Comme en 40SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Maurice G. Dantec - le 10/06/2003 - 0 réactions -
Ce texte a été publié le premier jour des frappes américaines sur l'Irak, par Maurice G. Dantec
Mais ce soir, après deux minutes passées devant mon écran de télévision, la perspective d'une France définitivement CONDAMNÉE par elle-même à n'être bientôt qu'un souvenir décoratif sur les étagères de la (post)-Histoire s'est imposée, sans rémission possible, et le vent glacial du désespoir a bien failli m'emporter. Mais désormais plus aucun désespoir ne peut m'atteindre, je suis au-delà de cette zone-limite. Maintenant, je n'attends plus que l'Heure du Jugement. J'ai donc assisté, hypnotisé par les apparitions successives de ses vestales, et en un micro-trottoir parlementaire digne de ce nom, à la sanctification de la nouvelle UNION SACRÉE des Barons du Camembert : de François Hollande à Philippe de Villiers, de Chevènement à je ne sais plus quel trou-du-cul du RPR, de Bayrou à Robert Hue, des Nanarcho-trotskystes aux partisans de Bruno Mégret, de Nick Mamère à Le Pen, l'unanimité, enfin, de la nation est restaurée: tous d'accord, tous avec l'Irak et son moustachu père des peuples de substitution, tous contre l'impérialisme américain à la solde des youpins. Il y a certes les nuances de bon aloi, chacun son épicerie, mais le fond de commerce reste le même, c'est celui de la néo-bourgeoisie franchouille depuis un bail. Rappelons-nous, juste pour rigoler, la dernière fois qu'un tel consensus fut publiquement atteint dans l'histoire de ce pays. Rappelons-nous, pour rire encore plus fort, comment cela se termina pour le pays en question. Il ne manquait plus que Nelson Mandela, tout juste réveillé de la conférence de Durban, pour traiter à son tour le président Georges Bush de menteur et les Américains de fauteurs de guerre. L'Internationale anti-occidentale a toujours très bien su choisir ses amis, qui se recrutent soit chez les génocidaires accomplis, soit chez les Prix Nobel atteints d'Alzheimer historique. En ce qui concerne ce nihilisme bien pensant, l'Europe n'était certes pas à la traîne, pensez donc, avec tous les intellectuels que le Continent des Lumières aura livré au monde ébahi depuis des siècles, il fallait bien que nous nous surpassions : deux ou trois semaines plus tôt, un grand quotidien national avait donc titré fièrement, m'a -t-on dit, sur la "e; Françallemagne "e;, concept branchouille digne de Serge July ou de Régis Debray, pour vanter la nouvelle politique "e; européenne "e; de Chirac et de Schroeder face à l'intolérable "e; unilatéralisme américain "e;, entendez par là : face à tous ceux qui pensent qu'il est grand temps que les États-Unis abandonnent le show-biz humanitaire post-moderne à la Bill Clinton, et reviennent enfin à la POLITIQUE ; face à tous ceux qui savent que ce n'est pas en se mettant à genoux, la bouche grande ouverte, devant les dictateurs arabes (ou nord-coréens) que nous éviterons la guerre, et l'esclavage; face à tous ceux qui croient que les peuples de la région, en dépit de la propagande locale, ont droit, eux aussi, à un peu de cette fameuse "e; démocratie des droits de l'Homme "e; dont nous bassinent soir et matin les michetons de la République. Saddam Hussein a beaucoup d'amis dans la classe politique franchouille, il les a pour ainsi dire tous achetés : pétrodollars, contrats militaires, travaux publics, idéologie anti-US, antisémitisme, antichristianisme, socialisme, pan-arabisme, faîtes votre marché il y en a pour tous les dégoûts. Il est clair à ce titre qu'il ne faudra pas compter sur eux pour faire en sorte que le Conseil de Sécurité applique ses résolutions avant qu'un barbu fanatique ne se fasse sauter, avec quelques kilos de radium, dans le métro parisien, londonien, berlinois ou new-yorkais, en s'étant assuré au préalable que sa famille reçoive bien le pactole délivré par Bagdad aux "e; martyrs "e; de la cause arabe. Mais qu'est-ce donc que quelques milliers de victimes civiles occidentales, que valent-elles, dites moi, face aux cent Mirage que la France a vendu clé en