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Duce, sur place ou à emporter ?

SURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Alain Jamot - le 20/09/2010 - 5 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Qui, parmi nos politiques, si prompts à l’insulte pour escamoter le débat, n’a jamais utilisé le terme “fasciste” pour disqualifier ses adversaires ? Que connaissons-nous vraiment, en France, du fascisme, et de son fondateur et symbole ultime, le Duce?


Benito Mussolini et sa compagne Clara Petacci suspendus au toit d'un garage milanais, le lendemain de leur exécution, le 28 avril 1945.  

Pour des raisons probablement complexes ou idéologiques, mais à ce jour peu étudiées et diffusées, le fascisme reste le parent pauvre de l’historiographie des mouvements totalitaires (et ce terme même de “totalitaire” est contesté par les dernières générations d’historiens, italiens notamment, ainsi que le note Emilio Gentile). Qui connaît vraiment son histoire dans notre belle contrée? Pour nous tous, Mussolini ressemble à une version carbonara de Fernandel, en chemise noire et bottes de cuir, un pâle ersatz transalpin d’Hitler, alors que sa prise du pouvoir précédait de onze année celle des nazis... On le représente toujours bombant le torse, matamore rigolo et inoffensif, se tapant des fans énamourées entre deux campagnes calamiteuses en Ethiopie ou en Lybie.

Or, Mussolini ne peut se réduire à cette caricature simpliste: véritable intellectuel, écrivain efficace, tribun magnétique, il changea profondément l’Italie en plus de vingt ans de pouvoir et sut faire la jonction et la synthèse intellectuelle du socialisme, de la pensée de Georges Sorel et de celle des marxistes révisionnistes français, si l’on en croit les visions fulgurantes de Zeev Sternhell.

L’ouvrage de Pierre Milza “Les derniers jours de Mussolini”, grand spécialiste du fascisme et déjà auteur d’une monumentale biographie du Duce (900 pages), pourrait être présenté par une citation extraite de la préface de cette bio: “"Il ne s’agit pas ici de réhabiliter en quoi que ce soit " l’assassin de Matteotti" et le compagnon de route du nazisme, mais de la mise en perspective d’un destin qui a incontestablement marqué ce siècle européen et qui en résume les espérances trompeuses- celles de la révolution sociale et de la nation triomphante-, les contradictions et les errements criminels"

Qui a vraiment exécuté le maître de l’Italie le 28 avril 1945 ? Nous ne le savons toujours pas avec exactitude, diverses hypothèses sont possibles. On découvre aussi dans cette version spagetti de ”La Chute” les rivalités des mouvements de résistances de la Péninsule, et notamment du Parti Communiste, qui n’hésitait pas à exécuter dans la plus sinistre tradition stalinienne ceux des siens qui s’écartaient de la voix officielle du Parti.

Nous assitons également aux rituels pathétiques de la République de Salo, ultime avatar de l’histoire fasciste. Maurice Bardèche, beau-frère de Brasillach et créateur de “Défense de l’Occident” (la seule revue française réellement fasciste fondée en 1952) tenait ce Sigmaringen pizzaiolo pour l’aboutissement de la pensée et volonté fasciste, alors qu’il ne s’agissait que d’un pathétique Etat fantôme téléguidé par Berlin. A partir de 1943, soutenu à bout de bras par les nazis, Mussolini tente de relancer le mythe fasciste, après sa déconfiture face aux Américains. Mais c’est un mouvement essouflé, ne produisant plus qu’une idéologie théorique et théâtrale, qui ne représente plus rien ou presque dans ce crépuscule mortifère qui s’abat sur l’Italie comme sur l’Allemagne. Courtisans, militants fanatiques, collaborateurs trop compromis avec le régime s’agglomèrent autour du Duce, ultime rempart avant une éventuelle fuite en Suisse. Cette dernière pourtant, trop occupée à recycler les avoirs juifs en provenance d’Allemagne, ne souhaite pas perdre de temps avec ces spadassins fatigués et ces cocottes d’extrême-droite. Et puis il semble que les services secrets alliés, (sur ordre de qui précisément ?) tiennent à faire un exemple: il n’y aura pas de procès de Nuremberg pour Mussolini et les siens, rien que des pelotons d’exécution et des morts sordides au fond des bois ou dans les ruelles obscures.

