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SURLERING.COM - FRANCE - par Méryl Pinque - le 06/02/2006 - 0 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

par Méryl Pinque


L'habitude était de 'serrer des meufs' ou de les 'faire tourner'. C'était facile pour les garçons : un coup de poing, une balayette, un peu de  pression et l'affaire était réglée. On se prêtait une fille comme on se prête un CD ou un pull. On la faisait 'tourner' comme un joint. On faisait participer des animaux, on utilisait toutes sortes d'objets pour corser l'affaire. On prenait des photos et on se 'tapait des barres' à mater et à commenter. Les filles étaient des marchandises, et elles le sont encore. Cela n'étonne personne, c'est passé dans les m½urs. La violence de ce qui se passe dans les caves et dans les locaux à poubelles, ou ailleurs, s'est encore accrue depuis mon époque. Les viols collectifs sont devenus des actes banals et les agresseurs sont de plus en plus jeunes.
Samira Bellil, Dans l'enfer des tournantes

J'en ai marre de voir des canailles traitées comme de la porcelaine de Sèvres uniquement à cause de la couleur de leur peau...
Romain Gary, Chien Blanc
 
Qu'est-ce que j'en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste.
Ibid.

Les événements dramatiques de ces derniers mois auront démontré, s'il en était besoin, l'insondable lâcheté d'un pays, le nôtre, la France, cette France qui n'en finit plus de sombrer dans l'enfer de ses bonnes intentions et le reniement absolu d'elle-même, jusqu'à s'effacer et céder toute la place aux hordes barbares, sans résistance aucune, sans fierté, sans remords, mais au contraire avec une telle approbation que l'on ne peut qu'être frappé par tant de contrition et de résipiscence suicidaires. Il n'est que de voir la multiplication ahurissante des tribunes offertes à ces rappeurs starisés adeptes du gaming whitey, à ces gourous d'une jeunesse haineuse, consumériste et désaxée, à quel point, face à celle-ci, nous nous comportons en naïfs, ébaubis sans doute par tant de puissance brute, fascinés et terrorisés par cette débauche de virilité pure dont nous avions failli oublier l'existence (la virilité spectaculaire n'étant jamais que l'avatar ultime de la bête impuissance), cette façon flegmatique d'en imposer seulement par le physique et le mépris affiché envers nous-mêmes, pauvres Blancs embourgeoisés, pacifiés et à jamais perdus pour le combat. Depuis plus de vingt ans nous voyons grandir les épigones de Farrakhan, Cleaver ou Muhammad, les clones de NWA, les rejetons des Black Muslims et du gangsta rap d'Outre-Atlantique avec sa panoplie d'obsessions matérialistes et violentes, son immaturité flagrante et sa bêtise crasse. Nous les voyons grandir et nous ne disons rien. Pis : nous les engraissons. Les hordes peuvent bien hurler leur haine de la France, féminisée, putanisée (car dans ces esprits simples les deux vont ensemble), et derrière elle de tout l'Occident judéo-chrétien, nous restons cois. Elles peuvent bien incarner jusqu'à la caricature les plus purs produits de la Machine mercantile et productiviste, ne révérer que les moins bons d'entre nous, ceux qui portent Rolex ou furent ministres sous Tonton par exemple, nous persistons à nous taire. Aussi ces hordes, dont l'existence jette tragiquement le discrédit sur l'ensemble des enfants d'immigrés, ont-elles presque conquis le droit de nous traiter impunément de « faces de craie », de nous voler, de nous violer, de nous massacrer même pour peu qu'on ait croisé leur regard, sur un trottoir ou dans un train. Car, oui, nous sommes lâches et nous baissons les yeux. Plus encore : nous nous déculottons et nous pissons dans nos frocs.

À qui va notre allégeance ?

