Du crime comme divertissement des noblesSURLERING.COM - MURDER BALLADS - par Evan Ard - le 31/01/2007 - 0 réactions -
Les charmes de la Vendée n'ont pas fini de séduire le touriste made in France. L'office du tourisme local vous invite à découvrir ses marais salants, sa campagne, son histoire, ses châteaux-forts... Mais la Vendée est aussi connue pour son tueur d'enfant. Nous sommes au XVe siècle. La France, à demi occupée par les Anglais, est en proie à la guerre civile. Dans ce contexte troublé, un noble, Gilles de Rais, capitaine de l'armée royale, baron de Bretagne et maréchal de France, ancien compagnon de Jeanne d'Arc connaîtra la gloire à Orléans. Mais Gilles de Rais était aussi un malade atteint d'obsessions sexuelles et sanguinaires, accompagnées de graves troubles de la conscience, de la personnalité et de la volonté. Une muse idéale pour la sinistre légende de Barbe-bleue.
Un noble bien diverti Finalement, Gilles de Rais aura fait couler plus d'encre que de sang tant les faits ont fait l'objet de déformations, se mêlant aux fantasmes des historiens et écrivains, ils donneront naissance à une véritable légende, celle du premier serial killer français connu. Gilles, ainsi nommé par ses parents en souvenir d'un pèlerinage à Saint Gilles du Cotentin, naquit selon la légende dans la tour noire du château de Champtocé en 1404, et se retrouva orphelin dès 1415. Il fut élevé alors par son grand-père Jean de Craon, homme brutal, débauché et sans scrupules qui lui apprit à préférer les man½uvres violentes aux arts de la négociation. Lors de la mort de son grand-père en 1432, Gilles était à la tête de nombreux fiefs et d'une fortune conséquente, mais tous ces biens venus d'héritages divers suscitaient la convoitise auprès de sa famille et de ses proches. Ces fortunes, que le calculateur Jean de Craon s'acquérait souvent illégalement au prix de menaces et de chantages, portaient en elles le ferment de la cruauté de Gilles De Rais qui, le jour de son procès, invoquera l'influence de son grand-père pour sa défense. Ascension et chute d'un triste sire Dans le contexte trouble de la guerre de cent ans, à ce tournant majeur du conflit que provoqua l'arrivée sur les champs de bataille d'une pucelle illuminée du nom de Jeanne d'Arc, Gilles connaîtra un succès rapide dans la course à la renommée. Ce jeune seigneur orgueilleux de sa condition avait la témérité et l'audace propres aux chevaliers combattants. Par ailleurs, il était enclin au mysticisme. D'habiles alliances en audacieux faits d'armes, il façonna sa notoriété en pourfendant l'ennemi anglais. Sur le champ de bataille, Gilles et les autres nobles seigneurs pouvaient s'adonner en toute liberté à leur loisir préféré : le meurtre. La fièvre des combats était orgasmique, glorifiée dans le sang. Se distinguant par ses hauts faits, Gilles finit par rejoindre Jeanne d'Arc. On ne sait que peu de choses de la relation de Jeanne et Gilles. Etaient-ils amants ? Ou bien Gilles n'était-il qu'un capitaine parmi les autres, dans le sillage des favoris ? Son mysticisme dut plaire à la jeune femme. En tout cas ils menèrent la campagne ensemble, s'épaulant dans les combats et s'enrichissant de leurs échanges entre les batailles. Jeanne semblait attachée à son capitaine. Elle s'inquiétait lorsqu'elle restait sans nouvelles de lui et paraissait soulagée lorsque au hasard d'une bataille, celui-ci réapparaissait providentiellement. Ô combien étonnante est cette rencontre entre un homme et une femme que tout séparait et dont les destins se rejoignirent du fait d'un hasard de l'histoire. Cependant leur relation ne fut pas si idyllique que certains aimeraient à le croire. Gilles fut parfois vif à remettre en doute les ordres de la sainte femme. Il discutait ses stratégies, allant parfois jusqu'à s'écarter au dernier moment du plan qu'elle avait établi. De plus, Gilles n'était pas l'unique capitaine de Jeanne et bien d'autres à ses côtés surent briller en ces temps de guerre. Pourtant, leurs talents conjoints les menèrent à la victoire, car il est clair que chacun joua un rôle clé dans la réussite de la campagne d'Orléans. Dans quelle mesure ces rôles étaient-ils liés ? L'histoire ne le dit pas. Une fois la ville délivrée, Gilles devait connaître l'apogée de son court succès. A Reims, le jour même du sacre de Charles VII, ce dernier devait lui faire l'honneur de lui confier la Sainte Ampoule, fiole bénie contenant le chrême pour l'onction des rois. (1) Gilles alla donc chercher la prestigieuse relique à la tête d'un splendide cortège, la joie au c½ur. Il fut perçu par nombre de gens comme l'un des principaux libérateurs d'Orléans, si bien qu'on commanda pour lui un mystère. Ces gigantesques spectacles à caractère sacré représentaient des scènes chrétiennes rassemblant plusieurs centaines de figurants, habituellement réservées aux thèmes bibliques. On fit exception pour Gilles qui investit beaucoup d'argent dans ces représentations tout à son honneur. (2) Enfin, le nouveau roi le nomma maréchal de France, le triomphe de Gilles de Rais était total. Il devait connaître là le plaisir et les honneurs des grands, un plaisir qu'il ne retrouvera que dans le crime.
