Sur le RING

Céline rattrapé par la mémoire

SURLERING.COM - CULTURISME - par Laurent Obertone - le 25/01/2011 - 71 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline l'était, et pas qu'un peu. Il était même trop antisémite pour les nazis, qui le trouvaient caricatural, presque embarrassant. C'est dire. Ce ne sont pourtant pas les génies du sémitisme qu'il était question de célébrer, mais les génies de la création littéraire. Certains ont pourtant décidé de mêler la mémoire à l'objectivité du jugement, ce qui permet par exemple à Serge Klarsfeld de qualifier Céline de "bourde".




N'est-il rien d'autre que cela ? Il faut croire. Le plus grand écrivain du XXe siècle, mort il y a cinquante ans, a été retiré du calendrier des célébrations nationales 2011. "Il n'est pas possible de célébrer Céline", a expliqué Frédéric Mitterrand qui a, avant de prendre sa décision, relu Bagatelle pour un massacre. Dommage, car quiconque lira Voyage au bout de la nuit ou Mort à crédit ne pourra se contenter de brûler Céline. Le Ministre de la Culture semble vouloir "non sous le coup de l'émotion" donner tort à celui qui écrivait : "Au commencement était l'émotion". Marquera-t-elle également sa fin, son autodafé officiel ? Pour certains, c'est décidé : il faut laver l'Histoire de France, expurger sa littérature, blanchir les biographies. Ne nous arrêtons pas à Céline.

Et Voltaire ? "Vous ne trouverez en eux (les Juifs) qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice aux plus détestables superstition et haine pour tous les peuples qui les tolèrent et qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler". Qu'attend-t-on pour débaptiser Ferney-Voltaire, les rues françaises et les lycées à son nom ?

Et Rousseau ? "Je ne suis persuadé que nous ne connaissons d'hommes que les Européens". Que font encore les écrits de ce sinistre personnage dans les librairies ?

Et Montesquieu ? "Partout où il y a de l’argent, il y a des juifs", voilà ce que disait cet infâme défenseur du droit du sang, qui pensait que Dieu ne pouvait avoir mis une âme dans un corps "tout noir" (C'est certain, il aurait voté Marine Le Pen).

Et Hugo ? "Marche, autre juif errant ! Marche vers l'or qu'on voit Luire à travers les doigts de tes mains mal fermées !" Voilà ce qu'il écrivait dans Les chants du crépuscule. Oui madame, Victor Hugo le sordide, celui là même qui affirmait que "l'Afrique n'a pas d'Histoire". Combien d'écrivains, combien d'académiciens, combien de coupables ? Faut-il les retirer séance tenante des programmes scolaires, au profit d'écrivains perfectly corrects et consensuels, qui ne heurteront jamais aucune sensibilité, comme Marc Levy, Musso ou je ne sais quel double-cheese culturel ?

"j'irais LOLer sur sa tombe"


Serge Klarsfeld, en incarnant à lui tout seul une polémique qui fait céder le ministre en un temps record, ne rend service à personne, en tout cas pas à ceux qu'il prétend défendre. Au lieu de penser au-delà de la mode, de découvrir, de réfléchir, de célébrer, on va commémorer, se faire peur en pensant à la haine, sans oser se pencher sur le génie. On va commémorer une énième fois la haine de l'autre, qui mène où l'on sait, où l'on ne manquera pas de nous le rappeler. Pourquoi ne pas faire de cet anniversaire une journée dédiée à la mémoire des victimes de la seconde guerre mondiale, avec minute de silence et drapeaux en berne ?

Comme l'écrivit Muray, le docteur Destouches était à la fois un génie et un antisémite. Quelle part doit-on retenir ? Que doit-on célébrer ? Qu'est-ce qui mérite une célébration ? Faut-il choisir ? Couper Céline en deux ? Il est évident que c'est le génie qui nous intéresse, nous fascine et nous absorbe, mais en quoi le génie serait-il propre, garanti sans OGM, élevé en plein air, militant pour la répartition des richesses, encarté au Parti socialiste ? Le génie a-t-il un contrat  d'exclusivité avec l'Empire du Bien ? "Si on se laissait aller à aimer les gens gentils, la vie serait atroce", écrivait encore Céline, sans imaginer à quel point notre époque pourrait lui donner raison. Ainsi que le hurlait Fabrice Luchini il y a encore quelques semaines sur les planches du théâtre de l'Atelier, Céline était peut-être un ignoble antisémite mais il était surtout un authentique génie. Depuis quand doit-on choisir ? Notre époque, qui prétend n'avoir ni préjugé ni a priori, condamne un art sous prétexte que son artiste de père pensait ceci ou disait cela. Face au génie, qui aura la prétention de déterminer si ce dernier est politiquement correct ou non ? Alors que le jugement de valeur était le plus profond de tous les jugements, voilà que seul l'ad hominem a droit de vie ou de mort sur les œuvres. Cette fouille à corps des génies témoigne-t-elle de la fameuse ouverture d'esprit dont se targue tant notre époque ?

Jugeons les hommes, leur part ténébreuse, surtout pas leur art. Oubliées, les éventuelles "grandes œuvres qui réveillent notre génie", toujours les mots de Céline. Place à la police intemporelle des dérapages. L'Inquisition se contentait du présent ? Le progrès retournera dans le passé pour juger les cadavres. Citons aussi Philippe Muray, dans Après l'Histoire : "Homo festivus est en effet cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans les coups de soleil, le marxisme mais sans dogmatisme, les tigres sans leurs griffes et la vie sans la mort". Depuis toujours, nous célébrions le génie malgré ses quelques désagréments. Nous célébrons maintenant le désagrément malgré ses quelques génies.

"La Joconde est peut-être superbe, mais comme De Vinci était un courtisan de François Ier, roi de France tyrannique, belliciste et misogyne, il paraît déplacé de la célébrer".


C'est déjà ce que l'on fait, c'est même un sport national. Les chevaliers ? Des Don Quichotte. Les héros de guerre ? Ils n'en sont pas morts. Les Résistants ? Des opportunistes. Qu'il est aisé pour le bouffon d'aujourd'hui, entre ses nuits blanches et ses happenings, de railler et de mépriser ceux qui ont mis un jour "leur peau sur la table", comme disait Céline pour qui la "grande inspiratrice" était la mort, côtoyée au quotidien. Autour du bouffon en trottinette, il ne doit plus y avoir que la vie et le bien. La mort et le mal sont interdits.

Ridiculiser, souiller nos grandeurs, notre époque citoyenne adore ça. Louis XIV ? Le massacre du Palatinat. Voltaire ? L'esclavage. Jeanne d'Arc ? Le Front national. "Renversons les statues, déchirons les légendes", écrivait Max Gallo dans Fier d'être français, en regrettant que la France n'ose plus célébrer Austerlitz tout en envoyant une délégation pour fêter Trafalgar avec la Perfide Albion. La fierté et la grandeur, c'est très vilain. La France doit s'abaisser, se prosterner, s'humilier. Pas question de faire le moindre défilé du 14 juillet sans inviter des délégations étrangères pour le "symbole". Pas question de célébrer on ne sait quel événement historique sans rappeler que les "musulmans en étaient". Pas question de se réjouir de quoi que ce soit sans se recueillir longuement sur ses fautes et ses péchés. Pas question de faire un cours d'Histoire sans "sensibiliser" gravement les écoliers aux "dérives" et aux "travers" passés. La République a remplacé la culpabilité religieuse originelle par la culpabilité historique.

 "Céline antisémite ? Elle a chanté quoi depuis Titanic ?"

Comment sortir ce pays de sa trouille de lui-même s'il ne regarde pas en face son histoire et ses génies ? À diaboliser le passé, on diabolise le présent et l'avenir. Quel génie se hissera sur nos épaules courbées ? Qui pourra construire quoi que ce soit avec de telles œillères ?

"De l'œuvre d'art comme de l'individu, seule une autre œuvre d'art peut  parler avec pertinence. Aujourd'hui, au grand écrivain on préfère le livre idiot écrit sur lui", écrivait Nicolas Gomez Davila.

C'est pire : on ne retient désormais que le "dérapage" dénoncé par le premier avocat venu, pour l'occasion ministère public de l'histoire censurée et sympathique. Quelle est désormais la proportion de gens dans la rue qui vous diront "Céline, l'antisémite ?" Plutôt que "Céline, le génie ?" Sans oublier bien sûr l'immense majorité qui ferait mieux de rester silencieuse : "Céline, elle a chanté quoi depuis Titanic ?"

"L'antisémitisme noir de l'écrivain ne correspond pas aux valeurs de la République", écrit le JDD. Très bien, alors la République a du pain sur la planche, parce qu'en cherchant un peu, il se trouve que la grande majorité de nos sommités intellectuelles n'affichaient pas du tout les mêmes valeurs que celles de la République du Fumer tue, des flashmobs et des cellules psychologiques… Si la République pouvait prétendre à une valeur, ce serait assurément celle qui consiste à honorer tous ses génies, sans distinction anachronique. Demander à des fonctionnaires de sélectionner soigneusement les rares hérauts dont on autoriserait l'hagiographie le partage à la stupidité et au terrorisme intellectuel. "Une biographie, ça s'invente", disait Céline, qui aura décidément raison devant l'Éternel.

Personne ne semble se demander s'il est pertinent ou non de chercher à établir une liste de fréquentabilité historique républicaine, surtout si cette dernière est établie à l'aune des connaissances et de l'objectivité de monsieur Klarsfeld. Heureusement pour la plupart des auteurs, la culture progressiste n'ira que rarement jusqu'à eux. Céline, c'est une valeur sûre de l'indignation : tout le monde (même Paul Amar) sait que c'est une ordure dont on ne saurait admirer la plume. Qu'on se rassure, la France, qui épure toujours, est venue à bout des dernières rues Philippe Pétain du pays : elle viendra à bout de Céline. L'histoire est repoussée, encore, au profit de la mémoire. N'avons-nous pas encore compris ? Pour combien de temps encore doit-on confier notre libre-arbitre au Ministère de la culture ?