Alors donc, ce fut la guerre. Puis la guerre cessa, jusqu'au prochain round. Jusqu'à la guerre totale, inexorable. Et pourtant c'est tous les jours la guerre, là-bas. C'est tous les jours la guerre et tous les jours elle se mène contre les femmes. À l'heure où il est de bon ton de parler féminisme dans les salons, il est une évidence qui crève les yeux : aucune voix ou presque ne s'élève pour protester contre les crimes perpétrés sur des milliers de femmes dans les banlieues de ce pays, femmes brûlées vives et jetées aux ordures, femmes violées, voilées, excisées, mariées de force, battues, enfermées, injuriées, réifiées, traîtreusement abandonnées à leur sort par ceux-là mêmes qui à l'égard des bourreaux déploient des trésors d'inventivité et recourent avec quel élan boboïste à une psychologie de bazar pour comprendre, c'est-à-dire pardonner, leur violence inouïe. Nos précieux « intellectuels » (du moins ceux que les médias s'arrachent, les autres croupissant dans le no man's land « réactionnaire » scrupuleusement édifié par la censure) préfèrent sacrifier sur l'autel du sacro-saint multiculturalisme, et pour cause : c'est ainsi que l'on devient à la mode, c'est ainsi que l'on devient populaire, c'est ainsi que l'on a des chances enfin de rallier la jet-set et d'enregistrer avec elle les hymnes sirupeux de la bien-pensance. L'idéologie du politiquement correct, relativiste, dangereuse, tolère l'intolérable en le présentant comme désirable du moment qu'il représente la culture de « l'Autre ». Aussi s'est-il trouvé, et se trouve-t-il encore des Français pour défendre les mariages forcés, l'excision, le voile et la polygamie au nom du « droit à la différence », tout en crachant allégrement sur leur pays.

C'est donc aux caïds que va notre allégeance, et les caïds furent à bonne école. Entre les discours enflammés de certains imams et ceux, démagogiques et lénifiants, tenus par l'élite depuis trente ans (« les lâches sont des gens qui regorgent d'explications », disait Péguy), entre l'expansion d'un communautarisme revanchard et le complexe du colonisateur qui nous consume, comment s'étonner de leur forme éblouissante ? La justice elle-même, rendue au discours dominant, y va invariablement de sa note traîtresse, du genre « pardonnons-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font », atténuant les fautes et les peines, déresponsabilisant en masse, creusant inlassablement le lit de la violence érigé chaque fois sur l'irresponsabilité des uns et l'impéritie des autres.

Or qu'il s'agisse de violeurs, de casseurs ou d'assassins, ces « jeunes », comme on les désigne euphémiquement, savent très bien ce qu'ils font. Si certains sont encore des enfants, il serait dangereux d'oublier qu'il s'agit alors de très vieux enfants - et l'on comprendra aisément ce que je signifie par là. « Serrer » une fille, la violer, la faire « tourner » en n'oubliant pas de lui pisser dessus pour finir (car là-bas comme ici Marc Dorcel , HPG et consorts servent obligeamment de maîtres étalons), cela demande de la détermination, de la préméditation, de l'organisation, en amont comme en aval. Il y a des gens à rallier dans ces affaires. Des gens dont on achète le silence par la peur, le fric ou la collaboration. Et lorsqu'on sait que dans une affaire de viol seuls les prévenus ont le droit de faire appel, comment s'étonner ensuite de ce que les bourreaux fassent figure de martyrs, non seulement à l'intérieur des cités (ce qui n'étonnera personne) mais aussi à l'extérieur ?...

La France, encore au banc des accusés

Pourtant, elles parlent. Les femmes parlent, même si leur discours reste majoritairement englué dans le consensus par peur éternelle de « faire le jeu de l'extrême-droite ». Et c'est une fois de plus la France qui est sommée de comparaître. Le discours de Fadela Amara est à ce titre exemplaire. Son courage n'est point si grand qu'il ne bute sans cesse contre la mauvaise foi, flagrante et scorpionesque - celle-ci se retournant nécessairement contre les victimes - quand elle écrit par exemple que « n'ayant aucune prise sur l'exclusion subie, les garçons se sont retournés, par réaction, non pas contre la société et contre les symboles de la République mais contre leurs soeurs et l'ensemble des filles, en exerçant leur oppression dans l'espace géographique réduit qu'est la cité, le seul qu'ils ont l'impression de maîtriser . »
Un comble lorsqu'on considère la somme des affronts faits à la France par la confrérie des voyous, du « mollard » (culturel) qu'ils lui jettent quotidiennement à la figure aux victimes semées lors de chevauchées infernales invariablement édulcorées par notre irénique et candide époque. Aujourd'hui l'on se « fait » une handicapée, demain un spécialiste en éclairage public, et chaque jour une fille, des filles, dont les noms ne cessent d'emplir la béance de nos courages . Il est tellement plus facile de se retourner contre le pays d'accueil, à genoux et vaincu déjà, prêt à tout encaisser, y compris le coup de grâce, que contre le ver intérieur qui ronge. Il est tellement plus rassurant pour l'ego collectif de faire porter le poids des échecs individuels à la nation. Tellement plus pratique, enfin, de ne pas voir que l'origine des violences contre les femmes des cités gît dans la culture islamique elle-même.

