus Catalans qui avaient demandé l’approbation du Statut qu’ils avaient préparé à leurs électeurs engageaient, au moins implicitement, leur responsabilité sur sa conformité. Je crois que c’est la seule communauté du Royaume qui a fait adopter son Statut par référendum et non par l’assemblée locale. Ils ont donc beau jeu de se récrier et de se planquer maintenant derrière cette approbation. Elle avait été donnée à large majorité et faible participation, par des électeurs croyant de bonne foi leurs élus, et desquels on ne saurait exiger qu’ils soient des constitutionnalistes pointus…
Concernant la revendication pancatalaniste sur le Levante et les Baléares, elle est bien fondée sur la communauté de langue (en somme, nous aurons l’Alsace et la Lorraine, voire la grande Serbie !!). Mais attention : il ne s’agirait pas de réunion dans le cadre d’une grande communauté au sein de l’Espagne, mais dans celui d’un autre État souverain et indépendant. Ce point n’est pas aussi régulièrement affirmé dans les logorrhées de l’ERC, il est vrai. Cela pour deux raisons : d’abord par ce qu’il est très mal vu dans les secteurs visés (la normalisation linguistique passe encore très mal aux Baléares, et l’anticatalanisme est très courant vers Valence). Et puis de toute manière ce n’est pas une étape immédiate, c’est la troisième. La première, c’est bien sûr l’indépendance de la Generalitat. Et la seconde, alors ? La réunion de la Catalogne française à ce nouvel État ! Perpignan a vocation a être libérée avant Alicante ! Restera encore la question de l’Andorre…
23. 04/11/2010 12:55 - Catoneo
Comme si bien dit par Nach Mavidou, la normalisation des cultures européennes est en marche. Surtout depuis que les pays membres ont été capturés dans l'Union par des milliards de subventions. Les Balkans, la Turquie sont en voie de "régularisation" et leurs codes civil et pénal sont scrutés en continu à Bruxelles et Strasbourg pour y suivre la convergence vers une entropie générale.
L'affaire catalane des corridas participe de ce mouvement, l'interdiction d'une tradition hispanique complexe voulant indiquer une autonomie de mouvement de la Generalitat vers l'entropie européenne.
Dans Royal-Artillerie, un billet évoque cette histoire sous un angle culturel. Sans faire une thèse, on sait bien que le taureau est un mythe méditerranéen qui remonte aux Crétois, et que le combat taurin n'est pas un spectacle de viandard :
http://royalartillerie.blogspot.com/2010/10/tauromachie.html
24. 28/11/2010 21:02 - Nach Mavidou
Comme annoncé ici même, la CiU vient de remporter largement les élections au Parlement de Catalogne ce soir, mais rate de peu la majorité absolue. Le Parti Socialiste subit la pire défaite de son histoire depuis le retour de la démocratie dans le pays, ses alliés d'extrême-gauche sont aussi en recul surtout le parti indépendantiste ERC qui pourrait perdre la moitié de ses sièges. Enfin, la droite unitaire (PP) progresse même un peu et devient la troisième force politique de la Communauté.
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par Armand Durand
Directeur du service juridique des éditions Ring, Avocat à la Cour.
Dernière réaction Pour compléter mon propos, je me permets d'ajouter trois brèves informations qui sont survenues dans les quelques jours entre la rédaction de ce texte et sa publication :
1 - Tout d'abord, la...  08/09/2010 15:12 Nach Mavidou
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