main à ce pays "e; laïque "e; au plus fort de la guerre Iran-Irak ? Et je ne parle pas de ces pauvres imbéciles qui croupissent dans les geôles infâmes du Satrape, l'anus cousu à la plaque de cuisinière, et que ne rencontrent jamais les militants pacifistes en goguette dans le désert mésopotamien. Inutile non plus, j'imagine, de s'alourdir pesamment sur l'édifiant passé de ce régime pacifique entre tous. Au moins un million d'Iraniens et d'Irakiens y sont passés dans les années 80, mais qu'est-ce qu'un million d'Iraniens, ou d'Irakiens, je vous le demande ? Et mieux vaut passer sous silence les Kurdes et les Chi'ites qui, tous ensemble, ne valent pas le centième, on le sait, d'un kamikaze wahhabite palestinien, payé avec les pétro-dollars humanitaires de Saddam pour se faire exploser dans une discothèque de Tel-Aviv. À vrai dire, il ne subsistait aucun doute pour les journalistes et les "e; intellectuels "e; aux ordres : l'heure était au réveil européen, sonnez buccins, résonnez trompettes, Chirac et les écolo-pacifistes teutoniques allaient enfin réanimer une Grande Politique. L'ombre du Général étendait son auguste silhouette sur un Président français élu avec le record historique des cinq républiques, et la participation festive de nombreux drapeaux algériens. La Francobochie était en marche. À n'en pas douter, les USA allaient voir de quel bois on se chauffe. On s'appuyait sur des sondages, qui montraient qu'en effet plus des trois-quarts de la population française, et la situation se reproduisait au-delà du Rhin, étaient foncièrement opposés à toute intervention militaire en Irak. On cria à la réinvention de l'Europe. Cela tombait bien, on commémorait le pacte de Gaulle-Adenauer de 1963 et Emmanuel Todt, dans un essai inénarrable, promettait une fois de plus aux masses fascinées par tant de subtilité le "e;déclin de l'Empire américain"e;. Les bons peuples de France et de Germanie étaient rassurés, la Bourse arrêterait de chuter, le chômage de repartir à la hausse, une guerre "e;pour le pétrole"e; serait évitée, notre ami Ubu-à-la-Carabine, la paix dans le monde et les 35 heures préservés, les USA isolés. Les spécialistes de la contestation organisèrent alors autant de "e; marches "e; et de "e; rassemblements "e; pour la paix qu'il est possible d'en imaginer, dans un pays qui fut le centre opérationnel du communisme en occident, et le c½ur des idéologies auto-culpabilisatrices qui nous empoisonnent depuis 1945. Le temps était déjà loin où, juste après les attentats sur le World Trade Center, d'éminents éditorialistes avaient bramé en ch½ur que "e;nous étions tous Américains"e;. Qui aurait pu ignorer un seul instant qu'il ne s'agissait que des mignardises émotives d'une presse depuis longtemps à la solde de la nouvelle "e;conscience sociale"e;, telle que vendue par le néo-marketing global de l'anti-globalization ? Qui pouvait croire un seul instant à la sincérité de telles paroles, professées par la bien-pensance nationale new-look, c'est-à-dire voguant sur les alizés de l'éphémère effet de pathos post-moderne? Qui donc aurait osé affirmer que l'Amérique à laquelle ces plumitifs se référaient, celle de la contre-culture institutionnelle, avait justement été engloutie corps et âme (si elle en avait une) dans le tuyau d'éjection des eaux usées de l'histoire ? Quel est le fou qui osa affirmer que Ben Laden, pur instrument aveugle de la Divine Providence, avait rallumé la foi chrétienne en Amérique ? Si jamais il se fit entendre, soyez tranquillement assurés qu'il fut traité de schizophrène et d'abruti par quelques écrivaillons de cafés littéraires, et les policiers médiatiques qui avaient, dans un moment d'égarement sans doute, pleuré avec ostentation sur les 3,000 victimes du 11 septembre. On pouvait se souvenir alors avec un brin d'ironie comment 20 ans plus tôt les mêmes ou presque affirmaient en hurlant, et en cassant la gueule à Fernando Arrabal au passage, qu'il valait mieux être rouge que mort. On ne touchait guère à la rhétorique, seule la couleur du drapeau de la servitude avait changé. Bref, des jours radieux nous