Sur le RING

A l’école de l’antimodernité

SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Pierre Cormary - le 26/01/2012 - 58 réactions - Facebook Twitter Wikio print.jpg, 760B

Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui, il n’est peut-être pas inutile de s’interroger sur les fondements qui nous poussent à participer à cette glorieuse revue, et pour reprendre l’énoncé d’un lien que l’on peut trouver en bas d’écran, répondre à la question : qui sommes-nous ?



Oui, qui sommes-nous ? De petits réacs hargneux à la sauce néoconservatrice, comme disent ceux que l’on énerve ? De fort toxiques consanguins en manque d’autorité et qui flirtent avec l’inflirtable, comme certains ennemis en font courir le bruit ? De surréalistes littérateurs en devenir qui rêvent de fight comme accusent ceux qui font tout pour nous imiter et nous parasiter ? La nébuleuse Dantec & Houellebecq ? Voilà qui va mieux. Valeureux compagnons de route de Philippe Muray, Pierre-André Taguieff et Benoît XVI ? Avec plaisir. Antimodernes décomplexés et flamboyants qui n’aiment rien tant, et jamais plus que cette année, que la danse et l’apocalypse ? Ce n’est pas à nous de le dire. Dandys anarchisants qui font du moonwalk sur les étoiles ? Oulouloulou ! Polémistes stylés de tous les chemins qui mènent à Rome ? Et comment ! Mais de quel droit prends-je la parole au nom des autres ? Et qu’est-ce que c’est que cette autoglorification insensée que même Kim Jong-il n’aurait pas osé  ? Non, ce qui m’intéressait pour ce premier post de l’année, c’était de revenir un instant sur cette notion d’antimoderne qu’Antoine Compagnon lança naguère pour sa gloire et celle, éventuellement, de l’université, et que nous sommes quelques uns, je crois, à partager ici. Et pour cela, puiser notre inspiration dans ce bel essai publié l’an dernier aux Classiques Garniers, La polémique contre la modernité, Antimodernes et réactionnaires, une somme d’études réunies par Marie-Catherine Huet Brichard et Helmut Meter. Qui sommes-nous donc, antimodernes, si nous le sommes ?

De bien tristes sires. En effet, d’après Antoine Compagnon, un antimoderne est d’abord un moderne qui n'a pas bonne conscience. Un antimoderne est une sorte de moderne malheureux. Quelqu’un qui déteste la modernité et va le dire sur Facebook. Ou qui déteste Facebook et va le dire sur Tweeter. Ni réellement conservateur ou traditionaliste, ni conformiste ou néo-classique, il est « un moderne divisé, partagé, dans la haine de lui-même ». La haine de nous-mêmes ? Oups ! Nous n’en demandions pas tant. Nous aurions plutôt parlé de distance ou de contradiction avec soi-même (qui est, disait Kiekegaard, la marque de la liberté), de paradoxe, de mise en abîme, de fêlure, de blessure, c’est-à-dire de conscience de soi et du monde. L'antimoderne aurait les tares (ou les valeurs) de son temps mais il ne s'en féliciterait pas pour autant. Il (se) déprimerait tout seul. Il dirait oui mais non. Une sorte de mondain antimondain en quelque sorte, très cultivé mais très anticulturel, qui aurait traversé de fond en comble son époque mais qui en serait sorti dégoûté (et non indigné – l’indignation étant, comme chacun sait, le fait du moderne militant.) Car contrairement au réactionnaire ou au traditionaliste, l’antimoderne arpente la modernité. Il connaît le monde comme Proust connaissait les salons avant d’écrire la Recherche ou comme Nietzsche fut tenté par le nihilisme avant d’en être le contempteur. L’antimoderne serait en ce sens un repenti de la modernité dans laquelle il verrait parfois une forme de décadence -  « car, mis à part le fait que je suis un décadent, j'en suis aussi le contraire », écrivait Nietzsche. Mais peut-être plus que la modernité en tant que telle, ce serait l’engouement pour celle-ci qui dégoûte l’antimoderne. Non pas la fête en soi mais la fête comme seul mode d’être. Non pas Disneyland mais le monde réduit à Disneyland et ravi de l’être, en redemandant. L’antimoderne apparaîtrait alors, tel Philippe Muray pour l’éternité, moins comme celui qui veut liquider la modernité que comme celui qui veut l’exorciser – lui arracher ses démons narcissiques, la corriger de son autocélébration permanente, la guérir de son onanisme sociétal.

Mais ne pas rendre grâce aux choses dont on profite comme tout un chacun, dénoncer ce dont malgré tout on ne saurait plus se passer, critiquer ce qui nous contente même secrètement, est-ce bien sérieux  ? Cracher dans la soupe - est-ce là la morale douteuse de l’antimoderne ? Comportement paradoxal, incompréhensible et finalement scandaleux pour le moderne et auquel il sera difficile de donner tort. Pour ce dernier, l'antimoderne apparaît en effet comme l’incohérent par excellence (au contraire du réac qui est un ennemi plus repérable) et ses « déchirures » à la fin d’un ridicule intenable. A quoi sert donc de conspuer le progrès si c'est pour quand même en jouir ? Que sert-il d'ironiser sur des valeurs que l'on fait semblant de ne pas adopter - et cette ironie permanente, d’ailleurs, dans laquelle s’enferme ce petit marquis, est-ce là le fait d’un esprit adulte ? Non, bien sûr. Pour le moderne fier de l’être, l'antimoderne fait simplement perdre du temps. C’est un parasite récalcitrant. Un dépressif plein de morgue. Un grincheux inutile. Un misanthrope doublé d’un tartuffe qui tiendrait le point de vue de la restriction mais sans se restreindre lui-même dans son intendance. Bref, un mauvais esprit qui trouve malin de brouiller les pistes.

Le littéral, ce n’est plus le barbare


Contrairement au centriste qui est à droite pour les gens de droite et à gauche pour les gens de gauche (malicieuse définition de Compagnon) l'antimoderne serait à gauche pour les gens de droite et à droite pour les gens de gauche. La belle affaire ! Il n’y a pas plus pénible, plus infantile attitude. Et ça se réclame dandy ! Pour le moderne, soucieux avant tout de vérité tautologique et qui au fond veut en finir avec les contradictions (c’est-à-dire avec la liberté), l’antimoderne complique inutilement les choses. L’antimoderne invente des problèmes. Or, la spécificité du moderne est d’en finir avec tous les anciens problèmes qui ont empoisonné l’ancienne humanité. Prenez Michel Onfray, moderne parmi les modernes. Pour lui, il n’y a pas de problème ou plutôt il ne devrait pas y en avoir. Il ne devrait pas y avoir de péché originel, il ne devrait pas y avoir de castration, il ne devrait pas y avoir de Croix, il ne devrait pas y avoir d’Œdipe, il ne devrait pas y avoir de résurrection ni de rédemption ni de salut ni de guérison, il ne devrait surtout pas y avoir de réversibilité – cette notion chère à Joseph de Maistre et qui indignera à mort le moderne. Non, pour ce dernier, les choses sont ce qu’elles sont. Les mots disent ce qu’ils disent. Le seul empire admis est celui du bien. Point barre. Le moderne se veut logique, imparable - littéral. La seule vérité qui tienne est tautologique, parménidienne : ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas. Tout le reste est littérature, mensonge, manip. Et si le moderne se sent investi d’une mission, celle-ci consistera à abolir cette croyance en l’équivocité du sens. La littérature en premier lieu. Si Houellebecq a écrit un livre sur le clonage, c’est qu’il est pour le clonage, c’est clair. Si Littell a écrit un livre sur le nazisme, c’est qu’il est nazi lui-même, c’est encore plus clair. J’exagère ? Allez donc consulter De l'extermination considérée comme un des beaux-arts, de François Meyronnis, publié chez Sollers en 2007, l’ouvrage le plus significatif de ces dernières années, et qui explique, avec un sérieux mortifiant, que La possibilité d’une île de Michel Houellebecq et Les bienveillantes de Jonathan Littell sont deux livres toxiques qui ne font que collaborer à ce quoi ils font semblant de résister. Faire un roman du nazisme, et même le plus documenté, le plus historique, c’est complaire au nazisme, ni plus ni moins. Avec Houellebecq et Littell, l’acte d’écrire ne relève plus, selon Meyronnis, que d’un « besoin de disparaître qui s’empare de l’auteur ; et qu’il reporte sur l’espèce humaine dans son ensemble » (p 89). Autant dire de  Molière qu’il déteste l’humanité quand il écrit Le misanthrope ou de Shakespeare qu’il veut exterminer tout le monde quand il écrit Richard III ! Et d’ailleurs, nul besoin de mettre un point d’exclamation pour exprimer notre consternation, notre Ligneur de Risque l’écrit sans complexe : via Houellebecq, « la littérature s’avère un misérable auxiliaire du crime » (p 162). Il n’y a plus d’écart, plus de métaphore entre ce que l’on écrit et ce qui a été ou ce qui est. Il n’y a plus à distinguer le mot de la chose. Il n’y a plus de possibilité d’un livre. Et encore moins de possibilité d’un film. Pire que la littérature, le cinéma est le lieu de tous les saccages et de tous les mélanges :  Charlie Chaplin / Adolf Hitler, même combat – c’est l’hallucinante thèse de Stéphane Zagdanski dans La mort dans l’œil, l’autre essai, publié en 2004, qu’il faut absolument lire si l’on veut comprendre comment la modernité (et la plus pointue, la plus visionnaire, la plus « in »), se pense elle-même, et n’a de cesse, comme l’avait tellement bien vu Houellebecq au début des Particules élémentaires, de vouloir abolir l’univers de la séparation, de la distinction, de la représentation. Pour le moderne à la pointe de la modernité, représenter le mal, c’est le déployer. Et l’image est le mal par excellence. L’image tue l’être. Place, donc, aux êtres sans images. Place aux hommes sans reflet et aux femmes sans ombres. Place à l’humanité sans fêlure. Place à l’humanité abolie.

Il est remarquable de constater que les dames patronnesses et autres Ernest Pinard d’aujourd’hui proviennent non plus des bancs réactionnaires, ligues de vertus d’antan ou police des bonnes mœurs, mais bien des laboratoires d’idées les plus intellos et les plus germanopratins, comme Lignes de risque et autres post-sollers clubs. Meyronnis, Zagdanski, et même s’il a l’air de se situer loin d’eux, Onfray – les trois Femmes savantes de l’époque et qui synthétisent le credo du moderne : érudition au service de madame Michu, transparence biographique (si Freud a menti dans sa vie, ça veut dire qu’il a menti dans son œuvre), littéralisme triomphant. Pour le moderne, ce n’est plus le littéral qui est barbare (et comme le disait Adorno), c’est tout ce qui n’est pas littéral, c’est le spirituel. C’est l’esprit qui dialectise, qui plaisante, qui séduit, qui donne du sens, qui donne des sens, qui polémique, qui érotise, qui élève, qui prie – en gros qui embrouille. Or, le moderne ne veut pas d’embrouilles. Le moderne ne veut pas chercher midi à quatorze heure. Le moderne trouve archaïque le perspectivisme. Le moderne veut un monde clair, total, tautologique – totalitaire. Surtout, le moderne ne veut pas avoir honte de lui-même. Le moderne veut chasser la mauvaise conscience immémoriale (nous allions dire « chrétienne ») de la condition humaine. Le moderne veut en finir avec les notions de perversion ou d’aberration. Le moderne veut en finir avec le jugement de Dieu.
En ce sens, Maurras, qui n’a jamais eu ni mauvaise conscience ni peut-être même conscience de ses aberrations, et qui, entre autres de celles-ci, se proclamait « catholique mais athée », réapparaît comme un moderne assumé de la pire espèce. Maurras – moderne jusqu’au fascisme, c’est ce qu’il faut explorer.

