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Christophe Vacherin

SURLERING.COM - FICTIONS - par Alexis Blas - le 25/06/2010 - 6 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

 La rubrique fictions du Ring publie vos nouvelles, vous pouvez adresser vos textes à david@surlering.com

 « Ce texte relevant de la fiction, toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence et ne saurait en rien compromettre l'auteur qui, comme son protagoniste, entend masquer son activisme grimaçant et exténué derrière la candide fossette de son humour. »




Vouté, le front court parcouru d'une ride coupant à travers champs le labour sinueux de ses pensées, Christophe Vacherin vous lorgne en biais, par la grâce de deux orbites défoncées, dans lesquelles agonise, en roulant, une paire de moules grises. Au dessus de ce regard torve, nature morte au chien  de faïence, de grossières arcades, dont Daumier lui-même n'aurait pu brosser l'affaissement, tabassées comme de la main même de Vulcain, laissent à peine un sourcil fouisseur endeuiller mesquinement leur console. Plus bas, du menton, une barbe furonculeuse tend à symétriser un cheveux stressé, ramené du crâne au méplat, par de petits coups secs et hargneux. N'était ce poil, repoussant pour l'hygiène, écœurant pour la vue, l'impériale s'anime encore en faisant s'entrouvrir deux petits plis serrés de chair rose, qu'elle ajoure et clôt tour à tour, laissant échapper de l'air. De cette mascarade buccale, on pardonnerait tout du dégoutant, tant le spectacle de l'œil et de la dent vous ferait accroire que votre sort est enviable et qu'il suffirait à rendre la joie de cent rescapés de Verdun.

Un jour, la bulle d'air, en s'élevant, vint crever sa capsule en une onde fétide, au simple contact d'un microphone, devenu, pour la circonstance, dissipateur d'odeur. C'est ainsi que Christophe Vacherin fit son trou. On lui laissa ce micro qu'il aimait tant et dont on imaginait mal qu'il deviendrait son déambulateur, puis sa pelle. Tandis que perdurait l'infection matinale, effet des remugles de la veille, propagée par des antennes montées sur les toilettes publiques de tous les villages de France, les foyers empuantis se séparèrent en deux: il y avait ceux qui aimaient l'odeur du vacherin et ceux qui préféraient celle de leur café. La confédération des Toilettes publiques, accusée de laisser-faire par certains nez fragiles, se retrancha derrière le droit à l'indigeste, ne voulant pas qu'on la soupçonnât de discriminer les usagers incontinents. Le droit à la différence, en effet, s'exerçait pour tous, y compris pour les plus répugnants.

Ce qui rachetait Christophe Vacherin, c'était sa méchanceté. Vacherin aimait, en s'asseyant, dresser comme pour lui-même, de petits portraits corrosifs de personnalités en vue, essentiellement parmi celles qui lui étaient les plus éloignées idéologiquement. Il attrapait dans sa volière de multiples espèces dont il faisait découvrir à l'antenne les noms d'oiseau. Il n'était pas borné aux volatiles: on le vit un jour, dans son jardin zoologique, faire courir des fouines et dresser des singes qui découvraient le jeu du furet autour d'un petit pot à tabac. Si ses descriptions étaient approximatives et ses traits d'esprits tracés à la gomme, rien ni personne ne pouvait surpasser son acrimonie et sa cruauté. Christophe Vacherin se persuada bientôt que l'humour n'était que l'autre nom du ressentiment. La zoologie pouvait donc bien faire partie de son kit matinal. Il ignorait que Sartre - normalien strabique à la babine de gavial et au crâne évasé qui cachait mal ses gènes de bourgeois de province à la consanguinité diluée – s'était lui-même fait animaliser par Céline, qui le traitait de « ténia »: premier seuil d'une déshumanisation banalisant l'équarrissage. Si le philosophe s'était fait ainsi malmener par l'auteur de L'agité du bocal, il n'en appelait pas moins les anticommunistes, des « chiens ». Question d'équilibre pour les déséquilibrés du dogmatisme.

