SURLERING.COM - MURDER BALLADS - par Mathieu Bollon - le 06/12/2010 - 9 réactions -
(reportage vidéo à ne pas louper en fin de chronique)
Au moment où Wikileaks relance le débat sur la place de la transparence dans la vie démocratique avec ses soit-disantes « révélations » et où l'on s'interroge sur le respect à la vie privée sur les réseaux sociaux, il apparaît désormais évident que le monde virtuel est source d'interrogations nouvelles. Cependant, ce n'est pas l'Internet lui-même qui est dangereux mais l'usage que l'homme en fait. L'homme est un loup est un loup pour l'homme et Internet n'est qu'un média parmi d'autres. En témoigne un fait divers qui a défrayé la chronique aux Etats Unis en 2006. C'est l'histoire d'un triangle amoureux sur Internet qui a mal tourné, causant la mort tragique d'un jeune homme de 22 ans. C'est cette histoire qu'a décidé de raconter Barbara Schroeder dans un documentaire réalisé en 2009, "Talhotblond.com (disponible en streaming en fin d'article)." Récemment diffusé sur France 3, il s'agit d'un témoignage essentiel sur les dangers du virtuel. Il a d'ailleurs reçu plusieurs prix. Ce fait divers est, à lui-même, un plaidoyer contre les dérives d'Internet. Assurez vous d'être bien installé derrière votre PC car Ring vous propose de découvrir l'une des affaires les plus folles des années 2000 et l'invraisemblable issue d'un dialogue sur internet. Bienvenue dans la chat room du crime!
Vendredi 15 septembre 2006, 22 heures, à Buffalo, dans l'Etat de New York. Il n'y a pas un bruit sur le parking vide de l'usine Dynabrade lorsque, tout à coup, des coups de feu se font entendre. Ayant fini son service, Brian Barrett, un jeune employé de 22 ans fan de base ball, s'apprêtait à rentrer chez lui suite à une dure journée de labeur lorsqu'il est abattu froidement au volant de son pick up à l'aide d'une carabine calibre 30mm. La vie de ce jeune homme venait de s'arrêter prématurément, alors qu'elle avait à peine commencé. L'enquête qui suivit révèlera que son meurtier était un homme de 47 ans du nom de Thomas Montgomery, un collègue du jeune homme, et que le motif de ce meurtre était d'ordre passionnel. Pour comprendre les motivations de ce meurtre, il faut revenir un peu en arrière, au printemps 2005. C'est à ce moment là que tout a commencé.
Brian Barrett avait connu son meurtier, Thomas Montgomery, à l'usine Dynabrade où il était employé. C'est même lui qui lui avait appris le travail. Tom était un ancien marine qui avait sombré dans l'alcool. Par la suite, il s'était marié et avait eu deux filles. Il avait alors arrêté de boire. Au bout de 17 ans de mariage, l'ennui s'était installé dans sa vie. Thomas Montgomery désirait de moins en moins sa femme et avait des problèmes d'impuissance. Ne se satisfaisant pas de cette vie bien rangée et désirant manifestement autre chose, Tom se sentait coupable car il était néanmoins toujours attaché à sa femme et sa petite famille. Pour se détendre, Thomas s'était mis à jouer sur le site de jeux en ligne Pogo.com. Il appréciait particulièrement le jeu de poker en ligne Texas Hold'em. Il lui arrivait de discuter sur le forum de Pogo.com, ce qui lui permettait de confier ses problèmes à des inconnus. C'est sur ce site qu'il fit la connaissance d'une certaine Talhotblond ( « Blonde incendiaire » ) qui s'était présentée à lui comme une adolescente de 17 ans du nom de Jessi, originaire de Virginie Occidentale. C'était une jolie blonde aux formes athlétiques, adepte de base ball, qui préparait son examen d'entrée à l'université. Elle lui avait envoyé quelques photos dans lesquelles elle déployait ses charmes et des vidéos sur fond de musique romantique agrémentées de mots doux. Lorsqu'elle lui avait demandé à quoi il ressemblait, il avait eu l'idée de lui envoyer une photo de lui vieille de 30 ans, alors qu'il était encore dans les Marines. Sur Internet, Thomas Montgomery était devenu un autre. Il se faisait passer pour Tommie, un courageux marine de 18 ans, fort et musclé, qui venait d'être envoyé en Irak pour défendre l'Amérique. Il avait choisi comme pseudo : Sniper (« Tireur d'élite »). Comme disait Rimbaud, JE est un autre. En effet, Montgomery vivait enfin à travers le personnage virtuel qu'il s'était imaginé.
