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Exil(s) Express

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Géraldine Woessner - le 30/11/2010 - 22 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Géraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et de la question de son éventuel retour en France. Séquence face à un homme détruit par la France et reconstruit en Amérique.




"On tue aussi sûrement avec un million de coups d'épingle qu'avec un coup de marteau", dit-il en souriant, avec une légèreté suspecte, en se resservant du thé. Pas tout à fait la citation du situationniste Raoul Vaneigem, mais le sens y est. L'épingle et la massue. À cette différence près que l'époque a changé. Les cent-mille piqûres ne désignent plus les perfides tentations de la société de consommation. Elles désignent… des piqûres. Au sens propre. Une myriade de petites agressions métalliques qui vous laissent étonné, le doigt suspendu, prêt à sucer la goutte de sang qui va bientôt perler. Au tournant du siècle, Dantec en a reçu tellement qu'il a le visage criblé. De retour des Balkans, après deux voyages auprès des musulmans bosniaques et des catholiques croates, il soutient les bombardements alliés sur la Serbie. "Je pressentais que la politique que menait Milosevic allait conduire au charcutage du Kosovo. La priorité, c'était de l'arrêter. (…) Lorsque j'ai compris, deux ans plus tard, que la KFOR onusienne n'était pas là pour stabiliser la situation, mais pour créer un Kosovo indépendant, je me suis désolidarisé." L'intervention mènera, in fine, au résultat précis qu'il voulait éviter : la création d'une enclave musulmane au cœur de l'Europe. "Là où j'ai été naïf, c'est que je ne croyais pas qu'ils feraient la même connerie qu'en Bosnie." Si. À nouveau, Dantec s'indigne. "Milosevic était un immonde salaud, dit-il placidement. Mais que voulez-vous, le Kosovo est serbe, et qu'est-ce que j'y peux ?" Réaction d'infâme, et osons le dire : de nazi ! Insulte suprême, ultime. Soutenir l'OTAN dans un pays à l'anti-américanisme compulsif, c'était déjà limite… Mais refuser de plier devant la force du nombre et la réalité démographique, non. Cette fois, Dantec est dénoncé comme vénéneux Goebbles littéraire. Disqualifié. Rauss.


On s'est habitués désormais, il y en a eu d'autres.

Dix ans plus tard d'ailleurs, ils forment une manière de club (dont certains membres se retrouvent sur Ring) où ils peuvent échanger dans l'allégresse et une paix relatives leurs points de vue désenchantés sur la dérive de l'occident et leurs tirades "islamophobes". Sans guillemets, d'ailleurs : leurs tirades, donc, islamophobes. C'est à qui sera le plus subversif. Ou le plus lucide, comme on voudra, depuis Orwell les termes ont tendance à ce confondre. Mais pour construire son oeuvre, Orwell se colletait au réel… Aujourd'hui, les ostracisés des plateaux télévisés se chicanent, se disputent : le réel s'est imposé partout, il suffit de le contempler, et la lucidité n'est plus incompatible avec le quotidien d'un coquet de salon.

Mais je digresse.

"Hard comme on n'ose le raconter, hard comme la douleur"


Cent-mille piqûres.

Il en est de plus prosaïques. Celles qui appartiennent au réel, justement, qui font mal, et que Dantec partage avec une foule d'anonymes : bousculades, regards haineux, insultes. Et coups. "On vivait à Vitry", dit-il. "Sylvie a vécu une agression assez hard". C'est son épouse, Sylvie. Douce et calme. Elle me tend une assiette de gâteaux. "Hard comment ?", j'insiste, lourdement, plusieurs fois. Silences. Hard comme on n'ose le raconter, hard comme la douleur, l'hôpital et la honte. Tais-toi, maintenant. "Ce que j'ai vécu, des milliers d'autres gens le vivent. C'est banal, et c'est ce qui est terrible. À chaque fois que je prenais le RER C, j'avais une embrouille avec de jeunes enfants défavorisés. Parce que je portais des lunettes noires. Au bout d'un moment, t'en as marre… Et tu constates que la société est en train, bizarrement, de s'adapter." De quoi mettre en rage le plus pacifiste des auteurs catholiques de polars cyberpunks. "C'est comme si le pays était constamment au bord de la guerre civile. Les problèmes inter-ethniques sont mêlés aux problèmes politiques, et à l'incapacité de l'Europe à se faire. Cela s'appelle un mur, et la France va se le prendre."

