Al Manar, une étrange affaireSURLERING.COM - BIG BROTHERS - par Olivier Germain - le 13/12/2004 - 0 réactions -
Fin novembre, les médias et le bon peuple qui l'aura bientôt oublié, si ce n'est déjà fait, découvraient avec une stupeur plus ou moins sincère que nos « musulmans de France », et partant ceux de toute l'Union européenne (UE), pouvaient se détendre les nerfs en regardant en famille les programmes délicieux de la chaîne Al Manar, organe du vertueux et humaniste Hezbollah chiite libanais, via l'opérateur satellitaire francaoui EutelSat.
Al Manar (« Le Phare ») est une télévision aux douces présentatrices empaquetées, qui rend régulièrement hommage, entre autres minauderies, aux attaques suicides anti-israéliennes menées par le Hamas ou le Djihad islamique, organisations dont on connaît la modération et l'attachement aux valeurs de la démocratie... Ce qui n'a pas empêché le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la conventionner très officiellement le 19 novembre dernier après plus d'une année d'un feuilleton ubuesque. Mais nous y reviendrons. Or, coup de théâtre, 11 jours s'écoulent et, le 30 novembre, le CSA, à grand fracas, met Al Manar en demeure de « respecter ses obligations légales et conventionnelles » tout en saisissant le Conseil d'Etat en référé pour ordonner à l'opérateur EutelSat de cesser sa diffusion, lequel devrait statuer mi-décembre. La cause de ce revirement spectaculaire et rapide serait, officiellement du moins, les propos tenus sur la chaîne le 23 novembre par un « expert pour les affaires relatives à l'entité sioniste » (?), qui dénonçait des « tentatives sionistes pour transmettre des maladies dangereuses, à travers les exportations aux pays arabes, comme le sida » ! Un délire de plus, parfaitement prévisible, qui ne manqua pas de faire réagir, une énième fois, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui a alerté Dominique Baudis et ses drôles de « sages ».
Un « dérapage » que ces derniers ont immédiatement, et la main sur le coeur, jugé « de nature à troubler l'ordre public et à porter atteinte aux principes fondamentaux du droit de l'audiovisuel consacrés par la loi du 30 septembre 1986 », dans un communiqué, qui ajoute qu'il « constitue un manquement à plusieurs stipulations de la convention » souscrite entre lui et Al Manar. Quelle surprise ! Quelle déception ! Soyons cependant sérieux, cette indignation feinte, cette comédie de la vierge effarouchée, de la vertu outragée, ne peut convaincre que les ignorants ou les imbéciles ! Le scandale dure au moins, en effet, depuis novembre 2003 et la programmation du feuilleton Al Shatat (Diaspora) qui s'inspirait des Protocols (1) des Sages de Sion et montrait, entre autres joyeusetés anodines, l'égorgement rituel d'un petit enfant par des Juifs dans le but de fabriquer du pain azyme... De quoi, l'on s'en doute, calmer l'anti-judaïsme hystérique de certains « jeunes » de banlieue, qui s'en donnaient alors à coeur joie sur les kippas, les synagogues ou les cimetières juifs (et chrétiens également, du reste)... Et qu'au même moment, Raffarin mettait en place un « comité gouvernemental de lutte contre l'antisémitisme » ! S'ensuivit ensuite maintes péripéties, qui n'intéressèrent personne, pas plus le gouvernement et son comité Théodule que les grandes consciences, pourtant si chatouilleuses du fondement, et dont notre pays-des-droid'lômes s'enorgueillit. Le CSA, qui avait déjà saisi le procureur de Paris en janvier, puis sollicité du gouvernement des « instruments juridiques appropriés » pour lutter contre ce genre de débordements, s'était résolu à demander l'interdiction d'Al Manar au Conseil d'Etat le 12 juillet, après l'adoption, le 9 de ce même mois, de la loi dite « paquet télécoms », qui rendait l'instance administrative suprême seule compétente pour ce faire. Le 20 août, celui-ci avait malgré tout refusé de mettre fin à la diffusion de la chaîne du Hezbollah libanais, se contentant de lui laisser un délai (jusqu'au 1er octobre) pour déposer un dossier de conventionnement auprès du CSA. Sanction qui n'est pourtant pas impensable, puisque existent des précédents comme l'interdiction de Medya TV, chaîne kurde du PKK... D'autant plus qu'on apprend qu'un juge d'instruction de Paris enquête justement depuis juin sur Al Manar pour incitation à la haine raciale !