Elle lui avait raconté que sa mère était morte du cancer alors qu'elle n'avait que 12 ans. Très vite, ils étaient devenus confidents. En plus des photos, elle lui avait envoyé une chaîne en or avec leurs deux prénoms et un coeur gravé, ainsi que des petites culottes. Leurs conversations devenaient de plus en plus torrides, à la limite de l'indécence. Ensemble, ils pratiquaient le cyber-sexe. Elle lui avait même promis sa virginité. Progressivement, à mesure que leurs conversations se faisaient de plus en fréquentes, Jessi agissait sur Thomas Montgomery comme une drogue ultra-puissante. Il ne pouvait plus se passer de lui parler. A travers son personnage imaginaire de Tommie, Thomas Montgomery réalisait enfin son rêve d'enfance : Devenir un jeune militaire dévoué et courageux. Cependant, cette idylle virtuelle commença à se fissurer lorsqu'il découvrit sur la page myspace de Jessi que celle-ci chattait avec d'autres hommes. Thomas commença alors à ressentir de la jalousie et à souffrir. Puis, un jour, ses collègues apprirent l'existence de cette relation en découvrant par hasard dans les vestiaires une lettre écrite par ce dernier dans laquelle il expliquait que l'homme de 47 ans du nom de Thomas Montgomery était mort lorsqu'il avait rencontré Jessi et avait laissé place au jeune Tommie. Cette lettre était la preuve que Montgomery avait franchi la frontière de la raison en entamant cette relation virtuelle. Désormais, Tom ne pouvait plus se bercer de douces illusions. Plusieurs fois, il avait tenté de mettre fin à cette relation virtuelle mais rien n'y faisait. Il ne concevait plus la vie sans elle. Lorsque la femme de Thomas, Cindy, découvrit le colis envoyé par Jessi qui contenait une petite culotte rouge, les choses se compliquèrent considérablement. Après avoir demandé le divorce, Cindy Montgomery envoya une lettre à Jessi pour la prévenir de la supercherie et la dissuader de continuer cette relation.
La réaction de Jessi ne se fit pas attendre. Elle se dit alors choquée, voire furieuse, mais, étrangement, elle ne coupa pas les ponts avec Thomas pour autant. Pourtant, quelque chose avait changé dans leurs relations. C'est à ce moment que Jessi avait pris contact avec Brian Barrett, lui aussi adepte du jeu en ligne Pogo.com. Elle savait que les deux hommes travaillaient ensemble et souhaitaient ainsi en savoir plus sur Montgomery. Jessi et Brian devinrent vite amis, leurs conversations devenant de plus en plus indécentes. Sur Internet, le pseudo de Brian était musclor. Pendant ce temps, Jessi continuait à chatter avec Montgomery, lui rapportant sa relation virtuelle avec Brian. Elle lui avait même dit qu'ils se filmaient par webcam en train de faire des stripteases et qu'il se les envoyaient par Internet. En fait, Jessi se servait de leur relation pour se venger de Montgomery, à qui elle semblait en vouloir particulièrement. En fait, la jalousie de Montgomery était vaine car Brian ne parvint jamais à rencontrer Jessi. Cette dernière avait mis fin à sa relation virtuelle avec le jeune homme, l'accusant de ne s'intéresser à elle que pour le sexe. Malgré tout, la haine de Montgomery pour Brian ne cessait de grandir. Dans les messages qu'il envoyait à Jessi, Montgomery se montrait de plus en en plus agressif à l'égard de Brian et avait même menacé de le tuer. Ne prenant pas la mesure de la gravité de la situation, Jessi continuait à monter les deux hommes l'un contre l'autre. Elle semblait même y prendre du plaisir. C'est alors que se produisit l'impensable. Le jeune Brian Barett paya alors de sa vie le 15 septembre 2006. Après la mort de Brian, la police s'efforça de retrouver la trace de Montgomery mais ce dernier était introuvable.
