BHL s'est-il faché avec Kayser Söze ?SURLERING.COM - CULTURISME - par Alain Jamot - le 23/02/2010 - 5 réactions -
Bon, tout le monde doit être au courant des dernières aventures de BHL et de son botulisme accéléré et du dernier truc un peu crade qu'on lui reproche. La question qui se pose quand même est : comment peut-on en arriver là ? Légende : L'Homme par Béhachelle Comment un intellectuel/philosophe/millionnaire/directeur de collection chez Grasset/homme d’affaires/membres du conseil de surveillance d’Arte/actionnaire de Libération/pote de tous les PDG du CAC40/cinéaste/romancier/fan de Talmud/héritier autoproclamé de Sartre (j’arrête là, y en a trop…) peut-il commettre une telle bourde ?Alors qu’il était sur le point de « poser les nouvelles bases d’une métaphysique à venir » ? Y a un truc qui cloche. Le monde n’était-il pas prêt ? Complot ? Conspiration ? Pourquoi ? Pour son soutien inconditionnel à Israël ? Pas possible, son discours là-dessus fait bailler tout le monde, et même les fans de Tsahal peuvent pas s’empêcher de faire des blagues feujs pourries dès qu’il entonne son couplet. À cause de son talent littéraire ? Marc Lévy aurait-il soudoyé un éditeur de chez Grasset pour saloper le travail titanesque de son homonyme, à la veille de réconcilier littérature et herméneutique dans un maelström d’aphorismes bondissants et fulgurants, et d’imposer son génie littéraire pour les cent prochaines années ? Peu de danger non plus, personne n’ayant jamais réussi à rassembler plus de dix lecteurs des Derniers jours de Charles Baudelaire (prix Interallié, mazette !), ou du Diable en tête (prix Médicis, mâtin !) dans une même pièce… même pas un groupe Facebook. Alors, ami lecteur, tu trembles d’approcher ainsi la Vérité. Et si BHL était… son propre bourreau ? S’il s’infligeait tout cela pour devenir saint et martyr, pour rassembler dans son amour-propre froissé et ses tirages déclinants (qui en prennent un sacré coup dans la gueule avec sa dernière guignolade !) toute la misère du VIe arrondissement ? Si BHL, au-delà de ses mains saignantes, prenait sur lui toute la douleur de la jet-set, s’il acceptait de vivre dans son propre corps le rejet du cosmopolite doré à portefeuille rembourré par la plèbe cryptocommuniste, et plus encore, de l’intellectuel de gauche version 1954 ? Quoi ? Comment ? Mais où trouverait-il un tel courage, une telle folie ? Ô Seigneur, mon cœur saigne à son tour d’imaginer qu’il puisse, de lui-même, s’infliger de tels tourments ? Après le godinage, l’auto-entartage ? le Wikipédiage ? Mais où va-t-il s’arrêter ? Je sais, ça fait peur. Tu trembles, carcasse ! Mais tu dois affronter la vérité, celle qu’est vraie, n’est-ce pas ? Alors n’hésitons pas. Posons les questions qui dérangent. ![]() BHL est-il un philosophe ?Ben non. Il a fait Normale Sup, la vraie de vraie, la rue d’Ulm, il a l’agrègue, il a lu plein de bouquins de philo, mais ce n’est pas un philosophe, désolé. Moi je dirais essayiste. C’est pas mal essayiste, c’est beau d’écrire des essais, de déployer sa pensée sans vouloir construire une Weltanschauung à deux balles et brinquebalante, on lui en demande pas tant ! Comme disait Deleuze, qui s’y connaissait en Weltanschauung, Kausalitätsbeziehung et autres Mannigfaltigkeitslehre, philosopher c’est construire et fabriquer des concepts (cf. Qu’est-ce que la philosophie avec son pote Guattari, pas le chanteur d’opérette, le psychologue, malheureux !). Deleuze s’y connaissait bien en hommes également car il sut deviner très tôt le projet christique de Bernard, et ne put résister à l’envie fraternelle et généreuse d’initier le remplissage du tombereau d’ordures qui ne cessent de se déverser sur les épaules satinées de notre héros et de ses poteaux, les « Nouveaux Philosophes », en proclamant : « Lévy, c’est tantôt l’impresario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le disc-jockey ». « Je crois que leur pensée est nulle ». « Ce que je leur reproche, c’est de faire un travail de cochon». (Supplément au n°24 de la revue bimestrielle Minuit) Donc, question concept, chez BHL, que pouic en ce domaine, peau de zob ! Le « pétainisme transcendantal » dont se targue BHL n’est qu’une formule, un gimmick, une accroche, comme on dit dans le marketing. Une phrase bien torchée, visant à résumer, symboliser une situation, une offre, une histoire, une démarche. Le pétainisme transcendantal, c’est juste ça. Comment voulez-vous intégrer, développer, construire un système philosophique sur une notion aussi merdouillante ? C’est à chier. Et pour qui connaît