Affaire Courjault : un an par meurtre, qui dit mieux ?
SURLERING.COM - MURDER BALLADS - par Laurent Obertone - le 27/05/2010 - 16 réactions -
Vous vous rappelez de l'histoire : Jean-Louis ouvre le "congélateur familial" (qui porte son nom à merveille), espérant sans doute qu'il y reste encore quelque cornets chocolat-pistache, et tombe sur deux cadavres de bébés. Dur dur d'être bébé.
La Véronique, aussitôt prévenue, fait mine de ne pas comprendre. Le couple (après avoir prévenu la police) met en avant tout un tas de thèses plus ou moins farfelues avant que Véronique n'avoue son crime, que la justice et les experts se chargeront pour elle de nommer " déni". Ce n'est pas une affaire banale, puisqu'elle déterminera, en faisant jurisprudence, le prix officiel d'un bébé. Un bébé : un an de taule. Trois bébés, trois ans de taule. Oui, la justice n'est pas très commerciale et n'a pas fait le petit geste sur le troisième, genre trois pour le prix de deux. La fidélité ne paye pas, ma bonne dame. Pour ceux qui ignoraient encore le prix de trois bébés, voilà, vous savez. Récemment, une autre condamnée symbolique, j'ai nommé Céline Lesage, a permis de confirmer que le cours du bébé est stable. Ce sera 6 bébés pour madame, donc 6 ans. Un an par enfant. Et oui, c'est la crise… Que voulez-vous, la justice n'exclut jamais. "Ce n'est pas quelqu'un de mauvais" affirme un magistrat à propos de Céline Lesage. Quant à Courjault, rappelons qu'elle "n'est qu'une victime de sa propre histoire", dixit la psy de France Info. Les gens ont des problèmes. Ce sont de simples malentendus. Rien de grave. Il faut juste comprendre. Et laisser à ces mères respectivement une quatrième et une septième chance. Madame Courjault est donc rentrée chez sa petite famille, auprès des deux enfants qui peuvent brûler un cierge : elle ne les pas "déniés". La question que la majorité des gens se posent est : Jean-Louis a-t-il eu, entretemps, la présence d'esprit de changer de congélateur ? La question que la minorité des gens se posent est : cette justice a-t-elle encore un sens ? Au départ, même les historiens de très mauvaise foi en attesteront, la justice s'évertuait à sanctionner des faits (et pas à dresser les profils psycholo-anthropo-sociologiques des prévenus). Seule dérogation, la débilité de l'auteur des faits. Un individu n'était pas condamnable s'il n'avait pas toute sa tête, en l'occurrence, sa responsabilité. De deux choses l'une : ou Véronique est folle et on l'enferme, ou Véronique n'est pas folle… donc on l'enferme. Et bien non ! Véronique n'est pas folle, mais pas responsable non plus. Dans notre époque formidable, la folie n'est apparemment plus la seule excuse qui vaille pour vous exonérer de votre statut de responsable. C'est un formidable concept pour les assassins : vous n'êtes ni fou, ni responsable. En gros, on pardonne à Véronique Courjault, " femme normale" (ce qui laisse une marge appréciable aux anormaux) un triple infanticide, sous prétexte de ses " difficultés psychologiques". On met quand même trois ans symboliques à madame, histoire de ne pas décréter que l'infanticide est gratuit. Rappelons au passage qu'il vaut mieux les assassiner que les violer (récemment, un père à pris 16 ans -8 avec les remises de peine- pour le viol de ses trois enfants). Circonstance atténuante pour Véro : le traumatisme n'existe pas, puisque l'enfant n'existe plus. Comme tous les malades du monde ont un jour droit à leur espoir (la recherche n'en finit plus de nous surprendre), ce jour est arrivé pour les tueurs en série, à qui l'on peut bien entendu trouver toutes les excuses psychologiques du monde. Comme à tous les criminels et les délinquants d'ailleurs. Le fait que ces "difficultés" conduisent à tuer trois enfants n'est visiblement qu'un problème secondaire. Et puis, un enfant qui vient de sortir, franchement, l'a pas dû se rendre compte de grand chose, non ? Pouvait-il déjà souffrir ? Pas sûr… Une sorte d'avortement tardif, en somme… Les experts cités dans les médias font preuve d'une unanimité soviétique, comme toujours. "Elle est d'abord une victime. Elle ne s'est pas rendue compte de ce qu'elle faisait", clame on ne sait quel expert. Un accident. Un dérapage. Une boulette. Pas bien, Véro, faut pas le faire. Comme Jean-Louis, privée de dessert. Ce n'est pas de l'exagération gratuite : un certain médecin Navarro affirme carrément que la peine de prison n'est pas une bonne chose : "La peine de prison qu'on lui a infligée, ça se discute. Je ne connais pas les détails du dossier, mais une femme qui fait un déni total ne se rend même pas compte qu'elle accouche. Faute de soin, elle peut avoir un geste malheureux. On