Faut-il croire qu'il est impossible de couper le sifflet répugnant de la télé des terroristes du Hezbollah, les petits soldats fanatiques parrainés par la Syrie et les mollahs d'Iran ? En tous les cas, depuis un bon moment déjà, Baudis sous-entend avoir subi des pressions. Ce qui implique, d'ailleurs, qu'il s'y est plié... Mais qui s'en étonnerait ? C'est très vraisemblable si l'on en croit un membre du CSA qui, sous couvert d'anonymat, commentait le 28 novembre : « en un an, nous aurons pris toutes les positions possibles et imaginables sur ce sujet, de la condamnation catégorique à l'accommodement. Difficile de faire croire, après cela, que nous avons une déontologie claire, ou que nous sommes vraiment indépendants, notamment vis-à-vis des pressions politiques. » Mais qui donc a le bras assez long pour tenir à la fois la haute autorité de l'audiovisuel et le Conseil d'Etat ? Qui nomme et tire la plupart des ficelles ? Ne serait-ce pas la Présidence ? Quel est alors le rôle de Chirac qui, compte tenu de ses attributions, pourrait agir en raison d'impératifs diplomatiques plus ou moins occultes ?... Or, d'après Michel Gurfinkiel, dans un excellent papier de Valeurs actuelles du 3 décembre, des rumeurs courent sur des négociations de l'Etat français tendant à reconnaître la légitimité du Hezbollah, peut-être même dans le cadre d'un accord global avec l'Iran ayatollesque portant sur le nucléaire et le pétrole ! Selon lui, dans cette affaire, il ne s'agirait pas seulement de tolérer Al Manar mais de l'aider, ni plus ni moins, à s'implanter définitivement en France ! Rappelons-nous les tractations pétroleuses qui ont permis le conventionnement d'Al-Jazira... Le 20 août, c'est aussi - un pur hasard - le jour de l'enlèvement de Chesnot et Malbrunot, pour lesquels nos ministres ont mobilisé le ban et l'arrière-ban de nos belles « amitiés arabes », qui ont répondu présent, ... Hezbollah en tête. Bref, toute honte bue, le CSA signait la convention le 19 novembre (pour un an seulement au lieu de cinq habituellement) avec Al Manar. La chaîne s'étant bien entendu engagée à respecter la loi française... Mais on sait ce qu'il en est du « respect » des lois de pays « mécréants »... Le Coran n'estime-t-il pas qu'une parole donnée à un infidèle ne vaut pas un pet de chameau ? Quant à Tarik Ramadan, « l'intellectuel suisse », il ne cesse de marteler que si la loi du pays d'accueil d'un musulman contredit la charia, il ne faut pas l'appliquer. Et comme on l'a vu, comme il fallait s'y attendre, le scandale - qu'attendait peut-être Baudis pour faire la nique au Conseil d'Etat et à ses discrètes « pressions » - n'a pas tardé à exploser dans le PAF. Au grand dam des organisations juives. « Les deux institutions jouent au jeu de la patate chaude », a déclaré l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), reprochant l'interminable et délétère jeu de ping-pong qui avait abouti à cette absurdité. Le Crif, lui, exige que les « images intolérables de la télévision du Hezbollah ne soient plus diffusées en France ».
