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De Gaulle survivra-t-il ? [débat & opinion]

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Laurent Duclos - le 19/06/2010 - 6 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

débat & opinion

texte reçu de Laurent Duclos (Bordeaux, France), lecteur du Ring et membre de l'association des amis de Maurice G. Dantec.

En France, tout part à vau l’eau. Cette constatation qui fait désormais figure de lieu commun pour vieux réacs est un classique de fin de repas dominicaux dans la catégorie « c’était mieux avant ». Et pourtant oui, il fut un temps, pas si lointain d’ailleurs, où l’inconscient collectif  national pouvait croire que les choses allaient aussi bien qu’elles ne pourraient jamais aller. Ce temps, c’était celui des trente glorieuses dont la figure emblématique demeurera, à tort ou à raison et à jamais, la statue du commandeur entre tous, le général de Gaulle. Et justement, malgré le discours Londonien de Sarkozy hier, le destin de la statue est de finir abattue.



Car tout ça, tout ce bonheur, c’était avant justement. Avant les trente baveuses, avant que les Français se laissent persuader, par ignorance ou par veulerie, que leur pays était un caviar  de purin et qu’il était de bon ton de marcher dedans. Qu’on aille quérir masses, cordes et clés de 12, le moment est enfin venu.

Je n’ai pas connu la France du général de Gaulle. Je suis né dans la France d’après, de juste après, où les héritiers se sont entredéchirés pour un héritage qui n’existait plus depuis le 9 novembre 1970, enterré bien profond à Colombey-les-deux-églises. Oh bien sûr, un héritier a toujours le droit de refuser un héritage (et Dieu sait si celui-ci était contestable), mais il ne doit dès lors plus s’en revendiquer à tout bout de champ sauf au risque de passer pour un imposteur comme le sait si bien Jacques Chirac qui se roula dans le gaullisme comme un porc dans son auge.

Je n’ai pas connu cette France, mais c’est tout comme. Mes parents l’ont connue, mes grands parents et mes arrières grands parents aussi, c’est dire si j’en ai entendu parler plus souvent qu’à mon tour. Chez moi, on était modérément gaullistes. Mon arrière grand-père surtout, ancien Croix de feu ayant participé au mouvement des ligues en février 1934 avec le colonel de La Roque avant de faire péter du boche entre 1939 et 1944 (comme quoi on pouvait être franchement de droite et anti-nazi à la fois), ne goûtait que modérément le personnage. Il lui savait gré d’avoir su remettre la France dans le camp des vainqueurs (et elle revenait de loin, la France), mais il ne lui pardonnait pas d’avoir donné des gages aux communistes pour acheter la paix civile à la libération, gages dont nous payons encore aujourd’hui les intérêts à taux d’usure.
La majorité des autres membres de la famille lui était surtout reconnaissante d’avoir donné paix et prospérité au petit commerce. En revanche, pas de pieds noirs chez nous. La blessure de l’Algérie française nous aura donc été épargnée.

Toutefois, ce que j’ai vite su, c’est que si je vivais en paix, dans un pays moderne, libre et largement pourvu d’infrastructures de toutes sortes, c’était en grande partie à ce général que je le devais (sans oublier les américains, canadiens, anglais, coloniaux et autres qui avaient aussi un peu payé de leur personne pour que nous en arrivions là, mais ça, le général en parlait moins, cet homme n’avait pas que des qualités).

Avec ses qualités donc, et ses défauts tout aussi remarquables, ses réussites exceptionnelles, ses échecs retentissants et ses petites magouilles mesquines, avec cet orgueil démesuré qui le faisait à la fois admirable et détestable, et si français en somme, le général de Gaulle en est arrivé au statut de mythe national. Il a été et il est encore « la France » dans l’esprit de beaucoup de gens. J’irai même plus loin, il est notre dernière figure messianique, à la fois prêtre de la France éternelle qui parlait par sa bouche et dont il était le lieutenant-terre, prophète de son destin manifeste et roi de son peuple. Un Christ vous dis-je !

Et c’est pour cela qu’il va être crucifié.

En 2005, Dominique de Villepin alors premier ministre et soit disant grand admirateur de Napoléon 1er avait renoncé aux célébrations du bicentenaire de la victoire d’Austerlitz sous la pression de quelques associations éthnocentrées au motif que l’Empereur était un négrier. Après Jeanne d’Arc violée par les amis du borgne, c’était un autre pilier de notre histoire nationale que l’on jetait à la poubelle destinée aux ordures non recyclables.

Coté institutions, le ménage avait déjà été fait. De la république, de la liberté, de l’égalité (son contraire) et de la fraternité, on n’attendait déjà plus rien. De l’école, on espérait plus grand-chose et depuis longtemps déjà.