attendaient. J'écris ces lignes dans la nuit du 5 février, depuis ce morceau d'Amérique qui parle français et qui a succombé lui aussi aux sirènes de l'islamo-pacifisme, en cela le Québécois moyen est un Européen accompli, et un Américain raté. On peut comprendre le taux de suicide local. À cette heure, un autre organe de presse de la "e;Françallemagne"e; vient de titrer sur "e;L'Europe gravement blessée"e;, et les mines enjouées qui il y a trois semaines environ affichaient l'optimisme le plus radieux se sont rallongées, et pendent, sinistres, sur mon écran de télévision. Même les catins de l'Assemblée Nationale, derrière leur unanimisme de façade, laissent deviner l'expression d'une faille, d'une terrible embrasure qui s'ouvre sur l'enfer des prostituées de la politique. Que s'est-il donc passé ? Qui donc a brutalement touché ainsi l'Europe, à mort, si vous me permettez un rapide mais définitif diagnostic ? La question mérite d'être posée, y compris et je dirais surtout si le cadavre vient d'être emballé dans son sac pour la Morgue. Il convient en effet d'enquêter sur le CRIME ainsi perpétré. Qui donc a TUÉ l'Europe ? Que fallait-il pour qu'elle expire, de son dernier soupir, comme enfin débranchée ? Il suffit je crois de veiller sur la tronche de Chirac et de Schroeder dans les jours et les semaines à venir, et vous verrez à quel point la culpabilité se déchiffre aisément, pour peu que les faits se conjurent et dissipent les phantasmes des éditorialistes parisiens, comme des futurologues à la petite semaine. Il ne fallait rien de moins en effet que la France ET l'Allemagne conjuguées pour tuer dans l'½uf l'Union qui tout juste se dessinait dans les plans des bureaucrates de Bruxelles. Quelle leçon de nihilisme ! Le pacifisme désormais auto-immune des deux nations surnommées "e; poumons de la construction européenne "e; aura renvoyé ce bazar au néant d'où il est sorti, d'une seule lâcheté d'une seule, dans un geste commun qui nous confronte à un passé pas si lointain, ce moment ineffable où l'union franco-teutonne livra ses chapitres les plus édifiants à l'histoire du continent. La France ne fit pas la guerre à l'Allemagne, et l'Allemagne fit à peine la guerre à la France, juste de quoi s'assurer le contrôle du littoral Atlantique, de l'ancienne capitale - Paris, Ville-Lumière -, et des chemins de fer reliant Drancy à Auschwitz. Un chef d'½uvre de coopération, comme on dit maintenant. 60 ans plus tard, la Nouvelle Collaboration, celle qui en toute bonne conscience désire une Europe "e;laïque"e;, autant dire définitivement déchristianisée, "e;indépendante"e;, c'est-à-dire détachée des USA et de l'État hébreu (qui emmerde tellement les descendants de ceux qui envoyèrent 6 millions d'Israélites européens vers les camps de la mort de Silésie orientale qu'ils sont prêts à les sacrifier une seconde fois, mais sur leur terre ancestrale), "e;multiculturelle"e;, c'est à dire en voie d'englobement dans le nihilisme biopolitique, "e;pacifiste"e;, c'est-à-dire tolérant tous les génocides, "e;anti-impérialiste"e;, c'est-à-dire prête à collaborer de toute son âme avec l'impérialisme islamiste, oui, la Nouvelle Collaboration Franco-Germanique rassemble aujourd'hui quasiment 80 % de la population, chiffres merveilleux à mettre en relation avec ceux des dernières élections présidentielles. Chirac, Roi des Gaulois, nouveau Chef de l'État Français, survivant miraculeux d'un "e;attentat"e; à la carabine-jouet, qui sera à celui du Petit-Clamart ce que lui-même est à l'illustre passager de la DS présidentielle, est depuis si longtemps l'AMI PERSONNEL de Saddam Hussein qu'il ne faudra pas, c'est évident, compter sur lui pour mettre en péril les nombreux contrats pétroliers que la France a signé depuis 25 ans avec le Nabuchodonosor de Bagdad . Quand à ce blaireau de Chevènement, il ne lui reste plus que les nationaux-socialistes arabes pour se refaire une carrière politique, parallèlement aux anciens thuriféraires de la Stasi, et à l'ex-garde prétorienne de Francois-le-Deuxième, en marchant, l'air sérieux, derrière quelques pancartes ressorties des combles