Après les lois exigeant des historiens qu'ils pensent ce qu'on leur demande de penser et qu'ils cherchent là où on leur dit de chercher, ne faut-il pas mettre en place une police de nettoyage de l'Histoire et de la littérature, pour y supprimer tout ce qui n'est pas parfaitement progressiste ? En cherchant bien, chez Zola, chez Balzac ou chez Flaubert, on trouvera forcément des traces de misogynie, d'homophobie, d'antisémitisme… Et que dire de Nietzsche et de ses textes épouvantablement dangereux s"ils ne sont pas accompagnés d'une "mise en garde pédagogique et citoyenne", comme celle que l'on veut imposer à Tintin au Congo.

On n'en finit plus de donner des coups de pied au cadavre de l'esprit critique. Nos enfants nous jugeront ? Il faudrait d'abord leur enseigner le jugement.

Les génies sont censés être des exemples pour les jeunes générations, un peu comme Zizou ou Jamel. Ils ont donc intérêt à anticiper l'ensemble des valeurs de la République progressiste pour se trouver en adéquation avec cette dernière, car un jour viendra où des milliers de petits procureurs de l'histoire reviendront traquer dans les moindres recoins de leur biographie l'inévitable "dérapage", la petite phrase au bout de  laquelle on pourra enfin les faire pendre. Toute ressemblance avec Fouquier-Tinville et son obsession de l'égalisation est purement fortuite. La seule chose que l'on veut rendre éternelle et anachronique n'est plus le génie, c'est le dérapage. L'Histoire n'a tout de même pas pu être ce qu'elle a été, sans que nous n'ayons été là, nous autres vigilants citoyens, pour la soumettre à tous nos salvateurs principes.

Retirera-t-on un jour Victor Hugo du Panthéon parce qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour ? Faut-il déboulonner les statues de Baudelaire parce qu'il ne lâchait pas de ballons pour les otages français ? Faut-il cesser de célébrer Lully parce qu'il ne reversait pas ses bénéfices à des associations caritatives ? Et que dire de Molière, qui n'a jamais pris clairement position pour la répartition des richesses ?

Laissons le mot de la fin a celui qu'il ne faut plus célébrer : "Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C'est pour cela qu'il écœure".

Laurent Obertone



Toutes les réactions (71)

1. 24/01/2011 09:14 - Roméo Joan

Roméo JoanUn grand merci à Laurent. Pour ce billet.
Bonne continuation.

Joan

2. 24/01/2011 09:21 - Roméo Joan

Roméo JoanC'est dur, c'est acide, c'est électrique et/mais c'est la Vérité.
Encore merci.

3. 24/01/2011 09:31 - Raphael Rosenbaum

Raphael RosenbaumDesole Laurent, mais pour une fois je ne suis pas d'accord avec vous. Il y a une difference entre l'antisemtisme virulent de Celine et la xenophobie anemique de Voltaire, Hugo et co. Il est evident que si Celine en avait la possibilite, il passerait aussi aux actes.
"Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. Dans l'élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n'a jamais été persécuté par les aryens. Il s'est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d'hybride".
ou bien:
"« Je veux les [les Juifs] égorger... Lorsque Hitler a décidé de “purifier” Moabit à Berlin (leur quartier de la Villette), il fit surgir à l'improviste dans les réunions habituelles, dans les bistrots, des équipes de mitrailleuses et par salves, indistinctement, tuer tous les occupants ! Voilà la bonne méthode. »

Je m'excuse Laurent, mais l'auteur de telles lignes ne merite rien, surtout pas le souvenir collectif.
Essayez pour une seconde de vous mettre dans la peau d'un juif lisant un texte d'une si grande virulence.

4. 24/01/2011 09:31 - HR

HRIl faut désormais penser à préparer l'édition d'une anthologie de ce nouveau genre bobogauchodroitocaviar français, la défense de l'indéfendable. Vous avez aimé la levée de boucliers Roman Polanski? Vous allez adorer le collectif de la défense Céline.

On a les Dreyfus, les Résistances qu'on peut.

5. 24/01/2011 09:40 - Koursk

KourskJe suis d'accord avec vous Raphaël. Je comprends qu'un ou une Juive trouve ces lignes absolument insupportables et en cela, Mitterand n'a pas trouvé d'autre issue et d'agir au nom de l'état. La littérature reste une affaire privée.

6. 24/01/2011 09:49 - Nejma

NejmaConcernant les juifs Nietzsche aurait répondu:
"Néanmoins, j'aimerais bien savoir jusqu'où, lors d'une explication générale, il ne faudra pas pousser l'indulgence envers un peuple qui, de tous, a eu l'histoire la plus douloureuse, non sans notre faute à tous [...] Ce furent les Juifs, libres penseurs, savants, médecins, qui, malgré la pire violence faite à leur personne, continuèrent à tenir l'étendard des Lumières et de l'indépendance d'esprit [...] grâce à eux, il n'y a pas eu de rupture dans l'anneau de culture qui nous relie maintenant aux Lumières de l'Antiquité gréco-romaine."
Pendant des millénaires on a voulu les rendre méprisables en leur interdisant l'accès à tous les honneurs, à tout ce qu'il y a d'honorable, et en les repoussant au contraire d'autant plus bas dans les métiers les plus sordides.
Crédat Judaeus Apella scandaient les romains. Il est tout a fait concevable, souhaitable de mépriser Céline. C'est un choix moral minimum et une forme de reconnaissance vis à vis des juifs pour tous les progrès apportés à l'humanité. Il ne suffit pas verbalement et intellectuellement de combattre l'antisémitisme, les actes doivent aller dans le sens de ces postures.
Donc oui le génie de Céline doit passer au second plan.

7. 24/01/2011 10:08 - Nejma

Nejma@Raphaël, détrompez-vous, Laurent n'est pas dans l'erreur.
Voltaire était antisémite, pour preuve la lecture de certains passages du « Dictionnaire Philosophique » dans l'article « Tolérance » il écrit :
« C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Mais tout absurde et atroce qu'elle était, la secte des saducéens fut paisible et honorée, quoiqu'elle ne crût point l'immortalité de l'âme, pendant que les pharisiens la croyaient ». Certains ont mis ces propos sous couvert d'universalité et de liberté mais à lire ce qui est déclaré au-dessus on peut légitimement avoir de gros doutes.

8. 24/01/2011 10:45 - un juif dans sa guérite

un juif dans sa guériteHello tous.

Raphael Rosenbaum: "Essayez pour une seconde de vous mettre dans la peau d'un juif lisant un texte d'une si grande virulence. "

Aie que je n'aime pas ce genre d'enrôlement.
Eh bien, je suis juif, né en france, israélien, et d'une famille extrèmement atteinte par la shoah et les actes de braves et moins braves gens durant les années chaudes de la guerre.
Ceci étant, c'est en mon nom que je parle et en mon nom seulement, je ne représente personne.
A propos de Céline: il y a une quinzaine d'années que j'ai encouragé à Tel-Aviv dans une revue littéraire, la publication de lettres inédites de Céline à un ami israélien , alors que son directeur hésitait.

Céline était antisémite. Vu le contexte, à l'époque je lui aurais probablement logé sans états d'âme particuliers une balle dans la tête: c'était un ennemi.
Bon et puis quoi ? Où se trouve la dificulté aujourd'hui de dire simplement: ce type était un grand écrivain ET un sale mec.
Pourquoi ne peut-on pas dire simplement: lisez le, ne l'imitez pas.

Le monde n'en n'a donc encore pas fini avec les diverses modulations de ce qui se nommait jadis "idolatrie".
Est-il si difficile d'admirer les phrases d'un écrivain sans vouloir se prosterner devant lui comme devant une idole - qu'elle soit debout ou à terre ?

Croyez vous vraiment que tous les nazis et collabos divers aient tous été des imbéciles, des dépourvus de talent ? Ou que tous les résistants aient été des gens admirables de lucidité ou d'intelligence ? Ah comme ce serait facile: toutes les qualités d'un côté, de l'autre toutes les saloperies.
Je vais vous dire: je me fous de savoir si Voltaire ou Montesquieu étaient antisémites: c'est simple, je ne prosterne pas devant eux. Je ne cherche pas quelqu'un devant qui me prosterner, je ne cherche personne à adorer.
Si un grand champion de course à pied se déclare antisémite, ça ne m'enlèvera pas le gout de ses exploits pédestres. Je me dirais seulement: tiens, un connard qui courre vite. Céline ? Tiens, un salop qui écrit bien.
C'est peut-être bien assez proche, d'ailleurs.

9. 24/01/2011 10:48 - Raphael

Raphael@Nejma

"...C'est un choix moral minimum et une forme de reconnaissance vis à vis des juifs pour tous les progrès apportés à l'humanité. Il ne suffit pas verbalement et intellectuellement de combattre l'antisémitisme...'

Merci, vous m'avez fait ma journee, qui avait commencee un peu de travers :-)

10. 24/01/2011 10:53 - jsc

jscIl n'y a strictement rien à redire quant au jugement implacable de cet article sur les pulsions de criminalisation de la littérature du passé et de l'ambivalence de l'Histoire (et donc de l'Histoire tout court) par l'époque présente, celle du Bien transhistorique. Mais tout de même, comment ne pas se féliciter du fait, et Muray qui est cité ici s'en serait réjoui, que Céline échappe à cette mascarade festiviste du "calendrier des célébrations nationales 2011"... Cette pseudo-polémique en forme de farce valide le diagnostic de Muray sur la dimension irrécupérable de Céline pour n'importe quelle forme de militance, y compris celle du Bien dont ce "calendrier" - encore moins utile que celui des Postes - n'est que l'une des manifestations les plus solennelles et donc ridicules. La greffe de Céline dans la mise en scène de l'Empire du Bien par lui-même ne prend pas : tant mieux. Tant qu'il y de la négativité, l'Histoire reste possible.