Seulement Gilles ne fut pas un si grand chef de guerre que l'on pourrait le croire. En tant que capitaine il fut toujours l'homme d'un plus puissant que lui. Dans les batailles, il surprenait par sa sauvagerie. Pour le malheur de ses alliés, il était capable du meilleur comme du pire. Lors du siège de Paris, le 8 septembre 1429, hardi et fidèle jusqu'à la mort, il sauve Jeanne d'Arc blessée et submergée d'ennemis. Mais le lendemain, il se retire sans prévenir quiconque, laissant la pucelle aux mains des Anglais. Rejoignant avec ses hommes l'armée royale, il suivait sagement les ordres du roi, tandis que Jeanne la rebelle continuait sa route vers son funeste sort. L'amitié nouée sur le champ de bataille était morte. Alchimie du crime
Gilles profita un temps de la renommé acquise à Orléans. Prodigue, il dilapidait sa fortune pour donner au peuple l'illusion de sa grandeur. Seulement, rien ne venait renouveler la gloire, et les dettes s'accumulaient. Perdant peu à peu de son crédit, il redevint ce qu'il avait toujours été : un petit seigneur de province, loin de la cour et des complots. Il avait fait son temps. Cherchant bataille à mener pour retrouver la gloire d'antan au travers la férocité des mêlées, il se laissa aller à de faciles querelles de voisinages et autres rapines. Devenu chef de bande, il pillait les campagnes, commettait quelques méfaits, toujours sans grand succès. L'argent venant à manquer cruellement, il se mit à vendre ses biens. Sans fortune il devenait difficile d'entretenir une armée, le sang de l'ennemi se payait à prix fort. Voyant son patrimoine se réduire d'année en année, sa famille le désavouait. La flamme s'éteignait lentement. Mais d'autres passions germaient en lui. Sa foi aveugle dans le miracle de la transformation du plomb en or se confirmait. Son c½ur se préparait à outrepasser toutes les lois. Menacé par la ruine et passé aux oubliettes de l'histoire, Gilles s'adonna à l'alchimie avec une naïve persévérance. Les prétendus mages et autres faiseurs d'or se succédaient dans ses propriétés, abusant de l'enthousiasme puéril du sire pour ces domaines dont il ignorait tout. Sa fascination pour les expériences de transmutations était-elle le reflet des changements qui se tramaient dans son âme? Toujours est-il que dans sa confiance aveugle et superficielle, il crut obstinément les plus habiles menteurs. Parmi ceux-là, les plus audacieux exigèrent de lui un investissement total. L'un d'entre eux, l'obscur mage et alchimiste François Prelati, un florentin homosexuel, fut ramené en France par le très dévoué et défroqué prêtre Eustache Blanchet. De son coté, Gilles était hanté par la quête de l'or au point d'en perdre toute mesure et discernement. Le beau Prelati sut tirer parti de la crédulité et des obsessions du Sire. Les deux hommes étaient fait pour se rencontrer. Prelati commença à initier Gilles aux plaisirs tabous. L'orientation sexuelle de leur relation restera toujours ambiguë.