Soyons clairs : les « caillera » (c'est ainsi qu'ils se désignent eux-mêmes, et Sarkozy n'a rien inventé) ne veulent pas être intégrés - quoiqu'ils exigent, lorsque cela les arrange, la reconnaissance d'une nationalité qu'ils conchient d'ordinaire. Non plus que certains autres derrière eux et plus haut placés, ceux que Chahdortt Djavann nomme ironiquement les « musulmans intellectuels  », passés maîtres dans l'art séculaire de pervertir la langue, autrement dit de la faire mentir. Ainsi les voit-on confondre à loisir et à dessein les mots « culture » et « liberté », reprenant à leur compte, pour l'abuser mieux, la terminologie droitdelhommiste d'une gauche qui n'y verra jamais que du feu, y compris lorsqu'elle sera brûlée demain par ses protégés comme aujourd'hui nos drapeaux . Le fondamentalisme, défini désormais comme un autre « droit à la différence », se trouve légitimé, et c'est ainsi que nous tendons les bras aux dictatures.

Le sidérant débat sur le hijab - lequel n'est pas qu'un problème de laïcité mais bien le symbole visible de la tyrannie, « l'étoile jaune de la condition féminine  » - a magistralement démontré cette volonté de ne pas marcher avec le pays, mais contre lui. Les violences que connaissent les filles des banlieues ne sont pas la faute de la France. Elles sont seulement l'expression de la césure majeure entre deux cultures radicalement opposées. Bref, elles sont une expression du fameux choc des civilisations (si tant est que l'on puisse ainsi nommer l'idéologie de la barbarie intégrale à l'oeuvre), et certainement l'expression majeure, tant il est vrai que la question de l'émancipation des femmes est au coeur de la rhétorique et de l'offensive islamistes.

Ne nous y trompons pas : les « caillera » punissent les filles de vivre à l'occidentale. Ils les punissent d'être devenues françaises, en somme. Leur sexisme létal renvoie directement à cet islam dont il est le substrat. La misère économique et morale n'en est au plus que l'activateur. Elle n'en constitue nullement la cause. Il n'est que de voir la réalité des pays musulmans pour comprendre que ces violences (qui ne demandent qu'à s'étendre aux femmes blanches, étiquetées « taspés » sans passer seulement par la case départ) font partie là-bas de la simple culture. Djavann l'affirme : « Chez les musulmans, une fille, dès sa naissance, est une honte à dissimuler [...], une menace permanente pour les dogmes et la morale islamiques. Elle est l'objet potentiel du crime, égorgée par le père ou les frères pour laver l'honneur taché. [...] La dévalorisation juridique et sociale de la femme dans l'islam, sa mise sous tutelle masculine va de pair avec son statut d'objet sexuel et ce statut lui-même a sa source dans le Coran . » On ne saurait être plus clair. Le succès fulgurant de la poupée voilée « Fulla » (deux millions d'exemplaires vendus depuis sa création en 2003) ou les programmes de « mode » féminine prévus par al-Aqsa, la future chaîne télévisée du Hamas, sont des épiphénomènes qui ne trompent pas sur la réalité d'un sexocide à l'oeuvre du Pakistan à l'Arabie saoudite en passant par l'Iran, l'Afghanistan et tant d'autres pays régis par la loi des mollahs.

Qui aime la France ?