Maurras, romantique et positiviste

S’il y a des penseurs odieux, c’est bien les penseurs qui  renient leurs goûts ou leurs penchants au nom de leurs idéaux, qui se castrent au nom de leur vérité. Maurras qui dira de Verlaine qu’il est « le plus mélodieux des poètes modernes » autant qu’ «  il se trouve presque toujours à court d’harmonie » (et parce qu’il a la sensibilité bien trop dégénérée, sinon bien trop… féminine), Maurras qui clamera un jour que Raoul Ponchon est le plus grand poète de France (un peu comme Nietzsche déclara naguère, et pour des raisons « philosophiques », « méditerranéennes », préférer Bizet à Wagner), Maurras qui fera de son poète préféré, Baudelaire, son ennemi intime, est de ceux-là. C’est que Baudelaire, dont Maurras disait quand même qu’il était «  comme un canton secret de lui-même »,  promouvait un sens de l’idéal peu compatible avec celui de L’Action Française. Baudelaire était trop sale pour l’Action Française. Trop sale dans sa manière de sentir, trop complaisant dans sa manière d’exprimer, et surtout trop incohérent dans sa « politique », si tant est qu’il en ait eu une, c’est-à-dire trop antimoderne – car Baudelaire, c’est le génie qui célèbre ce qu’il réprouve, qui honore ce qu’il condamne, celui dont l’esthétique et l’éthique ne vont pas ensemble, celui qui ose la contradiction, l’inconséquence, le paradoxe, la fleur – oui mais « du mal ». Tout cela est insupportable au moderne qui se veut au contraire le plus conséquent possible dans ses choix, sa morale et ses goûts. Mais peut-il l’être ? Peut-on l’être ? Et qu’est-ce qui se passe quand on arrive à l’être ? Mais on devient fasciste bien sûr ! C’est aussi cela le fascisme : une volonté de faire de tout un grand corps sain, ou qu’on forcera à être sain, une obsession d’unir toutes les forces en une seule, et non par des correspondances malsaines où les parfums, les couleurs et les sons se répondraient, non, surtout pas, pas de ténébreuse et profonde unité, pas de parfums corrompus, aussi riches et triomphants soient-ils (les ténèbres, la nuit, la corruption de l’être, c’est précisément ce dont on ne veut plus, vous avez compris ?), mais bien par des mariages, forcés s’il le faut, des emboitements où tout serait dans tout et réciproquement, afin de parvenir à cette totalité sans extériorité dont on rêve (comme le Paradis de Dante), où tout serait concentré dans la cité, le terroir, le camp scout. Pour le moderne comme pour le fasciste (qui n’est rien d’autre qu’un moderne au carré), il s’agit de résoudre tous les problèmes, de surmonter toutes les contradictions (et la Croix en est une qu’il faudra régler fissa), de faire en sorte que toutes les forces s’arrangent dans un même agencement, lui-même mis au pas par un principe premier – à la petite difficulté près que l’on est bien en mal de trouver celui-ci, ce qui est le comble du paradoxe (d’autant plus paradoxal que cette notion de paradoxe fait horreur au moderne !). Un Arché, oui, mais lequel ? Tout le drame de Maurras est là.

Comme le note Jean-Yves Pranchère dans son très remarquable article « Un romantisme du positivisme : les ambiguïtés de l’antiromantisme de Charles Maurras », le problème de Maurras est qu'il a voulu penser l'ordre des choses selon un principe fondateur et autoritaire…mais sans jamais être sûr de celui-ci. Comment penser l’ordre du père sans idées mères ? Voilà le hic. Là-dessus, Pranchère est lumineux : chez Maurras, « la notion d’ordre se trouve suspendue à un principe indéterminé, ou du moins faillible : il n’existe aucune norme absolue ou transcendante qui déciderait de la juste hiérarchie des besoins. » Eh bien, dites-moi, ça commence fort, le parti de l’ordre ! Et ça continue pire. Puisque l’on n’est plus sûr d’une légitimation par le haut, mieux vaut alors une légitimation par le bas : la soumission de la sensibilité à la raison, qui est le cheval de bataille de Maurras (car sinon on est une bonne femme comme Verlaine et être une bonne femme, c’est être barbare !), ne proviendrait pas de la raison mais de la condition d’épanouissement de l’animal humain. « Pour être un homme complet, écrit Maurras, il faut être un bon animal. » Miaou. «  La justification de la raison, commente Pranchère, n’est pas dans l’inconditionnalité du vrai, mais dans la fonction de l’animalité humaine qu’elle remplit. » La raison au service non du vrai (ou de Dieu) mais au service de la bête. L’action et la grandeur en branle absolue mais sans objectivité supérieure qui la légitime. A la question inévitable « selon quel principe classerez-vous ? » Maurras restera toute sa vie hésitant – « la définition la plus nette qu’il ait jamais donné de l’ordre », explique Pranchère, n’aura été que dans « la conformité d’un être à tous les éléments de sa destinée ». On croit rêver.  La hiérarchie exigée et exigeante mais sans que rien ne la légitime vraiment autre que la normativité destinale ! L’absolutisme, oui, mais sur fond d’empirisme ! Voici donc une doctrine qui pose l’ordre comme premier besoin de l’âme selon un credo que n’aurait pas nié Simone Weil, mais qui (contrairement à Simone Weil) est bien en peine d’en dénicher un qui puisse le convenir. Autant devenir alors relativiste, tolérant, social démocrate, moderne bon teint, pourquoi pas ? C’est ce qui est impossible à Maurras trop épris d’idéalisme et de totalité. Dès lors, sa doctrine mêlera sans complexes intégrisme nationaliste et incertitude métaphysique, traditionalisme total et relativisme positiviste, catholicisme d'Etat et athéisme personnel. A la fois classique par défaut (de foi) et par excès (d’intention), réclamant une structure forte et mystique à la cité mais étant bien en peine d'adhérer à telle force ou à telle mystique, se prétendant royaliste mais se révélant totalement indifférente, sinon méprisante, à l'égard de la personne du roi, on  comprend que cette pensée ne pouvait que fort mal tourner et faire de son auteur un parangon de fascisme à la française. Car le fascisme est bien ce résultat contre nature entre mysticisme sans Dieu et politisation sauvage de la cité. Qu’est-ce qu’en effet qu’un fasciste sinon un intégriste sans objet, un fanatique qui ne sait pas réellement ce qu’il veut, mais qui veut absolument quelque chose ? « L’homme aime mieux vouloir le néant que ne pas vouloir », écrivait Nietzsche à la toute fin de la Généalogie de la morale. Ainsi Maurras : une sorte de penseur du terroir qui n'en a rien foutre du terroir, un faux traditionaliste qui exalte les traditions, au bout du compte, un esprit violent et confus et dont la polémique,  « l'une des plus basses qu'on ait lues » disait Bernanos, en appelle parfois à la liquidation réelle de l'adversaire, faute de pouvoir et de vouloir le convaincre. Comme le dit Pranchère, « il ne s’agit pas pour Maurras,  à travers la véhémence de l’injure, de détruire l’illusion des grandeurs humaines pour montrer le grotesque d’un monde asservi au péché ; il s’agit d’exterminer politiquement l’adversaire en niant son appartenance à la communauté nationale ou humaine. »  Combien de blogueurs devraient en prendre de la graine ! Combien de sous maurrassiens qui se prennent pour Bernanos ou Léon Bloy et qui corrompent le langage dont ils font mine de faire si grand cas, confondant vitupération et trolling, sainte colère et stalking ! Règle élémentaire de psychologie littéraire : moins on est sûr de soi, de son talent et de ses idées, plus on est méchant.  Et c’est pourquoi Maurras est un si débectant personnage. Parce qu'il manque cruellement de charité, soit de générosité, de conviction, soit d’altérité. Parce qu' il prend la politique trop au sérieux (« politique  d’abord ») mais que ses valeurs sont celles d’un utilitariste. Parce que sa violence verbale va de pair avec une violence d’état – et qu’en ce sens Pranchère a foutrement raison de noter que dans ses appels au meurtre, il porte « une responsabilité morale dans certains assassinats politiques » (il faudra un jour poser la question chère à Simone Weil de l’impunité littéraire). Parce qu'il a réellement pris parti pour la Gestapo contre les maquisards pendant la Résistance. Parce que sa doctrine est inscrite dans un système d’affects dégueulasses : antisémitisme et essentialisme culturel français d’une part, et pourrait-on dire, absence d’humour, soit absence de distance, de contradiction, de compassion, d’autre part. Parce qu’il est anti-français au nom d’une France idéale qui n’a jamais existé. Maurras, c'est la politisation jusqu'à l'abolition de l'humour, la polémique jusqu'à l’expulsion de l’adversaire comme corps étranger, enfin, le ressentiment nationaliste qui va jusqu’à souhaiter l’invasion étrangère de la nation pour punir celle-ci de ne pas l’avoir été assez. Bigot car incroyant, fanatique car incertain, voulant réunir tous les contraires mais inapte à la conciliation (sauf avec les vrais ennemis) ; n’ayant de cesse de vouloir harnacher ses goûts à ses idées, sa complexion à son idéologie, son romantisme nerveux à son classicisme cérébral, et cela au risque de se nier lui-même ; incapable de se remettre de l’absence de transcendance qu’il a lui-même instauré (ou qu’il s’est lui-même imposé par manque de foi, c’est selon) et encore moins de sublimer le jeu des apparences et du hasard, et cela malgré sa fréquentation fervente de Lucrèce ; incapable d’admettre ni d’affirmer le retour éternel de toutes choses ; incapable, au fond, d’être un épicurien joyeux ou un nietzschéen insouciant,  l’anti-antimoderne trouvera de quoi calmer ses angoisses dans cette synthèse improbable de romantisme et de positivisme, de classicisme et de paganisme, de nationalisme et de scientisme.  A l’inverse des « antimodernes qui nous fascinent [parce qu’ils] avouent les contradictions qui les traversent [et parce que] leur modernité s’affirme dans l’assomption d’un déchirement ou d’une impossibilité », Maurras est celui qui précisément a voulu « délivrer le pessimisme antimoderne de son passéisme nostalgique pour le mettre au service d’une contre-révolution résolue et dictatoriale. Aveugle à ses propres contradictions, son antimodernité est, elle aussi, moderne – non plus au sens d’une pratique de la distance à soi, mais au sens d’une adhésion immaîtrisée à la modernité positiviste. » Ainsi pourra se définir le maurrassisme et d’une certaine manière la modernité. Une refus de la contradiction inhérente à chacun que permet seule cette « distance à soi ». Un refus de la Croix comme condition humaine. Un refus de la tragédie et de l’ombre. Un refus, au fond, de la liberté. La fleur moderne de l’être ne saurait être une fleur du mal.

Et maintenant, les fleurs du bien.