Durant les longs mois d'hiver, Gilles vivait retranché dans ses forteresses, en particulier le château de Tiffauges, avec ses complices, Poitou, Blanchet, Henriet, Prelati bien sûr ou encore le cousin Gilles de Sissé. Isolés du royaume, ils s'adonnaient à de dangereuses expériences pour le plaisir du seigneur. Mais rien n'était assez fort pour combler le vide laissé par la fin des combats. Dès lors, les invocations de démons se firent plus régulières, sans la moindre réussite, le sacrifice d'animaux n'y faisant rien. Maître François, mettant habilement en scène de fausses apparitions, conseillait à Gilles de s'impliquer d'avantage. Un sombre jour, séduit par les promesses et le corps de l'élégant Prelati, Gilles franchit le point de non-retour. De son propre sang, le sire signa un pacte avec le diable. Il venait de glisser à son doigt l'alliance du prince des ténèbres. Le monstre accouchait de lui-même. Les disparitions d'enfants se firent alors de plus en plus nombreuses. Amateur d'art, Gilles appréciait par ailleurs la lecture, notamment celle du romain Suétone. Il portait un grand intérêt à la Rome antique, ses orgies, ses procès, ses assassinats et ses scandales. Mécène, il appréciait la musique et les fastueuses représentations. Il aimait à s'entourer de tout ce qu'il trouvait beau et ravissant à ses yeux, ce pour quoi il payait fort cher. Mais riches décorations et processions luxueuses ne lui suffisaient pas. Il lui fallait plus de richesses et de magnificence. En son âme oisive, il aimait frénétiquement le paraître et la parure. Mais ce qu'il aimait par-dessus tout, c'était la compagnie des enfants, plus spécifiquement celle des petits garçons... Avec eux, il pratiquait la torture et le viol. Il se délectait en particulier de leurs cris d'agonie durant les supplices rituels, de leurs plaintes, de leurs gémissements. C'est là que Gilles retrouvait son innocence perverse. Le sang et le sexe se mêlaient en un orgasme ininterrompu que la pratique nécrophile achevait de sublimer. Il succombait parfois aux raffinements sadiques d'une odieuse compassion. Cessant les sévices, il relâchait l'enfant, le rassurait, le calmait. Le charme diabolique qu'il mettait dans ses repentirs était tels qu'il parvenait parfois à arracher un baiser à sa proie, avant de l'achever. L'excitation était à son comble, la jouissance se nappait d'une infernale mélodie. Il lui arrivait alors de rire de bon c½ur. Il lui arrivait parfois de pleurer et d'implorer Dieu. Il lui arrivait souvent d'adorer le Diable et d'offrir à la bête les organes de ses victimes. Mais dans sa foi cruellement infantile, Gilles se persuadait toujours des bonnes grâces que Dieu lui réservait, en vertu des confessions qui enserraient le joyau de ses tortures. Il aimait la pureté du Diable. Le pauvre bougre se croyait en état de grâce. Offrant tout au Démon sauf son âme et sa vie, il avait signé le pacte. Un pacte qui, pensait-il, suffirait à abuser à la fois Satan et Dieu. Il voulait jouir de l'abomination sur cette Terre tout en se réservant une place au paradis des saints. Car Gilles l'hérétique était terrifié par l'enfer. Ce dernier n'allait pas tarder à s'abattre sur lui et la troupe de créatures assassines qui le servait dans ses sévices... Un pieux criminel Gilles de Rais avait toujours été pieux. En bon seigneur il fit construire une riche chapelle qu'il emplit de chapelains et de chantres bien payés. Il n'omettait jamais une prière et payait cher pour faire dire des messes et des mystères. En bon chevalier, Gilles était un bon chrétien, et les bons chrétiens qui s'occupaient de sa chapelle firent preuve de bonne volonté en le fournissant en enfants de ch½urs, pour les besoins du rite. Au-dessus des châteaux, une noire fumée s'élevait parfois vers les cieux, emportant en silence les restes carbonisés des immolations sacrilèges. Les chantres accompagnaient les jeunes âmes de leurs cantiques. Lorsque les enfants ne venaient pas d'eux même se jeter aux portes du château en réclamant l'aumône ou du travail, Gilles envoyait ses sbires pourchasser des proies faciles, mendiants ou fils de paysans isolés. Ce clan de familiers servait le sire boucher sans porter de jugement, allant jusqu'à participer aux tortures. Ils étaient dévoués et discrets. Cependant de temps à autre, l'inquiétant réseau des agents du baron attirait l'attention plus que de coutume en s'attaquant à la progéniture de riches marchands ou d'artistes de moyenne renommée. Tout était parfaitement orchestré, des kidnappings à la mise en scène des sévices. Cependant les enlèvements n'étaient pas toujours prémédités et se faisaient parfois au hasard des rencontres, le seul critère fut la nécessaire beauté de l'enfant. Ils devaient être agréables au regard. Le crime se paraît des plus beaux atours. Le sang n'en était que plus éclatant. La rumeur des disparitions se répandit jusqu'aux pays voisins, faisant du Sire de Rais un dangereux et redoutable mangeur d'enfants. Mais Gilles ne s'inquiétait pas de ces racontars de vilains, pensant que son statut seigneurial