AO : Touche pas à mon Néandertalien !SURLERING.COM - CULTURISME - par Maximilien Friche - le 10/10/2010 - 1 réactions -
Deuxième (et dernière ?) semaine à l’affiche pour AO le dernier Neandertal, le long métrage de Jacques Malaterre déjà fier de son Odyssée de l’espèce pour le téléviseur. Le réalisateur avait une intention avant de faire le film, une belle petite intention dont on peut s’enorgueillir tellement elle est du côté des gentils et, il a fait son film. De ce film, il ne ressort rien d’autre. Je savais que je n’aimerai pas ce film à cause de la thèse post-humaniste qu’il véhicule, néanmoins, je ne pensais qu’il serait si facile de dénigrer ce film pauvre en tout. J’ai même ricané à deux trois reprises pendant la projection. D’habitude, quand je décide de ne pas aimer un film, je dois fournir des efforts pour dépasser tout ce qui est séduisant en lui, tout ce qui s’exprime malgré lui, mais là, du scénario à la façon de déplacer la caméra en passant par les mises en scène, rien ne peut susciter l’approbation des critiques de cinéma de Première ou Télérama, rien sinon peut-être la petite intention positive sur la définition des gentils et des méchants.Niaiserie généralisée AO raconte l’histoire du dernier homme de Neandertal. AO, c’est son prénom, et je peux vous dire que le mec est une véritable crème. Attachant comme un doudou d’enfant. Les premières scènes montrent une franche camaraderie entre mâles et des attentions douces pour les femelles du clan. Moi qui m’attendais à voir les gars tirer les filles par les cheveux pour les ramener dans la grotte façon famille Pierrafeu, j’étais très déçu ! Et voilà que, pendant que notre héros tue l’ours blanc, tout le clan d’AO est massacré, on ne sait pour quelle raison, par des sapiens-sapiens. Tout le monde y passe, y compris la petite fille fraîchement née d’AO, nommée Néa. Au retour d’AO, une bagarre survient avec deux Homo sapiens-sapiens. AO étant plus costaud et trapu a vite le dessus. Il faut dire que la colère et le désespoir décuplent ses forces. Mais au moment où il peut tuer l’assassin de sa fille, le néandertalien a un scrupule, il hésite, il ne le fait pas. Et la voix off, style minet parisien, nous explique les pensées encore touffues du pouilleux aux dreadlocks : comment peut-on voler la vie d’un autre humain ? Cela fait dix minutes que le film a commencé et tout est dit dans cette anecdote. A partir de là, la niaiserie va couler à flot, grâce à la surenchère de la voix off du petit blanc. Neandertal est un cœur pur, c’est Quasimodo, quasiment l’homme d’avant le péché originel. Sapiens-sapiens, lui, avec son style mi-hindou mi-éthiopien, tout peinturluré du visage, apparaît vite sophistiqué, et supérieurement pervers. Le film ne montre qu’un racisme unilatéral : des sapiens-sapiens vers AO et non l’inverse. AO est curieux voilà tout, tandis que les autres grimacent et s’écœurent en touchant l’arcade sourcilière du premier homme d’Europe. AO s’est constitué une mission, notre délicat pouilleux souffle dans un bouffadou en os et recherche de la Sibérie aux calanques de Marseille son frère perdu de vue depuis l’enfance, ce cher OA. On voit l’image heureuse du frère qui tape sur ses bambous toujours au loin, en haut à droite, constituer un objet d’espérance et de quête. Cela doit être beau. C’est fait pour émouvoir. Et l’Europe qu’il traverse, laisse assez dubitatif. Bien sûr, ce sont des beaux paysages, mais montrés de façon assez vulgaire avec des balancés panoramiques de caméra, du type regardez comme je maîtrise bien la technique pour donner le sentiment du caractère vaste, ample, et grandiose de la nature de l’époque. Sauf que l’on a plus l’impression au final de voir une version filmée des sentiers d’Emilie, avec des gars en peau de bête qu’une planète d’il y a trente mille ans. Dans le film, la nature ne constitue jamais un obstacle. Des chemins partout pour AO de la Sibérie à la mer Méditerranée. Au final on se demande quand même pourquoi AO et son clan sont allés se peler au nord alors qu’ils vivaient au début tranquilles les pieds dans l’eau à Cosquer (1) ou ailleurs. AO a rencontré Aki, cro-magnone, en proie à des soucis avec des sapiens-sapiens habitués aux sacrifices humains. Aki est enceinte et AO aime les bébés. C’est une petite fille, il croit