C'est cette France-là que Dantec a fuie. Une nation incertaine, où l'on assassine à cent-mille coups d'épingle.

Une société d'individus réduits au silence par des bataillons de dés à coudre.

Au Québec, j'en ai rencontré des dizaines, de ces banlieusards fatigués venus trouver, comme Dantec, "ce que la France avait perdu". En 1999, dit-on, cela avait encore du sens. "Le Canada est le seul pays au monde qui a résisté à la crise. C'est un pays riche, peu peuplé, avec une structure socio-politique qui fonctionne." Dans cet eldorado, le Québec avait l'attrait d'un centre politique et culturel dynamique, jeune, stimulant. Alors ?

"Ces douze dernières années, on a senti des glissements".

Un homosexuel, qui fuyait les brimades dont il était victime dans sa banlieue Lilloise, s'étrangle devant le niveau "lamentable" de l'enseignement. Il a pu se marier, élever un enfant. "Et ils font de mon fils un con".

Un médecin Algérien conduit depuis quinze ans son taxi, ruminant de vieux rêves usés de gloire et l'aisance.

Une femme est contrariée, car elle doute de pouvoir arriver à l'heure à son cours de Yoga en quittant le travail à seulement 16 heures 30.

Et sous l'échangeur Turcot, monstrueux complexe autoroutier construit en 1966 au-dessus d'un canal de Montréal et de l'ancienne gare de triage, on peut croiser, parfois, un type en lunettes noires.  Dantec ne cherche plus ce que la France avait perdu. Il n'a pas trouvé, en terre de Nouvelle France, la clé d'une réconciliation entre les deux identités, européenne et anglo-saxonne, d'une même civilisation occidentale. "Trente ou quarante ans après la Révolution tranquille, de nombreux aspects de la civilisation canadienne-française ont disparu". Il contemple le réel. Les ruines inspirantes d'un monde qui a vécut. "J'aime les zones industrielles, où l'on ne rencontre plus personne. Je vais traîner dans les tunnels de l'A720 complètement destroy, près de l'incinérateur" ou des anciens ateliers du Canadien National. Dans les églises désertes, aussi… Son prochain roman se construit dans ces tableaux faussement figés d'une Amérique qu'il continue d'admirer. Dantec étudie la composition du sous-sol, se passionne pour l'histoire du peuplement de ces terres. Il s'approprie son nouveau territoire. Songe à s'établir dans l'Ouest, là où de nouvelles ruées se préparent. Les États-Unis, l'Alberta, peut-être… Pourquoi pas ? "Je suis du genre à planter mon drapeau. On peut avoir plusieurs identités, mais il faut les faire exister." En écrivant leur histoire.

Retrouver la France, ce serait retrouver quoi ? "Il n'y a plus d'écrivains, en France. C'est terminé. Ne restent que des Yann Moix, des Marc Levy, des Angot, des Musso… Ils s'occupent très bien eux-mêmes d'écraser leur liberté en maniant la brosse à reluire et les poncifs humanitaires. J'ai pris de la bouteille et je suis plus distant. Il est assez amusant de les voir pérorer à la télévision française, ils pensent qu'ils sont encore le centre de la pensée littéraire. Mais le méridien de Greenwitch de la création a franchit l'Atlantique. Il est sur l'Amérique du Nord, sur la Corée, l'Australie…" Et quelque part, peut-être, au-dessus de Montréal.

Sur le mur, au-dessus de l'ordinateur, j'avise un tableau représentant un combattant cyborg juché sur un dromadaire androïde.

Les feuilles de notes, éparpillées, son orange électrique.

L'exil n'apaise pas. Il ne comble rien. À peine s'il éloigne réellement de la source des blessures.

Ingrat, il punit celui qui le choisit de nouvelles causes d'inquiétudes.

Mais il interdit qu'on le regrette ou qu'on le blâme.

Et s'il exige du courage, c'est parce qu'il n'est jamais un moyen pour celui qui l'embrasse : il est une forme d'ascèse, un état.