11. 24/01/2011 11:09 - Raphael

Raphael@ Juif dans sa guerite

Moi aussi francais, israelien,habite Tel-Aviv, famille touchee par la shoah...
Que diriez vous de traduire Mein Kampf en hebreu et de l'enseigner a l'ecole? Apres tout il ya des idees pas mal la bas ! Il a tres bien relance l'economie de son pays ce mec la.
D'apres vous, on pourrait etre meme indulgent avec Hitler : c'est un salaud, mais qu'est ce qu'il dirige bien ! Et quel don pour les ceremonies grandioses !
Ou est la limite ?
Manque t'il d'ecrivains doues et pas trop antisemite qu'il faille aller lecher les bottes d'une telle ordure ?

12. 24/01/2011 11:16 - HP

HPBon article, sur un sujet sulfureux et risqué. Il est évident que personne ne peut être d'accord avec les propos de Céline sur les Juifs. Mais, là n'est pas la question dans l'article. Le commentaire de "un juif dans sa guérite" est d'ailleurs à ce titre très intéressant. La force du dérapage et de l'indignation à tout font que nous nous indignons beaucoup plus que des personnes bien plus concernées que nous, simplement par réflexe pavlovien bien enfoncé dans nos crânes... Je pense que cacher est là pire des choses. Comment apprendre ce qu'il ne faut pas faire si on ne peut le voir. Nous sommes là dans un puritanisme malsain.

Cet oubli volontaire rejoint celui de "l'oubli" des fêtes chrétiennes dans l'agenda européen et tant d'autres crachats sur notre patrimoine culturel... Il y a vraiment une police du dérapage qui s'est organisée et qui, sous couvert de justice et d'égalité, est en train de réécrire l'Histoire, la notre ! Non, nous ne rêvons pas, c'est en train de se produire! Jusqu'où ira cette folie autodestructrice ? Qu'allons nous apprendre à nos enfants ? Qui seront-ils ? Permettez-moi de vous dire que nous avons intérêt à agiter nos neurones pour ne pas laisser l'état en faire des abrutis et leur permettre de réfléchir, juger et choisir...

Pour finir, je laisse la parole au banni : "Rien n'est plus grave que la conviction exagérée. J'en ai connu bon nombre, moi qui vous parle Ferdinand, de ces sortes de convaincus et de diverses provenances encore ! Ceux qui parlent de justice m'ont semblé, en définitive, être les plus enragés". Voyage au bout de la nuit.

13. 24/01/2011 11:25 - juif dans sa guérite

juif dans sa guérite@Raphael:

qui parle d'indulgence ? Qu'est ce que c'est d'ailleurs que ce mot là ?
Traduire Mein kampf en hébreu ? bien entendu ! où est le problème ? l'enseigner ? bien qu'il n'y ait pas grand chose à enseigner là-dedans, bien sûr, oui: ce livre pose quelques questions: par exemple: dès qu'il s'agit des juifs, hitler se met clairement à entrer dans un délire paranoïaque parfaitement caractérisé. Une question par exemple à poser aux élèves: comment se fait-il qu'un délire aussi manifeste ait pu si facilement être adopté par des peuples entiers ? Quels sont les rapports entre Pouvoir politique et structuration paranoïde.

En ce qui concerne votre deuxième point - est-ce qu'il manque des écrivains doués, etc: non, il n'en manque pas, et alors ? je n'en connais pas beaucoup qui aient fabriqués des phrases cappable de coller à ce point avec la folie de notre époque que Céline. Je pense cependant qu'il lui manque, à Céline, une dimension " spirituelle", "humaine" ( appelez ça comme vous voulez ), pour avoir été un immense écrivain. Dans le genre puissant, je préfère Malcom Lowry, par exemple. Mais je le répète: et alors ?

Je vous laisse votre phrase centrale " d'après vous, etc" - qui n'est pas digne que je lui réponde. ata amarta !


14. 24/01/2011 11:54 - Nejma

Nejma@juif dans sa guérite on ne négocie pas avec l'Histoire. On ne célèbre pas l'innommable. Ce couard de Céline s'est enfui au lieu d'affronter ses pseudo vérités. Il ne s'agit pas de polémique mais de justice.
Raphaël, vous n'avez pas à me dire merci il faut surtout montrer en quoi sans les juifs nous serions à l'état de demeuré. Il faut montrer à ces idiots de beurs de cités en quoi ils doivent leur tranquillité au prix qu'ont payé les juifs durant des millénaires. Comme dirait mon père nous sommes ce que nous sommes grâce aux juifs et cela beaucoup l'oublient.

15. 24/01/2011 12:16 - juif dans sa guérite

juif dans sa guérite@Nejma

mais encore une fois il ne s'agit pas ni de négocier ni de transiger ni de vendre ou trafiquer des indulgences ! Vous ne connaissez pas, mais croyez moi, je suis aux antipodes de ces compromissions là !

il s'agit d'intelligence, de vigilance, d'esprit critique, de liberté.
Bien plus que de négativité, c'est de cela que nous avons besoin, aujourd'hui comme hier, avec le prix à payer pour cela, et dont l'ardoise risque d'atteidnre à des hauteurs colossales, vu comme le monde, il va.

Il se peut que les juifs en tant que peuple singulier parmi les peuples aient incarnés ( à l'échelle des peuples ) cette altérité résistante à l'uniformité des divers Empires. En tant que tel, oui, ils en ont pris plein la gueule: mais ce n'est pas parce qu'ils en ont pris plein la gueule qu'ils sont intéréssants et importants dans l'Histoire.
C'est justement parce qu'ils ont sû dévelloper des modes de pensée vigilants, critiques, etc, et en faire le coeur du projet de leur civilisation. C'est ça, le judaïsme, c'est ça le coeur de la Torah - la lecture critique ( talmud ) , le renouvellement ( hidouch ), le refus d'une Vérité définitive et immobile ( mahloquet ).

Pour les beurs dans les cités - s'il y a quelque chose d'urgent à faire, ce n'est pas de focaliser leurs réflexions sur les juifs ( bons ou pas bons ), c'est de leur apprendre à penser, c'est à dire d'abord refuser ce qu'on nous présente. Quand les gens commencent à penser, qu'ils soient beurs ou pas, il y a toujours un moment où on se pose la question " tiens, qu'est ce que c'est histoire là, avec les juifs ? "
L'antisémitisme de Céline est un echec de la pensée, une démission de la pensée, pas un fruit de son talent d'écrivain.




16. 24/01/2011 12:25 - Qu'importe

Qu'importeCe débat m'a l'air un peu oiseux dans la mesure où selon moi, aucun écrivain ne devrait être célébré par l'État, sauf ceux qui célèbrent l'État (mais dans ce cas je ne me sens pas concerné). D'ailleurs, le nom officiel du régime pétainiste se nommait "l'État français". Et à ma connaissance, quoi qu'on pense des motivations de son antisémitisme, Céline ne l'a jamais célébré.

Ceci étant, et par rapport au questions évoquées dans les commentaires, il ne me semble pas inopportun de rappeler que les premiers juifs à avoir été déportés ne l'ont pas été en tant que juifs mais en tant que communistes. Et à cette époque, les Juifs non communistes ont laissé faire. Dans une certaine mesure, l'anticommunisme des élites juives a aussi contribué à faire disparaitre un rempart contre la politique génocidaire d'Hitler.

Notons au passage que cet anti-communisme était commun à Céline et aux élites juives.

17. 24/01/2011 12:32 - Ellroy

EllroyTous à vos bibliothèques (pour ceux qui savent lire et qui en ont une) je vais créer un event Facebook: autodafé pour les méchants écrivains , où sur la place de la mairie de chacune de nos communes les gentils citoyens, représentant de l'avant-garde morale, brûleront les mauvais génies de la Littérature française. Puis l'on fera une distribution de roman de Musso et Levy, de Martine à l'école, etc... on devrait tous avoir un détecteur de salaud c'est quand même bien pratique.

Mais de toute façon il faut légiférer...

18. 24/01/2011 12:33 - Nejma

Nejma@juif dans sa guérite peut-on séparer l'œuvre de son auteur ?
Vous ne vivez plus en France mais dans un climat où l'antisémitisme revient en force,sous l'aimable cache sexe de l'antisionisme ( puisque vous savez intellectualiser et donc projeter sur les possibles dérives ) il est inacceptable de glorifier cet auteur ce serait criminel. Quand je discute avec des jeunes qui comme sous 35 accusent les juifs de tous les maux même des jeunes ayant fait des études, on ne peut être indifférent et tenir un discours comme vous le faites. C'est faire montre d'un égoïsme repoussant.

19. 24/01/2011 13:04 - juif dans sa guérite

juif dans sa guéritenejma ! il ne suffit pas d'avoir de belles indignations pour lutter efficacement contre leur cause.
je vis en france actuellement.
je dis qu'il ne s'agit ni de glorifier ni de dé-glorifier un auteur pour lutter contre non seulement l'antisémitisme mais contre ce que signifie le retour de cet antisémitisme.

je dis, et vous le dites bien aussi: le niveau des études n'a rien à voir avec les capacités de résistance ou de lutte contre les maladies sociales comme l'antisémitisme. Céline en est justement un excellent exemple. Je ne sais pas ce que faisait ou fait votre père, mais croyez vous que ça soit en raison de sa culture qu'il a refusé de cèder ?

