SURLERING.COM - LES PAGES ROUGES - par Kamel Benmarouf - le 11/04/2011 - 14 réactions -
À l’instar de Robert Brasillach, Marine Le Pen est partout. Radiodiffusion, télévision, élection, indignation, diabolisation, immigration, islamisation, occupation, corruption, spéculation, mondialisation, financiarisation, délocalisation, précarisation, elle est partout, elle plaît, tout va sauter ?
Une allocution de Marine Le Pen (Front national - 03/01/2011) :
Son père a affirmé, en son temps, dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Marine Le Pen, en adoptant une communication plus lisse et en se dispensant d’un humour trop singulier, entend faire de sa candidature présidentielle celle de la vérité et du bon sens, au-delà du clivage mensonger et infantilisant de l’« UMPS ». Ses propos font mouche, tant le petit peuple, pour ne pas dire le prolétariat, croit constater que les deux partis dominants mènent au fond la même politique, principalement dans ses aspects économiques et sociaux. Ceux de « la France d’en bas » le déplorent tous les mois sur la feuille de paye et tous les jours dans l’assiette.
La quasi-totalité des responsables politiques hors Front National accusent alors Marine Le Pen de démagogie. Du côté droit, la situation est claire : Marine Le Pen a reçu en héritage de son père le titre de championne de la démagogie d’extrême droite. Du côté gauche, la situation est un peu plus délicate : deux compétiteurs se disputent le titre, Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon. Ils ont en commun le désir de la révolution, de la révolution encore, de la révolution toujours, mais ils affirment ne pas en avoir la même définition. En ont-ils vraiment une sérieuse ? Rien n’est moins sûr ? Le choc des Titans de l’ultra-gauche (Regards - 02/04/2011) :
Sur quoi sont-ils d’accord, outre la nécessité seule d’une révolution ? Spéculation, mondialisation, financiarisation, délocalisation, précarisation : autant de points d’accord qu’ils partagent avec Marine Le Pen. Mais que l’on se rassure : Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon ne sont pas de sales « fachos », tout juste ont-ils quelques aspects « bolchos ». Staline ne vaut-il pas mieux que Hitler ? Question récurrente : les extrêmes droite et gauche se valent-elles ou seule l’extrême droite est-elle digne de diabolisation ? Ah oui, l’extrême droite est raciste, xénophobe, fasciste, nazie, antisémite, islamophobe, nationaliste, homophobe, abjecte, immonde (comme la bête), vicieuse, méchante, vilaine, moche, caca, etc. Mais l’ultra-gauche, elle, est gentille tout plein, évidemment anticapitaliste, naturellement humaniste, viscéralement antiraciste, fièrement multiculturaliste, rageusement antipatriotique : elle vomit sur les frontières, chante la citoyenneté mondiale et loue le « sans papier » comme le messie (malgré lui) de la salutaire mise à mort de la méchante Nation. La Nation, c’est la Guerre ! C’est l’ennemie éternelle de l’Amour entre tous les homme-femme-s, sans oublier les enfants, les animaux, les plantes, la Planète… Alleluia !
Olivier Besancenot et Jean-Luc Mélenchon ont entretenu une concurrence médiatique acharnée : le premier est allé à confesse chez Père Drucker sur son divan rouge, le second a décidé d’aboyer sur les journalistes, ontologiquement complaisants envers la Classe dominante. Mais Jean-Luc Mélenchon, dans sa spirale médiatique ascensionnelle, a osé accomplir ce qui a toujours effrayé Olivier Besancenot et tant d’autres : à l’exemple de Bernard Tapie, il a décidé d’affronter le diable en personne, aujourd’hui incarné en Marine Le Pen (jadis en son père), sur le ring de BFM TV à la Saint-Valentin 2011. L’Armageddon des « démagogues » (BFM TV - 14/02/2011) :
Alors, les extrêmes sont-ils fondamentalement semblables ? Le dessinateur Jean Plantu a avancé un début de réponse sous forme d’un dessin intitulé « L’ascension des néo-populismes », paru le 19/01/2011 dans l’Express. Jean-Luc Mélenchon s’est senti blessé d’avoir pu être identifié à Marine Le Pen, expliquant notamment que « ce dessin amalgame deux programmes et traditions politiques diamétralement opposés ». Caricature de Jean Plantu (l’Express -19/01/2011) :
Éric Zemmour commente cette altercation en duo avec Nicolas Domenach le 22/01/2011 sur I-Télé. Comme à son habitude, il livre alors une analyse éclairante.