un chouïa le champ de l’historiographie des trente dernières années, c’est juste une version light des thèses de Zeev Sternhell sur les origines françaises de l’idéologie fasciste (thèses encore de nos jours fortement contestées par des mecs genre Milza, c’est-à-dire pas des rigolos, je vous l’accorde mon cher confrère) via des plumitifs tendance Sorel ou marxistes révisionnistes… Bref, le pétainisme ne constitue pas un corps de doctrine immuable et cohérent qui flotterait dans l’espace intersidéral de la pensée réactionnaire, que nenni mon bon ! C’est un précipité complexe d’éléments récupérés dans la totalité du spectre des idées politiques franchouillardes : on y trouve de tout, révolution, contre-révolution, Maurras, Drumont, Joseph de Maistre, des bouts de Marx et des grumeaux de Proudhon, un bon kilo de Georges Valois pré/post AF, une touche de Drieu, un truc mouvant, pas très consistant mais qui colle aux dents, et file parfois la gerbe, et sûrement pas une tare génétique qui transformerait a priori tout Français un peu pâlot aimant bien sa province, sa langue et son Histoire en milicien potentiel. Alors que BHL en fasse un outil extraordinaire et multifonction, un robot ménager universel pour comprendre notre douce France (même quand elle déraille grave) et justifier sa détestation, sa morgue, son mépris hautain pour nous aut’salauds-de pauvres-tendance-Janvier-rue-Poliveau, c’est pipeau. Son truc n’explique rien, ni Le Pen, ni Bucard, ni la Charlemagne, ni Sarkozy ni Pasqua, ni Faisceaux ni MNR ou Croix-de-Feu, rien, nada. Mais c’est fait exprès, ruse suprême de notre homme, jouer au con pour en prendre plein la gueule, amorcer ce gigantesque masochisme mystique de lui-même, en attaquant frontalement des penseurs costauds, voire belliqueux. ça, ça a de la gueule ! Et Bernard, de la gueule, il en a ! Et il recommence avec Badiou, prétendant que l’autre vieux bolcho lui aurait pompé le concept pour ses trucs sur Sarko ! Alors qu’ils s’adorent, les vieux normaliens, mais font semblant de s’en mettre plein la tronche, la preuve : BHL sur Badiou« Défaite de l’intelligence et du cœur. Crépuscule du regard politique alors même qu’on prétend l’aiguiser. » (Octobre 2007, Ce Grand Cadavre à la renverse, Grasset) « Si vraiment le monde c’est Bush contre Chavez, que fait-on des génocidés du Rwanda ? des bonzes de Rangoon ? de tous les autres ? Eh bien c’est très simple et c’est Badiou qui le dit dans un texte terrible : « on les laisse à leur arène »… » (octobre 2007, conversation avec Alain Finkielkraut pour le Nouvel Observateur) « Qui m’a reproché mon « silence social » ? Les amis de Monsieur Bourdieu et du Monde Diplomatique ? Alain Badiou ? Je ne les ai pas entendus, eux, quand on massacrait les Bosniaques, ou les Tchétchènes, ou les femmes algériennes, ou les irakiens anti-Saddam. Comme si la misère du monde, hors des frontières de la France, ou hors des cadres rassurants de l’anti américanisme, ne les concernait plus. » (Nouvel Observateur Propos recueillis par Claude Askolovitch, février 2007) Badiou sur BHL« Le chef de file des intellectuels médiatiques commis à la Restauration. » (Le Monde, 24 juillet 2008) « Nous savons tous que Bernard-Henri Lévy est un écrivain de haut vol, un philosophe qui a traité des dossiers d’une grande complexité, et il est aussi, dans le même temps, de façon délibérée et volontaire, un homme des médias, un homme de la communication de masse, un homme de la diffusion, un homme des tirages, un homme en quelque sorte de l’exposition. » (École Normale supérieure, 7 avril 2004) « Vous savez Lénine – ça c’est une citation anachronique ! mais tant pis je la fais quand même ! – disait que la jeunesse intellectuelle était « la plaque sensible de son temps ». Eh bien à ce titre, on pourrait soutenir que Bernard-Henri Lévy est resté de façon définitive dans la jeunesse intellectuelle parce qu’il est vraiment non seulement un interprète mais peut-être mieux encore une plaque sensible des soucis de l’époque. Je pense que lui convient par conséquent cette définition léniniste de la jeunesse. » (École Normale supérieure, 7 avril 2004) « En ce sens, de sa participation originaire à un premier bilan de la période révolutionnaire, à la fin des années 70, jusqu’à sa vaste enquête actuelle sur la diversité immanente du monde musulman, il y a un suivi très rapproché de ce qui agite les consciences, les opinions ou les spectacles dans les étapes successives de notre temps. » (Id) Vous comprenez maintenant, ce gigantesque complot des intelligences, cette solidarité