La France demeure un pays chrétien, malgré que nous en ayons honte. Sa morale est essentiellement chrétienne. Incompris, renié, vilipendé, honteusement réduit aux pages les plus noires de son histoire, le christianisme reste pourtant la lumière du monde. Il ne s'agit pas ici de le défendre naïvement (quoiqu'il ait grand besoin de l'être), mais de prendre acte une fois pour toutes de la bonté indépassable du message évangélique. La Bonne Nouvelle que le Christ est venu annoncer n'est pas autre chose que celle d'une libération fondamentale de tous les vivants. « Le jour où nous essaierons le christianisme, ce jour-là quelque chose se produira ; le monde changera », disait Théodore Monod. Et c'est bien pourquoi la détresse universelle déferle chez nous : parce que nous avons, seuls, commencé d'essayer.

Pourtant, qui aime la France ? Certainement pas les Français, l'autodénigrement étant devenu un sport national déclaré d'utilité publique . Non, les laudateurs de la nation, à l'heure actuelle, ce sont les rescapés de l'islam. Et ces rescapés sont, de fait, majoritairement des rescapées. Elles sont déjà entrées en résistance quand nous en sommes encore à nous voiler la face, justement, parce qu'elles savent à quoi elles ont échappé et qui nous rattrape inexorablement. Elles dénoncent ce qui nous rend, nous, passibles des tribunaux. Il n'y a plus que Djavann pour désirer « souffrir, rire, pleurer, aimer, fantasmer, espérer, délirer en français » (Comment peut-on être français ?). Il n'y a plus que Djavann pour créer une héroïne du nom de Roxane reniant sa culture mahométane au profit de la culture française. Il n'y a plus que Djavann enfin pour dire la vérité : « Lorsque Khomeyni décrétait : 'Nous, les musulmans, exportons l'islam dans le monde entier', je le croyais fou, mais sa folie, apparemment, est collective et contagieuse. Elle se répand . »

Il faut lire la camerounaise Léonora Miano, laquelle dénonce haut et fort la barbarie de son continent d'origine : « Il ne faut pas avoir peur de dire les choses et surtout, pour vous Occidentaux, de dépasser le complexe lié à la colonisation. Il faut oser dire que les Africains commettent un crime contre l'humanité en tuant leurs enfants. Nous avons tendance en Afrique à désigner l'Occident comme le grand coupable de tous nos maux. Or l'Afrique est peut-être armée par l'Occident mais, que je sache, jamais aucun Occidental n'a dit à un Africain de découper ses enfants en morceaux ni à un dictateur de massacrer son peuple. On se plaint que la colonisation ait éradiqué nos cultures, en tout cas elle n'a pas éradiqué leur côté obscur . »

Il faut lire Samira Bellil, fauchée par un cancer alors même qu'elle commençait à redresser la tête, martyre, donc, qui la première osa parler des viols collectifs dont elle fut victime. « Je suis coupée de mon corps, écrit-elle, je suis anesthésiée. Je suis ailleurs. Mon corps ne m'appartient plus, peut-être est-il mort ? En tout cas, ces pilleurs, ces vautours ne m'auront pas pris mon âme : en elle, je suis réfugiée, en elle, je vis . » Samira, punie d'être tombée amoureuse d'un caïd qui se joua d'elle et qui la fit « tourner ». Samira, qui mit en mots ce que personne jusque-là ne voulait savoir : la violence sexuelle inouïe qui règne dans les cités, où les filles occidentalisées deviennent des « filles faciles », des « filles à cave » qu'on se partage lors de « plans pétasse ».

Le viol collectif n'est pas une nouveauté : il a toujours existé, et pas seulement dans les banlieues. Mais là-bas, contrairement à ici, la victime est encore coupable. À vie et triplement : outre le viol, il lui faut encore subir l'ostracisme familial et communautaire. L'enfer perpétuel, donc, car « les gens se rangent du côté des loups  ». Les loups, ces fameuses « bêtes sauvages » évoquées par Dantec à qui l'on dénie le droit de l'écrire quand Bellil elle-même utilise l'expression pour désigner ses bourreaux . Et pourtant, quel animal est à ce point violent ? Entre le mal involontaire et le mal volontaire existe un monde que seul l'homme (et le chimpanzé, paraît-il) franchit.