Avouons qu'il est tout de même regrettable de n'avoir vu monter au créneau, durant plus d'une année, que des associations ou des personnalités juives, certes les premières concernées par la vindicte islamo-délirante d'Al Manar, alors que nous sommes tous concernés, fils de David comme héritiers de Clovis, par la haine des « fous d'Allah » ! Ce n'est que le 30 novembre que le groupe UMP à l'Assemblée a demandé un durcissement de la législation, pourtant déjà modifiée récemment, et qui avait hélas réduit les pouvoirs du CSA au profit du Conseil d'Etat. A cette occasion, Pierre Lellouche interpella vivement Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, pour faire « stopper cette Barbarie ». Dans la foulée, le 1er décembre, Dominique Baudis rencontrait Raffarin pour évoquer les problèmes liés aux télévisions extra-européennes. A l'issue de cet entretien, le Premier ministre a tenu à affirmer son intention de renforcer la loi pour pouvoir suspendre immédiatement toute chaîne « portant atteinte à l'ordre public », reprenant ainsi à son compte les exhortations de Baudis. On peut se demander, compte tenu de l'arsenal répressif hexagonal, déjà malheureusement gigantesque, un des plus soviétoïde d'Occident, s'il est nécessaire de légiférer encore et toujours... Mais l'agité de Matignon veut sanctionner « sans délai et très fermement dans le cadre des grands principes du droit français et du respect de la liberté d'expression ». Ce salmigondis convenu est parfaitement grotesque. Sans délai ? Après plus d'un an de laisser-faire, de tergiversations et de palinodies. Fermement dans le cadre des grands principes du droit français ? Lequel est pourtant quotidiennement bafoué par certains imams fanatiques, en situation irrégulière pour beaucoup d'entre eux, et qui prêchent partout le djihad, appelant au meurtre des Juifs et des « Croisés », alors que leurs petits miliciens surarmés vont en toute impunité s'entraîner en Bosnie et ailleurs, ou se battre contre les Occidentaux à Falloujah ! Liberté d'expression ? Que vient-elle faire dans cette galère, cette malheureuse peau de chagrin, qui rétrécit sans cesse, et encore récemment sous couvert de « lutte contre l'homophobie ». Et qu'est-il besoin d'invoquer ou non cette pauvre liberté dénudée, quand il s'agit tout simplement de lutter contre les fanatiques, le terrorisme et la guerre ouverte que nous mène l'islamisme, qui veut détruire notre civilisation ? N'invoquons donc que la légitime défense ! Le Premier ministre a également demandé à Donnedieu de Vabres de porter le débat au Conseil des Ministres européens, car ce « sujet sensible appelle des réponses à l'échelle de l'Union ». Car problème : un conventionnement français permet une libre diffusion sur tout le territoire de l'UE. Sans compter qu'il devient évident que le malaise est bel et bien d'ampleur continentale, comme le prouve l'affaire Théo Van Gogh, assassiné le 2 novembre par un islamiste hollandais d'origine marocaine. Son meurtrier, Mohammed Bouyeri, qui dit avoir agit au nom de l'Islam, regardait au reste peut-être les douces émissions d'Al Manar. Peut-être y puisait-il, dans l'exaltation quotidienne sur ses ondes des attentats palestiniens, son irrépressible désir de guerre sainte. Rappelons tout de même que l'assassin a tiré 20 balles dont huit ont atteint leur cible. Il aurait ensuite rituellement égorgé l'écrivain et cinéaste néerlandais. Parenthèse : la députée libérale d'origine somalienne, inspiratrice du film Submission, vit dorénavant sous haute protection, menacée de mort. Courageuse, elle déclare qu'elle fera « tout ce qui est en son petit pouvoir pour pouvoir contribuer à l'échec de la morale islamiste ». « Cet Islam-là est un danger de mort », poursuit-elle. Mais qui se soucie d'elle et de son combat, dans les cafés de Saint-Germain ou sous les lambris des ministères français ? Des lieux distingués où l'on ne semble pas assez informé pour voir qu'un début guerre de religion se déclare aux Pays-Bas, qui semble même s'étendre en Allemagne et en Flandre belge. Des incendies de mosquées succèdent au meurtre et sont suivis de représailles contre des églises...