De peur qu'il ne s'en prenne à Jessi, les enquêteurs décidèrent de rendre visite à cette dernière en Virginie Occidentale. C'est alors que la police découvrit le pot aux roses : La fameuse Jessi n'était aucunement au courant de cette histoire car elle n'avait jamais envoyé aucun message ni à Brian ni à Montgomery. C'est en réalité sa mère, une femme au foyer de 50 ans, qui était derrière tout ça. Pour tromper l'ennui, elle avait emprunté l'identité de sa fille, se servant des photos de cette dernière comme appât pour discuter avec des inconnus sur Internet. Cela lui permettait de mettre un peu de piquant dans sa vie. Elle prenait même des photos, voire une vidéo, de sa fille à son insu. Inconsciente, la mère jouait ainsi depuis des mois avec la sécurité de sa fille comme si de rien n'était. A l'issue du procès qui suivit, Montgomery fut condamné à 20 ans de prison. En revanche, la mère de Jessi, Marie Sheiler, n'a jamais été inculpée dans cette affaire bien qu'elle soit aussi fautive que Thomas Montgomery dans la mort de Brian. Depuis, Jessi a rompu toute relation avec sa mère, laquelle est retournée vivre chez ses parents. Dans une interview accordée à la télévision, elle semble n'éprouver aucun remords et ne se considère même pas comme responsable de la mort de Brian. Son autre fils Tim Jr rapporte même qu'elle passerait à nouveau beaucoup de temps sur Internet !
Mathieu Bollon
Toutes les réactions (9)
1. 06/12/2010 17:18 - Zoé
Hallucinant, cette histoire...
2. 07/12/2010 10:33 - HP
Bienvenu dans la nouvelle réalité virtuelle. Un vrai scénario de roman d'anticipation. Un peu dans le sens de "Clônes", un mauvais film avec B. Willis mais dont le scénario est intéressant : les humains ne sortent plus de chez eux, ils sont vieux, usés et déprimés et vivent une jeunesse éternelle par neuro-stimulation (allongés chez eux) branchés à un clône robotique qu'ils pilotent dans la "réalité". On y est presque, reste qu'à faire évoluer les périphériques à distance des PC !
3. 08/12/2010 13:39 - antihistaminique
Je n'ai rien com!pris à cette histoire, qui me semble bien "tirée par les cheveux", je pense que c'est un mauvais scénario hollywwoodien. Sans intérêt.
4. 08/12/2010 17:11 - Paul
Tu es bien le seul à n'avoir rien compris pauvre type, histoire folle des dégâts possibles des cristalisations par le net.
5. 08/12/2010 19:54 - Gaël
Une cyberlovestory coincée entre Dick (pour le fond) et Gibson (pour la forme), 2 auteurs visionnaires s'il en est-vous savez, la SF, cette sous-littérature pour attardés boutonneux...
6. 08/12/2010 20:11 - Jean-François Bonnin
Je suis OK avec Numero 5 : just in-between Dick et Gibson.
7. 09/12/2010 10:20 - TitOeuf
Absolument d'accord avec Gaël, surtout Dick pour le fond, et peut-on dès lors vraiment parler de SF, puisque cela se produit bel et bien aujourd'hui ??
L'imaginaire est toujours ce qui tend à devenir réel.
8. 09/12/2010 10:52 - Bardamu
D'accord avec TitOeuf. Rien de SF là dedans. Je vois plutôt dans ce fait divers du Flaubert version réalité virtuelle (la trilogie ennui, solitude, adultère)... La mère de famille de 50 ans qui essaye de tromper son ennui sur Internet a beaucoup de Madame Bovary!
9. 10/12/2010 00:07 - Gaël
Les auteurs de science fiction sont des auteurs de facture classique, mais on les a rangés dans cette catégorie simplement parce que les critiques n'entravaient que dalle à leur anticipation des mondes-ce qui démontre avant tout leur incapacité à comprendre le monde (Arthur C.Clarke n'a-t-il point inventé le satellite?,que dire de Gibson et les univers virtuels, d'Asimov et le "code du robot"?). ces écrivains nous parlent depuis le futur du monde d'aujourd'hui, bien entendu. Parler de science-fiction lorsque le futur imaginé s'actualise à la vitesse du son? Un casse-tête pour les auteurs. Alors oui Bardamu, cette Bovary du net est un personnage autant à la Flaubert qu'à la Dick.
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