est dans une situation médicale, pas pénale". " Quand il n'y a pas de bébé dans la tête, il n'y a pas de bébé dans le ventre", disait un autre spécialiste lors du procès. De quoi justifier un tas d'expériences amusantes… Cette affaire de déni est au fond rigolote (sauf pour ceux qui décongèlent). Admettons que l'on puisse nier (mentalement) la grossesse. Lorsqu'elle a des contractions dans sa baignoire, et lorsqu'un bébé ensanglanté lui sort d'entre les jambes (situation qu'elle a déjà vécu par deux fois), ne réalise-t-elle donc toujours pas ? Non, selon les experts. Et lorsqu'elle attrape l'enfant, l'étouffe consciencieusement (fracture du nez selon les médecins), c'est un simple geste malheureux ? À cet instant là (vous imaginez la scène), on devrait déduire que cette femme, qui ne fait qu'étouffer quelque chose qui dans son esprit n'existe pas, n'est ni folle, ni responsable ? Ces questions sont déjà dépassées. Ainsi, le magasine Elle, toujours à la pointe de la mode, se demande plutôt comment Véronique va-t-elle bien pouvoir " réapprendre à vivre". Une question qui ne se pose pas pour les trois hibernatus. Le magasine parle d'ailleurs de néonaticide, histoire de mépriser encore un peu plus leur mémoire. Ils n'ont même plus le titre d'enfant. Encore plus dégoulinant, rappelons que le sénologue I.Nisand parlait durant le procès non pas de bébés mais de “ morceau de chair humaine”. Soyons honnêtes, il semble que la majorité des lectrices de Elle (à en juger par les commentaires) n'apprécient pas du tout le traitement de faveur réservé à Véronique, et encore moins le déni de justice que constitue son affaire. Une certitude : il vaut mieux tuer son propre enfant que celui des autres. Le vôtre, on pourra toujours trouver moyen de s'arranger. Faites confiance aux experts et aux avocats. Celui de Véronique disait qu'il fallait « mettre dans un tiroir la réalité angoissante». Ici, un bébé dans un congélateur. Vous n'êtes en aucun cas responsable de votre attitude par rapport à la réalité lorsqu'elle ne vous plait pas. Cette phrase pourrait résumer la doctrine de notre époque. Un an par bébé, c'est un signal fort, comme disent les politiques, envoyé à toutes les personnes qui hésitent encore à mettre au tiroir leurs petites réalités angoissantes… Qui finiront tôt ou tard par gâcher le dessert d'un Jean-Louis, ce qui, convenons-en, est un moindre mal. Quant à Véronique, on peut toujours se réjouir du fait qu'elle ne puisse plus recommencer. Si c'est là l'unique finalité de la justice, alors congelez jeunesse. Laurent Obertone
Toutes les réactions (16)
1. 24/05/2010 06:39 - Yann
Le mass killer Obertone a frappé, ma journée commence bien.
2. 24/05/2010 07:58 - J-C-V-D
Excellent ! M.Obertone, bravo. Après toutes les débilités entendues sur ce sujet, enfin du censé et du destructeur. Jouissif.
3. 24/05/2010 12:07 - Vespasien
L'homme, cet animal irresponsable...
Ce n'est pas la première fois que Mr Obertone pose cette question essentielle de la responsabilité individuelle dans notre société (dernier exemple en date, l'article intitulé "Apéros géants : un mort et des milliers de zombies). Et dire que l'on se gargarise sans fin sur la citoyenneté ! Mais sans responsabilité individuelle, pas de citoyens. Des enfants, des riens, pas même des esclaves... La moindre brèche dans cette responsabilité et tout s'écroule. Pardon, tout s'est déjà écroulé...
Et Mme Courjault pourra voter aux prochaines élections: la société du "care" a de beaux jours devant elles !
4. 24/05/2010 12:13 - Prince Mdivani
Il est rassurant d'entendre et de lire des analyses sérieuses comme la vôtre. Nous vivons sous le règne du pathos héroïque. L'inquiétant est que, dans le même temps, nous prenons acte d'une force nouvelle qui n'existe pourtant pas, les lendemains qui chantent.
5. 24/05/2010 13:31 - Evan Ard
Je dirais plutôt que ce qui est inquiétant, c'est que le bon sens supplante l'analyse "sérieuse". Cette dernière méprisant le sens commun en s'attardant sur sa contradiction pour se donner de la valeur. Si un bébé congelé évoque l'horreur, c'est sans doute qu'il faut comprendre l'inverse, une sorte de "banalité psychologique recevable". Le problème vient de l'ordre de la compréhension du mal, il ne faut pas se laisser aller à l'émotion, il faut rationaliser le mal, le circonscrire, en faire un environnement supportable, sinon, c'est l'échec de l'esprit à se déposséder du mal ordinaire, c'est le risque d'un mystère, donc d'une possession. Perso, la Véronique, je ne vois même pas ce qu'elle fout dans une prison, pour moi c'est HP direct, section fou dangereux, parce que je crois à la force de l'esprit, justement.
