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Castro, Castristes, surtout Castrés

SURLERING.COM - OUTREMONDE - par Charles-Antoine Menanteau - le 12/01/2005 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Le manque évident de testostérone de la part de Zapatero n'est plus à prouver. Couille molle pour certains, progressiste pour d'autres, le n°1 espagnol a tout fait pour réhabiliter l'île du docteur Castro auprès de ses compères européens après le gel des relations diplomatiques survenues en 2003, suite à l'arrestation de 75 « dissidents ».

Le vieux barbu cubain, dans l'espoir que l'UE lève ses sanctions, « propose la libération de gens qui n'auraient jamais dû être jetés en prison. Castro ne comprend et n'emploie qu'un seul langage, celui de la force. » [1] Mais qu'en pensent Ignacio Ramonet et son organe préhistorique de la sous-pensée subjective, mièvres groupies à la solde de la dernière enclave communiste occidentale ? « Quand on n'a pas le courage et l'honnêteté d'aborder et de traiter une difficulté pour ce qu'elle est, quand on ne songe qu'à y puiser la matière de discours valorisants pour soi-même, on transforme la difficulté en charogne et, dès lors on perd le droit moral de se boucher le nez quand elle commence à puer et attire les vautours. » [2]

Se réfugiant dès qu'il le peut derrière les rapports d'Amnesty International pour fustiger les exactions américaines, Ignacio Ramonet fait soudain preuve d'une cécité absolue quand il s'agit d'en faire de même pour le régime castriste.

Le patron du Monde diplomatique est venu exacerber sa libido dans les bras de son modèle de socialisme à visage humain, feignant donc d'avoir lu, compris, ou pire n'ayant même pas ouvert La Grande Parade, Essai sur la survie de l'utopie socialiste [3] pour réaliser que cet idéal est intrinsèquement criminogène. Bienvenue à la Havane, la capitale où le seul droit des Cubains est de fermer leur gueule.

Rappel des faits

Afin de masquer au mieux une répression programmée, c'est à la veille de l'offensive américaine en Irak, le 18 mars 2003 que 75 dissidents cubains ont été arrêtés. Les procès sont expédiés en trois jours durant lesquels les droits à la défense les plus élémentaires sont bafoués. En vertu de la loi 88, ces personnes sont inculpées d'avoir fomenté « des actes contre l'indépendance et l'intégrité du territoire ». Tcheka [4] Castro en action. La bonne vieille recette communiste marche toujours : si le gouvernement n'a rien à se reprocher, pourquoi empêcher ces gens de parler ? C'est le même leitmotiv à chaque coup d'éclat de la Guépéou cubaine : mettre hors-jeu tous ceux suspectés d'activités subversives obéissant aux intérêts impérialistes américains.

M. Ramonet vous rétorquera alors les efforts mis en oeuvre dans le domaine de la santé publique. Sous Staline également, l'accès aux premiers soins était facilité par le Big Brother communiste. Seulement, ces progrès ne justifient en rien les arrestations arbitraires, les écoutes téléphoniques et la réquisition des notes de certains journalistes. L'artifice d'une égalité pour tous sert de paravent aux exactions des fonctionnaires cubains.

Contradictions tous azimuts

Comment justifier que la presse internationale ne soit accessible qu'aux étrangers et non aux Cubains ? Comment légitimer les restrictions dans l'utilisation d'Internet ? Une carte de sortie du pays aussi onéreuse et partialement accordée ? Comment rester aveugle face aux conditions de détention des prisonniers politiques, brutalisés par les prisonniers de droit commun aux ordres des matons, dont les maltraitances infligées ressemblent ni plus ni moins à des actes de torture ? Comment tolérer la présence d'un seul syndicat autorisé sur l'île ? La nomination des magistrats directement par l'État ?

Sous la seule présomption d'activités subversives contraires aux principes révolutionnaires, les fonctionnaires peuvent arrêter des personnes n'ayant commis aucun délit. De quelle façon M. Ramonet peut-il passer sous silence la création d'un Comité de Défense de la Révolution défini comme un système de vigilance révolutionnaire collective qui permet à chacun de connaître chacun, de savoir ce que font les autres, ce à quoi ils se consacrent, qui ils rencontrent, quelles sont leurs activités.

