SURLERING.COM - SOUNDTRACKS - par Mathieu Bollon - le 02/11/2010 - 9 réactions -
« They're making the last film they say it's the best And we all helped make it It's called the death of the West
the kids from Fame will all be there Free cocacola for you! And all the monkeys from the zoo Will they be extras too? » Death in June, « The Death of the West »
Alors que le célèbre groupe anglais Death in June s'apprête à fêter ses trente ans d'existence, son nouvel album, « The peaceful snow », à sortir le 9 novembre prochain sur le label NER, s'annonce déjà comme très prometteur et inattendu. (notamment par la présence d'un piano dans les morceaux). Fleuron de la scène dark folk européenne dont il fut d'ailleurs le pionnier, Death in June est un paradoxe à lui-même. Honni par certains en raison de son imagerie jugée tendancieuse, considéré comme nationaliste alors que son leader (et chanteur) Douglas Pearce ne cache pas son homosexualité voire son militantisme pro-gay, Death in June est incontestablement un paradoxe à lui-même. A ceux qui voudraient, trop facilement, les classer à l'extrême droite, on peut retorquer par exemple que le groupe a produit un concert à Tel Aviv en 2004 au cours duquel le public les a vu brandir le drapeau israélien avant de jouer.
Jouant sur le registre du scandale mais de la manière la plus sobre et sereine possible, Death in June s'est imposé comme un groupe majeur avec sa folk sombre, épurée (voire apocalyptique) sur des textes à la poésie ambiguë inspirés de Yukio Mishima ou Jean Genet. La sortie imminente de son nouvel album, dont deux morceaux sont déjà écoutables sur Internet, était l'occasion pour nous de revenir sur son parcours et de lui rendre hommage. Secte musicale, société secrète, groupe-concept, ou les trois à la fois : Mais qu'est vraiment Death in June ?
La mort en juin
Il va sans dire que Death in June est un groupe sur lequel plane de nombreux mystères. Même son nom donne lieu à plusieurs interprétations. Pour certains, il fait référence à la nuit des longs couteaux de juin 1934 (référence à l'homosexualité des SA), ou à une nouvelle de Yukio Mishima dont le titre anglais est « Death in midsummer ». Pour d'autres, le nom du groupe fait référence au titre du livre-culte de Thomas Mann, « La mort à Venise » (homosexualité toujours...). Selon une quatrième version, il s'agirait en fait d'une référence à l'assassinat de l'archiduc d'Autriche le 28 juin 1914 à Sarajevo, événement déclencheur de la première guerre mondiale (point de départ du XXème siècle et de ses horreurs ?). Son logo a longtemps prêté à polémique aussi. Il s'agit en effet d'une totenkopf (tête de mort représentée sur les insignes des SS) en dessous de laquelle on distingue le chiffre 6 (référence au mois de juin). D'aucuns disent que le chiffre 6 est aussi une référence à la série « Le prisonnier », dans laquelle le héros (incarné par Patrick Mc Goohan) porte le numéro six (Faut-il voir là un symbole de la liberté ?). Au delà d'un quelconque message, ce logo symbolise avant tout la mort et témoigne d'un attachement du groupe à une certaine esthétique totalitaire (tout comme Laibach dans un autre genre). Né des décombres du groupe de punk Crisis (plutôt connu pour son engagement à gauche, voire à l'extrême gauche), Death in June a été fondé dans le courant de l'année 1980 par le chanteur Douglas Pearce et Tony Wakeford (ex-membres de Crisis). Les débuts du groupe sont marqués par l'influence de Joy Division, autant sur le plan musical que vestimentaire. C'est ainsi qu'en adoptant un uniforme particulier (qualifié de militariste), Death in June s'attira une réputation sulfureuse dès le début. C'est à partir du deuxième album « Burial », sorti en 1984, que le groupe commence à trouver son identité. Des éléments folk (guitares acoustiques, trompettes et carillons) se rajoutant à des sample divers donnent ainsi naissance au son typique de la dark folk, ouvrant la voie à des groupes comme Sol Invictus, Current 93 ou Der Blutharsch. Au niveau des textes, les thèmes tournent essentiellement autour de l'identité européenne, dont le futur est envisagé avec pessimisme. On y sent l'influence de la pensée du philosophe allemand Oswald Spengler, qui a marqué l'histoire de la pensée par son livre « Le déclin de l'occident » (1922) auquel fait directement référence le titre « Death of the west » dont les paroles traduisent un rejet d'une culture européenne américanisée (« They're making the last film / they say it's the best / And we all helped make it / It's called the death of the West / the kids from Fame will all be there / Free cocacola for you! / And all the monkeys from the zoo / Will they be extras too? »).