L’église ? Parlons en de l’église, ce « repère de curés tous pédophiles aux ordres d’un pape intégriste anti-capote (pauvres enfants) » ! Et puisque l’église est pourrie, c’est que le message du Christ l’est aussi, pas de fumée sans feu, allez... poubelle !
La nation ? Non mais ça va pas ? Il a écrit le mot nation, là ? Non mais il s'est pris pour Zemmour ?
La famille alors peut-être ? Et macho-sexiste avec ça, encore un tenant de l’ordre patriarcal ?
Bref, on a tout bazardé. Et quand je dis « on », je veux dire qu’ « on » l’a fait « pour » nous, sans nous demander notre avis et même, avec notre passive complicité.

Sauf qu’à propos de famille justement, il en reste encore un qui bien que mort ne veut pas crever et pourtant, Charles de Gaulle a tout pour être la prochaine cible de l’entreprise de démolition qui se charge du chantier France. Militaire, catholique, monarchiste au fond, aimant à la fois l’ordre et le progrès, gaulois parmi les gaulois, bref, symbole de la France honnie, celle d’avant le « vivre ensemble » obligatoire pour tous, le général est l’une des dernières figures à abattre. Il est le mur porteur qui une fois jeté à terre laissera le champ libre aux bulldozers qui n’auront plus qu’à égaliser les ruines avant que du sel y soit répandu pour que l’herbe n’y repousse plus. Il est le dernier bastion de la mémoire de l’ordre ancien, la dernière Bastille. De Gaulle, c'est un peu la dernière érection française qu'il va falloir refroidir au seau d'eau glacée.

La période pourrait être propice. Hier, nous étions le 18 juin, date anniversaire de l’appel du même nom qu’en étant tout à fait honnête, il faut bien reconnaître qu’il manqua de peu de finir en bide radiophonique. Peu de gens l’entendirent en réalité, et beaucoup ne l’avaient pas attendu pour décider que décidément non, on ne pourrait pas laisser la soldatesque allemande égorger plus longtemps nos fils et nos compagnes. Quoi qu’il en soit, l’évènement connu un beau succès d’estime et participa à bâtir la geste gaullienne.

Oui, la période pourrait être propice pour flinguer le vieux une bonne fois pour toute. Pensez donc, un mec qui osa écrire qu’il n’était pas chaud pour que Colombey-les-deux-Eglises devienne Colombey-les-deux-Mosquées, ça ne mérite pas une bonne petite fatwa ? En plus, dans deux ans, les élections présidentielles pointeront leur nez, avec un peu de chance, Sarkozy va vouloir céder momentanément la place à Fillon qui ose se revendiquer d’un gaullisme social suspect.

Déjà, ça et là, on entend parler d'appels foireux et d'initiatives toutes aussi ridicules les unes que les autres  où on récupère une date pour un tirer une symbolique détournée, preuve que la bête immonde est bien là, à rôder, attendant son heure. Car ils sont nombreux les volontaires du coup de grâce final. Il va falloir en ouvrir des vieux placards pour en éventrer les cartons bien remplis des grandes heures de la France-Afrique ! Et je ne vous parle même pas du dossier algérien ! Pensez donc, militairement vaincu, le FLN avait tout de même fini par obtenir l'indépendance de l'Algérie. Le cadeau était tellement empoisonné que même encore aujourd'hui, les Algériens eux-mêmes ne savent toujours pas bien quoi en faire. Ah le vieux salaud qui en plus leur colla des essais nucléaires à Reggane jusqu'en 1966 ! Et bien le nucléaire en France, c'est lui ! Encore lui ! La cible est trop belle, et l'auréole protectrice qui éloigne encore un peu, mais pour combien de temps, la meute prête à la curée commence déjà à pâlir.


You will not survive

Oui mais voilà, d’ici là, la coupe du monde est bien installée et personne ne s'est aperçu qu’on est en train de défigurer le buste de l’ancêtre parce que tout le monde s’en fout, trop occupé à regarder, dégoûté mais fasciné tout à la fois, l’équipe de France se prendre une branlée au pays du vivre ensemble intégral et Anelka expliquer à Domenech "d'aller niquer sa mère, qu'il est un fils de pute". Dans l’absolu ce serait l’idéal, on pourrait tuer le père dans l’indifférence générale, ni vu ni connu. Sauf que ça ne remplirait pas le but recherché.
Non, il faudra que l’humiliation précède la mise à mort de ce salopard qui nous avait tellement bien compris qu'il pensait que la république, qu'il contribua pourtant à restaurer, n'était pas inscrite dans l'identité génétique de la France, et que la démocratie, ça marchait bien mieux avec un chef un poil autoritaire.

Et quand le moment viendra, qui empêchera le massacre ? Qui perdra cinq minutes à défendre un type qui n'était certes pas un enfant de choeur ni un héros irréprochable mais qui encore aujourd'hui représente « une certaine idée de la France », comme on dit dans les dîners mondains.


Allez, un petit effort, c'est le dernier de nos éléphants blancs, et il est déjà mort.

