Ce flim n’est pas un flim sur le cyclimsmeSURLERING.COM - CULTURISME - par Pierre Poucet - le 31/05/2010 - 1 réactions -
Godard est fini. Voici son testament.Perso, du Godard, j’ai en mangé. Depuis l’extase boutonneuse provoquée par le visionnage du Petit soldat et de Pierrot le fou à 15 ans – « putain c’est énorme ! » – jusqu’à Notre musique quelques années plus tard – « ben qu’il la garde, sa musique » – je m’étais dit : plus jamais. Et puis finalement pas. Je me suis tapé le dernier Godard. Le cinéma, c’est l’emmerdement 1440 fois par minute.On peut avoir envie d’un Godard pour plusieurs raisons. D’une, parce que c’est Godard ; argument qui peut aussi légitimer l’action contraire, et très légitimement. De deux, parce que les films qui font vraiment chier, il y en a très peu, finalement. Et trois parce que, quand ses besoins élémentaires sont plus ou moins satisfaits, l’homme moderne peut tranquillement s’adonner à une superfétatoire quête de sens, c’est bien connu, Maslow etc. Un bon vieux Godard fait alors très bien l’affaire. La plupart de ses films ont en effet cette propriété particulière de provoquer une réflexion exégétique profonde, pour ne pas dire épuisante, sur l’éventuel rapport entre le titre donné au film et la succession d’images censée le définir. Si tant est que l’auteur lui-même ait souhaité en donner un quelconque, de rapport. Ou de sens, c’est selon. Film socialisme ?… Qu’est-ce que ça vient dire ? se demande-t-on devant l’affiche sexy comme un tract du Parti Communiste. Et on tombe dans le panneau. Film : nom masculin. Sens 1 : Pellicule très fine. Ex : Un film protecteur. Sens 2 : Œuvre cinématographique. C’est le sens 2. Socialisme : Doctrine politique, économique et sociale prônant l’appropriation par la collectivité des moyens de production et d’échanges au nom de l’intérêt général... ... Du mien propre, ce serait déjà pas mal. Film socialisme = application de cette doctrine de voleur – socialiste, pardon – au domaine cinématographique. C’est-à-dire récupération et juxtaposition d’images de provenance et statut hétérogènes assemblées au grès d’une humeur poétique opaque, qui ne parle potentiellement qu’à l’auteur même. Conclusion : un film laid, mais pas inintéressant, très utile dans une joute rhétorique dinatoire relative à la propriété intellectuelle en compagnie de profs de lettres, le samedi soir, un 29 mai. Comportements provoqués : 9 euros et 1 H 42 plus tard, on revient devant l’affiche. On se dit : c’était du Godard, y a pas de doute. Et, - on jette son bonnet par-dessus le moulin, option 1. - Option 2 : quête de sens. - Option 3 : profond scepticisme, terreurs nocturnes. - Option 4 : j’ai oublié. Option 2.Soit H une distribution aléatoire d’images selon une logique qui l’est tout autant – une logique poétique. Soit E un ensemble constitué de symboles et de thématiques forts (la famille, la société de consommation, la guerre, l’argent, l’Europe, la Méditerranée, les putes. Non, pas les putes). Soit L une ligne discontinue de sens possibles et P la probabilité qu’il y ait effectivement un sens. A quoi ressemble HELP ? A un film plat et prétentieux, étrange et pénible, fondamentalement. Tous les symptômes godardiens réunis : aphorismes arbitraires oscillant entre le débile et le métaphysique, dissolution du récit – dix solutions au récit –, plans fixes absurdes, montage abscons, public de profs, Télérama. ![]() Oui, mais…Mais, et j’ai presque peur de le dire, ça passe. Même si on s’ennuie ferme 78% du temps, on ressort de ce Godard sans envie de meurtre. Avec l’impression d’avoir été remué quelque part, sollicité. Film socialisme s’installe et s’insinue par une radicale étrangeté et une étrange, presque inquiétante, radicalité formelle. Le film se pose ensuite d'une certaine manière - la sienne - comme une réplique cinématographique des Illusions perdues, l’œuvre d’une conscience tragique et désespérée, un constat gauchiste lucide et froid sur le contemporain, le produit d’une espèce d’angoisse profonde, géométrique, d’intellectuel de gauche prophétique un peu fin de partie. Godard revient au réel sur le tard après 20 ans de psychédélisme, et il livre une réflexion noire, emprunte de pessimisme historique, presque murayenne. Le rire en moins, ça reste tout de même du Godard. Belle (ou atroce) métaphore des démocraties occidentales que ces passagers filmés à bord d’un paquebot de tourisme voguant sur la Méditerranée, symbole de la Fête, du spectacle hyperfestif rutilant. Et planant au dessus des crânes sous lesquels nulle tempête, le règne tout puissant de l’argent corrupteur, la menace de la dissolution, l’appel du vide. Tout est incomplet, inachevé, inabouti. Godard construit son film comme une compilation de saynètes, de propos et d’images éphémères. Les dialogues des personnages s’interrompent, les images s’entrechoquent : images de téléphones portables, d’internet, d’anonymes, de films, de docus, de fictions, d’archives. Un immense zapping... ponctué de ces petits moments godardiens où il ne se passe rien pendant dix longues secondes de plan fixe sur un lama dans une station service et qu’une voix off déclare péremptoirement sur un ton grave : « Le rêve de l'Etat c'est d'être seul. Le rêve des individus être deux ». Concept. Socialisme ?Socialisme parce que oui effectivement la hiérarchie et le statut de l’image, plus généralement la propriété intellectuelle, sont ici remis en question. Film militant. « Il n’y a pas de propriété intellectuelle. Je suis contre l’héritage, par exemple », avouait Godard à Serge Kaganski. Pas de droits d’auteur reversés, une utilisation totalement libre de l’image et une mise en circulation sans entraves, c’est le principe, c’est la démarche. Concurrence pure et parfaite. Finalement, malgré une conception égalitariste stricte et niveleuse digne du plus parfait archétype du militant néo-maoïste, Godard est en fait plus libéral qu’il n’y paraît, c’est un scoop. On peut alors parler quand on est godardien de constitution d’une « république des images », comme le fait Jean-Marc Lalanne. Mais on peut aussi très bien évoquer un goulag de l’image, un cut-up hold-up, jusqu’à un Marché Inique de l’image si l’on n’est pas godardien, qu’on crie au plagiat, et qu’on n’a pas le temps de rédiger un pamphlet. Ultime sentence du film « Quand la loi n’est pas juste, la justice passe avant la loi », le tout habillé de quelque babillage sur la résistance. Comprenez si vous pouvez : ce film est un acte politique, une parole, entre autres, sur la marchandisation de l’image et son accaparement par une logique dévorante. Le silence est d’or, l’image est argent. Une parole nécessairement désespérée, pour un mec de gauche. Godard est fini. Voici son testament. Pierre Poucet Toutes les réactions (1)1. 01/06/2010 07:53 - Marlboro
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Godard m'emmerde, j'ai du me le taper moi aussi quand j'étais étudiant pour avoir l'air moins con en soirée, je vois que je suis pas le seul. On tire la chasse ? ![]() Articles les plus lus
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