Mélenchon vs Plantu vu par Éric Zemmour (I-Télé - 22/01/2011) :
Éric Zemmour met très vite dans le mille : « […] ce qui est intéressant, c’est que Marine Le Pen a troublé le jeu […] parce qu’elle vient sur un terrain […] républicain. En fait, elle dit exactement la même chose que Mélenchon sur tous les problèmes économiques et sociaux. […] Et, dans ce débat-là, Mélenchon et Marine Le Pen sont en vérité dans le même camp. Ils ne le savent pas, enfin, plutôt ils ne veulent pas le savoir, surtout Mélenchon, parce qu’il prend ça comme une insulte. ». Ici, le raisonnement d’Éric Zemmour est implicite mais clair :
1. Marine Le Pen « dit exactement la même chose que Mélenchon sur tous les problèmes économiques et sociaux ».
2. Jean Plantu s’est appuyé sur cette communauté de discours pour identifier Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.
3. Jean-Luc Mélenchon refuse par principe la moindre identification à Marine Le Pen, puisque, rappelons-le, elle est l’incarnation actuelle du diable.
Si attaque d’Éric Zemmour il y a, elle vise donc Jean Plantu, non dans sa singularité d’artiste mais dans son appartenance à une « intelligentsia bien-pensante » : « […] je trouve que c’est infâmant et pour Mélenchon et pour Marine Le Pen. Le nazisme, ce n’est pas ça […]. Ces gens-là, comme Plantu, ne savent pas ce qu’est le nazisme, mais ça fait trente ans que ça dure, […] le vrai débat, aujourd’hui, ce n’est plus pour ou contre Hitler, c’est pour ou contre la mondialisation ». Encore un raisonnement implicite mais clair d’Éric Zemmour :
1. L’accusation en nazisme contre Marine Le Pen est infondée et péremptoire, 2. Cet anathème vise à interdire toute remise en cause de la mondialisation, 3. Jean-Luc Mélenchon contrarie cette interdiction tout comme Marine Le Pen, 4. « Même motif, même punition », Jean-Luc Mélenchon est accusé tout aussi péremptoirement de nazisme, d’autant plus grave qu’il est insidieux et inconscient : « Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ».
De la passe d’armes entre Plantu et Mélenchon, Éric Zemmour tire une seule véritable leçon : l’« intelligentsia bien-pensante » est prête à diaboliser par tous les moyens quiconque met sérieusement en cause le caractère sacré de la mondialisation. Et Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, en fournit une éclatante illustration dans son « édito vidéo » du 20/01/2011, sur le site électronique de l’Express.
Mélenchon vs Plantu vu par Christophe Barbier (l’Express - 20/01/2011) :
Christophe Barbier justifie le « rapprochement » opéré par Jean Plantu en expliquant que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon font tous deux « leur beurre politique » d’un même « néopopulisme ». Il explicite ce qui fait problème à ses yeux : « oui ce dessin est un problème, c’est un problème pour Jean-Luc Mélenchon, parce que c’est bien de cela qu’il est accusé : c’est de développer un populisme de gauche qui serait, non pas le clone, non pas le symétrique du populisme d’extrême droite, mais qui serait appuyé sur les mêmes ressorts ».
C’est donc le seul Jean-Luc Mélenchon qui pose problème. Implicitement, Marine Le Pen ne pose donc aucun problème : en effet, tout aussi implicitement, il est évident qu’elle est l’actuelle incarnation du diable. Cela ne mérite même pas que Christophe Barbier s’y attarde, tant cette conviction doit rester indiscutable : l’expliciter c’est en autoriser la discussion donc le déni.
Revenons à Jean-Luc Mélenchon. Il l’a échappé belle : Christophe Barbier refuse de brandir l’anathème contre lui pour le moment. Mais Jean-Luc Mélenchon est sommé de se justifier pour échapper définitivement à l’excommunication : « On attend, après sa réaction violente, une vraie argumentation de la part de Jean-Luc Mélenchon. ». Ce n’est qu’un sursis avant la guillotine. Mais quel est donc le chef d’accusation ? « Jean-Luc Mélenchon en fait son beurre politique, Marine Le Pen en fait son beurre politique. Ce n’est évidemment pas la même chose, mais est-ce que ce n’est pas le même phénomène ? ». Douce réminiscence khâgneuse de la philosophie kantienne, la « chose en soi » face à sa « représentation phénoménale »…
Invoquons donc Kant pour la circonstance. Le « néopopulisme » est-il simplement une « représentation phénoménale » commune à deux idéologies « en soi » distinctes, celle de Marine Le Pen et celle de Jean-Luc Mélenchon ? Il suffit de lire la définition qu’en donne Christophe Barbier : « la contestation du mode de production capitaliste, la contestation d’un certain vivre-ensemble démocratique, la contestation des solutions de gouvernement […] raisonnables […] ».