Dantec ne rentrera pas, dit-il. Il ne sera pas l'un de ces "lucides" prêchant la bonne parole dans le huis clos des salons. "Ici non plus, les gens ne savent pas que l'Islam est en réalité une idéologie totalitaire, dont les premières victimes sont les musulmans." Il est las de le rabâcher. D'autant plus que "d'autres choses se préparent". C'est sur les courbes démographique, et vers la frontière mexicaine que son regard se braque. L'écrivain de l'apocalypse prédit, sous l'égide de l'ONU, une balkanisation générale.

L'idée, on le sait, en a fait sourire certains.

Peu d'écrivains, pourtant, ont jusqu'à présent livré une analyse plus fine des mutations à l'oeuvre en Occident, de la déliquescence des sociétés à leur confrontation inéluctable avec l'Islam totalitaire, jusqu'à la récente résurgence d'une foi catholique comme fondement identitaire. Le succès fulgurant du récent film Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois, incompréhensible si l'on en refuse une lecture politique, en est un signe concret : le coeur d'un peuple palpite sous la plume de Dantec. Ces deux-là sont connectés, ils se comprennent.  Le mysticisme complexe, profond et assumé qui empreint ses derniers romans aurait dégoûté ses lecteurs ? Il pourraient au contraire être les jalons d'un futur grand roman, comme "Et vive l'Aspidistra" ou "Un peu d'air Frais" préparaient, chez Orwell, l'immense "1984".

En exil, Dantec explore. Chaque roman semble participer d'une oeuvre plus grande encore en gestation.

Elle sera peut-être écrite.

Quand sera venu le temps.

Géraldine Woessner



Toutes les réactions (22)

1. 29/11/2010 08:21 - Factory

FactorySuperbe de lire Géraldine Woessner qui a enfin - je l'espère - pu trouver le temps de se poser, en lieu et place de courses folles, quand entourée des caméras de BFM tivi elle galopait comme une dingue, micro et notes à la main. La mélancolie de M. Dantec se trouve extrêmement valorisée à l'intérieur de la plume de miss Woessner. Que Maurice G Dantec fasse mûrir ses romans comme jadis, lorsqu’il était chez Gallimard, laissant le temps au temps, ainsi que l’espace entre ses productions. Son retour en sera bien plus explosif. Nous l'attendons et continuerons à le lire. Et Géraldine avec, par la même occasion. Sa propre nostalgie journalistique semble s’épanouir ici-même, dans cette narration feutrée de didascalies surprenantes sur le plus grand auteur de ce siècle.
Personnellement, cela me rassure que Maurice G. Dantec ne soit pas nominé, encore moins vainqueur de quelque Goncourt. Être champion par K.O contre une Despentes montre a quel point la société encense l’infiniment médiocre. C’est comme si l’Argentine de Maradona, mettait une tôle à l’archipel du Vanuatu. Où est la victoire si victoire il y a ? Si jamais telle journée de récompense advient, on pourra sortir les kalachnikov, le monde sera définitivement parti en toupie. Pour notre santé mentale, que Maurice G. Dantec reste où il est, voire qu’il mette les voiles pour le Texas. Il est le véritable vainqueur de tous les prix, en ne les ayant justement pas. En désaccord avec M. Sorin sur ce coup-là. C’est bien MgD qui les nique tous !

2. 29/11/2010 09:30 - Interneth

Interneth"Ici non plus, les gens ne savent pas que l'Islam est en réalité une idéologie totalitaire, dont les premières victimes sont les musulmans."

Fabuleux !

"...le coeur d'un peuple palpite sous la plume de Dantec. Ces deux-là sont connectés, ils se comprennent. "

Très vrai, et ce peuple étant français, c'est bien là une belle insulte à l'encontre de Dantec dans un article qui est sensé lui rendre 'hommage'. Drôle non?

3. 29/11/2010 09:35 - Zep

ZepDouze ans pour réaliser tout ça sur Le Québec? Bravo! Voilà pourquoi, je ne t'ai jamais vraiment pris au sérieux.
Pour ma part, rentré en 1998 du pays des Bisounours, j'attends toujours l'apocalypse que tu prédis à la France depuis cette époque où je lisais tes diatribes dans les journaux québecois sur ton propore pays que tu ne connais guère finalement, à part Paris. Il n' y avait pas besoin d'être très futé dans les années 90 pour se rendre compte que le Québec ne serait épargné de quoique ce soit. Le Québec et les U.S. c'est pas pareil!!!
Merci quand même de m'avoir fait découvrir Léon Bloy à cette époque.