Philippe Muray l’avait prédit : «  le droit du lecteur à ne lire qu’au premier degré » est devenu un droit imprescriptible, et sera bientôt le devoir de tout un chacun. Pourquoi donc célébrer des fleurs en disant qu'elles sont « du mal » ? C'est bien d'un antimoderne d’enfant gâté, ça ! Non, aux yeux du moderne, si l'on célèbre les fleurs, on les appellera « les fleurs du bien », et basta ! Et si l'on fait l'apologie des paradis artificiels, on militera pour, mais on ne fera  pas comme cet antimoderne de Baudelaire qui nous décrit d’abord, et avec quel contentement, les effets du hasch pour finir par dire qu'il est pour sa prohibition. Non, quand on est pour, on est pour, quand on est contre, on est contre. Penser autrement, c’est être hypocrite et le moderne accepte tout sauf l'hypocrisie et les contradictions ineptes. Le moderne ferait aujourd'hui un procès à Baudelaire non parce que celui-ci a parlé complaisamment des péchés du monde, mais parce qu'il parle du monde toujours sous l'angle du péché. Or, le péché, c'est ce qu'il faut abolir. Tout comme la castration. En finir avec le jugement de Dieu, comme nous avons dit, mais aussi avec toutes les instances tragiques qui depuis Sophocle jusqu’à Freud ne cessent de nous empoisonner la conscience. Non, la vie n’est pas tragique, dit le moderne. Il y a certes des malheurs, de la souffrance, des guerres atroces, des gens qui meurent de faim, des enfants qu’on viole et des adultes qui se suicident, tout cela, on ne le nie pas, mais ce que l’on nie, c’est l’explication tragique qu’en font les religions, les mythes et la littérature. Bien au contraire, s’il n’y avait pas ces pensées tragiques, il n’y aurait pas tant de tragédies dans le monde. La pensée tragique, qu’elle relève de la dette, du péché ou de la circoncision, est un mauvaise croyance opératoire qui ne fait qu’ajouter du malheur aux malheurs du monde et qui sous prétexte de trouver du sens aux choses met du sel sur les plaies. La pensée tragique n’est pas un constat du monde mais son exécution. Dès lors, il faut purger le monde de ces influences malsaines. Le défreudiser, le déchristianiser, le désophocliser. Pour le moderne, à la fois relativiste et positiviste, c’est clair : moins de pensée tragique = moins de tragédie dans le monde. Moins de Sophocle = moins d’Œdipe dans les familles. Moins de Shakespeare = moins de Richard III dans l’Histoire. Le mal, c’est à la fois l’Eglise Catholique et la littérature – en un mot, le roman, le « Rome en ». Balzac, Flaubert, Maupassant, Zola, Proust, Céline, qu’ont-ils fait sinon souiller les âmes avec leur pessimisme sadomaso, leur complaisance à la misère et à la cruauté, leur pathétisme lyrique – et cette croyance inique, tirée tout droit de Joseph de Maistre, en la réversibilité des peines et des chagrins ? Non, la souffrance ne rachète personne. Non, le sang des innocents ne sauve pas les coupables. Non, le sacrifice n’est pas ce que chacun doit à chacun. Non, la Croix n’est pas nécessaire. Non, on n’a pas besoin, sauf si on est tordu, d’un Christ qui vient prendre notre place. Non, « tous les êtres ne gémissent pas » contrairement à ce que disait ce fou de Maistre. Non, être homme ne signifie pas avoir peur hors du péril, comme le disait cet autre fou de Pascal. Non, l’inconscient n’existe pas. Il y a certes dans la vie des périls qu’il faut craindre mais il n’y a pas de périls intérieurs que l’on devrait s’inventer pour faire plaisir au Buisson Ardent ou au divan du cabinet de psy. Il faut arrêter avec ça. Il faut que les écrivains d’aujourd’hui et de demain écrivent autre chose que la énième transposition de Job ou de Judas, d’Electre ou d’Œdipe.

«… mais nous, artistes d’un autre siècle, que peindrons-nous ? Chercherons-nous dans la pensée de la mort la rémunération de l’humanité présente ? l’invoquerons-nous comme le châtiment de l’injustice et le dédommagement de la souffrance ?  Non, nous n’avons pas affaire à la mort, mais à la vie. Nous ne croyons plus ni au néant de la tombe ni au salut acheté par un renoncement forcé, nous voulons que la vie soit bonne, parce que nous voulons qu’elle soit féconde. Il faut que Lazare quitte son fumier, afin que le pauvre ne se réjouisse plus de la mort du riche. Il faut que tous soient heureux, afin que le bonheur de quelques-uns ne soit pas criminel et maudit de Dieu. »

Est-ce Michel Onfray ou Caroline Fourest qui écrit ces lignes ? Non, c’est George Sand dans le premier chapitre de La mare au diable et qui met en place pour deux siècles et peut-être plus les fondements d’une littérature progressiste et humanitaire. Une littérature qui opèrerait une réforme esthétique et morale en vue du bien-être et de la dignité pour tous. Une littérature qui ne serait plus « littérature du mal » ou « mort à crédit » mais bien amour de la vie, confiance en l’humanité, bonheur des enfants.

« Nous croyons que la mission de l’art est une mission de sentiment et d’amour, que le roman d’aujourd’hui devrait remplacer la parabole et l’apologue des temps naïfs, et que l’artiste a une tâche plus large et plus poétique que celle de proposer quelques mesures de prudence et et de conciliation pour atténuer l’effroi qu’inspirent ses peintures. Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et au besoin, je ne lui ferais pas un reproche de les embellir un peu. L’art n’est pas une étude de la réalité positive ; c’est une recherche de la vérité idéale, et Le vicaire de Wakelfield fut un livre plus utile et plus sain à l’âme que Le Paysan perverti ou Les Liaisons dangereuses. »

Tout est dit : la littérature progressiste, qui fera du bien à l’humanité, qui rendra le sourire aux hommes, forcément de bonne volonté, ce sera celle-là : une littérature de vicaire. Ou de guérisseur.  Paulo Coelho. Marc Lévy. Guillaume Musso, et tant d’autres. Voilà des auteurs qui valent ce qu’ils valent mais qui au moins, comme dirait François Meyronnis, ne s’avèrent plus les auxiliaires du crime comme ces salauds de Houellebecq ou de Littel - et au contraire de ces derniers, font l’éloge du réel, le leur comme le nôtre. De même au cinéma avec les Cht’is ou Intouchables célébrés par tout le monde du Monde au Figaro. L’important, pour le moderne, qu’il soit populaire ou intello, réac ou progressiste, ringard ou underground, est de célébrer la vie telle qu’elle se déroule, de glorifier le nouvel être social enfin libéré des anciennes instances culpabilisatrices qu’étaient le péché originel ou l’Œdipe, de redonner confiance dans le Dasein. Que l’on soit patriote avec Maurras, socialiste avec Jaurès, indigné avec Stéphane Hessel, ou festif avec Omar Si, l’essentiel est d’abolir l’angoisse métaphysique. Abolir l’ancienne humanité abolie. Et rendre intouchable la nouvelle. « Touche pas à mon époque ». « Touche pas à mon présent ». « Touche pas à ma fête ». « Touche pas à ma tribu ». « Touche pas à mon pacs. » « Touche pas à mon Paris Plage ». « Touche pas à ma Terre. » « Touche pas à ma citoyenneté du monde. » Voilà ce que répète de toutes ses forces vitalistes et mortifères, mortifères car vitalistes, le moderne et voilà ce contre quoi s’élève l’antimoderne. Pour lui, pour nous, il s’agit donc de tenir toujours prête « l’arrière-pensée », « la pensée de derrière », celle qui osera précisément toucher cet empire du bien, non pas tant pour le démolir (il est indémolissable) que pour l’ausculter et parfois le faire douter de lui-même. Et pour ce faire, trouver les rares lieux qui permettent cette liberté.  Le Ring en est un. Le Ring donne le droit à celui qui en est digne d’avoir, comme le dirait Gabriel Matzneff dans son dernier ouvrage, sa « séquence de l’énergumène ».

Bonne année antimoderne à tous !

Pierre Cormary



Toutes les réactions (58)

1. 26/01/2012 11:24 - Partagas

PartagasJe m'estime assez bien cerné par ce billet.

2. 26/01/2012 12:15 - Telemac

TelemacEh bien dîtes-moi, ça commence fort. Mais cela me revigore. Ah Philippe Muray, les essais les plus intéressants et les messages les plus durs (Soyez dur ! disait Zarathoustra ). Le désarroi des lecteurs de Muray...et l'humour aussi.

La force qu'il faut pour supporter ça, cette époque qui tient tant à vérrouiller les affects ! Michel Houellebecq, Jonathan Littell, Feu Philippe Muray...Encore merci !

Et vive le Ring !

3. 26/01/2012 12:30 - Lindon

LindonExtatique Cormary, je comprends tellement la jalousie du Stalker.

4. 26/01/2012 12:46 - janfeig

janfeigMarrant, j'aime plutôt le ton de ce texte, d'autant que j'ai toujours eu du mal à m'inscrire dans les codes de la modernités, et que mon intimité, quand elle s'exprime, n'a rien de moderne (ni d'un autre temps d'ailleurs !) ; mais je me demande en te lisant s'il faut pour autant me complaire dans la conscience du pêché, dans le spleen métaphysique.
Il ne s'agit pas pour moi d'enfouir un peu mes affects pour oublier qui je suis, ni pour nier la vérité du Bien et du Mal. Il s'agit d'enfouir un peu mes affects et mon autocomplaisance à culpabiliser pour avancer, tout simplement, comme le ferait un anxiolytique. Pour me faire progresser.
Je suis définitivement pas du genre à me flageller...

5. 26/01/2012 13:24 - AD

ADJe viens de terminer cette lecture devant mes pâtes au parmesan. Ce Cormary a un talent écoeurant.

6. 26/01/2012 17:53 - Cadet de Gascogne

Cadet de GascogneA relire, à relire et à relire.

7. 26/01/2012 17:59 - Matilian

MatilianSteven est un petit garçon. Sur la plage, il ne construit pas des châteaux de sable, non. Il bâtit des murs. Petites mains, seau, pelle. Le sable lourd prend dans ses mains forme de briques. Il tasse. modèle. Ecarte le surplus. Il recommence ainsi des centaines de fois. Arrivé au premier soir, son père Marc lui demande, amusé autant qu'étonné: "pourquoi t'es-tu enfermé entre quatre murs? Tu fais comment pour sortir?" "-simple, je saute par-dessus!" Aussitôt dit...

Le lendemain, Steven décide de bâtir plus haut. Au coucher du soleil, il a terminé trois côtés. Son père lui fait signe de les rejoindre, sans dire un mot de plus. Une certaine inquiétude, qu'il dissipe bien vite "les gamins, ça fait parfois de drôles de choses". Steven abandonne son ouvrage à la nuit, un peu déçu de n'avoir qu'à profiter du mur fantôme pour s'évader de sa forteresse.

Le surlendemain, Steven arrive tôt. Bien décidé à achever son oeuvre. Sa soeur qui l'appelle pour jouer dans la mer? "-occupé" Des vacanciers lui proposant de jouer au beach-volley? "-volontiers, mais pas aujourd'hui". Le repas de midi à "La Goulette", clinquant repaire à l'imitation d'une brasserie parisienne? "-je me suis fait un sandwich". Sa mère Aude convainc son mari de le laisser sur la plage "ça lui passera; et puis il a dix ans, il peut rester seul, on le voit depuis la terrasse". Elle aussi prèfère nier l'inquiétude devant le comportement bizarre de son garçon. "Et si on rentrait plus tôt à Paris? Ca nous fera du bien de retrouver nos habitudes, hein?" Steven dresse des murs si hauts qu'on ne voit plus dépasser sa tête. Goguenards, un groupe d'ados vient le titiller: "hé, le bagnard, ça va dans ta prison?".
Steven pose ses outils, réellement surpris. Prison? "Mais j'en sors comme je veux! Il suffit que je donne un coup de pied et une brèche se fera jour!" "-à quoi bon alors ton drôle de jeu? On dirait un autiste! Tu vas te faire in-ter-ner !!!" "Et pour quelle raison? Qu'y a-t-il de mal à vouloir ériger une contrainte pour s'astreindre à la dépasser? Vous passez bien votre temps à jouer à des jeux dont les règles n'ont d'autre sens que de vous pousser à les contourner pour arriver à vos fins! C'est bien le sens des jeux de société, ou alors des règles de football où interdire la main aboutit à devenir un virtuose du pied! Serais-je plus fou moi qui ne me contente pas de me fondre dans un corpus de limites, interdits, lois, qui plus est en rajoute? Les hommes qui ont gravé dans le marbre nos lois morales sont sûrement moins fous que les suiveurs, qui plus sûrement se comporteraient comme d'authentiques sociopathes si il n'y avait ce moule délicieusement confortable du "y a ka faire komme ça"! Il faut une plus grande dose de folie à celui qui endure une vie sans se poser de questions hors des clous qu'il n'en faut pour créer ou explorer l'inconnu."