Samira sera violée une troisième fois en Algérie. Ayant par miracle échappé à la mort (un couple sera retrouvé égorgé et éventré le lendemain au même endroit), en état de choc face à une « justice » qui la désigne coupable de ce qui est arrivé, elle écrit : « Je n'ai plus jamais mis les pieds dans mon pays . »
Samira, qui raconte encore : « Je suis le fruit de deux traditions, de deux modes de vie complètement contradictoires. J'ai reçu de mes parents une éducation traditionnelle que l'on ne m'a jamais expliquée autrement qu'avec des coups, des cris ou des glaviots. J'ai reçu aussi une éducation plus européenne issue de ma petite enfance en Belgique, dans la famille d'accueil où ma mère m'avait placée. [...] Quand je pense à mes parents de coeur, un sentiment de chaleur m'envahit. Je revois le jardin, la campagne toute verte, les champs de maïs. [...] Je me souviens des Noëls, quand on préparait le sapin. [...] Je garde en moi, quand je pense à ces années, une grande lumière blanche et joyeuse qui réchauffe mon c½ur. Grâce à ces gens, j'ai su que le bonheur existait . » Et de s'interroger : « Comment comprendre ce qu'on m'imposait [chez moi], cette éducation faite de taloches et d'interdictions, cette inégalité entre les garçons et les filles, ces tabous envahissants, après ce que j'avais connu  [...] ? »

Samira, qui ne reconquit sa dignité qu'au prix d'un travail immense de quatorze années. Quatorze années de souffrances, de peur, d'incompréhension, de violence retournée contre elle-même, oscillant perpétuellement entre la mort et la folie, déshumanisée par ses bourreaux. « Je viens d'un monde si glauque, si sale, si vicieux . » Samira, qui fut lâchée par les siens autant que par la justice française. « D'un côté, il y a les bêtes féroces qui rôdent. De l'autre côté, les gens qui sont censés me protéger, ma famille et l'avocate, m'enfoncent la tête sous l'eau un peu plus chaque jour . » Puis le salut qui vient, comme toujours, d'une poignée, quand tous les autres, amis, parents, mais aussi juges, avocats, éducateurs, médecins, ne surent pas même l'entendre. Djavann s'inquiète : « Est-ce que, à long terme, le relativisme de la politique extérieure va déteindre sur la politique intérieure  ? »

L'amour des siens

Je ne me servirai pas du témoignage des survivantes pour glorifier la France : elles le font aujourd'hui mieux que n'importe quel natif. Je me borne simplement à dire les faits. Notre faute gît non pas là où l'on voudrait nous le faire accroire, c'est-à-dire dans un passé esclavagiste et colonial dont nous ne sommes plus les laudateurs et encore moins les bâtisseurs, qui nous échappe comme il échappe aux critères moraux actuels, non jugeable donc quoique essentiellement injustifiable (mais il faudrait alors qu'Africains et Orientaux, lesquels réussirent mieux que nous dans l'entreprise, fassent aussi leur mea-culpa), mais bien dans notre lâcheté présente, cause de tout. Plus nous multiplierons les actes de repentance, plus nous donnerons du blé à moudre au racisme antifrançais. Plus nous nous mépriserons, plus nous serons méprisables et méprisés. Plus nous nous montrerons faibles, moins nous serons respectés et plus des innocents souffriront. S'il y a faute de la France, elle est là : dans sa parfaite désertion d'elle-même et dans son incapacité à vivre héroïquement. Mais alors ce n'est pas tant la faute de la France que de l'élite française, laquelle travaille depuis quarante ans au laminage de la grandeur nationale, forgeant un terreau propice au déchaînement de la violence.

Litanies de Caïn. « Le patriotisme, c'est l'amour des siens », disait Romain Gary. Pour faire aimer la France, il faut que la France s'aime, qu'elle reprenne conscience de sa valeur, de ses valeurs, qu'elle s'accepte en bloc. Qu'elle retrouve son âme enfin, car le déclin d'un pays, d'une civilisation, est d'abord intérieur. L'islamisation du monde est en marche. L'islam est dans nos murs. Nous sommes déjà en guerre et nous ne le savons pas. Nous devons combattre ses prosélytes en ce qu'ils représentent des principes contraires aux idéaux que nous défendons. Pour cela, nous devons nous unir. Mais que l'on ne s'y trompe pas : le mal, comme toujours, gît d'abord en nous. La lutte, par conséquent, est plus ardue. Prendre acte de cette réalité, accepter ce dessillement sur des horizons qui nous contiennent et nous dépassent, c'est savoir devenir à nouveau les acteurs d'une tragédie éternelle dont nous avions perdu jusqu'à l'idée. Si nous voulons gagner cette guerre, nous devons réapprendre à nous aimer, c'est-à-dire à nous combattre, et entrer en résistance.

