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Dossiers Autochtones, vol.3, les Tibétains

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Charles-Antoine Menanteau - le 14/10/2004 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Tibet : Himalaya, Bouddha, Assassinats

Pendant que le Parti Communiste Chinois se gave allègrement de ses rentes financières faisant de ce pays le suprême paradoxe idéologique qu'est l'art de combiner communisme et capitalisme sauvage, les revendications séparatistes tibétaines sont prises avec sérieux. Zèle pourrait-on dire puisque jusqu'à preuve du contraire, toutes velléités d'indépendance de ce territoire historiquement autonome ont été purement et simplement exterminées, décimées, anéanties, annihilées, détruites, étouffées... Ne cherchez pas l'intrus, il n'y en a pas. Un tel acharnement chinois à vouloir conserver cette partie du territoire n'est pas le fruit du hasard. Enjeux stratégiques obligent, des relents de sécurité nationale semblent être le principal moteur de ce que l'on pourrait appeler un ethnocide justifié. Welcome to reality, baby.

Tibétains Made In China

Depuis une vingtaine d'années, le gouvernement chinois s'efforce de faire disparaître la nation tibétaine en encourageant les mariages mixtes. Shocking, isn't it ? La méthode a déjà porté ses fruits : les six millions de Tibétains sont désormais minoritaires sur leurs propres terres par rapport aux sept millions de Chinois dépêchés sur place par leur administration. On comprend alors pourquoi la démocratie dans ce cas précis explose dans toute sa capacité à réduire au néant une minorité intrinsèquement faussée : c'est la dictature du plus grand nombre sur le plus petit...Les Chinois étant plus nombreux, les décisions prises démocratiquement iront donc généralement à l'encontre des premiers concernés, autrement dit, les Tibétains, résidents millénaires de ces terres.

La neige n'étant pas le seul atout du pays, les Chinois expatriés trouvent leur compte dans deux types d'aide. Une aide économique par l'octroi de primes, d'allègements fiscaux et d'incitations financières de tout ordre, leur carrière étant largement accélérée par leur expérience au Tibet et leur permettant de nourrir une famille laissée en campagne chinoise.
L'autre aide ressemble à s'y méprendre à un tournez-manège sponsorisé par l'empire du milieu : de nombreux Chinois vont au Tibet dans l'espoir de trouver une épouse car la pyramide des âges chinoise est extrêmement singulière, il y a plus d'hommes que de femmes. La politique de l'enfant unique privilégie de garder le garçon qui sera financièrement et socialement parlant toujours plus avantagé que la fille.
On retrouve donc ces mêmes exilés chinois, mariés à une tibétaine, vendant dans la capitale Lhassa les vieux bibelots tibétains que leur supplient de vendre les cars entiers de Chinois venus eux-mêmes coloniser ces terres. Ne cherchez pas la logique ni la contrepèterie, il n'y en a pas.

Vraies Raisons

Au-delà des diverses élucubrations journalistiques qui tentent de nous faire croire que la problématique tibétaine n'est la résultante que de conflits ethniques, il convient de dresser un bilan de la stratégie chinoise dans sa colonisation du royaume de Bouddha.
Véritable toit du monde[1], le Tibet représente une base militaire chinoise de premier ordre. Même si grâce aux progrès techniques, la Chine dispose désormais de satellites d'observation, le plateau tibétain permet une surveillance de tous les mouvements de troupes à sa frontière, notamment ceux provenant d'Inde. En effet, le Cachemire a fait l'objet d'un contentieux militaire en 1962 entre les deux pays, depuis, un centre d'observation a été mis en place pour parer à toutes éventualités.

Depuis les années 1970, la Chine a également aménagé des rampes de lancement de missiles nucléaires dont les essais sont réalisés sous roche : l'arme nucléaire dégage un souffle de chaleur et de radiation pouvant être absorbé par les massifs montagneux. On comprend alors mieux l'ingénuité des fonctionnaires chinois effectuant leurs essais dans des territoires peuplés de minorités musulmanes. Grotesque excuse : si réellement les radiations s'arrêtent là où elles le devaient, pourquoi centrer les tirs dans des territoires vides de tout Chinois ?

Qui dit montagnes, dit eau. Le principal atout énergétique du Tibet reste le pétrole bleu. En effet, la plupart des fleuves s'écoulant en Asie prennent leur source au Tibet. (Indus Mékong, Brahmapoutre...) Grâce à ce réseau hydraulique, la Chine dispose d'un outil de chantage en diminuant le débit des fleuves des pays limitrophes comme le Pakistan, dont la seule source de richesse est la récolte...d'opium.
Les fleuves du Tibet alimentent en eau près de la moitié de l'humanité : Inde - Chine - Pakistan - Bangladesh... Si une quelconque autonomie devait être accordée au Tibet, la Chine deviendrait irrémédiablement dépendante.

Dernière raison valable dans cette course à l'épuration tibétaine, la menace du virus de la fragmentation [2]. Avec 54 communautés (Han, Mandchous, Tadjiks, Ouighours...), la Chine est une véritable mosaïque humaine. Elle ne peut donc pas délibérément accorder un statut particulier au Tibet sans pour autant subir les mêmes revendications de la part de ces autres ethnies.
Après tous les efforts réalisés pour s'approprier Port Arthur, Macao & Co [3], et les démonstrations démocratiques made in China dans la gestion des États comme Taïwan et Hong Kong, offrir l'indépendance au Tibet reviendrait pour la Chine à cracher sur toutes les manipulations et intimidations engagées dans le but de devenir le premier flic d'Asie.