Le ressentiment n'est pas le revers de l'humour, même noir. Surtout noir. L'humour a ceci d'étrange et de parfaitement transcendant, c'est qu'il néantise les clivages. Il ne les creuse pas. Pour faire simple, autant employer un langage marxiste: il réalise la synthèse des ridicules qu'il décrit par la bonne humeur atteinte. Cette synthèse réalisée est apaisante car elle a ouvert le champs de la contradiction et ainsi, l'humour demeure cette sublime coquetterie de l'intelligence, accordée sans détours à son auteur comme à ses « victimes » capables de rire, et qui du coup n'en sont plus. « Si le bonheur est une décision, la bonne humeur est une politesse » disait Balzac. On n'en demandait pas plus à Christophe Vacherin. Or, si irrationnel soit l'humour et les ficelles sur lesquelles il tire, le sens commun ne peut se tromper sur la nature de celles que tirait le clown triste. Il manquait son but, il tirait à côté, il ne dosait pas ses accointances, ne cachait pas ses antipathies. Il n'atteignait pas de cible universelle mais prenait un plaisir caractériel et claustrophobe à épingler sur son liège les intimités profondes des âmes au lieu des idées. Il n'avait tout simplement aucun esprit, aucun humour.

Christophe Vacherin n'avait vraisemblablement pas le recul, ni même peut-être l'intelligence nécessaires pour comprendre ce qui se passait, ce que l'on faisait de ses compositions merdeuses. Il bénéficia longtemps de la complicité des merdias, excités par le goût de sang que laissait leur agitateur préféré. Leur componction à son égard ne cachait que leur propre duplicité. Loin d'être des alliés, ils étaient comme ces éleveurs de chiens exacerbant l'agressivité de leurs monstres avant le combat, affrontement sans merci devant s'achever par une mise à mort. Christophe Vacherin s'est cru humoriste quand il n'était qu'un activiste, une rose fanée ornant sa boutonnière, militant de la répétition et de l'accablement, incapable d'apporter une aube, un sourire à ses sinistres pâtés.

Pour un esprit fin, se faire traiter d'imbécile par un fieffé idiot est un régal de fin gourmet. Les politiques ne s'y trompent guère en général, préférant laisser leur marionnette se dévaloriser plutôt qu'eux-mêmes. Mais dans le cas de Christophe Vacherin, relai d'un obscur postier de la stéréophonie nommé Thierry Borde, certaines de ces personnalités décidèrent que la sodomie n'égalait pas ce plaisir. En effet, se faire sodomiser, fut-ce verbalement, par un sombre enculé est d'une toute autre nature, nature relevant de la physiologie et non plus de la rhétorique. Elle implique la soumission d'un corps et partant, son abdication psychologique. L'image sodomite n'est pas innocente, l'invertion représentant la valeur ajoutée du bien, tolérance ultime des post-modernes. Le piège était vicieux car il laissait à l'auteur la possibilité d'un double impact, d'un tir à deux coup: le premier lors de sa chronique, le second quand la personnalité offusquée se voyait dans l'obligation de réagir, enfonçant le clou de sa culpabilité et comme à Moscou, se trouvait contraint de faire l'aveu de son manque d'humour. Le procédé est connu, il est déjà politique et il peut faire long feu. L'un deux voulut d'ailleurs être plus clair, plus malin: Le ministre Cédric Tesson, sérieusement malmené par le petit Néron, invita Christophe Vacherin à débattre avec lui sur un plateau. Paniqué, ce dernier déclina. Il voulait bien être le procureur de tous mais se révélait incapable d'être son propre avocat.