"-oh vache, il est complètement chtarb! Venez les gars, on le laisse tout seul!"

Le soir venu, au grand soulagement d'Aude et Marc, il n'y avait plus ruines que de ces murailles, et au milieu de ces ruines, un mignon petit château de sable. Arborant une fausse fierté enfantine: "Vous avez-vu mon château?" "-et il t'a fallu préparer tous ces murs de sable pour en arriver là?" répond son père, rassuré et amusé.

Dimanche soir, la petite famille normale est de retour dans son trois-pièces du XVIIe arrondissement. Cinq jours à la plage, idylliques. Une petite famille moderne, contente d'expliquer à qui veut l'entendre que tout s'est bien passé: "c'était bien; hormis le soleil et la mer, il ne s'est rien passé". Une famille moderne, résolument normale, c'est une famille où il ne se passe rien. Surtout, rien de grave.
Cette nuit là, Steven rêve de gravir l'Everest. Pas très normal. Et pouvant conduire à de bien graves choses.

--------

Antimoderne: quel beau portrait, Cormary. Je crois intimement que l'antimoderne est un créateur, ou un destructeur quand il goûte au plaisir de la dévastation des autres. Il est génial, ou dangereux, et notre époque le déteste. On lui préfère le moderne, jouisseur de vocation. Jouisseur, on tient le moderne pour moins dangereux. Le génie? Canalisé dans des études bien ficelées pour les plus intelligents. Servi à la sauce Noah pour le moderne qui a conservé ce besoin archaïque d'idoles à adorer, d'idoles pour communier avec ses semblables, surtout. Le génie outragé, donc.

La rançon de la prosperité. Il faut des cataclysmes pour des héros. Des dépressions pour des mouvements ascendants. L'antimoderne en est-il réduit à sottement incarner ces mots de Simon Leys? "Il n'y a pas de position plus séduisante que celle de dissident dans une société prospère et stable"
L'antimoderne le sait, et il en souffre en silence. Pourquoi diable n'est-il pas donné à tout le monde d'être un moderne jouisseur? Est-ce une épreuve divine? Dès lors, l'antimoderne n'a-t-il pas pour mission d'honorer Dieu, lui seul peut encore le chercher dans ce monde où pour tout immatériel nous devons gober du divertissement wireless sur nos terminaux informatiques de bonheur individuel?

Bonne année à vous, et à tout le Ring.

8. 26/01/2012 18:09 - commequidirait

commequidiraitArticle très intéressant.
Vous (Monsieur Cormary et Le Ring dont vous vous faites le porte-parole) revendiquez, si j'ai bien compris, le droit à l'inconséquence, la possibilité de "brouiller les pistes", de mêler l'inconciliable ou ce qui paraît l'être. Je m'en réjouis sans aucune ironie : si, en ce qui me concerne, je suis loin d'être d'accord avec toutes vos positions, force est de reconnaître que vous faites partie de ceux qui font quelque chose pour combattre le conformisme et le manichéisme qui prévalent et qui prévaudront de plus en plus, aucun doute là-dessus.
Evidemment, les propos que vous prêtez à vos adversaires et que vous semblez condamner : "Non, la souffrance ne rachète personne. Non, le sang des innocents ne sauve pas les coupables" me semblent vraiment relever du simple bon-sens mais ce sont des choses dont on dit qu'elles ne se discutent pas...
PS : la question de "l'impunité littéraire" selon Simone Weil est intéressante, il serait intéressant de la creuser...

9. 26/01/2012 18:15 - Zoe

ZoePierre Cormary, j'attends votre premier chef d'oeuvre, aux éditions Ring.

10. 26/01/2012 22:41 - NewAgeZion

NewAgeZionMr Corps-Marie est un esthéte baudelairien, inscrit dans son époque post-moderne (la beauté du Mal), et sur son chemin de Damas.
Alors Kant ou le Surhomme ? Ou bien le paganisme mystique inversé du Voyageur d'Athènes ?!

Pressé de voir si Ring Publishing sera plus Table ronde ou Grasset Fasquelle côté romanciers, Droite caviard ou Gauche foie gras ? Pour les essais/doc Fayard j'imagine sera le modèle à suivre, oubliez la rue Huygens..biensûr si le crochet du droit est au programme chez les Editions Ring !! Un p'tit Salman Rushdie par exemple, Raufer s'en souvient encore à la sécu chez Bourgois !

11. 27/01/2012 10:47 - Maquisart

MaquisartCormary, tu sais écrire car tu sais souffrir. Continues.

A lire impérativement, au sujet de la critique de la modernité par les modernes refoulés, l'essai de Maxence Caron : Philippe Muray, la femme et Dieu.

12. 27/01/2012 10:53 - Pierre Cormary

Pierre CormarySur l'impunité littéraire, je me suis inspiré de ce passage capital de L'enracinement de Simone Weil :

"De même pour la littérature. Ce serait une solution pour le débat qui s'est élevé récemment au sujet de la morale et de la littérature, et qui a été obscurci par le fait que tous les gens de talent, par solidarité professionnelle, se trouvaient d'un côté, et seulement des imbéciles et des lâches de l'autre.
MAIS LA POSITION DES IMBECILES ET DES LACHES N'EN ETAIT PAS MOINS DANS UNE LARGE MESURE CONFORME A LA RAISON. Les écrivains ont une manière inadmissible de jouer sur les deux tableaux. Jamais autant qu'à notre époque ils n'ont prétendu au rôle de directeurs de conscience et ne l'ont exercé. En fait, au cours des années qui ont précédé la guerre, personne ne leur a disputé excepté les savants. La place autrefois occupée par des prêtres dans la vie morale du pays était tenue par des physiciens et des romanciers, ce qui suffit à mesurer la valeur de notre progrès. Mais si quelqu'un demandait des comptes aux écrivains sur l'orientation de leur influence, ils se réfugiaient avec indignation derrière le privilège sacré de l'art pour l'art.
Sans aucun doute, par exemple, Gide, a toujours sur que des livres comme Les Nourritures terrestres ou Les Caves du Vatican ont eu une influence sur la conduite pratique de la vie chez des centaines de jeunes gens, et il en a été fier. Il n'y a dès lors aucun motif de mettre de tels livres derrière la barrière intouchable de l'art pour l'art, et d'emprisonner un garçon qui jette quelqu'un hors d'un train en marche. On pourrait tout aussi bien réclamer les privilèges de l'art pour l'art en faveur du crime. Autrefois les surréalistes n'en étaient pas loin. Tout ce que tant d'imbéciles ont répété à satiété sur la responsabilité des écrivains dans notre défaite est, par malheur, certainement vrai.
Si un écrivain, à la faveur de la liberté totale accordée à l'intelligence pure, publie des écrits contraires aux principes de morale reconnus par la loi, et si plus tard il devient de notoriété publique un foyer d'influence, il est facile de lui demander s'il est prêt à faire connaître publiquement que ces écrits n'expriment pas sa position. Dans le cas contraire, il est facile de le punir. S'il ment, il est facile de le déshonorer. De plus, il doit être admis qu'à partir du moment où un écrivain tient une place parmi les influences qui dirigent l'opinion publique, il ne peut pas prétendre à une liberté illimitée. Là aussi, une définition juridique est impossible, mais les faits ne sont pas réellement difficiles à discerner. Il n'y a aucune raison de limiter la souveraineté de la loi au domaine des choses exprimables en formules juridiques, puisque cette souveraineté s'exerce aussi bien par des jugements d'équité." (Simone Weil, L'enracinement, La liberté d'opinion)

13. 27/01/2012 22:47 - commequidirait

commequidiraitPassage intéressant. Merci

14. 28/01/2012 01:12 - carpenoctem

carpenoctemJuste une question pour le Ring.

Joseph de Maistre pourrait-il être comparé à Maurras sur certains points?

Merci.

15. 28/01/2012 02:49 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotMerci, Mr Pierre.
Depuis le temps que vous me faites doutez, vous m'avez convertis.

16. 28/01/2012 02:53 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotJudicieuse précision que le texte de Simone Weil, au demeurant.
Et très beau commentaire, Matilian.

17. 28/01/2012 10:25 - Ellroy

EllroyMonsieur Cormary,

Admirable papier, excellent portrait du Ring, de ses contributeurs et je crois, de nombre de ses lecteurs. Vous venez par la même occasion, de me faire gagner dix années de psychanalyse et une centaine de milliers d'euros. Merci donc...

18. 28/01/2012 13:14 - Nejma

NejmaMonsieur Cormary, selon vous la littérature ou l'art littéraire doit-il être le langage d'une caste ou parler pour tous?

19. 28/01/2012 16:08 - Sandro Ferretti

Sandro FerrettiMaurras? Ouais.
En même temps, je préfère Ring à Rivarol, en ce qu'il y a des images sous les textes.
C'est mon côté inculte (que je cultive en toutes saisons).

PS: Matilian a fait un beau post, qui éclaire l'article. Message à Matilian: puisque vous aviez eu la gentillesse de venir ici même commenter sous mes nouvelles, je suis au regret de vous annoncer que Ring n'en publiera plus, à ce qu'on m'a dit. Mon silence sera donc assourdissant, comme dit mon copain Oxymore.

20. 28/01/2012 17:18 - matilian

matilian@Sandro: suppongo che Lei parla italiano? Où peut-on jeter un coup d'oeil à vos écrits frappés d'anathème?

...

Mon commentaire était moins vaniteux que pour rendre hommage à M. Cormary. En trois ligne il articule 3 concepts et 5 références sans se perdre. Pour écrire quelque chose d'approchant, j'aurais eu besoin d'une quinzaine de pages mal articulées entre elles.

Le pire, donc le meilleur, c'est qu'on a l'impression, M. Cormary, que vous avez pris la plume, griffonné ces cinquante lignes sans souffler entre deux phrases,et publié sans vous relire. C'est vivace, rythmé, moins nerveux que combattu, mais je cesse là toute louange, vous méritez mieux: des commentaires vous questionnant.

21. 28/01/2012 17:58 - Nejma

NejmaA Monsieur FERRETI, merci pour vous être manifesté cela m'a donné l'occasion d'aller sur la rubrique fiction du RING pour jeter un oeil à ce que vous écrivez.
J'apprécie, toutefois si je puis me permettre une critique, vos fictions manquent de distanciation. Cela me bloque en tant que lectrice pour toute identification. Vous gagneriez sans vous offusquer, à être plus invisible.

22. 28/01/2012 18:22 - Archiduchesse

ArchiduchesseJuste sur la distanciation mais ça se lit bien, on est calé dans la voiture. Si Ring cesse de publier des nouvelles courtes dans cette rubrique, Ring devient une maison d'édition traditionnelle (mise en place des livres en librairie, littérature générale, documents (cf le twitter), les auteurs pourront directement envisager la publication papier à Ring, pourquoi n'adressez vous pas directement vos manuscrits ?