Sachons nous en souvenir aujourd'hui : demain, il sera trop tard.

* * *

Samira Bellil (1973-2004), victime de trois viols collectifs entre 14 et 17 ans.

Sohane Benziane, 17 ans, brûlée vive et jetée dans un local à ordures le 4 octobre 2002 à Vitry-sur-Seine.

Chahrazad, 18 ans, brûlée vive à Neuilly-sur-Marne le 13 novembre 2005.

À elles et à tous les autres, violées, voilées, mariées de force, mutilées, assassinées :

In memoriam

* * *

Addenda : chrestomathie moderne

« Sanguins, on arrive à péter des vagins. » (Iron Sy)

« Aïe ! Faut qu'une tass' me suce ! Relaxe, mec... Vas-y, prend une taffe de plus ! » (Salif)

« J'ai passé la journée avec une meuf terrible : une bitch de magazine beaucoup plus bonne que la plus bonne de tes copines... » (NTM)

« Quoi qu'on dise sur toi, ma salope à moi... Quoi qu'on dise sur toi, j'suis love de toi. »
« Je touche ma Sacem et j'investis dans un BM. Je pèze, je baise toutes les filles. Même l'homme qui met son doigt dans ton intimité a prostitué ton rap sur le Boulevard Né. »
« On peut trouver l'amour sur la rue Clignancourt, mais si t'es camionneur, attends ton tour. Si ça te fait flipper d'aimer une tasspé, tu peux l'échanger, la faire tourner... »
« Tu ne peux pas comprendre que des mecs fourrent des meufs dans des caves, mais ça dépend de quelles caves tu parles. Certaines sont aménagées, tu serais heureuse... » (Doc Gynéco)

« J'aime les tass' mais j'veux pas dire à mes gosses qu'elles aiment les grosses voitures et les grosses queues... » (Lunatic)

« Comme des femmes envahissent mon agenda, sex and sun, allongées sur la véranda... » (Le Cercle)

« Les portes du rêve, le succès, la renommée : blindé, plein d'pétasses à mes pieds qui avant n'savaient même pas qu'j'existais. Je parle d'mes rêves, pas d'mes cauchemars. Tôt ou tard, tu verras Les Seuls, les vrais. Inch Allah. Dans la mêlée du rap français, pas de répit. Mon seul hobby, m'en mettre plein le compte en banque... » (Les Seuls)

« J'suis un type qui trip sur les tass' et les billets. Éclate-toi, laisse-toi aller. Allez, ici y a pas d'lois. Y a pas d'contrôle de papiers, c'est l'pied, poupée... J'suis équipé d'un nouveau style pour appâter la maille et les filles faciles. » (JP)

« De retour de New York City, elle veut mon Karl Kany. J'adore son boule et son torse, mais pas ses sales manies. » (Différent Teep)

« Stomy Bugsy, c'est comme ça qu'on m'appelle. Tu sais, le beau gosse avec le costard, la coupe de champagne et le cigare. Et les rates de tes rêves, j'en ai à la pelle ! » (Stomy Bugsy)

« On aurait dû prêter l'oreille à Stomy Bugsy, le lapin-gangster aux mille et une raclis. Je vous en aurai prêté 2-3 pour la nuit... »  (Les Rongeurs & Stomy Bugsy)

« La foule, les claps et les flashs... Tu t'fous dans les clips et les pages. Les portes s'ouvrent, négro, en couv' du RER et du Black Match du mois. Voila l'Platine du mois avec lequel tu pètes dans la soie. Voila la belle vie t'porte au Top Virgin - Fnac. Des meufs que tu pètes à tout va ! Business, victoire et lliass-ca... » (Passi)

