Fantastique maître Renard, par Wes AndersonSURLERING.COM - CULTURISME - par Pierre Schneider - le 09/03/2010 - 0 réactions -
(Sorti le 17 février) Un petit roux qui aurait mérité d’être
blanc
Fantastique Maître Renard, de Wes Anderson, est un très bon film. Voilà, c’est dit, c’est vrai, je le pense : on ne s’ennuie pas, on rit, on est distrait, il y a de tout pour passer une bonne soirée pas trop crétine, ça vaut 4/5. Mais Dieu que ce film est convenu ! Qu’il est caricatural ! Qu’il semble peu naturel ! Qu’il est formaté ! En vérité, Fantastique maître Renard n’est pas loin d’être le prototype du film pour petits blancs bobos urbains de 35 ans. Tout, ab-so-lu-ment tout est calibré, au millimètre près, pour leur plaire. Tout ou presque a déjà été vu ailleurs, tout procède de recettes éprouvées et testées avec succès sur des centaines de milliers de petits blancs bobos urbains de 35 ans. Le bobo aime-t-il la gêne douce-amère qui sourd du cocon familial et des parents en train de vieillir doucement ? Il sera comblé par le fiston Renard qui a du mal à se trouver une identité et à mûrir. Il savourera l’ambigüité qui fait penser, l’espace d’un instant, que ledit fiston est homosexuel. Quoi de mieux qu’un film bobo avec un homo de service ? Mais, semble-t-il, le public n’est pas encore prêt pour des renards qui s’enculent, et l’ambigüité est désamorcée en fin de compte. Que de douceatreries pour autant ! Maître Renard, journaliste estimé, veut redevenir une dernière fois la racaille qu’il était dans sa jeunesse. Après quoi il vieillira pour de bon. Sur la tête de ma mère, c’est doux-amer comme tout ce film. Autant dire qu’on peut tremper ses rouleaux de printemps dedans. C’est dysfonctionnel. Retenez ce mot. Le bobo aime-t-il le « vintage » ? Après s’être ébahi devant le « rendu » de chaque brin d’herbe et de chaque poil de chaque film de Pixar, il est maintenant temps de s’incliner devant l’animation à la façon du manège enchanté. Ami lecteur, si la sonnerie de ton téléphone est une sonnerie de téléphone, si ta voiture est un PT Cruiser, si le logo sur tes Stan Smith ressemble à une feuille de chanvre (je sais, pléonasme vestimentaire), si les affiches qui décorent ton salon sont des vieilles pubs d’Air France, si ta radio est une Tivoli ou si le thème de bureau de ton Mac s’appelle « classic », ce film est fait pour toi. Le bobo
aime-t-il le second degré ? Et comment ! Tout, dans ce film, est second degré,
référence, clin d’œil. Le cousin renard qui porte le nom tarabiscoté de
Kristofferson : c’est drôle ! Le rat qui a un badge « security » sur son pull :
c’est drôle ! Le jeu de base-ball avec une pomme de pin enflammée, décrit par
moult lignes et flèches sur l’écran : c’est drôle (et jamais vu avant…) ! Et on
divise le score par neuf, LAWL ! La queue du renard qui flotte en l’air quand il
plonge, et qui nous fait penser irrésistiblement à l’écureuil préhistorique de
l’Age de glace : c’est drôle, je vous
dis ! Les phrases pince-sans-rire, le ton détaché, les changements de position
whoop zoo whiz à Le bobo aime-t-il les animaux qui font les pitres ? Là aussi, abondance de biens ne nuit pas. Le bobo adorera les poulets, les rats, le blaireau avocat, le hamster aux yeux en spirale, le rat aux yeux rouges, le beagle enragé aux yeux rouges aussi. En fait, tous les animaux ont tendance à changer d’œil en une fraction de seconde. C’était un point noir, cela devient une spirale. C’était une spirale, cela devient une croix. C’était je ne sais trop quoi, cela devient tout rouge et très énervé. C’est drôoooole. Et tant mieux, parce que ce gag est mis en scène vingt fois dans le film. On a le temps et l’occasion de le goûter. Mais là, ce n’est pas vidéo gag, c’est de l’art, ignares. En bref, du cinéma CSP+ pour clientèle de MK2 férue d’introspection régressive mais pas trop, la clientèle qui a sans doute déjà appréciée Max et les maximonstres il y a peu, autre bon film très formaté. On se
consolera sans peine de tout ceci par le don de l’oscar du meilleur film à Démineurs, en effet l’un des meilleurs
films vus l’an dernier (avec United Red
Army…). Un film sans second degré, sans malaise existentiel familial de la
quarantaine, sans civils, sans renards homosexuels et… sans femmes, hormis sa
réalisatrice. Un film qui fait boum et whack! En cette journée Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
![]() Articles les plus lus
![]() |