23. 28/01/2012 18:50 - Sandro Ferretti

Sandro Ferretti@Matilian et suivants

Non, non, quand je parle de l'arrêt de la publication de nouvelles sur le Ring remanié, c'est une politique générale, rien à voir avec mes écrits. "Nothing personal", comme disent les amerloques en vous mettant une balle dans la tête.
Pour le reste, je suis depuis quelques mois dans le parcours du combattant à la recherche d'éditeur pour un receuil d'une quinzaine de nouvelles, cela suit son cours, corrigé des variations saisonnières, comme on dit à la météo et au Pôle Emploi.
@ Nejma: le tapuscrit en question alterne les nouvelles avec narrateur (le "je") et la forme impersonnelle et clinique du travelling cinéma. Tout le monde n'est pas Manchette dans "la position du tireur couché", ni Robbe-Grillet dans "la jalousie". Il ne faut pas non plus abuser de la distanciation. Du reste, si vous avez lu "Rouler", le dernier de Christian Oster, on peut faire un livre parfaitement froid et distancié avec un narrateur qui dit "je".
@ Matilian: j'écris sur d'autres supports depuis longtemps, mais il n'est pas très convenable de faire ici des liens sur des sites "concurrents". Un recherche sur Google avec le seul prénom devrait suffir.
"Verrà la morte e avrà i tuoi occhi" comme disait le dernier poème, superbe, de Cesare Pavese ( "la mort viendra et elle aura tes yeux")
@ l'auteur: sincérement désolé de ces appartés peu convenables en regard de la qualité de votre pensée. Les mauvais élèves, quand ils ne saisissent pas tout, sont facilement portés sur le bavardage. Je ne le ferai plus.
Sandro

24. 28/01/2012 19:26 - Nejma

NejmaMonsieur FERRETI, je suis d'accord mais le livre que vous me citez ne vient pas à votre secours.
Ce livre ennuyeux et creux, une succession d'interrogations sans réponses, personnages d'une banalité affligeante. Un mélange du trop et du vide. Il y a parfois un humour de situation. Ce que je peux reprocher à l'auteur c'est de ne pas avoir creusé suffisamment les personnages sur un plan psychologique. une succession de constats pourquoi pas me diriez-vous?
Je ne nie pas que l'utilisation du "Je" puisse être une forme de distanciation paradoxale.
Il est possible que je confonde dans ce que j'ai lu de vous, l'autofiction et la métamorphose.

25. 28/01/2012 20:59 - Sandro Ferretti

Sandro FerrettiQue la modération me pardonne, mais puisque j'y suis contraint par les divergences amicales mais fondamentales d'appréciation que nous avons avec Nejma sur "Rouler", je fais ici un lien sur ce que j'en pense, et plus largement sur le fait qu'un roman doive -ou non- traiter de la "psychologie" des personnages, y mettre du pathos et des maux à la place des mots.
Un livre qui ne raconte pas d'histoires, au propre comme au figuré, où "le héros, bin à la fin, on sait méme pas si il meurt", c'est très dur à faire, et l'écrivain y est nu, obligé de montrer "les dessous de sa boutique et de sa technique", sans le secours de l' "intrigue", qui personnellement m'a toujours paru à piège à gogo.

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/rouler-102940

26. 29/01/2012 10:32 - Nejma

NejmaMonsieur FERRETI, nous ne sommes pas en dehors des clous dans nos échanges.
J'ai été plus en haleine devant votre présentation de ce livre que par le livre lui-même.
Une chose m'est certaine vous savez transmettre
Certes l'exercice est difficile et louable pour l'auteur. Au cinéma ce genre d'exercice serait plus passionnant, c'est peut-être pour cela que je n'ai pas accroché aux roues de sa pensée et ne suis pas entrée dans son vide. J'ai eu le sentiment désagréable qu'égoïstement, il n'a laissé aucune place au lecteur.
Pourtant d'ordinaire, j'aime ce qu'écrit OSTER.

27. 29/01/2012 13:42 - ppm

ppmL'auteur se contredit : il écrit "Qu’est-ce qu’en effet qu’un fasciste sinon un intégriste sans objet, un fanatique qui ne sait pas réellement ce qu’il veut, mais qui veut absolument quelque chose ?". Comme on ne peut pas imaginer mode d'être du Dasein davantage privé d'objet que le doute, et que le dessein ultime du tragédien est le doute, Pierre Cormary définit les tragédiens qu'il défend comme les PLUS FASCISTES D'ENTRE LES FASCISTES ! BRAVO !

Avoir une « séquence de l’énergumène », c'est douter du doute ! C'est l'étape ultime de la pensée, puisque ce que l'on pourrait prendre pour un ordre de pensée d'un cran supérieur, à savoir "douter du fait de douter du doute" revient finalement à douter ! C'est pourquoi beaucoup de joyeux drilles sont plus imprégnés de la tragédie humaine que les tragédiens souffreteux.

28. 29/01/2012 15:50 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotUne question, Mr Pierre : vous affirmez "Le moderne veut un monde clair, total, tautologique – totalitaire."
Fort bien, mais n'êtes vous pas en porte-à-faux par rapport à la pensée tautologique défendue par ce bon vieux réaliste radical qu'est Clément Rosset ?

(Au passage, message à l'administrateur du site : lorsque l'on veut partager l'article le lien ne fonctionne pas et affiche un autre article du Ring à la place).

29. 29/01/2012 18:51 - ppm

ppm La théologie catholique présenterait donc l'avantage de dessiner un monde "clair, total, tautologique" ? Rappelons que le fascisme, ou plutôt, le nazisme, se fondent sur des mythes, qui sont ce qu'il y a de moins "clair, total, tautologique" au monde.

30. 29/01/2012 19:03 - ppm

ppmLa théologie catholique présenterait donc l'avantage de NE PAS dessiner un monde "clair, total, tautologique" ?

faute de frappe désolé

31. 30/01/2012 09:35 - Bobophonique

BobophoniqueMerci pour cet article complexe et clair, dont je retiendrai cette réflexion incidente:
"Combien de sous maurrassiens qui se prennent pour Bernanos ou Léon Bloy et qui corrompent le langage dont ils font mine de faire si grand cas, confondant vitupération et trolling, sainte colère et stalking ! "
C'est l'écueil ou je me suis brisé trop souvent, j'en ai peur : "Irascimini et nolite peccare", est-il dit, mais la première injonction semble plus facile à suivre que la seconde, ou difficile à suivre sans enfreindre la seconde, si l'on veut. Tout ça se joue à peu de choses...

32. 02/02/2012 11:19 - Dartagnan

DartagnanBel article, exercice intéressant. Néanmoins fondé sur un contresens. Au démarrage. D'abord, franchement : être compagnon de route de Benoît XVI, vous parlez d'une audace !!!! Ensuite l'antimoderne que vous décrivez dès vos premières lignes, parce que vous semblez revendiquer qu'il puisse se révéler capable d'être une chose et son contraire, et donc qu'il le soit sans périr et s'autodétruire, est tout sauf un antimoderne. Le vôtre semble s'accommoder avec aisance de la "mauvaise conscience" que vous lui prêtez avec trop d'indulgence. Il devrait l'avoir mais ne l'a pas, car il reste, pis que simple utilisateur, consommateur de la modernité. C'est un postmoderne nourri aux théories de la "complexité", évoluant à mi-chemin entre M. Mafessoli et E. Morin. Ajoutez-leur Onfray si cela vous fait plaisir. D'ailleurs, en passant : vous et ce Compagnon que vous citez vous trompez dans votre définition du centriste : comme l'antimoderne, le centriste est à gauche pour les gens de droite et à droite pour les gens de gauche. Faites un minuscule sondage, vous verrez. Et puis le centriste habite au milieu de son époque. En plein milieu. Il évite les bords de peur du gouffre. L'antimoderne, le vrai me semble-t-il, refuse la modernité et la vomit, en bon allergique, parce qu'elle l'oblige à l'utiliser. Il n'a pas d'autre choix ; voyez-vous, on n'échappe ni à son ombre ni à son époque. Voilà pourquoi Houellebecq, écrivain majoritaire à la différence de Muray, n'est pas antimoderne. Il est le contraire de l'antimoderne. Houellebecq incarne son époque, il la digère placidement puis la transpire à grosses gouttes. Il la révèle comme nul autre, d'où son succès, d'où son talent, d'où peut-être sa grandeur, mais sa grandeur est celle de son époque et ce n'est, somme toute, pas bon signe pour l'avenir.

33. 02/02/2012 12:00 - Francis

FrancisTrès bien vu, Dartagnan. La phrase "Houellebecq digère [son époque] placidement puis la transpire à grosses gouttes" est irréprochable. Elle s'applique aussi à Cormary.

34. 07/02/2012 09:46 - salmon999

salmon999Je veux pas faire le rabat joie, mais je crois que Proust aurait peut-être aimé notre époque en raison d'une plus grande tolérance à l'égard des invertis.
Sinon j'ai adoré votre article, malgré ma dépression, j'ai su tout lire et j'ai fait fonctionné mon cerveau malgré la drogue. Merci l'ami, ça fait du bien.

35. 07/02/2012 09:59 - salmon999

salmon999Le commentaire numéro 12, de Pierre Comray est intéressant et je souhaiterai ajouter une citation de Victor Hugo: "Prenez garde lorsque vous écrivez, car un enfant pourrait tomber sous vos pensées".
Mais je crois que Simone Weils dévie de notre article de départ. Mais la remarque est intéressante.

36. 07/02/2012 13:37 - Maria

MariaIl faudrait replacer la citation de Simone Weil dans son contexte. "L'enracinement" , dernier grand ouvrage de cette philosophe, écrit à Londres peu avant sa mort en 1943, est une réflexion sur les causes du chaos où était plongée l'Europe. La 1ère partie du livre analyse le déracinement spirituel de l'Europe comme étant la cause fondamentale du chaos, déracinement dû, selon elle, à une conception fausse et néfaste de la laïcité qui relègue la religion dans la sphère privée. Elle analyse brillamment tout le processus historique qui a conduit à cet état de fait, elle attribue une responsabilité écrasante à Louis XIV qui a perverti la monarchie de droit divin en se mettant à la place de Dieu et en exigeant du peuple un culte idolâtre à sa personne. Pour elle, la monarchie de droit divin exige que le monarque soit au service de Dieu et de son peuple, autrement dit soit au service de son peuple au nom de Dieu. Selon S.Weil, tout pouvoir, quel qu'il soit, doit S'ENRACINER dans la spiritualité, en l'occurrence la spiritualité chrétienne pour l'Europe.
Dans ce contexte, ce qu'elle refuse,c'est que des écrivains prennent la place, usurpent la place des "directeurs de conscience" . Les prêtres ne dirigeaient pas les consciences en leur nom propre, avec leur propre subjectivité,mais au nom d'une transcendance qui est niée par cette laïcité qui est encore la nôtre. Ceci est fondamental pour comprendre ce qu'elle entend par impunité. En l'absence de toute transcendance,tout écrivain qui influence, voire pervertit une conscience , n'a plus à répondre de sa responsabilité : c'est cette impunité là qu'elle regrette.
Il y a une grande ambiguïté dans l'utilisation de ce passage par Cormary, qui semble vouloir fortement limiter la liberté d'expression sur le PLAN LEGAL. Or , selon Simone Weil, la loi, dans notre société laïque coupée de ses racines spirituelles, est nécessairement injuste. Elle écrit dans le même livre que si le Christ est absent des tribunaux tout jugement est forcément injuste. Ce passage cité par Cormary ne veut pas dire qu'il faudrait renforcer l'arsenal juridique pour punir les écrivains ni qu'il faudrait faire passer davantage d'écrivains dans les tribunaux. Elle n'aurait probablement pas été favorable à ce que Brasillach, Céline, Drieu, etc ( et pourquoi pas, Matzneff aujourd'hui) passe devant les tribunaux, où, de toutes façons, la justice ne serait pas rendue au nom du Christ. Car c'est devant le Christ qu'ils devraient avoir à répondre de leurs écrits. Et il n'est pas sûr, que ce soit eux qui devraient être les plus punis au yeux du Christ. Simone Weil, dans le même livre, s'en prend au magazine "Marie-Claire" qu'elle considère comme le plus grand pervertisseur en tant qu'agent du déracinement. Pour elle, le pervertisseur par excellence, ce serait le Mr Ouine de Bernanos. Désolée, je n'ai pas "L'enracinement' sous la main et ne peux donner les références précises. Lisez l'ouvrage, vous verrez.

