Aux armes et caeteraSURLERING.COM - FRANCE - par François-Xavier Ajavon - le 20/10/2008 - 0 réactions -
Rouget de l'Isle se serait-il imaginé le succès « polémique » de son Chant de guerre de l'armée du Rhin, commué par la République française en hymne national ? L'auteur de la Marseillaise, qui écrivit aussi - soit dit en passant - un hymne royaliste sous la Restauration Vive le Roi ! (qui n'eut pas l'heur de plaire à Louis XVIII), aurait-il imaginé que le peuple français allait si longtemps se déchirer autour de son chant guerrier, dont le texte évocateur se compose - tel un cadavre exquis de circonstance - de phrases empruntées à des affiches de conscription du début des années 1790 ? Rouget de l'Isle aurait-il pu imaginer qu'il deviendrait un jour possible de comprendre l'histoire de France à travers les diverses agressions et polémiques autour de ce qu'il appelait lui-même - plein de fausse modestie - sa « vieille sornette » ( dans une lettre au compositeur italien Cherubini ). Une « vieille sornette » qui est devenue l'un des hymnes nationaux les plus connus, et les plus revisités - à l'instar de la sublime Bannière étoilée américaine : depuis la transcription pour violon seul de Stravinsky, jusqu'à la Marseillaise reggae de Gainsbourg ; depuis l'Ouverture 1812 de Tchaïkovski jusqu'à la chanson All you need is love des Beatles qui s'ouvrent toutes les deux par le fameux chant révolutionnaire ; depuis l'arrangement de Hector Berlioz jusqu'à la version de Django Reinhardt portant le délicieux titre de Echoes of France... Rouget aurait-il songé que sa « vieille sornette » allait drainer mille débats ces dernières années ? On se souvient du tollé provoqué dans les années 70 par la volonté de l'accordéoniste Valery Giscard d'Estaing de modifier légèrement la musique de l'hymne national. On se souvient des débats accablants qui ont entouré le vers « Qu'un sang impur abreuve nos sillons » de cette « vieille sornette » lors du bicentenaire de la Révolution française en 1989. L'Abbé Pierre déclarant à cette occasion : « changeons en message d'amour les paroles de haine de la Marseillaise ! ». On se souvient aussi, en 1992, du « choc » des français redécouvrant le texte de Rouget de l'Isle chanté par une innocente fillette, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux-Olympiques d'hiver d'Albertville. La « vieille sornette » fut alors jugée « belliciste » et « xénophobe ». On se souvient encore des discussions sans fin, en 1999, autour d'une éventuelle entrée de Rouget au Panthéon... Le tournant des années 2000 voit s'éloigner le débat sur le texte même de l'hymne national, et un consensus politique est retrouvé autour du texte de Rouget de l'Isle ; Jean-Louis Debré (UMP) déclarant en 2005 lors d'un colloque sur la Marseillaise « De même que l'histoire ne se refait pas, nous n'avons pas à réécrire notre hymne selon le goût du jour », le communiste Maxime Gremetz renchérissant « Ce serait comme toucher à notre patrimoine », et le socialiste François Hollande bouclant la boucle : « La gauche s'est toujours reconnue dans la Marseillaise ». Si, avec bonheur, les débats doucereux sur les « féroces soldats» et le sang qui « abreuve les sillons » se sont éloignés, les années 2000 ont vu l'émergence d'un nouveau « folklore »... la très mauvaise habitude d'une partie des hooligans du Stade de France de siffler cette « vieille sornette », lors de la solennelle cérémonie des hymnes nationaux qui ouvre les matchs de football. Soyons plus précis. Notons en liminaire que cela fait déjà quelques longues années que les joueurs de l'Equipe de France de football n'entonnent plus vraiment l'hymne national au début des matchs. Ou bien un joueur sur deux, ou sur trois. Et encore. Du bout des lèvres. Evidemment, on a expliqué que notre équipe « black blanc beur » était trop tendue au début des matchs pour chanter à pleins poumons le Chant de guerre de l'armée du Rhin. Les coachs sportifs sont venus à la rescousse : tout ça était évidemment une question de concentration... de « con-cen-tra-tion ! », pas de désintérêt pour un symbole républicain aussi bleu blanc rouge que notre drapeau, et que Mme Marianne, notre mère à tous. Chaque Coupe du monde de foot est ainsi l'occasion de déplorer que la plupart des joueurs des autres nations chantent leurs hymnes avec conviction, alors que nos onze petits bleus semblent vivre ce moment avec une sobriété telle, qu'elle ne peut manquer de faire songer à de la désaffection. On ne leur demande certes pas de faire cela avec la ferveur des rugbymen néo-zélandais scandant leur haka, mais on aimerait les voir se sentir fiers d'être français. Et on aimerait être fier de la fierté de cette équipe nationale. Mais si la « vieille sornette » de Rouget de l'Isle ne semble pas déclencher les passions des joueurs de football, elle excite parfois la haine des supporteurs. Tout a commencé un soir d'octobre 2001, lorsque