Voyez vous, il y a une puissance dont personne ne semble sortir de bon coeur: celle de la pensée collective dominante: une fois on est pour, une fois on est contre, selon ses amertumes, ses rancoeurs, ses désirs. Le Pouvoir nous a bassiné contre l'antisémitisme. Ce même Pouvoir est devenu "totalitairement Bon" ( comme y tend n'importe quel Pouvoir, se confondre lui et le Bien ). Ce même Pouvoir fait chier les beurs ( je simplifie, évidement, mais c'est pas faux, n'est ce pas ? et ça a pas besion d'être beaucoup plus subtil, parce qu'il s'agit de pensée de groupe ). D'où il s'ensuit, selon les beurs, que les juifs sont responsables ( " on a même pas le droit de dire ce qu'on pense ! " ). ( Sans parler aussi du rôle des médias and so on )
Dénoncer ce genre de mécanisme est relativement facile, mais lui échapper, c'est une autre paire de manches.
Un bon exemple ici: je suis grosso modo d'accord avec l'article de Laurent Obertone, mais ce qui me distingue de lui est..... tout à fait essentiel.
Je dis que penser, que ça soit en France ou ailleurs ( c'est plus difficile en France ), ça commence par chercher à observer, à déceler, à critiquer, par tous les moyens possibles, l'origine des "opinions" qu'on colporte, nous tous. Ca implique de penser, oser penser sans référence à l'autorité, qu'elle soit de Pouvoir ou de Contre-Pouvoir. Et ça, c'est peut-être plus difficile aujourd'hui pour les beurs des cités que pour un paysan isolé de l'aveyron. Peut-être.
Parce que la pression sociale est plus forte dans les microcosmes des cités, et que tous ces braves beurs antisémites ont la trouille, c'est tout, la trouille comme tout le monde: d'être libre.



20. 24/01/2011 14:58 - Ellroy

EllroyNejma, si je partage en partie votre constat, je parlerai pas pour ma part de "monter de l'antisémitisme" les propos que j'entend moi aussi sur le juif partout et responsable de tous les maux s'apparentent plus à de la judéophobie , à une haine du juif (ou de son image fantasmée) qu'à une négation du juif ou son infériorisation comme peuple comme religion ce qui était précisément la politique nazi et celle de Vichy qui pour le coup s'apparentent à de l'antisémitisme.

Maintenant très franchement je ne vous suis absolument pas sur Céline. C'est votre droit de le détester ( de ne pas aimer son style au delà de son antisémitisme) , ceci n'est pas en cause, en revanche je ne vois pas en quoi Monsieur Klarsfeld s'érige en gardien de la mémoire des victimes du génocide des juifs contre Céline, car si Klarsfeld le chasseur de nazis force le respect , Klarsfeld le pourfendeur de Céline n'a aucune légitimité pour se prononcer la dessus "au nom des juifs" . Franchement mélanger morale et littérature et remettre au goût du jour le crime de pensée ou le délit d'opinion c'est ridicule et anachronique...

Pour ma part, il faut prendre Céline comme un tout ( l'oeuvre et l'homme , le génie littéraire et l'antisémite) et si je sursaute quand je lis ses saillies antisémite cela ne m'empêche pas d'aimer le génial écrivain, ses mots et son style.....

21. 24/01/2011 16:39 - Nejma

Nejma@mon juif dans sa guérite, pour reprendre Céline ""je m'intéresse peu aux hommes, à leur opinions. C'est le trognon qui m'intéresse. Pas ce qu'ils disent, mais ce qu'ils sont."
Je ne suis pas du genre à suivre le mouv, ou la pensée générale, je n'ai pas de dogme mais des convictions.
Permettez-moi en l'espèce de faire fi de mon recul et de prendre partie.Parfois on doit choisir son camps. Je ne suis pas indignée, je précise simplement qu'officiellement si on commémore Céline avec le vécu de la France, cela sèmera la confusion dans l'esprit de bon nombre.
Peut-on risquer cette gâterie intellectuelle? Peut-on insulter la mémoire de certaines de ses victimes? Ce n'est pas du gnangnatisme,il a publié en librairie des pamphlets qui sont d’authentiques appels au meurtre.Célébrer l’écrivain, et oublier l’homme ? Je ne sais pas faire.

22. 24/01/2011 16:45 - Nejma

NejmaElroy si a titre individuel vous voulez aller déposer une gerbe sur la tombe de Céline je n'ai rien contre. Mais qu'avec l'argent de mes impôts la République le fasse autant financer Al quaïda pendant qu'on y est.

23. 24/01/2011 17:08 - skostiss

skostissC'est définitivement une maladie de l'époque, que cette incapacité à "assumer" l'ensemble d'une Histoire.
"je suis un français de la France de Jean Moulin, et pas de celle de Pétain, nananère..""je suis fils d'esclaves et toi de colons.
Modestement, je suis français, et je dois assumer l'Histoire et la culture de mon pays, celle de Richelieu et de Voltaire, de Bousquet et de de Gaulle, de Céline et de Boris Vian (Marc Lévy, je suis obligé??).
Et j'estime que ma charge d'héritier de cette Histoire est a minima d'en assumer la complexité, fier et honteux à la fois. Et de savoir que la Lumière se cache aussi dans la merde, comme le Salut dans une étable.
A l'instar d'une Nejma qui pense que glorifier le plus grand écrivain du 20ème siècle est "criminel et d'un égoïsme repoussant", (ce qui prouve qu'elle est définitivement immunisée contre la littérature, donc contre le Monde) et qui décrète que l'œuvre de ce monsieur est ontologiquement "innommable", la France déclinante n'a plus que pour seul dessein de retrouver la pureté.

Oui, on peut séparer l'œuvre de l'écrivain, et l'écrivain authentique d'ailleurs s'y emploie quand il écrit, puisqu' écrire est, comme le dit Dantec, une négation active de soi, chose que n'a su faire Céline dans ses opuscules pathétiques et brillamment réussi dans "Voyage au bout de la Nuit"

Les États-Unis et Israël ont au moins compris qu'aucune Nation et même qu'aucun Monde digne de ce nom n'est innocent. Pas étonnant que les réactions les plus pertinentes de cette page nous viennent de la guérite d'un Israélien.

24. 24/01/2011 17:27 - HP

HPJe vous rejoins skostiss, et si "on ne négocie pas avec l'Histoire" Nejma, alors on ne rejette pas Céline car il fait partie de l'Histoire avec un grand H, qu'on le veuille ou non. Le retirer est transiger avec cette histoire. Ce silence imposé me semble vraiment malsain et politico-correctement imposé.

25. 24/01/2011 17:31 - juifguérite

juifguérite.... je ne pensais pas rester aussi longtemps dans ce dialogue, mon pseudo qui se voulait réponse sur le coup commence à m'emmerder.

@chère Nejma:

vous avez tord de me supposer ( à partir de quoi ? ) indifférent ou distant ou je ne sais quoi de ce genre.
je le redis pour la dernière fois: pour moi, ce que serait célébrer l'écrivain, dans un pays intelligent, ce serait clairement aussi ne pas oublier le criminel.
Cela pourrait vous paraitre étonnant, mais puisque nous parlons de judéité, vous savez sans doute qu'une des innovations géniales des rédacteurs de la bible hébreu, c'est de n'avoir rien voulu caché dans le texte des "fautes" plus ou moins graves des pères fondateurs.
Je maintiens qu'il il y a plus d'intéret à se creuser la cervelle au risque de se scandaliser en affirmant des faits en apparence contradictoires ( Céline grand écrivain, Céline salopard ) qu'en jettant encore une fois un de ces voiles de silence dont la france est coutumière depuis la guerre, geste qu'elle reproduit depuis régulièrement avec constance. Voyez vous, je pense que une des raisons ( pas la seule ) pour lesquelles ça va pas bien actuellement dans la génération beur, ce sont ces gestes de mensonge répétés par nos gouvernements.

Pour en terminer avec Céline. Je suis béat d'admiration à chaque fois que je relis des pages de certains de ces bouquins. Et pourtant, dans l'ensemble - même avant qu'il se lance dans ses saloperies, qu'il sombre dans sa psychopathologie militante - il y a quelque chose qui m'a toujours empeché de penser que c'est là vraiment le Grand écrivain du siècle.
Voici par analogie ce que j'en pense: Cézanne disait de Monet: " ce n'est qu'un oeil.... Mais quel oeil ! ". De même, je trouve que Céline n'est au fond qu'un oeil verbal. Il a enregistré de façon prodigieuse ( je ne lui connais pas d"équivalent sur ce point ) les "paroles" de son époque. Il lui fallait pour cela aussi pas mal de veulerie, c'est à dire pas mal de non-résistance. Or il se trouve que son époque était une époque de salops. Et Céline s'est jeté là dedans comme dans le reste, à mots perdus, en lâche, sans autre résistance que des convulsions dégueulasses. Oui, mais tout ça, il l'a écrit.
Voilà par exemple un lien possible entre la saloperie de cet homme et son talent d'écrivain. Je ne sais pas si c'est juste ( je le crois quand même ) mais en tout cas, c'est une piste possible de présentation.
En quoi dire des choses comme ça serait ne pas prendre partie ? En quoi cela consiste t il en une gaterie intellectuelle ? En quoi cela risque t il de semer la confusion - comme si il n'y avait pas assez de confusion comme ça ?

Chercher à comprendre sans éluder, ce n'est peut-être pas simple, c'est certainement pas aussi confortable que vous semblez imaginer que je m'y complaise, au contraire !

Est ce qu'une célébration étatique serait capable de réfléchir ? Non, sans doute non, sur ce point vous avez raison. Mais la solution qui consiste à censurer délicatement ce qu'on n'aime pas.....ce qui dérange, alors là, je dis non et encore non. Pas par angélisme: parce que ça détruit la possibilité même de refoutre de la vie dans une société completement morte.

26. 24/01/2011 17:34 - Nejma

NejmaSkostiss vous m'amusez beaucoup que savez-vous de mon parcours en Littérature?
C'est écrit dans la Bible que Céline est le plus grand écrivain du 20ème?
Parce que l'on voit plus loin qu'une simple commémoration parce que l'on va loin dans le symbole on manque de pertinence? C'est bien réducteur! Nous n'avons peut-être pas les mêmes paramètres. On réagit aussi avec son vécu si vous n'avez aucune dette de loyauté tant mieux.
S'il est clair que ceux qui partagent vos visions du monde sont plus pertinents que les autres ne m'en veuillez pas d'être différente de votre schème de pensée cela fait aussi partie je vous l'apprends sans doute de la complexité et l'aspect polymorphe de l'engeance humaine.