37. 08/02/2012 02:35 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotLa réflexion qu'élabore Schönberg de la modernité, dans son opéra "Von Heute Auf Morgen" ("Du jour au lendemain"), semble plutôt bien coïncider avec le ton de l'article, selon Dominique Jameux (extrait de "L'Ecole de Vienne") :
« "Qu'est-ce que la modernité véritable ?" demande en substance l'Enfant à la fin de la pièce. Schönberg baisse le rideau sur cette question difficile. Mais il ne fait pas de doute pour lui que la véritable modernité est celle qui, prenant appui sur le passé, la tradition, la Loi, est seule à même de se projeter vers le futur, l'avenir, la mission de l'humanité, tandis que l'obéissance au présent et l'adoration de ses idoles, par quoi se définit le modernisme et s'énonce le discours de la mode, n'a pas d'autre avenir que lui-même, car il sera "dépassé" du jour au lendemain : von heute auf morgen. »

Bon, et sinon Mr Cormary, vous répondez à vos commentateurs de temps en temps ? Ah mais !

38. 08/02/2012 09:22 - Gaspar Noe

Gaspar NoeJe suis prêt à vous caster, Pierre Cormary.

39. 10/02/2012 15:19 - Pierre Cormary

Pierre Cormary@Gaspar Noé : me caster ? Mon Dieu ! Pour jouer dans Seul contre tous le retour ?

@Maria : le problème de la limitation pénale à la liberté d'expression est un tabou de notre époque. D'un côté, parce que tout interdit fait horreur, on fait mine de prôner la liberté absolue même si dans les faits bien des écrivains ont pu subir des pressions pour ne pas écrire certaines choses (à commencer par Dantec et tous les problèmes qu'il a eu pour publier son Laboratoire de catastrophe général), de l'autre, on se félicite malgré tout qu'un livre (certes, non "littéraire") comme "Suicide, mode d'emploi" ait été interdit dans les années 80, tout comme certaines publications pédophiles - et c'est un fait qu'il se publiait, par exemple, dans les années 70 des livres qu'on n'oserait plus publier aujourd'hui - sans parler des pamphlets de Céline dont la publication reste encore problématique (et pas seulement parce que Lucette s'y oppose). Etant moi-même un fervent lecteur de Matzneff, et possédant mon propre exemplaire de Bagatelles pour un massacre, je n'ai pas d'avis tranché sur la question, et mon instinct irait plutôt vers la liberté totale. Dans mon texte, je me posais la question de la responsabilité de l'écrivain qui lorsqu'elle se mêle de liquider des adversaires (comme donc Maurras l'a fait de temps en temps) pose tout de même un problème.
Tout cela est fort compliqué ne serait-ce déjà que par la distinction qu'il faudrait établir entre liberté d'expression littéraire et liberté d'expression tout court. Ce que Simone Weil stigmatisait dans son texte, c'est le double jeu de l'écrivain à vouloir avoir (et à avoir) une influence réelle sur ses lecteurs (surtout quand ils sont jeunes) et à se réfugier hypocritement dans "l'art pour l'art" quand cette influence tourne mal. A ce propos, je me rappelle d'une interview de Jean-Claude Carrière qui rappelait les interrogations de Bunuel quand explosèrent les premières bombes des terroristes d'extrême gauche, Action directe et compagnie. L'auteur du Chien andalou et ses amis surréalistes qui avaient prôné le meurtre et la bombe en leur temps n'étaient-ils pas rattrapés par l'Histoire ? On peut en discuter - sans pour autant menacer de brûler les livres.

@salmoon999 : Proust aurait aimé notre époque comme il a aimé la sienne : avec ironie. Quant à l'homosexualité, il n'est pas sûr qu'il eut préféré la nôtre, permissive et procédurière, par rapport à la sienne, apparemment puritaine mais au fond très indulgente du moment que cela se passe sous le boisseau - l'homosexualité comme l'adultère, des choses que l'on peut faire en se cachant. Et dans la Recherche, à aucun moment, les "gays" n'ont un problème de culpabilité ou de ressentiment social.

@Dartagnan : je ne sais pas s'il est "audacieux" de se proclamer compagnon de route de Benoît XVI, mais je sais que prononcer le nom de Benoît XVI, et pour en dire du bien, est la plupart du temps cause de dispute et de conflit, tant le pape a mauvaise presse dans l'opinion dominante. Pour ce qui est de la définition de l'antimoderne, vous avez tout à fait le droit de critiquer la mienne et de proposer la vôtre, mais la mienne ne fait que reprendre celle de Compagnon qui est ces derniers temps le spécialiste de l'antimoderne, et peut-être même son inventeur. Et il me semble que sa définition à lui, certes discutable, apporte quelque chose de nouveau : l'antimoderne n'est pas le réactionnaire qui semble être votre antimoderne à vous mais bien ce moderne dans la haine de lui-même, "ce non-conformiste de la modernité" - et que je ne fais ensuite que développer tout simplement parce que je trouve ça très juste et très opératoire. Sur Houellebecq, moderne ou post-moderne, on pourrait ferrailler longtemps, mais pour moi, ce qui fait de Houellebecq un antimoderne est qu'il a les tares de son époque mais qu'il ne s'en félicite pas - au contraire d'une Christine Angot par exemple, toujours très fière d'elle, de sa vie et de ses choix. Houellebecq est antimoderne car il n'est pas en adéquation avec ce dont il témoigne. C'est un ironiste, si vous voulez. Ou sinon, vous êtes d'accord avec François Meyronnis qui fait de lui un apologiste du clonage.

@Francis, quel procès d'intention, dites-moi !

@Bobophonique, tout se joue toujours à très peu de choses, vous savez...

@Sylvain : la tautologie rossetienne n'est, je crois, pas du même registre que la tautologie tautologie moderne ou ce que j'ai essayé d'en dire. Pour Rosset, c'est le réel qui est tautologique et je crois que là dessus il a raison. A = A. Une fleur est une fleur (surtout pour l'ivrogne : "je vous dis que c'est une fleur"). On prédit à Oedipe qu'il tuera son père et couchera avec sa mère, il a beau fuir son destin, il le retrouve au moment où il croyait en être loin. Le réalisme tautologique de Clément Rosset est un réalisme tragique. Alors que pour le moderne, ce n'est pas tant le réel qui est tautologique (et encore moins tragique) que le sens des choses. Le moderne veut mettre la tautologie dans les mots, le langage, la perception, la représentation. Ce n'est plus A = A, c'est la représentation de A = A, la représentation d'Hitler = Hitler. Et là, il y a défaite de la pensée, tentation totalitaire de la perception, tautologie ou mêmeté appliqué à ce qui est multiple. En gros, on pourrait dire que contrairement à la pensée classique qui dit que la vérité est unique et l'erreur multiple, le moderne pense que la vérité est multiple et l'erreur unique.

A SUIVRE....

40. 10/02/2012 15:27 - Pierre Cormary

Pierre Cormary@ppm : non, justement, "le dessein ultime du tragédien" n'est pas "le doute" - je me demande vraiment ce qui vous fait dire ça. La tragédie n'aboutit pas au doute, la tragédie aboutit à la solution finale qui est souvent la mort des héros. A la limite pourrait-on dire ça de la comédie - car dans le rire, on doute de la gravité des choses, on doute de la tragédie. Mais pas dans la tragédie où l'on est sûr de ce qui arrive et de la perception qu'on en a.

@nejma : la littérature populaire ou élitiste ? Mais les deux, mon général. Alexandre Dumas et Stendhal. Hugo et Mallarmé. Molière et Racine. Etc.

@Ellroy - aurais-je droit à une commission sur votre centaine de milliers d'euros ?

Merci @Matilian de votre petit et très touchant conte. Voici le genre de réponse dont on rêve - qu'un texte en suscite un autre.

@AD : ah les pâtes au parmesan ! Mais avec de l'ail, j'espère ?

A tous, je voulais vous remercier pour la qualité de vos commentaires. A bientôt pour de nouvelles aventures, et n'oubliez pas que le Carême commence mercredi en 15.

41. 11/02/2012 21:48 - pouffiax

pouffiax"si Freud a menti dans sa vie, ça veut dire qu’il a menti dans son œuvre"
Oui si les mensonges de sa vie concernent son oeuvre.

42. 12/02/2012 13:44 - Nejma

NejmaMonsieur Cormary utiliser un langage troupier pour me répondre et me rappeler à une alternative absurde. Dans ma grande bonté je ne retiendrai que le côté flatteur de mon grade, c'est vrai je n'aurais pu être que sergent! Et pourtant vous ne pouvez nier que si un écrivain s'adresse à tout le monde, seuls quelques uns le lisent. Avez-vous déjà entendu parler de l'universalité abstraite?
Il est possible que je n'ai pas compris votre article. En terminant sa lecture je me suis dit, tiens donc toute bonne littérature serait forcément antimoderne.
Dans votre réponse intéressante à Maria puis-je introduire un bémol; la littérature n'est pas assimilable à un acte. Un auteur n'agit pas sur ses lecteurs mais fait appel à leurs libertés.

43. 12/02/2012 16:34 - Dartagnan

Dartagnanà Pierre Cormary

Merci pour votre réponse.
Oui, Houellebecq est un ironiste, j'en suis bien d'accord. C'est la force de son ton, sa singularité d'esprit. Mais il fait malgré tout preuve de complaisance, d'une complaisance critique, certes, mais de complaisance tout de même vis à vis de son époque. Ensuite, en bon disciple d'Auguste Comte, il est un positiviste, et, en tant que tel, son ironie cède devant l'esprit des temps. Or la science et la technologie sont des pièces maitresses de cet esprit contemporain. Ce qui distingue Houellebecq d'Angot, ce n'est pas leur rapport à l'époque, mais essentiellement leur rapport à eux même. A la différence d'Angot, Houellebecq n'est pas nombriliste ; il possède le sens de l'ensemble à la manière, je vais reprendre une comparaison maintes fois lue, d'un écrivain sociologue. Angot, elle, ausculte son nombril et écrit ses graphes en tournant tout autour, comme si cela devait la conduire à l'orgasme (remarquez, qui sait ? tant mieux pour elle après tout !). Je ne suis pas psy, mais Houellebecq, pour ainsi dire, ne s'aime pas beaucoup, me semble-t-il. Il est prompt à l'autodérision. Lire son dialogue avec BHL montre combien il ne cherche pas à ériger sa propre statue, à la différence du "philosophe" qui ne songe qu'à cela.

"Mon antimoderne" n'est pas réactionnaire, il sait qu'un retour à l'avant n'est plus possible. Il est au contraire révolutionnaire, au sens où il pense qu'une reprise en main politico-culturelle permettra, au mieux, de redéfinir les finalités d'une civilisation, ou, au pire, de terminer de la perdre en montrant les choses telles qu'elles sont, lorsque le roi est nu, les apparences défaites, en attendant que quelque chose d'autre (mieux, pire ?) redémarre. Mon antimoderne est radical et aventureux car il ne supporte plus la reconduction du même, que ce même soit de gauche ou de droite, et il est pour cela prêt à prendre de grands risques. J'ai l'impression, à vous lire, que vôtre antimoderne, "ce non conformiste de la modernité", est finalement un individu plus psychologique que politique, un dandy égocentré qui choisit le confort de l'esthétique plutôt que l'aventure dans le monde extérieur.

