SURLERING.COM - SOUNDTRACKS - par Mathieu Bollon - le 22/01/2011 - 4 réactions -
A supposer que Lovecraft soit né un siècle plus tard, imaginez un
instant s'il avait décidé de former un groupe de hard rock pour invoquer
les obscures entités maléfiques qui hantent ses romans à coups de riffs
hypnotiques composés à la va vite du fond de sa cave à Providence. Non,
ce n'est pas le sujet de la prochaine uchronie signée Norman Spinrad ni
le scénario d'un film de série B fauché mais juste la meilleure image
pour décrire la musique d'Electric Wizard. Formé en 1993 dans le comté
essentiellement rural de Dorset, ce quatuor originaire de la perfide
Albion a sorti en novembre dernier son septième album, « Black Masses »,
sur le label Rise Above. Évoluant dans un registre à mi-chemin entre le
doom metal et le stoner, les magiciens électriques (comme ils se
nomment eux-même) sont les dignes héritiers de leur lointain ancêtre
Black Sabbath. Éteignez toutes vos ampoules électriques. Allumez des
cierges à la gloire de Lucifer ou d'une quelconque idole. Servez vous au
passage un verre de vin pour rendre hommage à Bacchus : Vous serez
alors dans l'ambiance idéale pour plonger dans les limbes décibéliques
du dernier album d'Electric Wizard, le meilleur à ce jour. Si vous
affectionnez les films de vampires de la Hammer ou ceux de Jean Rollin,
la littérature gothique et le hard rock des seventies et que vous n'êtes
pas allergiques aux tempos monolithiques, alors ce groupe est fait sur
mesure pour vous.
« Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis » John Milton, Le paradis perdu
A supposer que Lovecraft soit né un siècle plus tard, imaginez un instant s'il avait décidé de former un groupe de hard rock pour invoquer les obscures entités maléfiques qui hantent ses romans à coups de riffs hypnotiques composés à la va vite du fond de sa cave à Providence. Non, ce n'est pas le sujet de la prochaine uchronie signée Norman Spinrad ni le scénario d'un film de série B fauché mais juste la meilleure image pour décrire la musique d'Electric Wizard. Formé en 1993 dans le comté essentiellement rural de Dorset, ce quatuor originaire de la perfide Albion a sorti en novembre dernier son septième album, « Black Masses », sur le label Rise Above. Évoluant dans un registre à mi-chemin entre le doom metal et le stoner, les magiciens électriques (comme ils se nomment eux-même) sont les dignes héritiers de leur lointain ancêtre Black Sabbath. Éteignez toutes vos ampoules électriques. Allumez des cierges à la gloire de Lucifer ou d'une quelconque idole. Servez vous au passage un verre de vin pour rendre hommage à Bacchus : Vous serez alors dans l'ambiance idéale pour plonger dans les limbes décibéliques du dernier album d'Electric Wizard, le meilleur à ce jour. Si vous affectionnez les films de vampires de la Hammer ou ceux de Jean Rollin, la littérature gothique et le hard rock des seventies et que vous n'êtes pas allergiques aux tempos monolithiques, alors ce groupe est fait sur mesure pour vous.
Une pochette qui évoque l'affiche d'une adaptation cinématographique d'un roman d'Edgar Allan Poe, des titres qui évoquent des cultes païens ancestraux, des riffs paresseux et monolithiques, un mélange habile entre des influences metal et psychédéliques et une voix haut perchée qui semble sortie tout droit de l'Hadès : Nul doute à ce sujet, Electric Wizard sait jouer habilement avec les codes du doom / stoner tout en cultivant sa personnalité. Moins monolithique mais à la fois moins empreint de psychédélisme que son prédécesseur « Witchcult today » sorti en 2007, ce nouvel album des Wizard place le groupe, qui vient de fêter ses dix huit ans, dans le peloton de tête des formations de ce genre, notamment de par sa production qui se révèle excellente.
L'écoute du premier titre de l'album, « Black Mass », ne peut que confirmer cette première impression. C'est en effet sur une incantation à Lucifer (littéralement le « porteur de lumière ») sur fond de riffs metal mid-tempo que s'ouvre ce dernier opus, comme en témoigne le refrain de la chanson : « Hear me Lucifer / Black Mass , Black Mass / Take me Higher , Higher / Black Mass, Black Mass ». Malgré un clin d'œil évident à la chanson bien connue du Velvet Underground & Nico, le deuxième titre « Venus in furs » n'est pas une reprise du morceau écrit par Lou Reed mais une variation sur le thème du sado-masochisme avec la même référence au livre de Sacher Masoch (« To your leather boots, I offer prayer / You rise like a cobra, evil dressed in furs / But your venom, a black drug inside my veins / I need it everyday to take away the pain »). Sachant que le cinéaste espagnol Jesus Franco, connu pour ses œuvres érotico-fantastiques au charme désuet, est une des références cinématographiques majeures du groupe (qui a même joué sur scène devant des images extraites de ses films), il y a fort à parier que ce titre est aussi un clin d'œil au long métrage du même nom.
La musique d'Electric Wizard est un rituel néo-païen à lui tout seul, la complainte du chanteur émergeant avec peine de ce magma sonore, comme dans la chanson « Night Child » qui commence par une intro à base de sons de cloches évoquant le « Hell's Bells » d'AC/DC et dont les paroles évoquent des créatures de la nuit (« Under the black sun I crawl from my grave/Your body Iworship, Your blood I crave / I creep by your window, The light I despise / You cannot see me but feel my cold eyes »). Accélérant le tempo sur des titres comme « Patterns of evil » ou « Turn off your mind » qui sont nettement plus connotés stoner et d'où émergent même quelques solos de guitare, le groupe adopte un son plus mélancolique, voire désespéré, sur l'hypnotique « Satyr IX » (jeu du mots sur le mot rare « saturnine » qui signifie « sombre » ou « mélancolique »), dont la lenteur ne fait qu'accentuer le côté angoissant. Les effets sonores et les divers bidouillages rajoutés par dessus la musique rappellent vaguement certains titres d'Hawkwind et rajoutent une dimension bruitiste à ce titre dont les paroles.
C'est donc sans surprise que l'album se clôt sur « Crypt of Drugula », un titre instrumental très « ambient » voire noise qui dure près de neuf minutes et dont la dimension agressive et torturée n'est même pas atténuée par la voix hypnotique du chanteur Jus Oborn, la tête pensante du groupe. Ce dernier a d'ailleurs accordé une interview au magazine français Noise, parue dans le dernier numéro, dans laquelle il a avoué écouter de la musique rituelle, des percussions juju (musique traditionnelle nigérienne) et même du Gainsbourg. Car derrière le côté grand guignolesque revendiqué et le magma sonore dont émergent parfois quelques solos de guitare et quelques mélodies se cache une musique évidemment intelligente. Si le côté résolument répétitif de sa musique peut rebuter certains auditeurs, ces derniers ne doivent pas se leurrer quant au talent dont sait faire preuve Electric Wizard et qui trouve désormais toute son expression. On peut donc affirmer qu'avec ce septième album, le groupe a atteint le sommet de son art (noir).
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