4. 29/11/2010 14:25 - Papydrone

PapydroneMerci pour la pudeur de ce texte.
C'est l'ambition littéraire jamais démentie, jamais trahie, quelque en soit le prix. L'ambition d'embrasser le réel, d'un grand oui, même s'il est douloureusement crié vers le ciel puisque plus personne n'entend. Ne reste que l'indifférence craintive de ceux qui devraient en toute rigueur effectuer leur travail. Oui, mais qu'attendre d'autre ? Une sentinelle ? Elle est là, et elle hurle. Silence. C'est difficile de suivre un engin destiné à l'espace profond. Peu importe, Go at Throttle Up !

5. 29/11/2010 16:11 - finsher

finsherBeau texte, grand texte, j'ai pitié de ceux qui viennent vomir Dantec aux quatre coins du web. Encore plus après ce qu'il vient de dire à Melle Woessner. Je ne partage pas toutes ses idées mais j'ai senti que quelque chose de grave lui était arrivé. Vous avez eu raison de quitter ce pays, j'aurais fait la même chose pour protéger ma famille.

6. 29/11/2010 16:54 - Factory

FactoryFinsher a raison, et il ne faut pas oublier que les baltringues du 5/6/10 sur un ou une, sont la spécialité maison de l’hexagone. Quoique... La beauté de l'exil à un inconvénient qui demeure néanmoins un avantage. Une fois parti, la notion de France ou de Français n’aura plus du tout la même résonnance à l’intérieur du migrant. On sera alors de nulle part et de partout à la fois. Sentiment étrange, parfois anxiogène, en même temps jouissif. Quant à la problématique de trouver sa place ici-bas, il me semble y déceler quelque début de réponse après avoir entendu Maurice Dantec affirmer ceci lors d’une interview lointaine : « le ground zéro est everywhere, mondial ». Alors Paris, Québec, Barcelone ou Rio, Moscou ou Pékin, Téhéran ou Seattle, Villeneuve la Garenne ou Liverpool, what the fuck ? Same shit ! Me préciser si les propos que je lui porte sont infondés, je n’hésiterais pas à m’en excuser. De loin sa plus belle entrevue. Un peu courte, cependant. Woessner/Dantec acte 2 ?

7. 29/11/2010 17:04 - lionel

lionelM. Dantec doit être ce genre de français grâce auquel la réputation des français au québec ne va pas s'améliorer, en débarquant dans un pays qu'il ne connaît que par l'idée qu'il s'en fait, et passant son temps à expliquer à ses habitants comment ou à quoi leur pays devrait ressembler.
C'est embarrassant. Imaginer que le Canada et le Québec seraient à l'épreuve de la crise ou de "l'islamisation" est bien mal connaître les mécanismes de la globalisation, croire aussi qu'il y trouverait l'Occident comme à sa période flamboyante et pure et belle est aussi un peu naïf.
Mais peut être n'y voit-il pas toutes les différences qu'il y a avec la France car il n'y travaille pas, et y fréquente peut-être un club de personnes très select.

"Ces douze dernières années, on a senti des glissements".
ils existent depuis plus de douze ans. il ne suffit pas de changer de pays, il faut aussi parvenir à changer la perception qu'on a du monde, tout comme on traine son passé avec soi. migrer n'a jamais rien réglé qu'une situation économique, une condition humaine peut être, mais avec moins de garanties.
ce qui est dit à propos de l'éducation sont des constantes que l'on retrouve partout, au québec peut être plus qu'ailleurs qui a été maintenu dans l'ignorance par l'Eglise jusqu'à la révolution tranquille, et un système qui ne valorise pas du tout les diplômes comme gage de développement professionnel.
Comme beaucoup de français que l'on voit débarquer au Québec en croyant qu'ils retrouveront ici l'Amérique ou l'Occident comme à l'aube des temps nouveaux se préparent à coup sûr de belles déceptions, et nombreux sont ceux que l'on voit repartir.