Reprenons : 1. Le « néopopulisme » est une attitude, non une idéologie. 2. Il consiste en « la contestation du mode de production capitaliste », 3. En conséquence, il constitue également une remise en cause déraisonnable de la démocratie.
Le « néopopulisme » est trop déraisonnable pour se hisser au rang d’idéologie, et son caractère déraisonnable est confirmé par la suite de ladite définition du « néopopulisme » : « c’est en vogue, c’est en fièvre, c’est en montée dans l’Europe ». La « vogue », c’est la mode, transitoire et contingente, par opposition au caractère durable et nécessaire de la raison. La « fièvre », c’est une altération involontaire de la raison, de la santé mentale. Bref, le « néopopulisme » est une maladie mentale temporaire actuellement « en montée dans l’Europe » : la référence aux années trente est implicite mais claire. Toujours les mêmes recettes…
On pourra me reprocher un caviardage : j’ai évoqué « la contestation des solutions de gouvernement […] raisonnables […] ». Levons le caviardage : « la contestation des solutions de gouvernement pratiquées depuis des décennies dans nos pays, des solutions raisonnables, sociales-démocrates ou libérales ». Quel aveu !
C’est sur cette certitude que se fonde toute l’argumentation de Christophe Barbier : c’est en réalité la thèse centrale de son intervention. Reformulons : les « solutions de gouvernement pratiquées depuis des décennies dans nos pays » sont les bonnes, qu’elles soient « sociales-démocrates ou libérales », i.e. de centre gauche ou de centre droit. Bref, vive le centre !
Le propos de Christophe Barbier est très représentatif de la phraséologie centriste, qu’elle se pare d’atours sociaux ou libéraux : le centre a nécessairement raison car il est ontologiquement raisonnable. Le centre se tient à égale distance de chacune des plus grandes maladies de la pensée politique, les extrêmes, de droite comme de gauche.
Centre élargi (à droite et à gauche), « intelligentsia bien-pensante », Classe dominante : où est la différence ? Il s’agit à chaque fois des forces armées de la mondialisation capitaliste. Éric Zemmour affirme que « le vrai débat, aujourd’hui, ce n’est plus pour ou contre Hitler, c’est pour ou contre la mondialisation ». Mais Christophe Barbier dénie que l’on puisse débattre de la « mondialisation » en pourfendant « la contestation des solutions de gouvernement pratiquées depuis des décennies dans nos pays, des solutions raisonnables, sociales-démocrates ou libérales ». Éric Zemmour est en deçà de la vérité : au-delà du « pour ou contre la mondialisation », c’est en fait « pour ou contre l’esprit critique ». Dépassons ces ratiocinations oiseuses sur les extrêmes droite et gauche. Si, à l’image de Florent Pagny, nous ne voulons pas abdiquer notre liberté de penser, alors il est temps de déclarer, en pastichant légèrement Gambetta : l’extrême centre, voilà l’ennemi !
Post-scriptum
Je ne résiste pas au plaisir de livrer quelques propos d’Éric Zemmour issus de la séquence télévisée précitée : « Et je dirai, la dernière chose, c’est que la faiblesse de Mélenchon, […] c’est que à gauche, même quand on fait une critique acérée et intelligente de la mondialisation comme le fait Mélenchon, on ne veut pas voir qu’il y a un pendant de cette mondialisation qui s’appelle immigration et qui pose des questions autour de l’Islam, de la laïcité, etc. Cette cécité, cet aveuglement volontaire, […] les prive, les coupe, de l’électorat populaire qui, lui, veut qu’on parle de ça. ».
Post-post-scriptum
Kamel Benmarouf
Toutes les réactions (14)
1. 11/04/2011 21:35 - Corsica
La dernière vidéo me laisse rêveur...