6. 24/05/2010 17:33 - Marji
Article dégueulasse, cette femme est malade, elle n'est pas véritablement coupable.
7. 24/05/2010 17:49 - Laurent Obertone
Et ses bébés jouent juste aux Esquimaux, ils ne sont pas véritablement congelés.
8. 24/05/2010 17:52 - Laurent Obertone
Notez que dans mon article dégueulasse, j'évoque la possibilité de la maladie. Il faut donc l'enfermer dans un hôpital psychiatrique, parce que ce n'est pas avec de l'homéopathie et sa petite famille qu'elle va guérir.
9. 24/05/2010 21:19 - An Zorn
D'accord avec Vespasien.
Les aléas du corps physique ou du corps psychologique ne peuvent pas servir d'excuse à l'acte. On est responsable de son inconscient, quand bien même on n'a aucune prise sur lui, aurait dit Freud, d'ailleurs qui, quoi d'autre pourrait l'être ? La condition Humaine de liberté n'est pas soft, désolé.
Ah, mais c'est vrai qu'aujourd'hui on démissionne de la liberté en masse. Disons que la variable Courjault du grand système psychosocial a déraillé, repentons nous, ces trois années de prisons, ce sont un peu les notre !
Ce que montre cette affaire c'est que nous vivons dans un a-monde (un im-monde ?) où l'Acte n'existe plus. Tout se déroule, tout se résout. Tout s'explique.
10. 25/05/2010 05:50 - Anna
@Laurent : votre billet n'est aucunement dégueulasse, juste drôle car terriblement réel.
11. 25/05/2010 09:40 - Méchant Garçon
Jubilatoire, comme toujours. Et bien saignant, rouge Ring, la partie du magazine que je préfère.
12. 25/05/2010 21:33 - Floria Tosca
Je comprends mal que l'on puisse dire: "cette femme est malade, elle n'est pas coupable" et conclure qu'un article qui approfondirait cette affaire, car affaire il y a, soit taxé de "dégueulasse".
Si cette femme est malade elle est aussi très dangereuse car elle ne semble pas vraiment apprendre de ses situations itératives. Déni? D'accord, ce doit être possible à diagnostiquer selon les circonvolutions freudiennes. Mais trois fois de suite? Là il y a un gros, très gros problème. Ce n'est pas comme si elle n'avait jamais été enceinte et ne sache pas ce qui lui arrive. Elle n'est pas seulement malade, elle est une "malade incurable" et vu les symptômes….
L'autre point qui m'inquiète quant à la sécurité de sa famille qu'elle retrouvera prochainement, c'est le fait qu'elle ait mis les nouveaux-nés au congélateur. Si le déni permet d'occulter une grossesse et un accouchement, je comprends mal qu'il fasse qu'elle tue ce qui n'existe pas dans son esprit puis qu'elle le mette au congélateur. Voulait-elle, tout de même garder une trace de son déni? Comment cela peut-il rimer ?
Cette réalité est loin de me plaire !!
Merci pour ce très bon travail d'analyse qui soulève tant de questions comme tout travail sérieux.
13. 26/05/2010 13:56 - Greg môk
"Je comprends mal que l'on puisse dire: "cette femme est malade, elle n'est pas coupable" et conclure qu'un article qui approfondirait cette affaire, car affaire il y a, soit taxé de "dégueulasse"."
Il est probable que la "réthorique" en question et surtout sa conclusion soit la conséquence du tyran émotionnel qui gouverne le cerveau d'un être humain, ceci dit, c'est peut-être faux.
14. 27/05/2010 16:26 - AG
Spinoza avait tout pigé: "ni rire, ni pleurer, mais comprendre".
Trop facile, diront les tenants du libre-arbitre.
Impossible, en réalité.
15. 27/05/2010 19:39 - louloutte13
je ss en colere 3 bebes tue et la coupable es malade d'apres les medecins et la justice trop facile n'importe quel mere ou pere peu tuer son enfant et se faire passe pour malade les droit de l'homme et valable pour les bebes aussi je ne comprend pas et vive la justice francaise
16. 11/06/2010 12:25 - Jersan
J'ai "mieux" !
6 mois de sursis, une amende et une suspension de permis pour un conducteur alcoolisé (1.5 g/L de sang) fauchant à une allure excessive, cela va sans dire, 4 cyclistes (étudiantes en médecine) dont 3 mortellement.
http://www.rtlinfo.be/info/belgique/faits_divers/715160/cyclistes-tuees-a-oosterzele-peine-legere-pour-le-chauffard/?&article_comment_page=9#BLOC_show_comments
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Dernière réaction Le mass killer Obertone a frappé, ma journée commence bien.  24/05/2010 06:39 Yann
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