"Ici non plus, les gens ne savent pas que l'Islam est en réalité une idéologie totalitaire, dont les premières victimes sont les musulmans."
je pense que dantec devrait lire un peu plus les journaux québécois, car je crois bien qu'ils en sont conscients justement, mais ils prennent leur temps avant de rejeter l'autre en bloc. moi j'y aime bien justement croiser des hassidiques ou des musulmanes en foulard et des sikhs enturbannées, chacun avançant dans une société qui ne cherche pas à uniformiser l'autre aux valeurs de l'occident, ni à restreindre leur culte.

"Trente ou quarante ans après la Révolution tranquille, de nombreux aspects de la civilisation canadienne-française ont disparu".
En venant au canada Dantec s'est trompé de pays, celui qu'il cherche est en Cocagne.

8. 29/11/2010 17:36 - pops

popsLionel, tu as pas tort sur toute la ligne mais tu sens légèrement le fumet du donneur de leçon. Maintenant que tu as quitté la France et que tu es arrivé au Canada, tu crois pouvoir savoir quel exilé se trompe et qui ne se trompe pas, hmm ?

9. 29/11/2010 19:57 - lionel

lionelhéhé bonne question pops, je ne sais pas ce que je crois être bon à part les choses de base quand tu arrives en terre étrangère et que tu ne représentes à peu près rien pour les gens chez qui tu arrives. Certes on pourra m'objecter que Mr Dantec n'est pas n'importe qui, mais dans ce cas précis c'est peut-être là que le bas blesse.
L'humilité par exemple est difficile à retrouver chez certains français qui s'imaginent que le Québec n'a attendu que leur venue pour voir enfin la lumière, en prenant en compte que les français constituent une immigration relativement riche et diplômée comparée à la masse d'haïtiens, d'africains et d'asiatiques qui débarquent sans un sou. Cette assurance, pour ne pas dire arrogance, des français tout frais débarqués agace beaucoup les québécois qui sont assez fiers et revendiquent leur identité avec énergie sur un continent anglophone, et qui s'efforcent de laisser derrière eux la période de la grande noirceur et le règne catholique régressif et ignorant de Duplessis pour une société progressiste et éduquée. Je ne dis pas qu'ils ont atteint leur but aujourd'hui mais ils essaient.
Donc lire des phrases comme "Trente ou quarante ans après la Révolution tranquille, de nombreux aspects de la civilisation canadienne-française ont disparu", c'est en fait nier totalement l'existence du Québec comme société à part entière qui justement a voulu se définir en dehors de son passé français et s'affranchir de ses relations dominant/dominé avec la population anglophone. Je pense que n'importe quel québécois en entendant cette phrase se sentira passablement insulté car cela revient à lui dire : mais vous avez quitté votre statut de colonie "franco"-"anglaise" et c'est bien dommage. personnellement je me garderais bien de dire un truc pareil à un québécois. Quelle est la réelle contribution de Mr. Dantec dans la société québécoise pour qu'il se permette de sortir un truc pareil ? a t-il bien compris ce qu'était la société québécoise, en dehors de l'idée qu'il s'en faisait et de ce qu'il croyait y trouver ? "la résurgence d'une foi catholique comme fondement identitaire" est bien la dernière chose qu'ils souhaitent.
une dernière note sur la fuite des banlieue et de leur population par notre auteur.
j'ai par exemple découvert au québec un racisme anti-français assez prononcé, et le fait de se retrouver dans la même position que nos noirs et nos arabes de banlieue contre lesquels Maurice Dantec généralise, offre une autre perspective sur la question. étonnant de se retrouver dans la situation de l'arroseur arrosé, mais peut-être que ça ne lui est pas arrivé. (soit dit en passant ils ont la même chose ici mais dans les Quartiers Nord, cette blague un pays sans délinquance ni banlieue qui craigne ce serait le paradis ça relève de la naïveté enfantine, je défie Mr Dantec d'y envoyer ses enfants acheter du pain à cinq heure le soir). Or pour découvrir ça, la complexité de la société québécoise, ou même canadienne, je pense qu'il est intéressante de travailler dans le pays dans lequel on arrive, au lieu d'y parcourir les no man's land industriels même s'ils ont leur intérêt et sont assez uniques et fascinants. Un Dantec ou un Lionel ou un Pops au Québec ne sont pas plus en Occident qu'ailleurs, ni plus chez eux qu'en France et même moins. Ce ne sont que des étrangers de plus qui s'installent dans un pays qui n'est plus la france depuis 1759.
On ne peut enlever à l’auteur le mérite de reconnaître qu'il se passe énormément de choses intéressantes en dehors de Paris, et dans ce sens "l'exil" ( ce si grand mot pour un si petite chose) est une belle façon de fuir ou moquer l'ethnocentrisme parisien.