revoir Néa perdue. Ce sera donc aussi Néa. Il s’en occupe bien, en homme moderne. Il la câline, il essaye même de lui donner le sein. Cet homme des temps anciens constitue un modèle pour féministes. Bien sûr, il va un peu violer Aki, mais bon il faut bien se plier aux mœurs de l’époque pour faire vrai. Aki aussi a sa voix off de Parisienne d’aujourd’hui, de jeune fille sensible et cool. AO et Aki, se toisent d’abord, se rejettent un peu, puis finissent par fonder leur famille au bout du chemin pour une Happy End au bord de la grande bleue. Le frère retrouvé est mort, mais l’espérance se transforme maintenant grâce à cet amour qui traverse les deux races et, c’est beau. Je passe sur les messages écrits d’introduction et de conclusion qui sont là pour nous amener à réfléchir… L’antiracisme repousse ses frontières Par ce film, nous avons la preuve que la modernité en marche fait reculer les frontières de l’anti-racisme. Nous savions déjà que l’homme occidental était historiquement coupable de racisme, plus que tout autre peuple. Nous connaissions le poids de sa dette vis à vis du monde multiculturel et, que sa pénitence doit s’exécuter durant une éternité qui nous effraye. Sous la surveillance de l’œil frontal de la HALDE, il ne nous reste plus à faire que notre travail de mémoire pour les siècles des siècles. Nous devons payer pour nos ancêtres macho facho, nous avons été élevés en complexés grâce à une histoire de France « révisionnée » des croisades au colonialisme par la pratique de l’historiquement correct (2). Ceci, c’était jusqu’à aujourd’hui : l’homme occidental représentait de façon ontologique une agression pour toute la diversité de ce monde. Alain Finkielkraut, puis Renaud Camus (3) ont très bien circonscrit cette idéologie en la comparant au communisme du XXIème siècle. C’est à dire un empire de la pensée qui empêche toute controverse au risque de passer pour fasciste, mot fourre-tout pour désigner le mal. Et bien maintenant, l’anti-racisme ayant clamé pendant quarante ans qu’il n’y avait plus de race, s’en ait trouvé une éloignée à protéger : l’homme de Neandertal. Ce n’est plus seulement l’Occidental qui est en cause mais bien l’humanité dans sa totalité, maintenant réduite à l’appellation sapiens-sapiens. Et c’est là aussi ontologiquement, que notre race humaine est coupable ! Nous qui croyons au péché originel, au péché congénital, on est assez blasé de ce genre de découverte faite par d’anciens humanistes et héritiers des humanismes. Mais cette vérité est découverte à rebours si l’on veut. Sur France Inter, le lundi 12 juillet 2010 dernier, dans l’émission « ça vous dérange » animée par Philippe Bertrand, deux chercheurs débattaient sur l’homme préhistorique disparu (4). Le professeur expliquait que l’image du néandertalien avait dépendu tout au long des années des préjugés de l’époque. C’est ainsi qu’on l’avait vu : brute épaisse et mangeur d’hommes par le passé. Mais aujourd’hui, n’est-ce pas la même chose, madame le professeur ? Lorsque l’on clame qu’il se pourrait bien que l’homme de Neandertal ne soit pas mort d’épidémie, ou d’un manque d’intelligence mais simplement d’un excès de scrupule par rapport à la bête perverse que nous sommes ? Elle a bien prononcé ce mot de scrupule pour qualifier l’état d’esprit de l’ancêtre ! Etant arrivé au bout du bout, la modernité ne peut arrêter sa chute irréversible, après avoir voulu une création sans Dieu, après avoir adoré l’homme et ses limites en oubliant toute transcendance, la voilà qui se drape davantage et souhaite une création sans l’homme non plus. A quand la planète des singes vénérée dans toutes les loges ? Le refus de Dieu ne les a pas amenés à engendrer un homme nouveau sous couvert d’évolution mais à générer une dévolution à laquelle chacun est appelé à aspirer par soucis de purification. J’exagère bien sûr, mais il faut dire que l’idée que l’avenir de l’humanité serait AO me fait rentrer dans un âge de glace. Le monde des « prides » qui nous incite à manifester nos fiertés, à nous engendrer sous forme de personnalités originales, nous incite finalement également à cultiver la honte de notre héritage et de notre nature. Le progrès fait réellement rage ! Sapiens-sapiens irrécupérable ? Coupons la branche sur laquelle nous sommes assis ! Ce qui fait