On découvre Mussolini, ombre de lui-même, mal fagoté dans un uniforme de sous-off nazi, reconnu puis arrêté par la Résistance, incrédule devant sa prise .Monarchistes et communistes se disputent la prise pendant des heures. Le Duce n’est pas le Führer: pas un instant il n’évoque sérieusement le suicide. Il se doute bien pourtant de ce qui l’attend. Mais il ratera sa sortie... Il finit donc fusillé dans le jardin d’une villa vide, avec auprès de lui sa dernière amante, Clara Petacci, beauté sensuelle un peu grassouille qui lui témoigne un amour, un attachement et un sens du sacrifice qui forcent le respect. Comme Eva Braun, elle accueille la mort avec courage, la vie sans Mussolini n’ayant plus aucun sens.

Fin de partie, donc. Les corps des deux amants seront d’abord copieusement malmenés par une foule devenu subitement antifasciste, avant d’être pendus à une grille, comme des animaux morts ou des trophés. Deux bonnes âmes cacheront le sexe de la Petacci en fixant sa jupe, l’obscène le disputant à l’insoutenable dans cette ambiance de sacrifice et de vengeance. Le peuple qui soutenait encore le Duce quelques mois auparavant ne goûte guère la plaisanterie et en rajoute dans l’horreur.

On lit tout cela comme un polar, l’érudition le disputant à la compassion et à la mise en perspective, comme souvent avec Pierre Milza, un de nos meilleurs historiens. Alors, Mussolini disparu, que restait-il au fascisme ? Une carrière extraordinaire d’insultes politiques : on est toujours le fasciste de quelqu’un d’autre.

Alain Jamot


Pierre Milza, Les derniers jours de Mussolini, Fayard.


Toutes les réactions (5)

1. 20/09/2010 17:05 - Bardamu

Bardamu<<"Défense de l’Occident" , la seule revue française réellement fasciste fondée en 1952>>

Vraiment ?

Et que faire d'une revue plus ancienne comme "Je suis partout", à laquelle collaboraient Lucien Rebatet (authentique fasciste), Brasillach et Cousteau (homonyme du commandant)?

2. 20/09/2010 17:18 - Alain Jamot

Alain JamotTrès bonne remarque, cher Bardamu. J'aurais dû préciser "la seule revue française d'APRES-GUERRE réellement fasciste".

Permettez-moi de vous faire remarquer que Je Suis Partout était un quotidien, et non pas une revue. Quand à Rebatet et Brasillach, malgré leur utilisation répétée et revendiquée du terme "fasciste", sont en fait bien plus proche d'une approche nazie, par leur fascination pour Nuremberg et le rituel national-socialiste. Il suffit de relire les Décombres pour s'en rendre compte, où les textes de Brasillach pour JSP.

J'ai toujours trouvé très étonnant que ces deux-là et leurs potes reprennent cette approche générique du terme "fasciste" (fasciste= fasciste et/ou nazi) , à mon sens initiée par les Partis Communistes de l'époque, et véritable non-sens historique.

Quant à Pierre-Antoine Cousteau, c'était plus qu'un homonyme, mais le propre frère du Commandant Cousteau, lui-même rarement classé à gauche...

3. 20/09/2010 17:27 - ferdinand

ferdinandJe suis partout était un hebdomadaire et Pierre-Antoine Cousteau était le frère du commandant au bonnet rouge.

4. 20/09/2010 17:42 - Alain Jamot

Alain JamotDécidément... oui, un hebdo, mais pas une revue ! Quand à Cousteau c'est qu'est-ce que je dis !

5. 20/09/2010 23:49 - Bardamu

BardamuMerci pour ces infos! J'ai lu "Les décombres" moi aussi. Quelle lecture intéressante ! Un témoignage essentiel sur cette période...
Quant à Cousteau, je ne savais pas que c'était son frère qui avait écrit pour JSP. Comme quoi, on en apprends tous les jours...

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