10. 30/11/2010 08:07 - Factory

FactoryS'ils sont tous à votre image, Lionel, on ne peut que recommander à MgD, la fuite. Direction El Paso, Texas, voire même un retour à Paris-City, conférences aux Bernardins une fois par semaine, et rediffuser le virus de la littérature intra-muros. Votre intervention nébuleuse me fait cependant saisir l'occasion. Peut-être... est-il l'heure de signifier à Maurice G. Dantec, lui témoigner ici même and "fuck it", oui, lui dire tout simplement que chez lui des gens l’apprécient et l’estiment. Il y a un temps pour les coups et un temps pour la reconstruction. N’en a-t-il pas assez pris Lionel ?
Quant à toi, people de la tolérance et du vivre ensemble, ci-dessous un aller simple vers ton kif de vie pour toi et tes mômes. Un lifestyle qui devrait t'enchanter !

http://www.surlering.com/article/article.php/article/afghanistan-deux-convertis-au-christianisme-risquent-la-mort

http://www.surlering.com/article/article.php/article/la-justice-pakistanaise-interdit-la-grace-d-une-chretienne-condamnee-a-mort

11. 30/11/2010 11:06 - Nach Mavidou

Nach MavidouOn n'est pas trop habitué à cette forme de reports d'interview avec Maurice Dantec. Mais Mme Wessner a préféré témoigner d'une rencontre que de retranscrire un échange. C'est à la fois plus pudique, oui, mais cela permet aussi de révéler des choses qui n'avaient à ma connaissance jamais été abordées publiquement… Avec l'âge, on n'a plus peur de révéler certaines blessures. C'est alors un moyen d'avancer, et d'aller vers de nouveaux territoires.
En effet, quant à la perspective d'aller s'installer plus à l'ouest, il faut repenser à l'idée confessée il y a longtemps dans l'un des TdO d'écrire un livre sur les explorateurs français de l'ouest canadien.
Maurice Dantec n'a sans doute pas vécu autant que d'autres au Québec, comme tout arrivant en Amérique il amenait ses rêves avec lui… Mais je pense que lorsqu'il évoque une période de douze années, il fait simplement référence à celle qui correspond tout simplement à cette arrivée. Et il a bien le droit d'exprimer ce qu'il pense de son point de vue sur cette tranche de vie québécoise.

12. 01/12/2010 04:43 - Kevin Sparks

Kevin SparksQuand je vois ce que la France est devenue au cours de ces 30 dernières années, un nain, un enfant capricieux tapant du pied pour se faire entendre sans jamais être écoutée, un caillou prit dans l'immobilisme le plus absolu, je suis content d'avoir entamé mon propre exil.
"La France aimez la ou quittez la." Très bien moi je la quitte et sans regrets.

13. 02/12/2010 10:10 - Jean-François Bonnin

Jean-François BonninMerci, Madame Woessner, pour avoir réalisé cette entrevue de mon écrivain francophone préféré. Cordialement : JFB

14. 02/12/2010 11:05 - Gabriel Fouquet

Gabriel FouquetJe ne me souviens pas avoir vu Levy ou Musso "pérorer" à la télé ou penser qu'ils sont "le centre de la pensée littéraire". Penser la pensée me semble bien au dessus de leurs forces. Ils ne sont pas équipés pour.

15. 02/12/2010 11:11 - Guillaume

Guillaume"il a l'outrecuidance de s'opposer aux bombardements alliés sur la Serbie"
Elle est marrante celle-là.
Et personne ne la remarque?
Quelqu'un a lu le théâtre des opérations ici?