des manifestations anti-Viêt-Nam. Remarquons au passage que le pathétique slogan pacifiste, "e;No Blood For Oil"e;, démontre en quatre petits mots l'étendue proprement cosmique de la crasse ignorance des étudiants en sociologie du piercing et des actrices d'Hollywood qui se mêlent de politique internationale, à l'aide de banderoles colorées et de guitares folk. Les États-Unis n'importent que six pour cent de leurs hydrocarbures d'Irak, mais celui-ci se trouve être le second ou le troisième fournisseur attitré de la République unanime, faut-il donc sans cesse le rappeler à ces pauvres truffes qui dénoncent une "e;guerre pour le pétrole"e; ? C'est bien la France qui, en ne voulant pas déstabiliser son régime arabe favori depuis des lustres, entend protéger SES titanesques investissements, financiers, militaires et politiques dans cette région du monde. C'est la France qui déjà en 1991 avait sauvé les miches de Saddam au Conseil de Sécurité de l'ONU (comme elle le ferait plus tard avec Milosevic, Mladic et consorts). C'est la France qui, en dépit des attentats qui se déroulent sur son sol depuis le milieu des années quatre-vingt, essaie d'assurer ses arrières envers les Rois du Pétrole (Algérie, Iran, Libye, Irak) soutiers du terrorisme, tout en laissant se dérouler devant ses yeux impassibles de supplétif onuzi le génocide de près de 250 000 Bosniaques musulmans, et l'assassinat massif de 150 000 Algériens. Mais qu'est-ce que 250 000 Bosniaques ? Et qu'est ce que 150 000 Algériens ? Leurs meurtriers, communistes serbes ou islamo-terroristes arabes, sont nos frères. Ce n'est pas comme ces sales colons juifs, ou ces fumiers d'impérialistes américains. Il ne faudra donc pas compter non plus sur le père du réacteur OSIRAK (OCHIRAK ?), bousillé juste à temps par l'aviation israélienne, pour appuyer le travail des inspecteurs de l'ONU, qui pourraient apporter publiquement la preuve que la technologie militaro-nucléaire irakienne est d'origine française, bien plus que soviétique. Ce qui compte maintenant, c'est de laisser assez de temps à Saddam pour qu'il détruise partiellement son stock d'armes chimiques, bactériologiques, et radiologiques, puisse en planquer une portion minime mais suffisante dans une poignée d'endroits parfaitement inaccessibles, et refiler le reste à ses potes d'Al-Qaeda. 60 ans après, la Nouvelle Collaboration vient à nouveau d'envoyer le continent dans le mur. Mais c'est fois-ci, le mur est un Abîme. Car il faut bien se dire ceci, un fusil d'assaut Kalachnikov à ses côtés si possible : la politique néo-munichoise du binôme Chirac-Schroeder - et leurs populations respectives - vient à jamais de FRACTURER la "e; construction européenne "e;, et en plein centre, c'est-à-dire sur l'ancienne ligne de partage qui séparait l'ouest "e;démocratique"e; de l'est "e;socialiste"e;, je devrais dire en fait l'ouest "e; néo-socialiste "e; de l'est "e;néo-démocratique"e;. Et cette fracture, vu l'âge avancé du vieillard, est irrémédiable, tout autant que fatale. L'Union de Bruxelles est morte, et enterrée. Allelujah ! Rendons grâce à la Très Sainte Réversibilité. Plus jamais les Américains ne feront confiance aux Allemands, et encore moins aux Français, pour quelque entreprise internationale que ce soit, militaire comme civile. Ils préféreront faire appel aux Tchèques, aux Hongrois, ou aux Polonais, et sans doute aux Russes (si Poutine se réveille de son hypnose voltairienne à la sauce Grande Catherine), voire aux Serbes post-Milosevic ! Ainsi, l'Otan renaîtra un jour de ses cendres, dans l'inversion générale de tous les phénomènes transcrits jusque-là dans l'histoire du continent. Entre-temps, si jamais une guerre repart demain en Bosnie, ou au Kosovo, ou ailleurs dans le coin (avec cette fois des réseaux islamistes profondément implantés dans toute l'Europe de l'Ouest, ainsi qu'en Albanie, et probablement en Turquie), il est hautement probable que l'opinion publique américaine sera violemment opposée à ce qu'un seul GI meurt pour les tronches de cake pacifistes qui auront passé leur temps à comparer Georges Bush à un "e;cow-boy"e; (refrain