Daniel Blanchard et les Ateliers de PorthosSURLERING.COM - THE BOOKMAKER - par Alain Jamot - le 08/03/2010 - 0 réactions -
Daniel Blanchard : mon âme à Dieu, mon corps au Roy, mon cœur aux dames.![]() Peut-être vous souvenez-vous de ma découverte enthousiaste d’un jeune éditeur Le Mort qui Trompe, relatée dans un article précédent ? Eh bien j’ai mis la main sur une nouvelle pépite, Les Ateliers de Porthos ! Fondée par Francine Beauverger, correctrice parisienne ayant décidé de monter sa propre structure en Bretagne après avoir travaillé pour de grandes maisons, elle déploie des trésors d’invention et recourt à toutes les techniques imaginables pour toucher son public : forum, ateliers d’écriture, librairie, réseau personnel de distribution à Paris et en province (avec des dizaines de librairies partenaires et ses propres représentants)… bref, le meilleur des outils et astuces online et offline pour survivre dans le Far-West de l’édition française. Et si une partie de l’avenir de l’édition se jouait là, chez ces indépendants courageux et pragmatiques, loin des fantasmes bidons de best-sellers torchés à la va-vite qui inondent les étals de nos librairies et des wanabees incultes et pédants ? Cette petite structure se voue également à la découverte de nouveaux talents, et parmi ceux-ci, de Daniel Blanchard. Ancien parachutiste au 1er RCP, intervenant pour l’ONU dans les pays de l’Est, chrétien impliqué tant au Sud-Vietnam qu’en Pologne du temps de Solidarnosk, l’homme a un amour secret pour la littérature, et plus particulièrement pour le polar. En l’espace de quelques années, il a publié pas moins de sept romans policiers dans cette petite maison, et y déploie un réel talent de conteur et de styliste. C’est toujours émouvant de découvrir ainsi au hasard un auteur (en fait il m’a contacté via Facebook, qui a dit que les réseaux sociaux c’était tout pipeau ?), et de sentir d’entrée s’établir une secrète connivence, de découvrir un ton, un personnage, une voix subitement familière alors qu’on en ignorait jusqu’à l’existence quelques jours auparavant… L’homme affiche clairement ses couleurs et se pose en digne héritier de la meilleure veine du polar français, celle de Frédéric Dard. Ne vous attendez pourtant pas à un plagiat servile ou une resucée pénible du commissaire San Antonio, c’est pas le genre de la maison. Il revendique également une culture toujours vivace et cependant constamment moquée, celle des banlieues ouvrières des années cinquante, des immeubles et des pavillons prolos, où des familles se retrouvaient le dimanche au cinéma ou devant la télé pour se régaler des dialogues d’Audiard ou du jeu de Fernandel… sans jamais tomber dans le plaidoyer pénible pour un monde disparu ou le pastiche embarrassant. Comme il le dit lui-même « de cette époque, il garde un souvenir particulièrement attendri… C’était le temps des petites maisonnettes cachées dans d’étroits vergers, des jardins ouvriers, des murmures d’été sous les tonnelles de vigne vierge. Il en conserve aujourd’hui un langage et des expressions en voie de disparition ». Non, ici, tout est plus subtil : si influence il y a, elle se situe dans une liberté intime, un amour de la langue telle qu’elle se parle réellement dans toutes les classes sociales, un goût pour les expressions surannées ou argotiques. L’action y est plus lente que chez le père de Bérurier, elle se nourrit de description de banlieues improbables, de provinces étouffantes et trempées, et pourrait rappeler les atmosphères humides et brouillées que l’on rencontrait autrefois dans les meilleurs pages de Simenon. On découvre avec gourmandise ses personnages, narrateurs souvent désabusés, petites gens refusant la déprime, flics vieillissants confrontés à la misère et à toutes les astuces pour y échapper… Dans son dernier opus qui vient de sortir Pension Mireille, on suit le périple de Jean Marchand, en route pour un week-end entre amis et qui se retrouve coincé sous la flotte dans un village perdu. Tenancière hors du siècle, ingénue blonde au parcours mystérieux, secrets lourds et inquiétants, le bouquin se dévore en quelques heures et laisse en vous une délicieuse impression une fois achevé. On est bien loin des gros pavés anglo-saxons qui encombrent les rayons de la FNAC, de leurs astuces téléphonées et de leurs interminables et complaisantes descriptions cliniques. Et si le polar français se régénérait aussi par des auteurs comme Blanchard, cessant de se prendre pour des Américains ou des cyberpunks du pauvre, et assumant enfin ce qu’ils sont ? Site internet de l’éditeur : http://www.lesateliersdeporthos.com. Alain Jamot Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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