16. 02/12/2010 13:06 - Ā

Ā@ Guillaume & à RING
Triste, non… ?

17. 02/12/2010 13:13 - walter

walter@Guillaume

J'ai encore le souvenir de cette locution : "Beograd est delenda", dans le premier TDO. Si l'auteur de l'article pouvait nous sortir une seule ligne écrite par Dantec, à l'époque, qui s'oppose explicitement aux bombardements de l'OTAN, ce serait un scoop.

18. 03/12/2010 04:44 - Géraldine Woessner

Géraldine WoessnerEn effet, il s'agit d'une honteuse erreur de ma part. Je n'ai pas rencontré M. Dantec pour parler des Balkans, et les méandres de sa pensée politique n'étaient pas l'objet de mon article. J'ai induit une opinion qui me semblait cohérente à partir de prises de positions ultérieures... Mal m'en a pris. Ma notion de ce qui est - ou non - cohérent ne coïncide pas, en l'occurrence, avec celle de Dantec.

Il a bien voulu m'apporter, hier, les précisions suivantes. Les brefs commentaires dans lesquelles elles sont enchâssées vous éclaireront sur l'origine de l'erreur :
"Je pressentais que la politique que menait Milosevic allait conduire au charcutage du Kosovo. La priorité, c'était de l'arrêter. (…) Lorsque j'ai compris, deux ans plus tard, que la KFOR onusienne n'était pas là pour stabiliser la situation, mais pour créer un Kosovo indépendant, je me suis désolidarisé."
L'intervention mènera, in fine, au résultat précis qu'il voulait éviter : la création d'une enclave musulmane au cœur de l'Europe. "Là où j'ai été naïf, dit-il, c'est que je ne croyais pas qu'ils feraient la même connerie qu'en Bosnie." Si.

Quant aux réactions des opinions publiques et médiatiques à ces prises de position, elles restent d'une constance confondante : soutenir l'OTAN dans un pays à l'anti-américanisme compulsif, c'était déjà limite… Mais refuser de plier devant la force du nombre et la réalité démographique, non ! Dantec, donc, nazi. Preuve supplémentaire - s'il en fallait une - que ce qui agace l'époque n'est pas le produit d'une pensée, mais le fait qu'elle soit libre.

Merci aux lecteurs d'avoir décelé cette contre-vérité flagrante, qui avait échappé aux relectures.
Je leur adresse mes plus plates mes excuses.

19. 03/12/2010 07:41 - Papydrone

Papydrone"Ce qui agace l'époque n'est pas le produit d'une pensée, mais le fait qu'elle soit libre."
Et ça agace toutes les époques, surtout quand elles se croient libres.
Merci encore.

20. 03/12/2010 22:04 - Petitmarquis

PetitmarquisPour ceux que ça intéresse, le tableaux décrit par l'article, au dessus de l'ordinateur de Maurice :

http://2.bp.blogspot.com/_5UFMTu7-sJ8/Rm6mp2AeloI/AAAAAAAAAEA/s3Ph5ZMVmd0/s1600-h/Touareg.jpg

21. 16/01/2011 05:57 - cequetuvaux

cequetuvauxce mec suppliera....ou ces decsandant.

22. 14/01/2012 23:57 - commequidirait

commequidirait "Il n'y a plus d'écrivains, en France. C'est terminé. Ne restent que des Yann Moix, des Marc Levy, des Angot, des Musso.."
Ca s'appelle de la mauvaise foi ou je ne m'y connais pas !! Tous les pays, toutes les littératures ont leurs Levy, Pancol, Musso et vous le savez pertinemment.
Un peu de modestie pour une fois, monsieur Dantec : je ne sais pas moi, mais il me semble qu'avant de penser à vous, j'aurais cité Michon, Carrere, Millet, Echenoz... Des gens qui savent écrire un peu mieux que vous tout de même.
Mais bon, moi ce que j'en dis...

Ring 2012
Géraldine Woessner par Géraldine Woessner

Journaliste et écrivain français.

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Superbe de lire Géraldine Woessner qui a enfin - je l'espère - pu trouver le temps de se poser, en lieu et place de courses folles, quand entourée des caméras de BFM tivi elle galopait comme une...

Factory29/11/2010 08:21 Factory
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