Sur le RING

Entretien avec Corinne Maier

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Maurice Gendre - le 25/04/2006 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Les plus gros vendeurs de livres sont-ils condamnés à être des personnages inintéressants, des piètres penseurs et des écrivains nullissimes ? La réponse est non !
La preuve par Corinne Maier. Maurice Gendre

Entretien réalisé par Maurice Gendre

Avec le recul, comment analysez-vous le succès de vos ouvrages et plus particulièrement de Bonjour paresse ?

-Je ne sais pas. J'ai aussi écrit des worst-sellers. Ils ne sont pas beaucoup plus mauvais que  mes livres qui se sont très bien vendus.

Bonjour paresse a été traduit dans combien de langues et diffusé dans combien de pays ?

-30 langues, si on convertit en nombre de pays ça doit faire un peu moins. Paresse Unlimited est une entreprise internationale qui marche bien.
 
Dans Tout le monde en parle, vous aviez lancé à Salomé Lelouch et Arthur Jugnot - tous deux hostiles à votre démarche intellectuelle -  que "la critique n'est pas faite pour construire mais détruire". Pouvez-vous revenir sur ce propos ?

- Quand on dit à quelqu'un « formule une critique constructive », c'est un moyen de lui dire « ferme ta gueule », non ? Comme Brice de Nice, moi j'aime bien casser les pédants. Et puis « critique constructive », ça sous-entend qu'on propose des solutions. Moi, je n'ai pas de solution car je n'ai rien à vendre, pas de séminaires pour apprendre à mieux travailler, pas de séances de coaching, pas de programme politique pour améliorer le monde. Rien je vous dis, j'ai pas d'espoir en stock.
 
Dans votre essai-pamphlet Intello Academy, vous fustigez l'intelligentsia hexagonale. Quels sont les plus grands reproches que l'on peut formuler à son endroit ?

- Elle est centrée sur elle-même, parle un langage boursouflé et n'est pas capable de développer des concepts en prise avec la société d'aujourd'hui.


Quel regard portez-vous sur le "débat" opposant "anciens progressistes" et "nouveaux réactionnaires" ?

-Y a-t-il vraiment un débat ? Tout ce que je peux vous dire c'est que personnellement je ne crois pas au progrès. Pour moi il a deux catégories de gens, ceux qui pensent qu'on vit dans un monde abject et les autres. Généralement je m'entends bien avec les premiers.

BLH est-il « une imposture française » comme le suggèrent Nicolas Beau et Olivier Toscer ?

-Les gens que vous citez en parlent mieux que moi. Je crois que BHL a tiré les leçons de Marcel Duchamp, qui a montré qu'on pouvait transformer un urinoir en ½uvre d'art : notre Bernard national s'échine à transformer de la daube en pensée. 
 
Quels sont les penseurs qu'il faut absolument découvrir ou redécouvrir ? Et pourquoi ?

-S'intéresser à ce qui se passe à l'étranger au lieu de se regarder le nombril : il est urgent de traduire l'intégrale de l'½uvre de Zygmunt Bauman, le grand sociologue anglais, pour prendre un exemple. Et puis lire davantage les gens en France qui font de bons livres dans leur domaine : Sandra Laugier, Marcela Iacub, Camille Dumoulié, Christian Laval...
 
Où en êtes-vous avec l'EDF ?

-Je suis virée.
 
Un avis sur la fusion Suez-GDF ?

- Transposons. Votre fille est demandée en mariage par un Rital (en l'occurrence, il s'agit de l'Italien ENEL, qui veut acquérir GDF). Pas question, elle épousera un petit gars bien de chez nous. Or, le petit gars bien de chez nous, elle ne peut pas le souffrir, c'est un type de droite qui ne pense qu'à l'argent (en gros c'est comme cela que les gens de GDF se représentent Suez). Morale : il y a de l'eau dans le gaz... Cela fait un vrai feuilleton, non ?

Avez-vous lu Le droit à la paresse de Paul Lafargue ? Si oui, qu'en avez-vous pensé ?

-Oui, le style est vieillot mais l'idée est révolutionnaire. Le succès de Bonjour Paresse en est la preuve. La paresse est une idée toujours actuelle.
 
En décortiquant vos interventions télévisuelles, on ne peut s'empêcher de songer aux travaux de Pierre Carles (notamment à Danger travail). A-t-il eu une quelconque influence sur vous ?


-Vous me flattez, j'aime beaucoup Pierre Carles ; il est le cinéaste que je trouve le plus subversif, avec le Belge Jan Bucquoy.
 
Quelqu'un comme vous doit avoir un point de vue quelque peu singulier sur des mesures comme les 35 heures ou le CPE ?

-On ne prête qu'aux riches, mais ce n'est pas le cas.
 
Quelle "valeur" du monde de l'entreprise vous insupporte le plus ?

-L'ambivalence entre deux injonctions contradictoires : « dis merci car on t'a donné du travail », et « si tu n'es pas content tu peux aller voir plus loin ».
 
Quelle "valeur" de ce même monde vous amuse le plus ?

-Le jargon boursouflé : un vrai bonheur. Quand mes amis qui sont en entreprise veulent me faire plaisir ils m'envoient des comptes rendus de réunion, je me gondole.

Pour ou contre le CV anonyme ?

-Je ne sais pas. C'est terrifiant de penser à quel point il faut être « normal » pour avoir le « droit » de travailler. Comme je ne suis pas « normale », je m'auto exempte.
 
La rédaction du Nouvel Observateur vous a interrogé voilà quelques mois sur le personnage de Franquin, Gaston Lagaffe. Pouvez-vous livrer aux lecteurs de Ring, les quelques réflexions que vous aviez faites à l'époque sur ce génial "anti-héros" ? 

-Franchement je ne lis pas de BD, y a pas assez à lire. Mais Gaston est rigolo, il est le grain de sable qui empêche la machine de fonctionner, un exemple édifiant pour la jeunesse de notre pays.
 
Quel est votre prochain projet ?


-Aucun.
 
Une série de noms maintenant. Dites en un mot ou une phrase ce que ces noms vous inspirent.

-Concernant les politiques rien du tout, les gens que vous citez m'indiffèrent totalement (je lis principalement la presse étrangère parce que la France me tombe des mains). Sauf Montebourg que j'aime bien parce qu'il est seul et encore frais, mais c'est aussi parce qu'on était à l'école ensemble.

Quant à Marx et Adam Smith, ils sont toujours actuels l'un et l'autre, parce qu'ils sont toujours commentés et qu'ils font toujours parler. Ce qu'ils ont écrit sur la société nous concerne encore aujourd'hui.

 
Propos recueillis par Maurice Gendre


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Ring 2012
Maurice Gendre par Maurice Gendre

Editorialiste, ancien rédacteur en chef. Ring Wall of fame.

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