Eloge du vide
Après que les membres d'origine Tony Wakeford (fondateur du groupe Sol Invictus) et Patrick Leagas aient quitté le groupe pour des raisons obscures et alors que sort le deuxième album de Death in June, « Nada ! » (1985), les textes se font plus hermétiques, voire ésotériques. Cependant, le groupe n'a pas perdu son côté provocateur, comme l'atteste le refrain de la chanson « C'est un rêve » : (« Où est Klaus Barbie ? / Il est dans le coeur / Il est dans le coeur noir / Liberté / C'est un rêve »), le but de cette chanson n'est bien sûr pas de faire l'éloge de crimes de guerre mais d'attirer l'attention de l'auditeur sur la banalité du mal (comme dirait Hannah Arendt). Dès lors, Death in June devient un one man band autour de la personne de Douglas Pearce qui s'entoure néanmoins de différentes personnalités, notamment David Tibet (fondateur de Current 93) ou Boyd Rice (fondateur de NON), qui participeront aux albums du groupe en tant qu'invités. Le titre de l'album lui-même fait référence à un essai de Marguerite Yourcenar consacré à l'oeuvre de Mishima, « Mishima ou la vision du vide », le terme « nada » étant une allusion au néant mystique (ou le détachement des contingences matérielles pour accéder à un stade supérieur de conscience). En témoigne notamment les paroles de la chanson « Crush my soul » : (« A broken dream / Hangs over life / I feel no pain / I feel nothing / Like empty shells / Like coffins / Dead / Just emptiness / Just emptiness / Judas »). Il faut souligner aussi que Nietzsche fut une source d'inspiration majeure pour Douglas Pearce. Un autre élément portant à croire que le but de Death in June est avant tout de faire l'éloge du vide mystique (ou du chaos en tant qu'origine du monde ?) est l'utilisation fréquente de masques par Douglas Pearce tout au long de l'histoire du groupe, allant du masque de théâtre japonais Nô au masque vénitien en passant par le masque de cochon (comme sur la pochette de l'album « All pigs must die ») et le masque à gaz. Ces éléments appartiennent à l'univers de Death in June et sont censés exprimer l'idée de dépersonnification mystique. Enfin, le dépouillement de sa musique et son aspect minimaliste ne constituent-ils pas à eux-seuls une éloge de ce vide mystique auquel fait allusion le titre « Nada ! » ?
Des Runes et des hommes
Un autre aspect central dans l'univers de Death in June est l'omniprésence de la mythologie nordique. Douglas Pearce n'a en effet jamais caché son admiration pour les runes, par exemple. Cet aspect est particulièrement présent dans l'album sorti en 1987, « Brown Book », dans lequel on trouve des chansons comme « Runes and men » ou « Hail! the white grain » (dont le texte est une paraphrase du groupe de runes Hagal dans l'alphabet nordique).
Comme nous l'avons déjà vu, l'érotisme homosexuel fait aussie partie intégrante de l'univers de Death in June. Par exemple, la pochette de l'album « Rose clouds of holocaust », sorti en 1995, (qui représente une rose et deux statues) posséde une symbolique phallique et anale, si tant est que l'on prenne le temps de bien l'observer. Une rumeur veut que le titre éponyme de l'album fasse référence à l'extermination des homosexuels par incinération dans les camps de concentration (référence à des nuages roses s'échappant des fours crématoires ?), ce que Douglas Pearce a toujours nié. De même, le thème de la rose (qui revient souvent, comme en témoignent des titres comme « To drown a rose » ou « Behind the rose ») est notamment une référence à l'oeuvre de Jean Genet et à son livre « Le miracle de la rose » (1946). Autre référence à Genet : les textes du titre « Headhunter », figurant sur l'album « Kapo ! », inspirés de son livre « Pompes funèbres » sorti en 1947 (dans lequel il évoque les relations troubles entre homosexualité et nazisme). Enfin, le logo alternatif de Death in June, représentant un gant de cuir et un fouet, est une allusion sans équivoque au sado-masochisme. A tout cela se rajoute un goût évident du groupe pour les uniformes et autres tenues para-militaires, confirmant la fascination de Douglas Pearce pour une certaine esthétique homosexuelle.
En débit de son imagerie plus qu'ambigüe et des multiples polémiques sur son compte (notamment la visite de Douglas Pearce dans le quartier général des milices croates HOS à l'occasion d'un concert à Zagreb en 1992), Death in June est un projet complexe, caractérisé par l'érudition de son univers et la poésie noire de ses textes qui ne mérite sûrement pas sa réputation sulfureuse. Mais le but de Death in June n'est t'il pas justement de susciter le débat et de mettre ceux qui l'accusent aveuglément de se servir de leur musique pour faire l'apologie du fascisme devant leurs propres préjugés et leur propre intolérance ? Mathieu Bollon
Toutes les réactions (9)
1. 03/11/2010 10:10 - Dark Side
Bel article que l'on pourra compléter avec cette autre texte tout frais : L'Empire Dark et ses explorateurs http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/le-voyageur-social/20101103/22202/lempire-dark-et-ses-explorateurs
2. 03/11/2010 10:20 - Marco
Je vois avec plaisir que Ring est en train de passer du côté obscure de la musique, là où les artistes sont encore les plus libres finalement.
Keep going!
3. 03/11/2010 13:34 - Nach Mavidou
Tout à fait, Marco !