Laurent Duclos



Toutes les réactions (6)

1. 19/06/2010 12:57 - thierry bruno

thierry brunoCet article me semble plutôt douteux. Abusant de raccourcis et d'assertions discutables, l'auteur semble penser qu'il faudrait finalement détester De Gaulle mais que bon, il semble tout autant représenter "cette certaine idée de la France" qui intéresse nécessairement tout réactionnaire qui se respecte. Sauf que De Gaulle n'était pas un réactionnaire; sauf que oui, la résistance aurait probablement exister sans De Gaulle mais elle eut été probablement autre que celle qui a permis à la France de s'asseoir à la table des vainqueurs; sauf que sans les "gages" donnés aux communistes, c'était la guerre civile assurée; sauf que c'est une ânerie scandée par les pieds-noirs et les anciens de l'OAS que le FLN était militairement battu; sauf que....L'héritage est peut-être discutable (ce qui est à démontrer) mais je crois que les générations qui viennent aimeraient que nous leur laissions l'héritage que De Gaulle nous a laissé. Mais ça n'en prend pas le chemin, c'est même tout à fait cuit.
Et, dépassant l'héritage factuel, il nous reste cette culture gaullienne, cette oeuvre littéraire qui, si nos braves enseignants se donnaient la peine d'étudier, ils y découvriraient un auteur d'une grande force avec des hauteurs de vue qui n'ont rien à voir avec les prétendues mesquineries qu'il est de bon ton d'invoquer. Mais il est vrai aussi que ces braves enseignants, champion de la laïcité -bien que je ne vois pas le rapport avec De Gaulle mais c'est leur argument anti-, sont capables de vous présenter Beaudelaire sans jamais aborder le catholicisme du poète. Espérons donc que les générations à venir se passeront de l'avis de leurs mauvais maîtres et sauront enrichir leurs bibliothèques d'un auteur nommé De Gaulle.

2. 19/06/2010 14:37 - Dream

DreamSarkozy a offert un hommage pourtant appuyé qui contredit ce papier.

3. 19/06/2010 16:53 - TitOeuf

TitOeufJ'ai beaucoup aimé le débat sur de Gaulle, avec Zemmour et Barré, dans la partie vidéo de "Sur Le Ring", c'était excellent et ça disait tout à mon sens.
Pour être un bon Gaulliste, il faut d'abord aimer la France par dessus tout, et être donc un fervent patriote, des bons, mais également des mauvais côtés et passés de notre pays.
Il faut avoir un bonne base Bergsonienne.
Il faut avoir un zeste de Maurras.
Il faut avoir un zeste d'Action Française ou de Cagoule (voire les deux, c'est pas interdit).
Et il faut surtout avoir un tempérament de révolutionnaire, car de Gaulle était un vrai révolutionnaire qui ne s'allongeait jamais devant aucun Empire, toujours l'esprit critique, le sens de l'histoire et l'analyse pertinente.

4. 19/06/2010 19:13 - Sunderland

Sunderland Arrêtez, il n'y a plus de gaullistes, il n'y a plus que des branleurs. Il n'y a plus de Bigeards, il n'y a plus que des fonctionnaires en uniformes. De Gaulle a connu un peu le même sort que Pétain, au fond: héros d'une guerre, considéré comme traître au cours de la suivante. Héros de la Résistance contre les nazis et leurs morpions collabos, mais lâcheur de la France à travers la fin de l'Algérie française. Je ne cautionne certes pas les actions menées par l'OAS (à ce propos, lisez l'excellent The Day of the Jackal de Frederick Forsyth, ou regardez l'adaptation cinématographique de Fred Zinnemann) mais je comprends que celles-ci aient eu lieu. De Gaulle militaire, oui, De Gaulle chef d'Etat, déjà nettement moins en ce qui me concerne.

5. 20/06/2010 10:13 - thierry bruno

thierry brunoSunderland, j'ignore si vous souhaitiez être "réactionnaire" dans vos propos mais je vous trouve plutôt très convenu. La grossièreté n'a rien de "réac'" et les gros clichés, n'en jetez plus. Bigeard = Soldat, maintenant= fonctionnaire, STOP. Ce qui fait les grands soldats, ce sont les guerres. Malgré nos engagements en OPEX, le contexte ne permet pas l'émergence de cette "race". Faut-il s'en plaindre ?
De plus, excuser l'inexcusable, c'est-à-dire l'OAS, jamais. Qu'il y eut quelques soldats sincères qui se soient égarés parmi ces pourris, d'accord et ce n'est pas à leur honneur, mais l'OAS c'est d'abord un repère d'assassins et de lâches.
Quant à De Gaulle, pas homme d'Etat, c'est tellement ridicule qu'il faut simplement vous inviter à vous documenter.

6. 20/06/2010 10:38 - Titoeuf

TitoeufEn plein accord avec vous Thierry Bruno, et bien que je sois trop jeune pour être à même de juger en conscience suffisamment éclairée le contexte OAS de l'époque, je dirais cependant, par des liens et témoignages notamment familiaux que j'ai pu recueillir, qu'Hélie Denoix de Saint-Marc fait partie de ces sincères et illustres soldats que vous semblez mentionner, comme égarés dans une cause manifestement pervertie pour porter atteinte aux intérêts propres de la France.

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