Novo-anarchiste de gauche, Christophe Vacherin est devenu le premier cuistre à faire de l'activisme  sans batte de base-ball. Longtemps, il contempla cette batte des Chicago White Sox, pale imitation suspendue au clou du Décathlon de la rue de Rivoli. Il déguerpit bientôt, suffoquant à la vue de trois géants noirs venus s'offrir des Baltimore Orioles.

« L'humour a des limites dans ce pays », se plaint Vacherin. En réalité, l'humour s'arrête naturellement quand il ne fonctionne pas, a fortiori quand l'humoriste est limité. C'est ce qu'aura appris à ses dépens Christophe Vacherin, ne s'attendant pas au troisième coup porté par son riffle: celui de Jean-Claude Host, son patron, qui, si affidé fut-il à la gouvernance en place, ne lui renouvela pas son micro. « Vous n'êtes ni drôle, ni pamphlétaire, ni militant, ni activiste, Monsieur Vacherin, pouvait-il lui dire, vous êtes un artiste médiocre qui s'est dévoyé dans l'aigreur et la paranoïa. J'ai voulu faire l'éloge de votre différence, ça m'apprendra. »

Alexis Blas



Toutes les réactions (6)

1. 29/06/2010 09:10 - fuselage du pavé

fuselage du pavéEn considérant la bassesse verbale frontale, l'affairisme/clientélisme/copinage éhonté et ultra-libéré de notre gouvernement depuis trois ans, sa capacité chacalienne à ne pas s'empoisonner avec les doses de cynisme destructeur et arrogant dont elle use pour limer les miettes-acquis sociaux tout en climatisant la classe affaire, sans même évoquer l'omerta à tendance berlusconienne des grands médias français, Christophe Vacherin et Thierry Borde semblent en effet parfois se cogner à leurs propres limites mais avaient ils au moins à leur décharge de faire une partie du travail que plus personne n'ose faire : remuer le fumier pour le faire humer à quelques citoyens (pincés du nez) et dénoncer un tant soit peu la farce démocratique de ce pays has been est en train de dépasser en arrogance crasse les pires fantasmes parano-amphétaminés de P.K.Dick.
Le quatrième pouvoir : Métro, Tf1, Libé, RTL, Paris Match, Le Figaro, ... Voilà qui est drôle !
L'évinction, résultat de pressions gouvernementales à peine feintes, de deux humoristes qui utilisaient il est vrai la même vulgarité que ceux qu'ils dépeignaient... Voilà qui est moins drôle !
Pas drôle du tout même. Donc vivement l'élection de 2012 avec son espace médiatique totalement javellisé et la réelection de Nigor Pacotille pour que l'on rit à nouveau avec finesse et esprit... Vivement !

2. 29/06/2010 12:25 - Pasiphaë

PasiphaëJe ne suis pas aussi optimiste que vous. C'est vrai, on a été floué lourdement roulé dans la merde par notre Président, allégrement guidé par Guéant. Mais, parfois les évidences ne sont pas aussi dirais-je évidentes. J'espère que les français tireront des leçons pour ne plus réélire Nicolas mais si et seulement si...

3. 29/06/2010 14:07 - Pascale

PascalePetite "coquille" à signaler : si le philosophe s'était ainsi fait malmeneR.

Sinon votre article est génial, tout comme votre plume .
Bravo !

4. 29/06/2010 15:10 - French Doktor

French DoktorTelle est priSE qui croyait prenDRE! :)

5. 29/06/2010 23:18 - La rédaction

La rédactionMerci Pascale ;)

6. 01/07/2010 11:13 - harry stot

harry stotC'est le genre d'article qui me déprime, tout ce que je pense en sourdine est exprimé ici avec une intelligence insupportable!!

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Alexis Blas par Alexis Blas

éditorialiste, écrivain.

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En considérant la bassesse verbale frontale, l'affairisme/clientélisme/copinage éhonté et ultra-libéré de notre gouvernement depuis trois ans, sa capacité chacalienne à ne pas s'empoisonner...

fuselage du pavé29/06/2010 09:10 fuselage du pavé
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