« Le but est l'cash, vivre large avec des ma-fats... »
« À ma gloire. Tout pour l'oseille... » (Mystik)

« J'ai la manie, manie de penser à la monnaie. Quand je manie les billets, je me sens bien. C'est la mécanique dans ma tête, mes neurones font la fête. Quand je manipule de l'argent, j'suis content. Yeah ! Yeah ! »
« Quand mes poches sont percées, à tout prix il me faut de l'argent. J'veux du bénéfice. Pour cela j'suis prêt à faire des sacrifices dans ce royaume plein de vices. K par Kas aime le cash, comme les enfants kiffent Pocahontas. A vrai dire, j'suis content que quand j'manie des liasses de billets. J'ai la monnaie dans l'esprit, et depuis longtemps c'est avec cette pensée que je vis. » (K par Kas)

« C'est ainsi que je vois la vie : des liasses de billets, les cartes de crédit. Plein aux as et entouré de tous mes homies. »
« Tout d'abord, je me vois cool dans une voiture de sport, décapotable de préférence. Le soleil chauffe à mort. Fréquentant les hôtels, les plus beaux tops models. » (Koalition)

« Je prends du gen-ar, j'ai mis ta rate sur le trottoir. On ne peut te la rendre, elle nous rapporte des milliards ! »
« Ma vie, je la conçois avec des femmes et du fric... » (La Clinique)

« Avec mes versets, j'espère avoir la Mercedes et percer... » (Zoxea)

« J'suis l'mec qui fait du business pour avoir d'la maille. Mon objectif, avoir un compte en banque bien rempli, rouler en Mercedes, et comme passagères que des ladies... » (M Group)

« J'veux un cabrio à la place de ma Corsa, sur mon passage, qu'elles enlèvent leur corsage, leur corps pas sage... »
« J'rappe, squatte une big villa pleine de filles... » (D-Abuz)

« J'ai envie d'luxure, de belles chaussures, d'une villa Côte d'Azur. Juste car j'suis comme tous les hommes qui rêvent jusqu'à l'usure... »
« J'veux palper des milliards. Par le biais d'la musique, ma rage j'vous la communique... » (Dany Boss)

« J'aime parler de guns et d'crimes. Parce que ce fut un premier critère d'frime. Maintenant c'est ma plume : plus de thunes et moins d'flics... Des mixtapes aux Disques d'or... »
« Le flingue à gauche, l'oseille à droite. Un conseil, espèce de fils de..., paye et baisse les yeux ! Moi j'suis le black mafiosi... » (Oxmo Puccino)

« Façon fiction, j'me vois Scareface dans un grand pavillon. Mes gars sont là, ma fortune s'estime à des millions. J'ai trop d'fric, donc pour les femmes, j'suis l'plus mignon. Costume trois pièces, téléphone portable pour livraison du trésor : dans ce trip on m'appelle Patron... » (L'SKdrille)

« Moi et mes frères, on est unis comme la mafia... » (Kid Noriega)

« Tant aurais voulu être gangster... » (J-Mi)

« Clic, clic. Je n'ai plus de balles. J'ai vidé mon chargeur, je me sens mal... Clic, clic. Je n'ai plus de balles. J'ai vidé mon chargeur, je me sens mal... Clic, clic. Je n'ai plus de balles. J'ai vidé mon chargeur, je me sens mal... Clic, clic. Je n'ai plus de balles. J'ai vidé mon chargeur, je me sens mal... » (Polo)

« Prêt à foutre le feu... Oh mon Dieu miséricordieux ! » (Monsieur R)

"Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu, allons à l'Élysée brûler les vieux, les vieilles, faut bien qu'un jour ils payent, le psychopathe qui est en moi se réveille... Il est temps qu'on y pense, il est temps que la France daigne prendre conscience de toutes ses offenses... »
NTM, « Qu'est-ce qu'on attend », Paris sous les bombes (1995)

Méryl Pinque



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Méryl Pinque par Méryl Pinque

Critique littéraire, chroniqueuse Ring de 2006 à 2007.

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     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

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    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

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    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

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    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

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    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

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    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

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    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

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    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

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    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

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    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

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    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

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    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

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    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

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