27. 24/01/2011 17:42 - juifguérite

juifguérite"Pour en terminer avec Céline. Je suis béat d'admiration à chaque fois que je relis des pages de certains de ces bouquins. Et pourtant, dans l'ensemble - même avant qu'il se lance dans ses saloperies, qu'il sombre dans sa psychopathologie militante - il y a quelque chose qui m'a toujours empeché de penser que c'est là vraiment le Grand écrivain du siècle.
Voici par analogie ce que j'en pense: Cézanne disait de Monet: " ce n'est qu'un oeil.... Mais quel oeil ! ". De même, je trouve que Céline n'est au fond qu'un oeil verbal. Il a enregistré de façon prodigieuse ( je ne lui connais pas d"équivalent sur ce point ) les "paroles" de son époque. Il lui fallait pour cela aussi pas mal de veulerie, c'est à dire pas mal de non-résistance. Or il se trouve que son époque était une époque de salops. Et Céline s'est jeté là dedans comme dans le reste, à mots perdus, en lâche, sans autre résistance que des convulsions dégueulasses. Oui, mais tout ça, il l'a écrit. "

mais il n'a fait que ça. est que c'est suffisant pour faire un vrai écrivain ? Non, je ne pense pas. Il y manque justement la résistance, la petite danse entre le monde et soi, dont l'un tue l'autre sans arret. Il lui manque, au fond, l'amour de la destruction et l'intuition de ce qui pourrait naitre dans les décombres: naitre des décombres eux-même. Il lui manque la connaissance de l'autre, perçue comme un retrait accepté de soi-même.

28. 24/01/2011 17:51 - Qu'importe

Qu'importeJe me cite parce que normalement, ça aurait du faire grimper aux rideaux les droitards que vous êtes :

"Ceci étant, et par rapport au questions évoquées dans les commentaires, il ne me semble pas inopportun de rappeler que les premiers juifs à avoir été déportés ne l'ont pas été en tant que juifs mais en tant que communistes. Et à cette époque, les Juifs non communistes ont laissé faire. Dans une certaine mesure, l'anticommunisme des élites juives a aussi contribué à faire disparaitre un rempart contre la politique génocidaire d'Hitler.

Notons au passage que cet anti-communisme était commun à Céline et aux élites juives. "

Merde alors ! De vous, j'aurais au moins pu m'attendre à des tombereaux d'insultes ! Z'êtes devenus des babs mous du bulbe ou quoi ?

29. 24/01/2011 17:56 - juifguerite

juifguerite@qu'importe

c'est que, tu vois, il faut au moins un peu articuler pour provoquer convenablement.

30. 24/01/2011 18:02 - Qu'importe

Qu'importeEt si c'était toi qui n'arrivais pas à articuler un début de réponse ?

31. 24/01/2011 18:05 - Nejma

Nejma@juif sorti de sa guérite, je ne vous juge pas indifférent au contraire très touchant et très honnête intellectuellement. Parfois j'aime exagérer cela donne des échanges riches comme celui là.
Chercher à comprendre sans éluder on dirait un discours de psy. Je vous taquine!
Il ne s'agit pas de censurer par coquetterie, mais de comprendre ces souvenirs qui me gouvernent. En 1975 j'avais 8 ans une enseignante Irène Ilas seule rescapée de la Shoa dans sa famille, s'est prise d'un intérêt immense pour moi .
Elle a été la plus belle rencontre de mon existence. Juive pratiquante, j'ai été pour elle sa fille de substitution. Je la revois encore tremblante demandant à mon père si cela pouvait le gêner qu'elle prenne en charge ma destinée. Maintenant elle n'est plus et je la pleure comme une fille.
Je sais que ma problématique actuelle vient de ce rapport avec mon passé.
Aussi pour vous rejoindre cher ami il faudrait que je dialogue avec mon moi le plus profond pour dépasser ce qui peuvent légitimement être des blocages intellectuels.

32. 24/01/2011 18:08 - Hello

HelloBizarrement, alors que tous tentent d'exagérer le cas Céline, imitant ainsi l'écrivain, j'ai une position assez modérée.
De l'homme, il n'est plus même question de débattre, tant tout a été prouvé, répété.
Mais sur l'auteur, j'ai également des doutes, il me semble avoir beaucoup produit de rhétorique à la mitraillette. Qu'on lise seulement ses livres et passé l'étonnement primitif, qu'on se dessille les yeux. En dehors, des premiers volumes, on trouve essentiellement du tic nerveux devenu style, un usage immodéré des trois points (...) et une langue devenue délirante (qu'Artaud a d'ailleurs dépassé).
Ceci dit, je reconnais une hypnose particulière à cet orateur...
Mais bon, soyons sérieux ! Il y a beaucoup de grimaces inutiles dans cette grande victime du style et dans l'emballement propre à cette grammaire sans contrainte.
Donc Céline, grand écrivain mais avec réserve.

33. 24/01/2011 18:08 - Hello

HelloBizarrement, alors que tous tentent d'exagérer le cas Céline, imitant ainsi l'écrivain, j'ai une position assez modérée.
De l'homme, il n'est plus même question de débattre, tant tout a été prouvé, répété.
Mais sur l'auteur, j'ai également des doutes, il me semble avoir beaucoup produit de rhétorique à la mitraillette. Qu'on lise seulement ses livres et passé l'étonnement primitif, qu'on se dessille les yeux. En dehors, des premiers volumes, on trouve essentiellement du tic nerveux devenu style, un usage immodéré des trois points (...) et une langue devenue délirante (qu'Artaud a d'ailleurs dépassé).
Ceci dit, je reconnais une hypnose particulière à cet orateur...
Mais bon, soyons sérieux ! Il y a beaucoup de grimaces inutiles dans cette grande victime du style et dans l'emballement propre à cette grammaire sans contrainte.
Donc Céline, grand écrivain mais avec réserve.

34. 24/01/2011 18:53 - skostiss

skostiss"Des blocages intellectuels légitimes ?"... A cause du traumatisme de la rencontre d'une enseignante rescapée de la Shoah qui vous a considérée comme sa fille ?
Histoire touchante mais quel rapport avec le sujet ?
Non justement on ne réagit pas avec son vécu, on confronte ses émotions avec la complexité du monde justement. Sinon les Juifs auraient sûrement incendié des restaurants allemands.
Vous avez raison de souligner que je n'ai aucune légitimité à affirmer que Céline est un grand écrivain, mais quand bien même il le fût, vous ne nous auriez pas épargnés de la comparaison entre la commémoration de son œuvre romanesque et le soutien financier à Al Qaïda, et tout le problème est là.
J'ai une profonde aversion pour l'idéologie communiste, et un regard impitoyable sur les régimes qui en naquirent. Jamais je ne cesserai pour autant de considérer le premier homme dans l'espace comme un sursaut de l'histoire humaine. Et pardon de vous le dire, j'aurai eu la même considération pour l'événement si il avait été l'œuvre des Nazis, même si à vos yeux, cela fait de moi un adorateur de la Solution Finale

35. 24/01/2011 19:07 - Ellroy

Ellroy@ Hello, il vrai qu'on peut avoir des réserves sur Céline d'autant que pour certain il n'aurait fait que reprendre et amplifier la trouvaille de Jules Laforgue sur le style donc réserve ok, pour ma part je préfère largement Drieu La Rochelle, tombé dans l'oubli. Je trouve son style bien meilleur que celui de Céline. Jacques Rigaud trouve également grâce à mes yeux . Ces auteurs pour ce qu'ils disent de leur époque: décadence, vacuité morale et intellectuelle, traumatisme de la guerre, lacheté de la classe politique, fascisme, antisémitisme car le juif est pour eux (Drieu surtout, Rigaud lui s'en tapait) le représentant du matérialisme moderne de l'époque (la leur) , dandysme également, quête de l'absolu et au final suicide de Drieu et Rigaut... Pour ma part j'assume tout de leur littérature, le sale comme le plus époustouflant....

36. 24/01/2011 19:08 - Nejma

NejmaSkotiss je n'ai jamais eu de traumatisme avec Irène vous savez lire au moins?
Je parle de dette morale, parfois il existe des blocages liés au passé, je ne suis pas vous donc ne me demandez pas de faire ou penser comme vous. Quant à m'expliquer il s'agit d'un échange avec juif dans sa guérite. Vous un adorateur de la solution finale peut-être bien qui sait?
Mais qu'attendez-vous pour faire un comité de soutien pour ce génie cotisez-vous, achetez des fleurs et allez gerber sur sa tombe, cela ne vous est pas interdit, au lieu de venir postillonner sur mes prises de positions que vous ne partagez pas.

37. 24/01/2011 19:09 - Qu'importe

Qu'importe@skostiss

Fais gaffe quand même. Y'en a qui considèrent les vivisection humaines dans les camps de la mort comme des sursauts de l'histoire médicale.

38. 24/01/2011 19:57 - Lucie

LucieLe festivisme commémoratif ne convient pas à la littérature en général.

La grille de lecture de Muray sur l'Empire du Bien peut souffrir de quelques exceptions sinon elle devient elle-même une idéologie totalitaire, ce qui serait un comble.
L'oeuvre de Céline est éditée dans la pléiade et est enseignée au lycée. Il n'y a pas censure.
La transmission de son oeuvre utilise d'autres canaux, c'est tout. Des canaux où l'on peut prendre le temps. La vie de la littérature ne suit pas le rythme endiablé des commémorations dont on nous abreuve. Pour moi lectrice, c'est là son charme.
De plus compte-tenu de l'importance réelle de la Culture pour nos gouvernants depuis plusieurs décennies, j'aurais plutôt tendance à croire que cette commémoration ressemble à un enterrement de première classe.

39. 24/01/2011 20:19 - Ellroy

Ellroy@Lucie, finalement je suis assez d'accord avec vous. Commémorer Céline, le figer sur une liste élaborée par des fonctionnaires du Ministère de la Culture c'est un peu faire un bras d'honneur à Céline . Quand on connaît sa haine de la modernité, c'est assez cocasse de le voir célébrer par l'Etat. ça me fait penser à ses artistes subventionnés par l'Etat, ce que Muray appelait"la subversion sous subvention" ou les peintres pompiers rémunérés par les Académies. En définitif, il ne faut pas commémorer, célébrer Céline dans un ministère....