N'est-ce pas le symbole d'un État paranoïaque, prompt au moindre écart dans le but de sauvegarder une révolution hors d'âge, dont les relents pestilentiels continuent d'alimenter une atmosphère de guerre froide périmée ?

Fragrances totalitaires reloaded

Deux mois auparavant, le dictateur cubain avait accordé au journaliste (dont le sage nous dit que les convictions sont le pire ennemi) un entretien filmé, d'environ sept heures, dans lequel l'approbation continue et l'allégeance étaient les maître-mots. Ce qui traduit exactement la volonté de M. Ramonet : éviter le débat, acquiescer voire confirmer les divagations du Cubain. Brillant par ses connaissances indéniables sur l'histoire du pays, le fondateur d'Attac ne peut s'empêcher de poser LA question accompagnée d'un rictus de cicatrice de césarienne ratée : « Vous lisez Playboy ? » [5] 

Badiner en présence d'un chef d'Etat qui enfermera un mois plus tard environ 80 dissidents pour atteinte à la sûreté de la nation n'offusquera point notre journaliste. Quand Castro ose éructer que « le seul mérite dont nous puissions être fiers, c'est de ne pas s'être laissé envahir par le pouvoir, ni d'avoir tenté d'en abuser » ou encore que « n'importe qui peut venir et tenter de persuader les gens que notre système ne fonctionne pas », la profonde apathie dans laquelle est plongée notre journaliste nous laisse coi.

Le seul moment où M. Ramonet sort de sa profonde torpeur, c'est lorsque le dictateur cubain lui frotte le genou en lui avouant plus tard dans la discussion : « J'ai lu tous vos articles et vos livres, et ils nous sont très utiles ». [6]

Comment le promoteur du Forum Social Mondial de Porto Alegre a-t-il pu répondre à l'invitation du dictateur, embourbé dans sa Revolución essoufflée depuis quatre décennies et acquiescer avec la même aménité toutes les absurdités débitées par une personnalité au charisme évident, seule arme de persuasion quand les faits vont contre vous ?

Si l'anti-castrisme est le libéralisme des imbéciles [7], la castrophilie est l'étron collectiviste des mielleux utopiques.

Charles-Antoine Menanteau

Sources :

Cuba, le livre noir, documents réunis et présentés par Reporters sans Frontières, La Découverte, 2003
Fidel Castro, "El Comandante", de Volker Skierka, Alvik éditions, 2004
Castro l'infidèle, de Serge Raffy, Fayard, 2003
Fidel de Cuba, de Jean-Pierre Clerc, Document Ramsay, 1988
Fidel, Mes années de Jeunesse, par Gabriel García Marquez, Alain Stanké, 2003
L'île du docteur Castro - La transition confisquée, de Denis Rousseau et Corinne Cumerlato, Stock, 2000
Cuba, la faillite d'une utopie, d'Olivier Languepin, Gallimard, Folio, 1999

Notes :

[1] : Carlos Alberto Montaner, El Nuevo Herald, Traduit in Courrier International, p.34, N°736.
[2] : Jean-François Revel, La connaissance inutile, 1988, Grasset.
[3] : Jean-François Revel, La Grande Parade, Essai sur la survie de l'utopie socialiste, 2001, Pocket.
[4] : Désigne le Comité d'Etat à la Sécurité russe, anciennement KGB, puis connu sous le nom de Guépéou et du NKVD. Il regroupait les services d'espionnage et de renseignements dans le bâtiment de la Loubianka, à Moscou.
[5] : Extrait de l'entretien, septième et dernière partie, 1ère minute, Chaîne Histoire, Juin 2004.
[6] : Extrait de l'entretien, septième et dernière partie, Chaîne Histoire, Juin 2004.
[7] : Expression utilisée par M. Ramonet dans sa vaine défense justifiant son voyage dans la capitale cubaine pour avoir été l'invité d'honneur du salon du livre de la Havane, Avril 2002.

 



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