Benoît XVI et l'institution qu'il représente ne sont ni ma tasse de thé ni mon verre de vin, vous l'avez compris. Il est tout de même le représentant d'une institution qui reste (malgré une routinière désaffection du milieu intellectuel), majoritaire, culturellement parlant. N'en déplaise aux pétocheurs de l'identité française ou de l'Europe chrétienne, ou de je ne sais quelle phantasmagorie extrême-droitière. En effet, je ne vois donc guère d'audace à suivre cette voie là, au-delà d'un fidélisme individuel et privé qui, pour ainsi dire, ne me regarde pas.

En tout cas tout cela est très stimulant et je vous en remercie.

44. 12/02/2012 19:19 - Pierre Cormary

Pierre Cormary@Dartagnan : sur la dimension "majoritaire" de l'Eglise catholique à notre époque, et dans nos pays, il y aurait beaucoup à dire, aussi n'en dirais-je rien. Sur la complaisance de Houellebecq à se vautrer dans ce qu'il dénonce, je peux être d'accord mais n'est-ce pas là le fait de tout romancier naturaliste ? Zola, Maupassant, même Flaubert, ont aussi été accusés de se complaire dans la description de la misère sociale - et d'ailleurs, je ne vois pas quel grand auteur serait exempt de ce reproche : même un Mauriac fut accusé d'aimer un peu trop le sombre quand il écrivit Thérèse Desqueyroux.... La force des romans de Houellebecq vient précisément de cette acuité psychosociale qui, comme vous le dites très justement, atteint l'universel, contrairement à une Angot qui n'a d'acuité (en fait d'aveuglement que pour elle-même).
Très intéressante en outre votre remarque sur le positivisme de Houellebecq qui pour le coup pourrait être en contradiction avec son caractère antimoderne et qui pourrait tomber sous les coups du Philippe Muray du XIX ème siècle à travers les âges. Pour autant, ce positivisme intellectuel est largement mis en balance par le pessimisme schopenhaurien de l'auteur si bien qu'on ne peut dire pour quelle société plaident exactement ses romans.
"Votre" antimoderne serait donc un révolutionnaire, au moins un réformiste, quelqu'un qui veut agir dans la cité, un "aventurier des temps moderne" ? Définition plus que valable mais qui pour le coup (me) semble définir quelque chose d'autre que l'antimoderne... traditionnel, allais-je dire. Car non, l'antimoderne n'est pas précisément un homme d'action ou un homme d'avenir (action = avenir, ici), il arpente l'époque, la critique, clame son dégoût, mais ne cherche pas à la changer, au risque en effet de sombrer dans la vie ironique et esthétique (Baudelaire).

@Nejma, j'avoue ne pas comprendre votre commentaire. Je vous ai répondu lapidairement mais me semble-t-il clairement. Il y a une littérature savante et il y a une littérature populaire (allez donc lire mon article sur Harry Potter !) et même si les deux se mélangent parfois. Il y a le roman feuilleton à la Dumas ou la Hugo et il y a Joyce. Maintenant que les auteurs s'adressent à tout le monde mais qu'il n'y ait que quelques qui les lisent, c'est un autre problème. C'est un problème culturel et social. Force est de constater, comme le faisait John Cowper Powys que l'on compte en moyenne un lecteur par famille, et que les amateurs de littérature sont statistiquement moins importants que les amateurs de variété. Mais qu'importe puisqu'ils existent ?
Sinon, un auteur peut agir sur ses lecteurs et notamment sur ses jeunes lecteurs (et c'est bien ce que l'on a reproché à Sartre, Gide, et même Socrate avant eux, tous accusés d'avoir "corrompus" la jeunesse).

@Pouffiax : que Freud ait falsifié des documents, arrangé à son avantage certains résultats et tenté des interprétations folles, c'est évident, mais une fois le corpus digéré, critiqué et sélectionné (ce qu'on a fait bien avant Onfray), reste une vision du monde puissante, cohérente et qui a prouvé son universalité par le fait que des millions de gens se sont reconnus dedans - et cela quelles que soient les innombrables erreurs de Freud. Il y a dans cette oeuvre quelque chose qui touche à la Vérité de l'homme et c'est pourquoi l'homme l'a adopté. On pourrait dire la même chose du marxisme, et aussi du positivisme, et même si l'on n'est ni marxiste ni positiviste.

45. 12/02/2012 19:34 - pouffiax

pouffiax"[...] qui a prouvé son universalité par le fait que des millions de gens se sont reconnus dedans [...]"

Etonnante concession aux valeurs démocratiques pour un anti-moderniste. Je croyais qu'aujourd'hui la lumière se cachait dans la pénombre et n'était reconnue que par les quelques happy-few blesiens.

46. 13/02/2012 13:59 - Maria

MariaPierre Cormary, n'ayant rien lu de Maurras, je ne vois pas ce que vous entendez par "liquider l'adversaire".
Vous êtes en réalité très moderne, au sens "adapté à votre époque". Le concept "antimoderne" élaboré par Antoine Compagnon à partir du refus de la Révolution française, du péché originel, du refus de la pensée des Lumières m'a toujours paru réducteur. Simone Weil est-elle moderne ou antimoderne? Il me semble qu'elle dépasse largement cette classification. Elle n'est ni pour une théocratie, ni pour la laïcité issue de la Révolution, mais pour un pouvoir enraciné dans la spiritualité chrétienne qui dépasse cette contradiction.Par ailleurs, il est éminemment moderne , Pouffiax a bien raison, de confondre culture populaire et culture industrielle. La culture populaire ( dont S.Weil déplore la perte dans "Le déracinement") émanait du peuple, elle était créée par le peuple. La culture industrielle (Harry Potter) n'est pas créée par le peuple, le peuple la consomme. S.Weil aurait vu qu'elle est par excellence un outil de déracinement, d'asservissement des masses l'hypnose par le divertissement, la fascination. Ce n'est pas parce que des millions de gens se reconnaissent dans Harry Potter qu'il est un mythe, encore moins universel. Lisez ou relisez Steiner.
La culture populaire, c'était la littérature orale (lisez Chamoiseau) , les contes, les chants, les danses, désormais folklore. La musique industrielle a tué la musique populaire, au moins en Europe. Autrefois, les gens chantaient en travaillant ( voir les chants liés au travail, du chant des lavandières à ceux des marins), aujourd'hui, dans la vie quotidienne, plus personne ne chante.

47. 16/02/2012 21:17 - Sylvain Métafiot

Sylvain MétafiotEn complément à cet article, écoutez donc cette émission des"nouveaux chemins de la connaissance" dédiée à Baudelaire, ce dandy magnifique, que nous conte Antoine Compagnon : http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-baudelaire-nouvel-air-34-peintre-de-la-vie-moderne-

48. 18/02/2012 11:19 - Ephraim

EphraimEt bien alors, ce Ring nouveau ? Ce n'était quand même pas qu'un feu de paille ? Revenez-nous !

49. 19/02/2012 20:46 - Dartagnan

DartagnanEn attendant, visitez www.contrebande.org, vous y trouverez un article sur Houellebecq intéressant "Opera Touristica"...

50. 23/02/2012 10:58 - TTMC

TTMCOn peut lire une courte analyse du livre de Marie-Catherine Huet-Brichard et Helmut Meter (Cité fort à propos par Pierre Cormary) ici :
http://www.fabula.org/revue/document6466.php

@ Pierre Cormary

"Victime", tout comme vous, d'une petite baudruche des lettres que vous ne citez pas nommément mais que quiconque s'intéressant aux a-côtés judiciaires d'une querelle entre ce pitoyable personnage, vous-même et tant et tant et tant d'autres, aura facilement reconnu, je me suis réjoui, je l'avoue sans honte, de lire votre juste pique envers ce triste clown. Merci donc.

Sur le fond de votre article, je ne gloserai pas longtemps. Sachez tout de même que d'avoir souvent un avis assez semblable au vôtre sur les auteurs que vous citez (Dantec, Houellebec, Littell, etc, et même Onfray) n'implique pas forcément que l'on vous suive dans ce qui semble être tout de même chez vous une tendance à vouloir absolument diviser le monde en deux camps (comme sur un ring ?). François Meyronnis n'est pas Stéphane Zagdanski et inversement. Ou alors expliquez nous pourquoi. Quand je dis "expliquez", je ne veux pas parler d'affirmations péremptoires qui satisfont ceux qui aiment à ce qu'on leur désigne les ennemis, je parle d'une critique sur les textes et non de citations bien choisies pour corroborer une thèse posée auparavant.

51. 23/02/2012 15:30 - Pierre Cormary

Pierre CormaryDisons plutôt, @TTMC, que ce serait à vous d'apporter cette contradiction ou même ce complément à propos de la "confusion" que je ferais entre François Meyronnis et Stéphane Zagdanski - en tous cas entre l'essai de l'un sur Houellebecq et Littell et celui de l'autre sur le cinéma. Il me semble probant que sur ce point précis de la basse transparence et du littéralisme, la démonstration est faite et que si vous n'êtes pas d'accord, alors il faut que vous-même repreniez ce point. Je suis tout à fait prêt à reconnaître une erreur de jugement mais ce n'est pas à moi de le prouver. C'est comme si vous me disisez "vous vous êtes trompé, expliquez-nous pourquoi" ;) - tout cela dit amicalement, bien entendu.

@Maria : existent en effet des textes où Maurras souhaite clairement à la suppression physique d'un adversaire politique tel Pierre Worms ou de se demander si la famille de ce dernier est en "camp de concentration ou en villégiature" (si cela vous intéresse, allez donc voir ce lien PDF - à partir de "Construction de la mémoire" : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1993_num_48_3_279170)
Sinon, j'avoue ne pas comprendre ces objections sur la définition compagnonienne de l'antimoderne - définition non pas tant incontestable que nouvelle et qui semble surtout ne pas convenir aux réactionnaires traditionnels comme si elle les trahissait. Comme si elle était trop superficielle - mais l'antimoderne peut avoir quelque chose de superficiel, justement. Pour un réac dur, ce n'est qu'un dandy ou un snob (ou un traitre), pour un moderne, ce n'est qu'un joueur de pipeau, mauvais esprit qui fait perdre du temps, pour les deux, un emmerdeur. Et si Simone Weil pourrait se classer parmi les antimodernes, elle en dépasse largement, évidemment, la signification.
J'entends ce que vous dites sur la différence entre culture populaire et culture industrielle mais je crains que vous ne vous enfermiez dans cette différence en plus de vous de pécher par aristocratisme naïf, et si vous me permettez un peu vieux jeu, avec un brin de nostalgie idyllique (ça ne chantait pas toujours dans les mines, les usines, il suffit de lire Zola ou Céline.) N'en déplaise à George Steiner, génie qui a viré au vieux con, mon avis là-dessus est bcp plus simple : la culture populaire, depuis le XX ème siècle, c'est Tintin, Chaplin, Scarlett O'Hara, les héros de Marvell, Indiana Jones, Star Wars, Tolkien, les Beatles et Harry Potter. Et là aussi, je crois que si l'on n'est pas d'accord avec ça, alors c'est celle ou celui n'est pas d'accord qui doit le prouver. Et à mon avis, cela ne va pas être simple. Merci en tous cas de votre lecture.

52. 23/02/2012 15:33 - Pierre Cormary

Pierre Cormary".... des textes où Maurras souhaite clairement la suppression physique d'un adversaire politique tel Pierre Worms ou se demande sans rire si la famille de ce dernier...", pardon.

53. 23/02/2012 18:11 - TTMC

TTMC@ PC . Vous avez raison de souligner que notre échange a (doit avoir) une forme amicale. Cela nous rapproche l'un de l'autre et donc nous éloigne de "celui dont il ne faut pas prononcer le nom" ...

Comme je l'ai écrit plus haut, je ne souhaite en réalité pas bavarder trop longuement sur ce sujet ; en tous cas pas, ici - dans le cadre de commentaires croisés à propos d'un article.