40. 24/01/2011 20:36 - HP

HPCe que vous soulignez est assez juste Lucie, c'est vrai. Finalement, tout ça renvoie peut-être davantage à la difficulté qu'a l'Etat (donc les élites) à assumer notre patrimoine culturel, due à une certaine schizophrénie identitaire dont l'agent pathogène serait le communautarisme...

41. 24/01/2011 21:16 - Skostiss

SkostissLucie a raison. La commémoration existe pour créer du lien social.
La littérature est un agent d'individuation.
Cette excommunication ne peut finalement faire aucun mal a Celine.

42. 24/01/2011 21:27 - Lucie

LucieJe rajouterai que l'absence d'émission littéraire sur les chaînes nationales est un meilleur signe . La doxa s'impose bien davantage par ce canal.
Peut-être qu'Internet à l'avenir pourrait suppléer à ce manque.

43. 24/01/2011 21:34 - Lucie

LucieJe voulais dire dans mon post 42 que la doxa s'impose davantage par l'absence de débat autour de la littérature à la télévision que par sa présence dans les festivités commémoratives . C'est surtout l'absence qui est un signe pas le tintamarre.

44. 24/01/2011 21:38 - Nejma

Nejma@HP bonsoir " schizophrénie identitaire"? Vous êtes sérieux? C'est quoi ce nouveau concept?
Je ne vois dans cette décision qu'une quête de sagesse. Je ne vois dans tous les commentaires qu'une provocation pour avancer et ce n'est pas une démarche nouvelle.
Dans Charmide, Socrate provoque ses adversaires en leur lançant des objections délibérément injustes et exagérées, basées sur des interprétations tordues de leur interventions originales. Mais ce comportement malicieux est justifié par son objectif ultime qui consiste à provoquer le débat dans l’espoir de faire avancer le savoir et d’atteindre la sagesse.

45. 24/01/2011 22:01 - sub

sub je reviens à l'article très bien rédigé et pensé. De même Godard avait rédigé une introduction à la fameuse "liste des célébrités de l'année" qui posait bien la question en regrettant la confusion implicite du terme "célébrer" ( à connotation très IIIè République) . au sujet de l'antisémitisme d'avant-guerre( aussi normé et banal que aujourd'hui se dire de gauche..) je rappelle que Céline a écrit ses pamphlets en 1937 , 1938 et début 1939. Dès la déclaration de guerre, il s'engage et ne publie plus, en tout cas rien sur les juifs. La justice a fouillé de 1945 à 1951 et n'a rien trouvé pendant la guerre de quoi le faire condamner vraiment . Je conseille l'excellent document par A.Derval publié en 2010"accueil critique de bagatelles pour un massacre"( décembre 1937 )- à cette époque on adorait les pamphlets , et la critique -même critique- en redemandait. Plus tard dans les années 50, Céline penaud est revenu là dessus en l' expliquant par sa trouille viscérale de la guerre; puis il a enchainé sur la solidarité avec les juifs, mêmecombat, cette fois, contre les chinois qui vont arriver à Angoulême? je crois... les prophéties de céline sont extra: tout y est, la mondialisation, la loi des 35 heures! Bonnes lectures!

46. 24/01/2011 22:01 - sub

sub je reviens à l'article très bien rédigé et pensé. De même Godard avait rédigé une introduction à la fameuse "liste des célébrités de l'année" qui posait bien la question en regrettant la confusion implicite du terme "célébrer" ( à connotation très IIIè République) . au sujet de l'antisémitisme d'avant-guerre( aussi normé et banal que aujourd'hui se dire de gauche..) je rappelle que Céline a écrit ses pamphlets en 1937 , 1938 et début 1939. Dès la déclaration de guerre, il s'engage et ne publie plus, en tout cas rien sur les juifs. La justice a fouillé de 1945 à 1951 et n'a rien trouvé pendant la guerre de quoi le faire condamner vraiment . Je conseille l'excellent document par A.Derval publié en 2010"accueil critique de bagatelles pour un massacre"( décembre 1937 )- à cette époque on adorait les pamphlets , et la critique -même critique- en redemandait. Plus tard dans les années 50, Céline penaud est revenu là dessus en l' expliquant par sa trouille viscérale de la guerre; puis il a enchainé sur la solidarité avec les juifs, mêmecombat, cette fois, contre les chinois qui vont arriver à Angoulême? je crois... les prophéties de céline sont extra: tout y est, la mondialisation, la loi des 35 heures! Bonnes lectures!

47. 24/01/2011 22:39 - juif dans les vignes

juif dans les vignesoui, bon, j'ai changé de lieu ce soir et je n'ai qu'un mini mini ordinateur. C'est fou comme lire tout ça par petits fragments et taper sur un clavier trop petit démotive la reflexion et le gout d'intervenir !

@Nejma, ça m'arrive de lire de temps en temps vos commentaires sur ce site.
je vous aime bien, vraiment ...à une autre fois peut_être

48. 25/01/2011 00:40 - Gaël

Gaël@sub
...hormis une petite correspondance avec Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement de Vichy dans les territoires occupés-à l'époque de l'épuration il y avait toujours de quoi faire condamner. Ses rapports avec l'officier SS Boemelburg...

49. 25/01/2011 09:27 - Nejma

Nejma@juif dans les vignes bonjour c'est vous les pseudos d'acteurs?
A une autre fois surement!

50. 25/01/2011 10:06 - HP

HPNejma, j'ai du mal à vous suivre, vous nous présentez votre amour des juifs et ensuite leur et respect nécessaire (ce que personne ne conteste il me semble) en abondant dans le sens de la censure, alors même que certains intéressés ne sont pas d'accord avec cette position. Ne m'en veuillez pas si je n'ai pas les talents de Socrate dans mon discours et mon argumentation. Pour la schizophrénie, c'est simple à comprendre il me semble. Mais si vous préférez, imaginez-vous un peu les différents ministères de Big brother dans 1984 avec réécriture du passé, affirmation de tout et son contraire constamment... dont le but est bien connu. Je suis un peu déçu car je me rends compte que si on est aps d'accord avec vous, vous n'accordez plus votre sympathie initiale aux gens. Ce que je trouve pour le moins étrange. Pour finir, je dirai que si le débat peut faire changer de point de vue, ce n'est ni une nécessité ni une obligation si la sagesse (dont vous parliez) recommande de rester sur ses positions (avec des arguments bien sûr). Mes arguments ont plutôt été confortés (à mes yeux) par le débat pour le moment. Vous noterez quand même que j'ai infléchi mon avis sur cette "célébration" suite à l'intervention de Lucie. Bien à vous.

51. 25/01/2011 10:12 - Wölfli

Wölfli"L'antisémitisme noir de l'écrivain ne correspond pas aux valeurs de la République"...peut-être qu'un antisémitisme rose d'artiste-enfant-perpétuel correspondrait mieux à ces dites valeurs...

Sinon excellent article, tout à fait dans l'esprit tranchant et sardonique de Philippe Muray (mais comment traiter un sujet aussi misérable et révoltant que l'épuration du passé, sinon par le rire?).

52. 25/01/2011 10:24 - juif entre les pampres

juif entre les pampres@Nejma

non, je n'ai jamais intervenu ici

en ce qui concerne l'article présent, je pense que le tour de ce qui peut se dire au comptoir du Net a à peu près été dit, le reste serait éthillique.

53. 25/01/2011 11:05 - J.

J.J'ai lu "Voyage au bout de la nuit" quand j'avais une vingtaine d'années. Ça été un choc.

Quelque-chose m'avait vraiment plu, que je n'avais encore lue nul part ailleurs, c'est le traitement honnête et sans concession des pauvres, de la "classe ouvrière", pour une fois pas idéalisés mais au contraire montrés avec toute leur petitesse, leur jalousie, leur étroitesse d'esprit... tout ceux qui sont nés dans ce genre de milieu comprennent ça, mais personne n'ose jamais le dire.

La façon dont il déboulonne les filles de bonnes familles américaines venues se donner bonne conscience à peu de frais pendant la guerre était réjouissant aussi. Un peu comme si quelqu'un osait aujourd'hui montrer le ridicule et l'insincère dans la démarche de tous ces fils de profs, étudiants en socio, partis aider nos frères africains avec l'argent de papa-maman pour éviter d'aller bosser.

J'ai toujours eu le sentiment que c'est ça qu'on lui reprochait dans les milieux qui se prétendent médiatiquement "de gauche" : défoncer l'image exotique que se font les bourgeois des pauvres et mettre au jour le ridicule de l'humanitaire-généreux-tolérant-mon cul.

Parce-que quand-même, merde quoi, l'extrême-gauche qui dénonce l'anti-sémitisme c'est la chambre à gaz qui se moque du meurtre en masse !

54. 25/01/2011 11:44 - Nejma

NejmaHP vous avez toujours toute ma sympathie. Que vous ayez du mal à me suivre je le comprends. Parfois je m'amuse à monter sur mes grands chevaux c'est une démarche qui paye. Cela n'enlève en rien mon amour pour les juifs, ce peuple me fascine.
Je voulais simplement dire que le coeur a ses raisons que la raison n'a pas (dixit Pascal les pensées revues à ma sauce). Si je suis d'accord qu'intellectuellement la liberté implique que je sois contre le fait de censurer quelqu'un de talentueux mon passé, mes affects ne me permettent pas d'être dans cette logique. C'est anti "intelligence" mais j'assume.
HP on a parfaitement le droit de ne pas partager mes positions, j'aime être peste c'est ainsi.
Je n'ai pas réagi à votre premier commentaire peut-être parce qu'il serait trop long de définir ce qui appartient vraiment à l'Histoire et en conséquence se lancer dans des débats philosophiques qui feraient perdre le fil du sujet, et sur lesquels comme dit juif entre les pampres tout a été dit.
Toutefois je ne connaissais pas la terminologie "schizophrénie identitaire", c'était une demande d'enrichissement pas un jugement vous concernant.
Je comprends que des liens involontaires se créent ici et que vous êtes une personne très sensible, et que je puis vous décevoir, ne m'en veuillez pas je ne suis qu'une femme!