2. 11/04/2011 22:38 - HP
Ah !, c'est pour cela qu'on parle tout le temps de richesse dans la diversité de l'immigration, j'avais pas compris. Faut dire que je suis un peu lent.
3. 12/04/2011 03:30 - Makhno.
Très bon texte, merci.
4. 12/04/2011 03:42 - Robespierre Junior
Et l'auteur de ce verbiage se prétend "robespierriste"... C'est à en perdre la tête !
5. 12/04/2011 11:34 - René de Sévérac
Je rejoindrais Robespierre Jr.
Je n'ai pas compris le message de Kamel.
6. 12/04/2011 17:02 - Robespierre Junior
J'abonde dans le sens de René de Sévérac et je veux répondre à son interrogation.
Kamal Benmarouf n'a visiblement aucun message à délivrer. Il ne fait que constater, sans tirer aucune "leçon". Il n'écrit pas en penseur mais en notaire.
Mais quelle est donc la morale de l'histoire contée laborieusement par Kamal Benmarouf ?
7. 12/04/2011 20:22 - Alciator
Un peu pauvre comme texte, pour Ring. Bon dieu Kamel, lâchez-vous! Faites-vous du bien en plongeant votre plume dans l'adrénaline de votre sang! Et au passage, vous ferez des lecteurs ravis.
8. 13/04/2011 11:04 - Alciator
Ceci dit, le raisonnement de l'auteur est fort juste. On comprend tout à fait qu'il ne soit plus fonctionnaire: poser les termes d'une équation, et en trouver le bon résultat, ce n'est pas digne d'un fonctionnaire. Un bon rédacteur doit procéder à l'inverse: demander le résultat à la hiérarchie, et ensuite poser les termes de l'équation qui conviennent.
9. 13/04/2011 15:18 - j.
Moi s'il y en a un que je sauve dans l'histoire, c'est Plantu. Il a le courage, au moins, de renvoyer à la gueule de Mélanchon le fait de se revendiquer innocemment d'une idéologie aux 100 millions de victimes, et que ce n'est rien d'autre qu'une vile ordure.
La déférence de Zemmour pour Mélanchon "intelligent et acéré" est plus que gênante. Elle montre que chez lui les lubies antimondialisation sont plus fortes que tout, alors que la priorité d'un honnête homme comme Zemmour est censé l'être devrait être de faire une guerre impitoyable au communisme de tout bord, de lui faire le procès de Nuremberg qu'il n'a pas eu, inlassablement, jusqu'à le voir disparaître à jamais de ce pays. Et pas de conter fleurette à Mélanchon.
10. 14/04/2011 13:22 - Greg môk
A mon avis, Kamel montre comment "la dictature sociale-démocrate-libérale" diabolise les extrèmes gauche et droite de par sa posture extrème vis-à-vis de ces partis.
Il en déduit finalement que l'ennemi se situe dans l'ensemble quasi homogène PS et UMP.
11. 15/04/2011 02:54 - Kamal Benmarouf
Je ne saurais mieux résumer. Vifs remerciements.
D'aucuns me reprochent de me limiter au constat, de refuser de désigner le "bon" camp.
Y en a-t-il vraiment un ?
12. 15/04/2011 14:31 - Greg môk
Non, malheureusement, je ne crois pas, et je ne crois pas non plus qu'il y en ai un moins mauvais.
13. 04/08/2011 02:46 - yOoN
BON !
Et bien me voilà fixé. Très bon post-scriptum. Donc Ring, extrême droite intelligente et fourbe (très bien l'idée du blase arabe pour tromper le premier venu).
C'est marrant cette obsession de l'immigration. Moi il n'y a rien qui me fait plus bander qu'une asiatique une africaine ou une métisse. C'est même ce qu'il y a de plus sain génétiquement, le brassage.
14. 28/08/2011 11:33 - Kamal Benmarouf
Cher yOoN,
Au risque de vous décevoir, je suis un "Arabe de souche" et donc, pour les FDS que je pastiche ainsi, je ne serai jamais qu'un "Français de papier".
Je n'entends nullement me soumettre à un test ADN pour autant.
En outre, je ne suis pas d'extrême droite : je suis un jacobin de la pire espèce, un robespierriste pour être précis (n'en déplaise au vilain petit canard qui signe ici "Robespierre Junior").
Sauf erreur de ma part, un haut responsable du PCF, André Gérin, tient sensiblement les mêmes analyses.
C'est marrant, cette manie de voir des fachos partout...
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