au-delà des générations, pour participer à notre salut à tous ? ça fait peur quand même, merde, à ce niveau… BHL est-il un grand écrivain ?Ben non. Pourtant il a tout juste : il publie chez un grand éditeur, donne son avis sur tout, se prend pour Sartre, et comme lui, dit que des conneries sur plein de sujets. Et pourtant ça ne marche pas. Encore une ruse ! Comment un écrivain censé pourrait laisser échapper de telles billevesées si ce n’était sciemment, dans un machiavélique et étourdissant don de soi ? BHL ne sera jamais Sartre, mais rappelle furieusement Mauriac, avec qui il partage la manie des bloc-notes, vous savez, ces éditoriaux du pauvre où un grand bourgeois tourmenté vous donne la bonne parole hebdomadaire. On imagine la violence que doit s’imposer Bernard pour pondre un truc pareil chaque semaine, quelle abnégation ! Déjà lire Le Point, faut vouloir (ou être obligé), mais en plus réagir du haut de sa chaire ainsi, alors que tout le monde s’en fout… Car Bernard a une force, un talent caché, secret, mystérieux, qu’il partage avec deux autres élus, André Glucksmann et Finkielkraut (qui font eux aussi semblants d’être philosophes, les coquins !) : le pistolet à moraline !!!!! Cette arme redoutable réagit instantanément à tout événement, petit ou grand. Une déclaration politique, un tremblement de terre, une intoxication alimentaire, un braquage dans un collège et hop : DÉCADENCE, FASCISME, TOTALITARISME, LOI, PROGRÈS, ça défouraille à tout va, le liquide filandreux à prise instantanée se répand et terrasse les adversaires de nos super-héros : CONSCIENCE DE CLASSE, SHAZAM, ISLAMOFASCISME, PÉTAINISME, PSCHIIIT, HANNAH ARENDT, AFGHANISTAN, ROSENZWEIG, TCHÉTCHÉNIE, LEVINAS, PFOUFFF, ANTIAMÉRICANISME, à chaque péril sa réponse, à chaque tourment sa solution, à chaque douleur, sa consolation. Quel talent, quel courage… S’imposer, que dis-je, s’infliger de telles gesticulations ridicules, sur les plateaux télé, sur le Net, à la radio, sortir leurs trémolos dans les journaux, déverser en permanence une morale de sous-préfecture du Second-Empire, juste pour faire diversion, raconter sans cesse ces vieux trucs sur le déclin de l’enseignement, de la culture, la montée des barbares, passer pour des ringards sarkozystes et sociaux-traîtres juste pour aider Bernard, qu’il ne se sente pas seul sur son pinacle… pfff, ça impressionne… salut les artistes ! Alors, vient la question ultime, qui fait trembler ma main : BHL est-il un naze ?Eh bien il aimerait nous le faire croire, et la plupart des gens se laissent avoir. Incroyable, non ? Avoir aussi peu d’humour, répondre toujours à côté de la plaque, donner des leçons en permanence, être incapable de faire la différence entre Metallica et Britney Spears, croire que Dantec est une marque de rillettes bretonnes, trouver que Yann Moix a du talent, pas savoir se servir de Wikipédia, ça s’invente pas ! C’est pas humainement possible ! Eh ben si. Eh si. C’est ça Bernard : La Classe. Trente ans (trente-deux, pardon Bernard…) de mystification, d’illusion, de sacrifice. Trente-deux années à faire semblant d’être un philosophe, semblant d’être un écrivain, un cinéaste, un actionnaire, un éditorialiste, un cruciverbiste, un Bosniaque, un Pachtoune… Bref, trente-deux à nous amuser pour prendre sur lui TOUTE notre beaufitude, notre culture franchouillarde, notre fierté européenne et notre amour du rock’n’roll. Et pas simplement le malheur, la malédiction qui frappe les riches, les bobos, les proprios, non, toute l’humanité franchouillarde sera rachetée par son sacrifice, pas que Saint-Germain-des-Près. BHL n’est pas naze, BHL est notre martyr, notre prophète. Moi je l’aime ! Il a tout donné, il ne restera rien de lui, pas une ligne, pas une image, pas un son, pas un souvenir (de nous non plus d’ailleurs). Rien. Rien que trois initiales qui pour nous tous, dans vingt ans, ne diront déjà plus rien… Bravo Bernard. Merci Bernard. God loves you ! Alain Jamot Special thanks to www.bernard-henri-levy.com for the quotes… Toutes les réactions (5)1. 23/02/2010 15:30 - Amaury Watremez
2. 23/02/2010 23:08 - le chat botté
3. 24/02/2010 16:24 - flocon
4. 25/02/2010 10:25 - Laurageai
5. 27/02/2010 09:34 - valentini
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Dernière réaction
Je crois que la vidéo d'un de ses entartages que Desproges avait fait passer un jour qu'il était interviouvé à Canal en disait beaucoup sur BHL. Le philosophe discount devenait en deux secondes... ![]() Articles les plus lus
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