Je suis moyennement féru de Dark-Folk, même si une paire d'albums de DIJ doivent traîner dans ma discothèque. Depuis quelque temps le groupe dans le vent en la matière s'appelle Rome et vient du Luxembourg (!).
4. 03/11/2010 14:19 - Bardamu
@Nach Mavidou
Un des groupes les plus intéressants en ce moment en matière de dark folk est Von Thronstahl qui viennent d'Allemagne
5. 03/11/2010 15:45 - Coelio
Les Français ne sont pas en reste, il n'y a qu'à se laisser bercer par les douces mélopées du groupe dark folk lyonnais de TAT qui vient de sortir un 3ème album. Le vidéoclip est à tomber par terre, quelle maîtrise de la guitare classique, on est loin des 3 accords mi, do, la usés et abusés par toute la clique apocalyptique. http://www.tat-music.com et http://www.myspace.com/tatdf
NB : Cette tribune libre n'engage pas l'ensemble des chroniqueurs de Surlering.com.Aux « déçus » du sarkozysme.En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde...
Le manuscrit Satellite Sisters, suite de la Sirène rouge, des racines du mal et de Babylon Babies, est dans les airs entre Cape York et Paris, direction les éditions Ring. Le site officiel des...
« Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre
message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)
Encore une fois, Benoît XVI a tout dit.
Sans...
À propos du livre de Pierre-André TAGUIEFF, Wagner contre les Juifs (Berg International, 2012)Définir aussi précisément que possible l’antisémitisme de Wagner, sans tomber dans...
(propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...
Cela devait arriver. Car de longue date, toute loyauté raillée, toute fidélité abolie, les requins de Wall Street ne nagent plus que « dans les eaux glacées du calcul égoïste » (dixit Karl...
Assassinats. Militaires. Petits enfants. Montauban et Toulouse. Ecole juive. 11,43 et 9mm. Indignation, compassion, consensus. Campagne suspendue par le PS. Une minute de silence dans les écoles...
Les campagnes électorales sont des périodes d'extrême saturation des ondes et des conversations, un peu comme aux César ou aux Victoires de la musique, où les animateurs-fonctionnaires s'agitent...
Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...
"Il vaut mieux attraper la peste que rencontrer certaines personnes ; à l'inverse, on ne pourrait vivre en passant à côté de certaines rencontres" ("Manuel de survie en territoire zéro").Maurice...
Puisqu'on
vous dit que vous les aimez.
"TOP 50 :
contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous
présente le "sondage-événement" du JDD, censé établir la liste...
Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...
Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...
A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...
« Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...
Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...
Voici deux mois, le jeune Mohamed El-Bouazizi décédait l’hôpital de Ben Arous, et la Tunisie s’embrasait, entraînant à sa suite nombre de pays arabes. Voilà un mois, un étrange débat...
Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...
Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...
On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...
Presque par bonheur, on l'avait oublié. Le revoilà. Jamel Debbouze a choisi l'Express (c'est de circonstance, il y a vraiment quelque chose de ferroviaire dans cet entretien) pour exercer son...
Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...
Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...
Chanteuse et icône du groupe, Trish Keenan n’est plus. La grande sœur idéale s’en est allée planer au dessus des nimbus qui plombent Birmingham. Avant que de sombrer dans l’oubli, laissons...
Lecture de Lumière du monde, un entretien de Benoît XVI avec Peter Seewald : Lumière des siècles contre siècle des lumières.Les communistes avaient tenté de se débarrasser de Jean-Paul II...
Il en va de certains écrivains comme des maladies vénériennes. Tout le monde les connaît mais personne n'en parle. Ainsi de Robert Brasillach dont il suffit de prononcer le nom au beau milieu...
Il est sympathique ce Stéphane Hessel avec sa gueule du vieux qui sait et son histoire héroïque de grand résistant, grand bourgeois, grand lettré, grand amoureux des femmes (il en a eu cinq...
Il était minuit à Alexandrie.« Le martyre est l’expression absolue de notre amour » Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk Alexandrie, Egypte. 2010 vit ses derniers instants, tels ces...
La jurisprudence Marine Le Pen est passée par là : se demander si
les musulmans peuvent être "trop", sous des latitudes où il faut bien
reconnaitre qu'ils se sont séculairement contentés...
« Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...
Même si Benoît Hamon doit en être à sa quarantième boite de Valium, il faut reconnaitre qu'il n'y a que le PS pour égayer ainsi nos froides soirées d'hiver. Tout d'abord, l'ineffable...
Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...
(reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations »...
Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...
Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...
Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...
Géraldine Woessner a été reçue au domicile de Maurice G. Dantec à Montréal. Une conversation autour de l'exil, du Québec, de l'hexagone et ses écrivains, du roman qu'il prépare pour 2011 et...
Faire travailler les chômeurs, voilà "une joyeuse bonne idée", comme dirait Jolitorax, dans Astérix chez les Bretons. Bon, dans l'absolu, c'est n'est pas nouveau. Parait que François Mitterrand...
Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...