le protégeait des accusations des manants. Et en effet, ce ne fut pas les crimes qui le trahirent, ni même les pillages, bien que l'évêque et le duc cherchaient déjà motif pour sévir et enquêtaient en ce sens. Ce fut l'ultime scandale de Saint Etienne de Mer Morte, en Vendée, qui provoqua la chute. Le 25 mai 1440, le jour de la Pentecôte, pénétrant l'épée à la main dans l'église en plein office, une cinquantaine d'homme à ses cotés, Gilles menaça gravement Jean de Ferron, frère de l'évêque Guillaume, pour une affaire de possession seigneuriale. Gilles avait enfreint un interdit: toucher à l'immunité ecclésiastique. Il perdit alors tout sens de la mesure, emprisonnant l'évêque Guillaume ainsi que deux proches de Jean de Ferron. Gilles venait de se condamner définitivement. Abandonné de ses serviteurs, il fut saisi à Machecoul et emmené à Nantes en compagnie de Prelati, Poitou, Henriet et Blanchet, ses plus fidèles et immondes séides. Derrière eux les pelles commençaient à creuser, la terre s'ouvrait, régurgitant des dizaines de petits squelettes sous les tas de cendres. Burn, childrenfucker Ils enquêtèrent plusieurs semaines, recueillant les témoignages, procédant aux interrogatoires, déterrant les cadavres, sondant les douves, explorant les salles basses. Il n'y avait aucun doute possible. Une quarantaine de corps d'enfants découverts. On parle de plus de cent quarante victimes, certains avançant même le nombre de huit cent. Le procureur provoqua de vives émotions à la lecture des quarante neuf articles de l'acte d'accusation comportant de nombreux détails sur les sévices. Devant ses juges, Gilles fut instable. S'il reconnut une partie des faits, il demeurait parfois dans le mutisme absolu, tandis qu'il s'emportait soudain contre ses juges, refusant leur autorité, menaçant de faire appel au roi. Il les injuriait et les menaçait avant de succomber aux supplications. Alors qu'il allait à son tour être soumis à la torture, à grand renfort de pleurs et de gémissements il obtint un délai pour se confesser et avoua tout ses crimes : apostasie, hérésie, pratiques magiques et divinatoires, évocations du diable, viols, tortures, assassinats, sodomie. Ainsi, quelques années après que la pucelle fut passée à la question, (3) le sire de Rais y échappa par sa dévotion toute mécanique. Gilles ne croyait plus que dans l'espoir d'échapper à la géhenne. (4) Il avait tué pour le plaisir, faisant tout le mal qu'il pouvait. Il était conscient de sa culpabilité, sans doute de façon purement théorique. Il expliquait ses actes comme une forme de fatalité due à une naissance sous une certaine constellation. S'il ne tenta pas de se disculper, il partagea ses remords, incriminant sa mauvaise éducation et ses excès de table. Il mit en garde les parents, présentant son cas comme l'exemple du raté à ne pas reproduire. Il implora le pardon des proches des victimes, les enjoignant, en tant que bon chrétien, à prier pour lui. Mais durant son procès, le sire de Rais fit-il preuve d'un authentique remord ? Il demeurait prostré dans la crainte de l'enfer, suppliant que l'on prie pour le salut de son âme hideuse. Suite à son excommunion,l'église lui fit la grâce du repentir, et par extension celle de l'inhumation près d'une église de son choix. De même, il parvint à être pendu aux cotés de ses complices et il épargna à sa chair la combustion terminale dans le bûché. Cet ultime procès clôture le plus parfaitement sa destinée parallèle à celle de Jeanne. Tandis que le tribunal ecclésiastique avait refusé les prières de la sainte pucelle, le tribunal civique de Gilles lui accorda sa miséricorde, en vertu de la piété du sire. Son impitoyable charisme fit effet sur bon nombre de personnes présentes, si bien que le jour de l'exécution venu, une procession rassembla une foule immense en laquelle tous priaient pour l'âme de Gilles de Rais. Quelques années auparavant Jeanne n'avait pas eût si beau cortège pour l'accompagner au bûché. Certaines femmes qui assistèrent à la mise à mort de Gilles accompagnèrent ses prières de rédemption, alors qu'il montait à l'échafaud, un livre pieux à la main. Certaines versèrent des chapelets de larmes pour le salut du bourreau. Le 26 octobre 1440, les corps pendus de Poitou et Henriet furent totalement consumés dans le feu vengeur, tandis qu'on retira celui de Gilles à demi brûlé. Selon ses v½ux, il fut emporté en l'église de Carmes où il reçut des funérailles de haut rang. Le soir de l'exécution, on céda à une bien étrange coutume, aux dépends des plus jeunesse. Dans les campagnes alentours, on pouvait alors entendre les cris des enfants, fouettés jusqu'au sang afin qu'ils n'oublient pas les péchés et la punition du Sire de Rais. La légende venait de naître sur l'épiderme d'une nouvelle génération.
Evan Ard (1) La Sainte Ampoule : Selon la légende, un ange sous la forme d'une colombe apporta cette fiole à saint Rémi pour oindre (bénir) le front de Clovis lors de son sacre. Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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