Faux Prétextes

Se donner autant de mal à réduire au silence toute une population ne peut être la résultante d'une quelconque xénophobie de passage. Quand les Chinois reviennent à la charge en 1950 [4], la « révolution culturelle en marche »[5] apporte électricité, progrès industriels et techniques agricoles. Néanmoins, ces quelques rares améliorations apportées par le communisme (on a même appelé Lénine « la fée ») n'arrivent pas à dissimuler le massacre de milliers de Tibétains au non d'un principe dépassé et définitivement défectueux.

Vous qui lisez ceci, jeunes businessmen en herbe, surtout lors d'un dîner d'affaires, n'abordez jamais le problème tibétain, n'employez même pas le mot, un sourire jaune se crisperait sur le visage de vos clients.
Le malaise est visible partout où le Chinois en quête de vérité historique se bloque au goulag Internet étatique. En effet, grâce à Microsoft et quelques autres grands éditeurs de programmes, le PCC est désormais capable d'interdire l'accès à Google pour une recherche du mot Tibet.

L'arrogance et les principaux arguments développés par l'administration rouge de honte sont pathétiques : l'Occident n'a qu'à regarder son passé colonial et ainsi se préserver de donner des leçons de morale.
D'une part, si d'autres ont déjà fait l'erreur avec les dégâts que l'on connaît, le premier trait d'intelligence est d'éviter de réitérer les mêmes démences.
D'autre part, se cacher derrière les méfaits des autres pour justifier ceux opérés en ce moment-même relève d'une rare mauvaise foi.

Le paradigme de cet état d'esprit est largement visible dans les propos de l'écrivain chinois Wang Lixiong, affirmant que « le peuple tibétain a pris une part active à la destruction de sa propre culture. » Il ne s'agit pas ici d'entrer dans un débat léthargique déjà pipé d'avance, le célèbre historien tibétain Tsering Shakya a largement contribué à remettre de façon abrupte la réalité sur ses pattes [6] : « La nature millénariste de la révolte de 1969 renvoie à la cassure intime provoquée par la Révolution culturelle, qui voulait effacer toute trace de l'identité tibétaine. » [7]

Considérés par beaucoup comme les sacrifiés de l'histoire, les Tibétains ont à juste titre l'impression que la communauté internationale, par souci de plaire à l'empire du milieu, est atteinte d'une surdité excessive quand il s'agit de prêter l'oreille aux requêtes du Tibet.

Certes, les quelques connasses emperlousées et autres gigolos poudrés du tout Paris s'en donnent à coeur joie quand il s'agit de plier l'échine devant le Dalaï-Lama pour laver leurs âmes séchées d'ego démesuré [8].
Pour avouer de telles sornettes, Lixiong correspond exactement à ce que Maurice G. Dantec tente de mettre en évidence : « La bêtise universelle tend à asseoir son règne, sa domination, (...) d'une certaine manière, plus l'homme est cultivé, plus il est capable d'abominations. » [9]

Charles-Antoine Menanteau

[1] : Le Mont Chomolungma a été injustement mis à mal par Sir George Everest (1790-1866), le géomètre en chef de l'Empire des Indes britanniques, qui a donné son nom au plus haut massif montagneux du pays. Pour les Tibétains : Chomolungma, déesse de la terre et pour les Népalais : Sagarmatha, déesse du ciel. Les Tibétains ont utilisé cette appellation pendant des siècles avant que les colonialistes britanniques n'entreprennent de dresser la carte de l'Himalaya. Le mont Chomolungma figurait dans l'atlas officiel établi sous le règne de l'empereur Kangxi au début du XVIIIe siècle, avant même que les Britanniques ne connaissent son existence.
[2] : Expression favorite de mon prof de géopolitique
[3] : Voir article :
http://www.surlering.com/article.php/id/4577
[4] : Les empereurs Qing établissent leur domination sur le pays en 1751, grâce aux Anglais, les Tibétains chassent les Chinois en 1912.
[5] : J'ai quelque peine écrire ce terme tellement l'incongruité des propos et le contresens intrinsèque de l'utopie me laisse pantois.
[6] : Pour paraphraser Bertold Brecht.
[7] : Tsering Shakya in Courrier International
[8] : Ce qui doit faire dresser les derniers cheveux de Matthieu Ricard, traducteur et accompagnateur du Dalaï-Lama, fils de l'illustre Jean-François Revel. Voir entretien familial dans « Le moine et le philosophe ». Ed Pocket, 1999.
[9] : Interview de Maurice G. Dantec, in Sirène Rouge, DVD.

Cartes :
http://www.globalsecurity.org/military/world/war/images/tibet-800.gif
http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/IMG/arton8330.jpg
http://atlasgeo.span.ch/cartes/Tibet.jpg
http://iquebec.ifrance.com/himalaya2000/_images/carte-tibet.jpg
http://www.amis-tibet.lu/images/cartenoirblanc.jpg
http://www.amis-tibet.lu/images/cartecoul.jpg



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