jouir réellement ceux qui clament le complexe à tout crin, c’est de penser qu’il y a eu métissage. Etape incontournable de la dissolution de l’identité et donc arme des anti-racistes. Ils ont copulé ensemble. AO et Aki et peut-être plein d’autres. Non pas dans le cadre de viols ou tournantes préhistoriques, mais par amour. Et il y aurait des gênes néandertaliens en nous ! Certains d’entre nous ont des gênes néandertaliens. (J’ai bien des noms en têtes mais je préfère m’abstenir.) Le héros du métissage étant bien sûr celui qui se perd et devient invisible. Aki, la sapiens-sapiens à forte culture qui a dissout le néandertalien, est semblable à l’occidental qui a irrigué le monde de son art et de sa pensée. Mais c’est insoutenable ! Toutes les cultures sont égales, c’est le principe de base. Y’a qu’à voir le quai Branly, tout se vaut. Et, touche pas à mon pote néandertalien. Amertume Après le film, je suis allé boire une bière. Je savais que je trouverai dans le film de Jacques Malaterre, de la niaiserie, je savais que l’idéologie sous-jacente m’exaspérerait, ce que je ne savais pas c’est que ce film, qui se voulait un grand film d’aventure, allait être si nul et sans intérêt. C’est donc avec un peu d’amertume que j’avale les gorgées de ma bière belge préférée, la Kwak. Que puis-je retirer de cette soirée, à part mes ricanements, mon découragement et ma bière ? Je revois quelques images du film encore présentes dans mon cerveau. Le petit bébé tout sale, dans les bras de ces brutes, les conditions d’hygiène déplorables, le froid et lui le petit d’homme tout fragile comme ceux qui naissent tous les jours encore aujourd’hui. Il y a trente mille ans comme maintenant, notre espèce vivipare, met au monde l’être le plus fragile qui soit, dans la douleur. Sa survie est quasiment impossible. Avant qu’il puisse être utile, il faudra attendre quelques années, et avant qu’il soit autonome, très longtemps, un quart de vie, peut-être plus. Dans ce monde hostile, il y a intérêt que les parents assurent. La bière me ramollit et je pense qu’au commencement il ne pouvait y avoir que l’amour. Dieu est amour, cela me rappelle quelque chose… (5) Et cette famille naturelle qui se forme à la fin du film… Je détourne les intentions du réalisateur et je m’approprie ce que j’ai vu. J’ai vu qu’au commencement il y avait un couple et l’amour. C’est quand même difficile d’échapper à la Genèse, surtout quand on boit. Et je pense qu’il est dommage que Jacques Malaterre ne se soit pas contenté du petit écran pour présenter son œuvre. Le succès assuré via ce média pour passifs acquiesceurs aurait sans doute permis de supplanter toutes les Léa et les Théo dans les prénoms les plus donnés par des Néa et Ao. Cela aurait été cro mignon. Quoi que, on en trouvera peut-être quand même. Ao, Néa, ne restez pas scotchés à la télévision, venez à table. Maximilien Friche (1) Grotte située dans les calanques de Marseille abritant des dizaines d’œuvres peintes il y a 27 000 ans. http://www.culture.gouv.fr/culture/archeosm/fr/fr-cosqu1.htm (2) Historiquement correct – Jean Sévillia – Editions Perrin – 2003 – ISBN 2-262-01772-7 (3) Le communisme du XXIe siècle – Renaud Camus – Editions Xenia – 2007 - ISBN-10: 2888920344 (4) « Ca vous dérange » - France Inter – Philippe BERTRAND - lundi 12 juillet 2010 - Sommes-nous des enfants de Neandertal ? Invités : Marylène Patou-Mathis (Chercheuse, responsable de l'unité d'archéozoologie du Département du Muséum national d'histoire naturelle. Auteur: "Neandertal: une autre humanité" aux Editions Perrin) et Wiktor Stoczkowski (Anthropologue, enseignant à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Auteur de "Anthropologie naïve, anthropologie savante. De l'origine de l'homme, de l'imagination et des idées reçues" CNRS Editions, et "Anthropologies rédemptrices. Le monde selon Lévi-Strauss" Hermann (5) Deus Caritas est – Lettre encyclique de Benoît XVI – Pierre Tequi éditeur – ISBN : 2-7403-1259-8 Toutes les réactions (1)1. 11/10/2010 11:44 - yquem78
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Merci pour ce bon fou-rire matinal offert par les Pierrafeu. Les effets de la bière sur une relecture "désecularisante" du film sont impressionnants ! ![]() Articles les plus lus
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