la Marseillaise a été sifflée en ouverture d'un match amical au Stade de France entre les bleus et la sélection nationale algérienne. On connaît la pitoyable suite... l'envahissement du terrain par les néo-hooligans anti-français, et l'interruption du match. On se souvient aussi de la colère salvatrice de Jacques Chirac, dans la tribune présidentielle, piquant à l'écran ce qui semblait être une gueulante anthologique. Mais les années Sarkozy ayant succédé aux années Chirac, les mêmes mauvaises habitudes se poursuivent, et un autre match amical entre la sélection française et une équipe nationale du Maghreb, le 14 octobre dernier, a été marqué par de sinistres incidents ; en ouverture du match France-Tunisie la « vieille sornette » a été à nouveau copieusement sifflée, sans le moindre respect pour le symbole républicain qu'elle incarne. Si une loi Fillon de 2005 rend obligatoire l'apprentissage de la Marseillaise dans les classes de maternelle et de primaire, et si le respect des symboles républicains est désormais inscrit dans la loi, on se demande si cela est encore suffisant pour éviter la vue de telles images, lamentables. Si les condamnations politiques ont été immédiates (Fadéla Amara déclarant « Pas de pitié pour ces gens-là... »), la réaction de la presse et des intellectuels a été beaucoup plus décevante : de nombreux éditorialistes, jamais avares d'un sirop moraliste à l'aspartam, ont dénoncé un emballement de la classe politique face à ces « sifflets » qui ne seraient que le « symptôme (d'une) désintégration sociale » (éditorial du Monde du 17/10). La belle affaire ! L'incident est pénible, et ses accablantes répliques analytiques dans les média sont insupportables (« Ce n'est pas si grave ! », « Ils sont jeunes ! », « C'est du folklore ! », « Mais ils sont chômeurs ! », « On ne leur a pas laissé la chance de s'intégrer ! », « Ils sont victimes d'une société cruelle ! », « C'est à cause de la crise financière et du capitalisme mondialisé ! », « C'est à cause de la chute du pouvoir d'achat ! Sans parler du prix du baril ! »). Ces sifflets agressifs sont évidemment ceux d'une masse hurlante... et on sait bien ce que la foule moutonnière peut avoir de méprisable... Mais l'hystérie autour de ces ignominieux sifflets collectifs masque plusieurs questions... Pourquoi avoir confié à Lââm la mission d'interpréter l'hymne national ? Pour fabriquer certainement une « image symbolique » aussi lourde et affligeante que sa musique... la franco-tunisienne interprétant l'hymne national, comme le signe d'un succès de l'intégration. Pourquoi encore un match « amical » contre une nation du Maghreb ? Après les incidents qui ont marqué les rencontres France-Algérie (2001) et France-Maroc (2007) au Stade de France, était-il vraiment nécessaire de tendre la verge pour se faire battre, à l'occasion d'une rencontre avec la Tunisie ? Pourquoi les hooligans qui ont étendu une large banderole contre les « Ch'tis » durant la finale de la Coupe de la Ligue 2008 entre Lens et le PSG ont été repérés en quelques jours par la Police, alors que personne ne semble parler en ce moment d'une identification des populations qui étaient présentes au Stade de France pour siffler l'hymne national ? Est-ce plus fondamentalement grave d'insulter le peuple des corons, que la nation toute entière ? Pourquoi personne n'ose parler de ces individus qui sifflent la « vieille sornette » ? Pourquoi la télévision ne nous les a pas montrés en gros plans ? Pourquoi feindre la sidération face au comportement de ces jeunes gens ? Pourquoi faire semblant de découvrir un sentiment anti-national profondément ancré au sein de certaines populations, alors qu'il est sensible depuis de longues années ? Depuis les agressions des « faces de craie » lors des manifestations lycéennes de ces dernières années par des bandes de jeunes venues de périphérie, jusqu'au communautarisme qui avance d'année en année au sein des « quartiers ». En conclusion, après ces quelques questions, on se permettra de constater que l'anniversaire des dix ans de la victoire de l'équipe de France de football « black blanc beur » au Mondial de 1998 sous la houlette de super-Zizou, est bien sombre dans ce contexte. Est-ce la France qui a changé ? Qu'est-ce qui n'est pas au carré dans l'hexagone, et qu'est-ce qui ne tourne pas rond dans le royaume du ballon rond, pour que les symboles communs de la République soient ainsi conspués ? Devons-nous ranger la « vieille sornette » au magasin des accessoires, et renoncer à toute dignité nationale ; ou bien - « Aux armes etcetera ! »... - trouver des moyens de la faire accepter, et respecter, coûte que coûte... ? Et si Carla Bruni, avec sa belle voix suave et sensuelle, résolvait le problème en nous offrant sa propre « Marseillaise » digne et sexy ? Chiche ! F-X AJAVON Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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