- Sincèrement je ne crois pas que vous fassiez la confusion entre ces deux auteurs. Ce n'est d'ailleurs pas ce que j'ai écrit. Ce que j'ai écrit - mais peut-être dans une formulation trop elliptique. Ce qui a empêché que nous nous comprenions bien - est que, contrairement à ce que votre thèse semble défendre tout au long de votre article, on peut tout à fait trouver des qualités à Houellebecq et Littell tout en étant capable de trouver certains arguments de Meyronnis et Zagdanski acceptables (pour ma part surtout du second). En d'autres termes que l'on est pas forcément obligé de prendre systématiquement parti dans de telles querelles.

Mais évidemment un Ring où les gens essaieraient de se comprendre plutôt que de se mettre des coups; ce n'est pas très attractif pour bon nombre de gens.

PS : Je me mêle peut-être d'un échange qui ne me "regarde pas" mais j'approuve, à propos du sujet que vous évoquez (culture élitiste vs culture populaire) la dernière partie de votre réponse à Maria. Et je l'invite à lire l'heureuse citation* de J. C. Powys que vous avez faite dans votre article en "défense" d'Harry Potter

* J'ai cherché dans son"Le sens de la culture", cette citation et je ne l'ai pas trouvé. Mais je vous remercie de m'avoir ainsi incité à relire certains passages.

54. 07/03/2012 23:31 - Facteur

FacteurAh! On est bien. je lis M. Cormary, et me voilà transporté dans le salon de Mme Verdurin! L'avant-garde conservatrice de l'entre soi, entre Brichot et Cottard qui lâchent des com'. Le RING est bien ce CERCLE des Verdurin, dans lequel on lit "mal" mais, après tout, on est "libre", on fait ce qu'on veut - quitte, même, à citer Philippe Muray! (rendez-vous compte). Que de jupes retroussées, de minois et de poudre dans ce texte! Oh vraiment, j'adore De Mèèèstre.

Vous ne pouvez, décidément, échapper au kitch - et ce, en dépit de vos lectures. J'ajoute : texte symptomatique du combat d'arrière garde bien plus que de "l'antimoderne".

55. 16/03/2012 18:39 - Jesse Darvas

Jesse Darvas@ Pierre Cormary: je relis en ce moment, pour le plus grand bonheur de ma fille, Les Misérables. Livre dont vous avez quelque part écrit sur votre blog qu'il était le meilleur roman de la littérature française (j'ai la faiblesse de croire que ce n'était pas du second degré). Un roman que devrait détester tout adversaire du "camp du Bien", tant il regorge de bons sentiments larmoyants, et tant il exige de son lecteur de s'en tenir au plus strict premier degré - sauf à le tourner en objet de dérision. Roman capable de me faire à nouveau pleurer, avec ma fille, et plus d'une fois.
"Littérature de vicaire", que ce texte qui alterne les trop parfaits Mgr Myriel et Monsieur Madeleine? Roman qui ne nous fait entrer dans l'esprit d'un homme que pour y contempler une "tempête sous un crâne" qui n'a rien de freudien et tout du bête dilemme moral digne d'un cours d'instruction civique?
Et pourtant...
Ce n'est pas si simple.
On peut être plein de bons sentiments sans s'appeler Guillaume Musso.
Et l'on peut aimer Houellebecq sans se lasser de lire et relire les Misérables, la Légende des Siècles et la Fin de Satan.

Bien à vous.
JD.

56. 20/03/2012 10:44 - Pierre Cormary

Pierre CormaryCher Jesse, ma découverte des Misérables à douze ans ont été une révélation. Je l'avais lu deux fois à l'époque. Il faisait partie avec Le comte de Monte Cristo de Dumas et Voyage au centre de la terre de Jules Verne, de ma première trinité littéraire. L'ai-je renié aujourd'hui parce que j'ai lu Muray et Houellebecq ? Certainement pas et si je l'avais fait je serais un bien triste sire. L'Empire du Bien, c'est une idéologie à laquelle certainement Hugo appartient. Triomphe du bon sentiment, des larmes, d'une certaine gauche morale. Sauf que Hugo est grand. Que Jean Valjean est immortel. Que la mort de Gavroche est inoubliable. Et que si l'antisémitisme d'un Céline ne nous empêche de lire ce dernier, l'humanisme bon marché d'un Hugo dont on peut si facilement se moquer ne nous empêchera jamais de célébrer Les Misérables, Notre Dame de Paris ou L'homme qui rit. C'est qu'Hugo crée du mythe à chaque page, du sublime à chaque ligne, et que sur le plan du récit, il surpasse tout le monde. Donc, comme vous dites, "ce n'est pas si simple", ou comme dirait Emmanuel Carrère, "c'est plus compliqué que ça". Toutes proportions gardées, c'est comme avec la musique pop. Ce n'est pas parce que le texte d' "All you need is love" des Beatles est particulièrement niais que la chanson n'est pas splendide.
Merci en tous cas de cette précision que vous m'avez incité à faire.

57. 16/05/2012 00:40 - philou

philouOn dit pas : "mis en abyme" ?

58. 30/03/2013 15:52 - roobachov

roobachovréactionnaire , au sein de l éduquenaze , je subis 1 placardisation sournoise depuis la parution de mon blog consacré au service militaire: http://soldatducontingent8308.wordpress.com/

Ring 2012
Pierre Cormary par Pierre Cormary

Littérateur et éditorialiste. Ring Wall of Fame.

Dernière réaction

Je m'estime assez bien cerné par ce billet.

Partagas26/01/2012 11:24 Partagas
Tout sur
Articles les plus lus
  • Les excuses publiques de Causeur à David SerraLes excuses publiques de Causeur à David Serra

    Publié sur Causeur.fr le 11 décembre 2013, un an après le conflit entre l'auteur de Satellite Sisters et l'éditeur. Les éditions Ring annoncent à leur tour la fin du contentieux avec Maurice...

  • Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?Vous n'en avez pas marre du "Petit Grégory"© ?

      On en a tous assez de prendre connaissance dans les médias déchaînés des énièmes rebondissements de l'affaire... qui semble ne jamais vouloir se terminer. De loin, du Zimbabwe par exemple,...

  • Droit de réponse aux désinformations de Maurice DantecDroit de réponse aux désinformations de Maurice Dantec

    [ Addenda du 11 décembre 2013 :Les excuses publiques du Magazine Causeur à David Serra : http://www.causeur.fr/nos-excuses-a-david-serra-et-aux-editions-ring,25362David Serra et les éditions Ring...

  • Réflexions sur la tuerie antijuive de ToulouseRéflexions sur la tuerie antijuive de Toulouse

    (propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot) pour Le Point, 22 mars 2012, pp. 54-57 ; texte publié avec quelques coupes sous le titre : « Israël joue le rôle du diable ». Cet entretien a...

  • A l’école de l’antimodernitéA l’école de l’antimodernité

    Puisque nous sommes en début d’année, puisque cette année sera politique ô combien, puisque, on me permettra cette très vaniteuse remarque, ma troisième saison au Ring commence aujourd’hui,...

  • Le superbe top 50 des FrançaisLe superbe top 50 des Français

    Puisqu'on vous dit que vous les aimez. "TOP 50 : contre la crise, rire, métissage et proximité", voilà comment on nous présente le "sondage-événement" du JDD,...

  • Rachida Dati creuse son FillonRachida Dati creuse son Fillon

    Que le Premier ministre me pardonne ce jeu de mots sur son nom pour le titre de ce billet mais il est vrai qu'il convient de ramener à sa juste mesure la guerre que depuis quelque temps Rachida Dati...

  • Sécurité routière : l'arnaque extra-largeSécurité routière : l'arnaque extra-large

    Puisque dans ce domaine, la répression règne sans partage sur la prévention, sans que ça n'indigne personne, pas même Stéphane Hessel. Rééquilibrons les choses en faisant un peu de...

  • Poudlard for everPoudlard for ever

     A Raphaël Juldé, dernier arrivé à Poudlard mais premier reçu aux buses et aux aspics (maison Poufsouffle), et qui, d’après le professeur Trelawney rencontrera plus tôt qu’il ne le croit...

  • Rokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumainRokhaya Diallo, l’antiracisme à visage inhumain

    « Non seulement les races n’existent pas, mais en plus, elles sont toutes égales » (proverbe de Jalons)Je viens de finir Racisme : mode d’emploi de Rokhaya Diallo, et je sais désormais que je...

  • Séduction du conspirationnisme : Umberto EcoSéduction du conspirationnisme : Umberto Eco

    Entretien avec Pierre-André Taguieff (propos recueillis par Paul-François Paoli)Philosophe, politologue en historien des idées, Pierre-André Taguieff, qui prépare un nouveau livre sur les...

  • Faces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rockFaces Of Jesus : les figures et la parole du Christ dans le rock

    Foi profonde, révélation, référence culturelle inévitable, sujet de plaisanterie, de provocation, démarche commerciale, la figure, ou plutôt Les figures du Christ sont une source...

  • In Xto Rege : à la recherche du Jésus historiqueIn Xto Rege : à la recherche du Jésus historique

    Le premier thema Ring 2011 se déploiera sur neuf textes articulés autour des questions centrales posées par la matérialité de Jésus de Nazareth, la Passion, les reliques, leurs valeurs...

  • Le suaire de Manoppello révèle le visage du ChristLe suaire de Manoppello révèle le visage du Christ

    On connaît le linceul de Turin, ce grand morceau de lin sur lequel l’image du corps entier du Christ mort est incrustée. On connaît l’histoire de la photographie de 1898 révélant que...

  • Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?Y a-t-il un futur euthanasié par ici ?

    Le texte qui prévoyait de légaliser l'euthanasie, examiné mardi au sénat, a été supprimé par deux amendements. S'il y avait bien quelque chose à supprimer, c'était ce texte, n’importe...

  • Céline rattrapé par la mémoireCéline rattrapé par la mémoire

    Sors d'ici, Louis-Ferdinand ! La République a choisi : l'ignoble sera au dessus du grand, pour l'éternité. Il ne faut pas célébrer le génie, parce qu'il est parfois antisémite. Oui, Céline...

  • Chemins de traversChemins de travers

    « Voici un étrange monstre », aurait (re)dit Corneille. La pièce que nous donne à lire Ariane Chemin dans son article sur le souper Houellebecq-Sarkozy du 14 novembre, pour être somme toute...

  • "Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe.""Bertrand Cantat ne pouvait plus écrire la moindre strophe."

    Biographe de Bashung, chroniqueur historique des Inrockuptibles, l'écrivain Marc Besse est aussi l'un des rares spécialistes de Noir Désir. Proche du groupe, cet écorché vif ne pouvait rester...

  • Cantona : quand wall street veut casser la banqueCantona : quand wall street veut casser la banque

    Cantona, qui envisage désormais la lucarne de l'Elysée, avait créé la polémique en 2011 avec sa première tentative de "révolution". Retour, avec Laurent Obertone, sur le premier coup de poker...

  • Quelques traces de rouge à lèvres…Quelques traces de rouge à lèvres…

    Et si Alain Bashung avait trouvé dans l’art de la reprise, un sens pour sa propre musique ? Voilà la relecture de l’œuvre que propose « Osez Bashung », un double album compilatoire qui met...

  • Teresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent GallaireTeresa Cremisi nous répond sur l'affaire Florent Gallaire

    Ancien bras droit d'Antoine Gallimard, Teresa Cremisi est depuis 2005 PDG de Flammarion. Éditrice de Michel Houellebecq, la numéro 2 du groupe Corriere Della Sera répond aux questions soulevées...

  • Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"Les banlieues hallucinées de la "sociologie critique"

    Précisions : sur qui s’appuyer pour faire la révolution ?Comme dernier avatar après bien d’autres (on le verra plus bas), le bas clergé académique, tendance « sociologie critique », nous...

Offrez-vous La France orange mécanique