Peut-être consciente de la tension qui monte, Viviane Reding, Commissaire européen aux médias à écrit au Ministre de la Culture qu'il était en effet opportun d'examiner le cas des chaînes extra-communautaires émettant sur le territoire de l'UE. Quant à Al Manar, loin de faire profil bas, elle récidivait le 6 décembre, en accusant Israël de perpétrer des « crimes contre l'humanité » lors d'un journal télévisé ! D'où une procédure de sanction en bonne et due forme enfin lancée par le CSA le 7 décembre. Pas gêné pour autant, son Directeur de l'info, Hassan Fadhallah dénonce, lui, une « campagne sioniste » ! D'ici qu'il accuse Sharon de lui avoir refilé la vérole, il n'y a qu'un pas... Il n'est d'ailleurs pas le seul à ne pas comprendre, à s'offusquer puisque Leila Chahid, représentante de l'OLP à Paris « ne perçoit aucune haine dans les émissions de cette chaîne », et s'oppose véhémentement à son interdiction... On imagine que Tarik Ramadan et Ben Laden sont du même avis... Ne nous faisons pas trop d'illusions, Baudis dans Le Monde du 1er décembre déclarait son impuissance, et prévenait que « la chaîne libanaise est un arbre qui cache la forêt des autres chaînes venues de partout mais surtout du Proche-Orient ». Le venin télévisé, via des opérateurs satellitaires inconscients ou complices, n'a pas fini de se déverser sur la France, dans les foyers de nos 5 à 7 millions de musulmans, malgré l'évident péril de la montée des tensions communautaires. En admettant même que le récent - et ô combien rassurant au bon moment - rapport des Renseignement généraux, rendu public le 7 décembre (tiens donc, encore un hasard !) et qui affirme que les islamistes seraient minoritaires dans la communauté musulmane en France, soit vraisemblable, il y a fort à parier que leur proportion ne fera que grandir s'ils sont nourris au lait de chaînes telles qu'Al Manar. Le pouvoir ne semble pas s'en inquiéter, et l'on apprenait par l'AFP le même jour (hasard, quand tu nous tiens) que « la France veut accélérer l'organisation de l'Islam sur son territoire », « pour devenir un modèle en Europe ». La France ou son gouvernement ? Drôle d'identification. Villepin, qui s'empresse de chausser les babouches encore tièdes de son prédécesseur à l'Intérieur et aux Cultes, veut lancer une fondation pour l'islam de France, même pas privée, comme devraient l'être les fondations, en sus de créer un cursus universitaire pour les imams. C'est vers un concordat de type napoléonien que l'on s'achemine, bien loin des rigueurs de la loi de 1905, qui s'applique aux religions historiques de notre pays. L'islam, peu à peu, devient une religion d'Etat... Et sous le débonnaire contrôle de l'UOIF !
Al Manar n'a pas de souci à se faire. Si, par improbable, on l'empêchait enfin d'émettre, nul doute que Chirac et son Lamartine de banlieue s'empresseraient d'y remédier en créant une télé islamiste bien de chez nous.
Notes :(1) : Les Protocols sont un célèbre faux antisémite vraisemblablement fabriqué par la police tsariste au tout début du XXe siècle. Ils prétendaient dévoiler un « complot » juif de domination mondiale. Principalement connus à partir des années 20, Hitler y trouva l'une des principales sources de son antisémitisme. Ils continuent d'être largement diffusés dans certains pays arabes (notamment via des fictions télévisées) et sur l'Internet.Soyez le premier à réagirréagissez, commentez, publiez, vous êtes sur le ring |
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