55. 25/01/2011 11:54 - HP

HPJe ne vous en veux pas, j'aurai été déçu simplement pour la qualité du débat ;-)

Pour la schizo, elle restece qu'elle est. j'ai osé y ajouter le mot identitaire, puisqu'il est question de patrimoine culturel ici et de novlanguisation des discours politiques et culturels. Une petite friandise que je me suis autorisé en somme.

Pour moi, cacher est toujorus pire que montrer et expliquer. Je pense que vous avez aussi lu l'autre texte sur Céline sur le Ring en ce moment. Il résume bien ce que je pense.

56. 25/01/2011 13:50 - Arnaud

ArnaudIl est quand même cocasse que l'apologiste impudent d'un certain tourisme sexuel en vienne à jeter l'opprobre sur le médecin des âmes...

57. 25/01/2011 14:31 - Nejma

NejmaHP je croyais que c'était une nouvelle théorie à la mode je comprends votre friandise.
Je viens de lire l'autre article.

58. 25/01/2011 14:40 - Nejma

Nejmaô juif entre les pampres, en étant dans les vignes c'est tout à fait louable et sportif de ne pas être éthillique, c'est bien vous me faites voyager à travers vos pseudos.Attention Cormary pense que l'Utopie c'est pour les dépressifs...Je vais tâcher d'être aussi gaie qu'une pierre tombale.
A vous lire

59. 25/01/2011 23:25 - Bébert

BébertBon... toute cette histoire commence sérieusement à me les briser menu, je vous le dis ! Faut dire que j'ai entendu Pasquier l'autre jour à la radio - sur RMC- et quelques mots me sont immediatement venu à l'esprit à son écoute : incommensurable bêtise, communautarisme, et Toc, oui, comme la maladie, comme le chien de Pavlov, stimulus-réponse ! sans cogiter ! Et en plus absolument contre-productif !!!
Quant à Mitterand qui se couche, il est à l'image de notre démocratie.

60. 26/01/2011 00:55 - Nicolas

NicolasCéline n'a épargné personne dans ses écrits, les riches, les pauvres, les hommes, les femmes, les cathos, les vivants, les morts, les noirs, les blancs, les jaunes, les marrons, les rouges, les juifs, les goys, c'est plutôt égalitaire comme démarche en fin de compte.

Le véritable problème n'est pas Céline, le problème c'est l'existence même d'un ministère de la culture.

61. 27/01/2011 17:21 - Lucie

LucieEntièrement d'accord avec Nicolas. Contester l'existence d'un ministère de la culture est une piste...
Avis au Ring.

62. 27/01/2011 19:30 - JEF

JEFDès 16 ans (1977), je passai et repassai devant les gros livres de Céline exposés à la fnac en me disant, sans aucune raison rationnelle (un parfait inconnu, l'affreux, surtout en LEP...) à part leur épaisseur décourageante (les deux premiers en poche, 5 cm), "ce sera pour plus tard"... A 23 ans, leur lecture me sauva plus ou moins d'une pente savonneuse, l'impression de rencontrer enfin un contemporain de mon siècle qui me parlait vraiment de l'essentiel de la vraie vie (tout un programme ! mais ce serait un peu long ici). Je lus donc toute son oeuvre chronologiquement, le voyage, morac, mea culpa, guignol's 1 et 2, féerie 1 et 2 et découvris alors "lettres à son avocat". Tiens, pourquoi un avocat ? Grosse surprise ! Comme quoi, c'était bien caché dans ses romans... Je trouvais Bagatelles chez un libraire parisien visiblement crypto-facho et certainement enjuivé malgré lui (rires : 1500 F ! pour une édition 1941 moisie et puant sa cave) et cela me fit découvrir par cette lecture, à la fois étonnament fraîche (jeune !), pimpante, visionnaire (un paragraphe sur deux) et dans le même temps profondément et salement maniaco-dépressive (tout le reste puant fort son hitlériste complexé de base : les juifs trop intelligents baisent le bon aryen, alcoolique congénital, refrain connu), un pan peu évoqué alors de notre histoire brillante du demi-siècle (De Dreyfus à Drancy, en gros). Visiblement, c'était le bassinet d'un grand malade en pleine crise. J'achetais alors tous les commentaires, Godard, Gibault, Muray, Kaminsky, Hindus, Les Cahiers, Paraz, Guénot, Mahé, l'Herne, etc. pour y voir un peu plus clair. J'appréciais donc bientôt en toute connaissance de cause l'ultime trilogie tant vantée (rock around the bunker ou quelque chose comme ça). Je ne le relis plus aujourd'hui que par bribes, son propos passant aussi avec le temps (notre univers est moins limité que le sien, nos aïeux ont payé pour ça), comme ses contemporains des années 1880-1890, tous acteurs à tous niveaux et plus ou moins mal inspirés de la deuxième boucherie mondiale, dont la compréhension même disparait elle aussi peu à peu des livres scolaires d'histoire. Alors, une commémo ? Pour quoi et pour qui ? Des centenaires en palliatifs ? Des vendeurs de papier, de temps d'antenne, d'indignation à bon compte, de beurre pour les épinards des associations des pros du Bien ? Un ami que Céline aussi a fait beaucoup rire m'a suggèré quelques happenings inoubliables en cas de commémo : "une journée -nouille obligatoire sans beurre, sans fromage, sans rien- dans les cantines scolaires, un lâcher de chats sur Meudon, un an de consultations gratuites chez votre médecin traitant, etc.". Eh oui, désormais informés, chaque cuisson de macaroni peut vous interpeller vous aussi et vous ouvrir les portes de la Culture pour presque rien. Pas besoin de ministère.
La lecture aussi est personnelle, silencieuse et se partage entre intimes ; et le livre est à la portée de tous depuis la création du Livre de poche (1950). Tout le reste est vraiment littérature, comme disait l'autre.
Pourquoi donc vouloir vulgariser à tout prix ? Mâcher et prédigérer toute curiosité personnelle ? Haro sur le ministère de l'Inutile ! Démerdez-vous ! Pas besoin d'un autre Mitterand pour vous changer la vie... On a déjà donné. Parlons plutôt de Bonaparte libérant les juifs italiens des ghettos papaux, pour f... un vrai bordel chez les bons-pensants. Bref, si cette mise à l'index du "fléau de l'humanité" peut éviter une récupération de plus dans la moulinette niaiseuse de l'époque, en plus officielle (un comble), c'est tout bon. Surtout pour un "cinquantenaire"... Pourquoi pas un "trentenaire" ? Ou pire encore : chaque année, n'hésitons pas, célébrons tous nos grands morts dans une fête macabre perpétuelle... La queue aux cimetières chics comme au Grand Palais... Abonnements conseillés. La décadence, c'est vraiment la bonne ambiance.

63. 27/01/2011 20:54 - BD

BDCher tous...
J'aime la littérature, j'aime les livres, j'aime les mots. Mais je me fiche complètement de l'auteur. Je me fiche de l'auteur, qu'il s'agisse d'un homme de "bien" ou d'un homme de "mal" (et ça c'est pas nous qu'on juge bande de Petits Macaques!). Je suis un homme profondément dégoûté des religions, instrument de "pseudo-tolérance", bon à massacrer, ou à se faire massacrer. Ouille, ça fait mal ce que je viens de dire... MAIS, petit juifs paranoïaques qui n'avez pas encore compris que ce que vous n'avez pas forcément vécus dans votre chair ne va pas se reproduire, je ne parlais pas de vous, mais des femmes... BREF. Et malgré cela, je suis un immense fan de Maurice Dantec (chrétien merde!), dont je pense d'ailleurs qu'il est de loin le plus grand écrivain français encore en action. POURQUOI? Car en fait je ne suis pas fan de Dantec, mais je suis abasourdi par "Grande Jonction", "Cosmos Incorporated", et alors, que dire de "Metacortex"!!! En gros, j'aime des livres dont il se trouve qu'ils sont systématiquement écrits par ce même individu. Mais je me contrefiche de Maurice Dantec, et je me contrefiche de Destouches/Céline... Par contre, "voyage au bout de la nuit"...
Notre pensée est morte avec celle des stoïciens, et avec la naissance d'Aristote et Platon. C'est-à-dire au moment où une généalogie de la morale fait son apparition. Où l'incarnation d'un "bien" suprême est venu trier les mythes suivant ce qu'ils avaient de "bons" ou "pas" pour nous. Au moment où l'homme, plus préoccupé par la préservation de son droit à la médiocrité moraliste à pris le dessus sur le désir de connaissance. A l'époque où des grands sages, qui ayant admis qu'en se positionnant par-delà les hommes, l'on était déjà mort, et que par conséquent l'on pouvait plus sereinement gagé sur sa personne en allant tout azimuts piocher théories et points de vue sans trop se préoccuper du dehors, de la vox populi.
Je trouve cet article très intéressant, et plus pour les réactions qu'il suscite, que pour son contenu, même si je l'aime. Et oui, cher Raphaël, penser à la souffrance des juifs, dire "mettez-vous à la place des juifs", ce n'est pas un argument. C'est prendre l'autre par les sentiments, et c'est mal de jouer avec les sentiments des gens dites donc.
Chaque jour on me baratine avec ces conneries religieuses: les juifs et la bourse que çi, les arabes islamo-fascites et leur bombes terroristes que ça, et les prêtres pédophiles et leurs enfants-de-coeur-bénitiers etc... Et moi, au milieu de tout ça, quand j'ouvre un livre on me dit: "mais tu sais que Céline était antisémite!!!!????", "Dantec c'est connard d'islamophobe catho".
Et au moment où je m'indigne on me sort : "ouais mais tu vois les juifs ils se sont faits massacrés" (Or si vous lisez bien l'histoire, la shoa n'a pas marquée dans leur chair, tous les juifs), "ouais mais les arabes ils ont amenés la médecine" (n'empêche que les meilleurs labos sont pas en Algérie ou au Yemen), "ouais mais l'image du pape doit être respectée" (t'as vu la gueule du truc quand-même). BREF, au moment où je m'indigne, on me laisse rarement le droit de le faire, tout ça parce que des hommes en jugent d'autre sur l'hôtel d'une idéologie provisoire-dominante et me font apprendre de force les P.V. des jugements rendus.
Or messieurs, mesdames, et les demoiselles aussi, je ne lis pas Céline, je lis "voyage au bout de la nuit", je ne lis pas Dantec, je lis "Metacortex". Et je vous répondrais de même pour leurs essais respectifs.
Une chose me reste, à la fin de cette intervention. Ce sont bizarrement les mots de Dantec, ceux avec lesquels je suis rarement d'accord, mais il me semble que l'auteur disait que les auteurs ne devaient pas se retrouver au Panthéon. Que cette institution ne devrait pas exister, car seuls comptent les livres, et ils comptent bien plus que les auteurs. Car si nous acceptons d'être libre, c'est-à-dire, si nous consentons à la dictature de l'inconscient (enfin appelez ça comme vous voulez), alors ce sont les livres qui s'écrivent en nous et non l'inverse. Et, à moi de rajouter, c'est ainsi que naît le chef-d'oeuvre. Tiens ça me rappelle certains livres... que j'ai d'ailleurs dû citer bien des fois ici.