déjà entendu à l'époque du méchant fascisteuh-réactionnaireuh Ronald Reagan, et lors des grands jours de Je Suis Partout). Que la "e;seconde guerre du Golfe"e; s'actualise ou non, je ne donne pas cher du corps expéditionnaire nord-américain dans les Balkans, région poudrière de l'Europe historique dont personne, entre Halifax et Pasadena, n'a franchement que faire. Lorsque le centre de l'Europe - la France et l'Allemagne - sera atteint dans sa structure organique, dans moins d'une génération sans doute, la République Franchouille et le Schroederland regretteront amèrement de n'avoir aucun salaud de "e;cow-boy"e; sous la main pour les tirer de la sombre merde dans laquelle ils seront plongés, jusqu'au ras des lèvres. Et vous pourrez compter sur certains d'entre nous pour agiter quelques remous, en rappelant aux USA, qui voudraient par hasard venir en aide à leurs habitants, que ces deux pays ne méritent pas de troisième chance. Mais par contre, une Nouvelle Europe se lève à l'orient de l'ancien Mur, et celle-ci vaut sans doute d'être sauvée puisqu'elle seule représente le facteur unificateur des forces occidentales : à l'Est de l'Ancien Occident c'est le Nouvel Occident qui se met en place, et vous noterez je pense sans surprise que dans sa configuration actuelle (le groupe des "e;huit"e;), il s'agit d'une refondation PÉRIPHÉRIQUE, en ANNEAU, contre le CENTRE bruxellois représenté par le social-pacifisme franco-germanique, à partir des îles britanniques, de l'Europe méditerranéenne et des pays slaves. Soit, également, selon un autre point de vue, l'alliance des puissances maritimes (Atlantique, Baltique, Méditerranée) contre les puissances continentales historiques, désormais vidées de toute substance vitale. Vous noterez aussi comme moi qu'avec les États-Unis d'après le 11 septembre 2001, accusés d'impérialisme et d'intégrisme protestant par Ignacio Ramonet et ses disciples, c'est bien le monde chrétien qui se réorganise, à contre-courant de l'involution post-historique. Les deux pays co-fondateurs des idéologies modernes, et post-modernes, pionniers des grands États génocidaires-révolutionnaires (de la Terreur au National-Socialisme), sont désormais si épuisés qu'il creusent d'eux-mêmes la fosse dans laquelle déjà ils se couchent, pour le plus grand bien de l'humanité. L'Europe se fera, on ne peut guère en douter, mais pas sous la forme qu'avaient prévu les technocrates bruxellois, ni les socialo-pacifistes français ou allemands. Elle se fera, mais CONTRE Chirac, son parlement néo-pétainiste, ses 80 % d'électeurs, ses contrats pétrolifères et son armée d'opérette. CONTRE Schroeder, son Bundestag d'écolo-nazis cool, son sentiment de culpabilité autocastrateur, et toute la merde dont l'Allemagne post-hitlérienne n'est toujours pas soignée, plus de douze ans après sa réunification. Le point de gravité ne s'est pas simplement déplacé d'ouest en est, mais en basculant aussi du centre à la périphérie, il réduit à néant 50 ans de bureaucratie supranationale bruxelloise, de népotisme franco-boche et d'idéologie "e;humaniste"e; zéropéenne, avec tous leurs "e;grands projets"e;, dignes du barrage d'Assouan, et de la Forpronu à Sarajevo. Ce basculement dramatique n'est que la poursuite du contre-mouvement initié le 11 septembre 2001 par l'Amérique après le schisme final d'avec le Vieux Monde, il permet dès maintenant d'envisager une Europe bien plus intéressante que les tristes apories de l'appareil idéologique mis en place par les creusets duals du nihilisme continental après 1945. De Madrid à Bratislava, de Prague à Moscou, de Saint-Pétersbourg à Dublin, de Budapest à Londres, d'Athènes à Varsovie, de Rome à Washington, c'est tout le diagramme du futur qui se redessine. Par dessus Paris, et par dessus Berlin. Enfin ! Car c'est toute la souveraineté du monde à venir qui vient d'être remise en jeu. La vieille Europe est morte. Vive l'Europe ! Maurice G. Dantec *texte publié dans le « hors-série Irak » de Cancer ! - 20 mars 2003 Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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