On s'en fout des auteurs.
Et vive les livres.

Salut

64. 27/01/2011 21:06 - Corsica

Corsica"Retirera-t-on un jour Victor Hugo du Panthéon parce qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour ?"...tout est dit.

65. 29/01/2011 10:31 - HR

HRCorsica. ""Retirera-t-on un jour Victor Hugo du Panthéon parce qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour ?"...tout est dit."

Oui. Rien.

66. 31/01/2011 00:11 - noone

nooneUne question de fond subsiste malgré ces diatribes quant à l'antisémitisme, la juifitude, etc. Le problème est bien plus éloigné des considérations matérialo-politico-religieuses qui meublent le gros des commentaires. Doit-on ou pas continuer à assimiler un auteur et son œuvre ? S'agit-il d'une entité indissociable ou l'œuvre est-elle appréciable en dehors de toute appartenance ?
Pour ma part, je trouve que Laurent Obertone met, une fois de plus, le doigt sur une question pertinente, qu'il s'agisse du droit à la culture, de la liberté de création (et d'expression), sur le polissage de plus en plus fréquent qu'on nous impose et également sur les nécessités d'un enseignement qui touche autant aux "belles choses de l'Histoire humaine" qu'aux plus atroces.
Merci Laurent =)

67. 03/02/2011 11:08 - Nejma

Nejma@Noone d'un côté notre Président qui voulait que chaque enfant adopte en quelque sorte un enfant juif mort en déportation et de l'autre , sous la même présidence, la République reconnaissante qui célèbrerait Céline ! Ce n'est en rien éloigné des considérations que vous mentionnez.
Il ne s'agit pas en l'espèce je vous le rappelle de censurer Céline, et donc d'un manque du droit à la culture, mais assumer l’héritage de Ferdinand Céline c’est pour la France assumer quel’antisémitisme est une part de son histoire.

68. 15/02/2011 20:49 - tristan

tristan" Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de chose.
Quand on en a, mourir c'est trop." Céline "Voyage au bout de la nuit"

Quand on a pas d'imagination, se souvenir c'est peu de chose.
Quand on en a, se souvenir c'est trop.

M.obertone, j'ai beaucoup aimé votre papier et je pense que s'il était encore parmi nous, il l'aurait adoré. Cet auteur compte beaucoup pour moi ; il m'a réconcilié avec la littérature.
Et il y avait du boulot! Je lui dois énormément.

Je n'ai pas envie de polémiquer mais simplement rappeler ces quelques mots de l'auteur que je trouve fort appropriés :

"La vérité de ce monde c'est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir.
Je n'ai jamais pu me tuer moi."

" Faire confiance aux hommes c'est déjà se faire tuer un peu"

Salut l'artiste!

69. 29/04/2011 02:10 - LookHere

LookHereMerci Tristan pour ce rappel et vous M.Obertone pour remettre l'antisémitisme dans son contexte. Bien des gens ont été antisémites et bon nombre s'en sont vantés; cela faisait partie du décor. Les propos orduriers contre les Juifs tels qu'ils ont été utilisés par Céline étaient loin d'être uniques. Tout le dix-neuvième siècle est pétri d'antisémitisme et l'on se dit même que c'est dans ce siècle-là que Hitler trouve les bases du sien. Lire le roman d'Umberto Eco "Le Cimétière de Prague", très dérangeant puisque le héros à la première personne n'est pas un monstre et dit des énormités sur les Juifs, et forcément à un moment donné ou à un autre, on finit par s'identifier un tout petit peu à lui (malin l'Umberto!) énormités pour nous, gens de la France moderne ou dite telle, mais tout à fait normales à l'époque jusqu'à une modernité plus ancienne pas si loin de nous que ça finalement.
Bon deuxième point: quand va-t-on être assez intelligent pour comprendre qu'un artiste et son oeuvre ne sont pas la même chose et que Céline a écrit des chefs d'oeuvre que même des Juifs lisent (si! j'ai un collègue juif qui a lu tout Céline, sa fiction en tout cas, et qui adore: enfin quelqu'un d'intelligent!), comme Hemingway, comme Bernanos (cités ailleurs) et plein d'autres, et qui au bout du compte sont des êtres humains comme vous et moi, avec leur défauts et leurs qualités, qui vont dormir, pisser, faire l'amour, pleurer, rire, etc ? Le rôle de l'art est justement de sortir de sa médiocrité humaine pour atteindre, pour les plus doués, un état de grâce.
Dans la musique par exemple, il est de bon ton de critiquer Keith Jarrett parce que il se prend pour le roi, une diva ou Dieu sait quoi encore: eh bien il a raison! Allez voir Jarrett en concert et dès qu'il met les mains sur le clavier, le souffle vous manque tellement c'est magique! Il a le droit, car il est conscient de son génie, qu'il oublie dès qu'il joue du reste car visiblement il ne sait plus où il est tellement il est emporté par sa propre musique. Eh bien Céline: pareil; quand il écrivait, il était un écrivain et un bon (Voir Tristan). Il s'élevait au-dessus de la race humaine, juive ou non-juive.
Personnellement je rajouterais, pour l'humour, "L'Afrique? C'est comme La Garenne-Bezons mais en plus vert."

70. 17/07/2012 18:53 - RW

RWLa différence c'set que tous les auteurs cités ont écrit. Tous. Ecrit déjà. Mais Céline a donné. Il a écrit 43 lettres de délation. DOnnant Desnos, qui mourut à Terezin. Céline est un grand écrivain mais une ordure finie. Lire "céline cet antisémite exceptionnel" de Antoine Peillon.

71. 17/11/2012 08:37 - le vieux

le vieux"je m'intéresse peu aux hommes, à leur opinions. C'est le trognon qui m'intéresse. Pas ce qu'ils disent, mais ce qu'ils sont."

J'ai lu un à un tout les commentaires ci dessus. C'est bien. C'est fort intéressant, même... Dommage que ce soit hors sujet. Le catch habituel. "On pouvait dire ca, parceque le génie peut tout dire ! !" -"Non, on ne pouvait pas dire ca parceque c'est monstrueux ! -" En gros, l'éternel c'est bien ou c'est mal. Mais, dites moi, et le c'est vrai ou c'est pas vrai; on ne se la pose jamais, cette question ? le trognon dont parle Celine n'interesse personne ? La ou les causes de tout celà ?
Je sais bien que devant l'horreur des réalités, il a fallu assaisonner les origines à une sauce plus bouffable : "Au commencement était le verbe...Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fût !"; mais...regardez la réalité des choses. Et si c'était la création qui était authentiquement monstrueuse ? Les Ecritures auraient eu le droit de mentir en les "interprétant" et Celine n'aurait pas celui de décrire la réalité ? Vous les avez regardées, vous, les résultats de la création, avant de dire au chroniqueur de celle ci :"c'est bien ou c'est mal raconté" ? On me dira que Dieu a laissé à l'homme son libre arbitre et que si c'est monde est ce qu'il est, c'est de sa faute. Et mon cul, il a son libre arbitre ? Je regardais un documentaire animalier, l'autre jour. Prises d'une subite fringale, une troupe de hyènes s'en prenaient à un buffle sans même l'avoir tué. Elles le bouffaient sur pieds, à vif. L'une lui déchirant la panse et l'autre attaquant le casse dalle à même le mollet. Le buffle fixait la caméra. Jamais je n'avais entendu pareils beuglements, et jamais je n'avais vu pareil regard de désarroi; même en orphelinat où j'avais été élevé. Et vous voudriez attaquer la cameraman, vous, sous prétexte de ne pas toucher au joli conte de fée de la création ? Il faut quelque chose d'impitoyable en soi, pour supporter la vie. Le caméraman avait ce quelque chose. Celine aussi.

Ring 2012
Dernière réaction

Un grand merci à Laurent. Pour ce billet. Bonne continuation. Joan

Roméo Joan24/01/2011 09:14 Roméo Joan
Tout sur
Articles les plus lus
  • Les excuses publiques de Causeur à David SerraLes excuses publiques de Causeur à David Serra

    Publié sur Causeur.fr le 11 décembre 2013, un an après le conflit entre l'auteur de Satellite Sisters et l'éditeur. Les éditions Ring annoncent à leur tour la fin du contentieux avec Maurice...

  • Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?

      On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire... qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple,...

  • Droit de réponse aux désinformations de Maurice DantecDroit de réponse aux désinformations de Maurice Dantec

    [ Addenda du 11 décembre 2013 :Les excuses publiques du Magazine Causeur à David Serra : http://www.causeur.fr/nos-excuses-a-david-serra-et-aux-editions-ring,25362David Serra et les éditions Ring...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD,...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous La France orange mécanique