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FRANCE ]

Enquête exclusive sur les casseurs de la gare du nord

SNCF : Cassée ! Enquête-Fiction exclusive sur les événements de la gare du nord

Par F-X Ajavon et la rédaction du Ring

Afin de faire la lumière sur les récents événements de la gare du nord, le Ring a mis en oeuvre toute sa puissance d'investigation, tout son maillage de correspondants de presse, d'indicateurs policiers, de sous-marins ministériels... et même le rédacteur en chef a mouillé sa chemise. Le Ring a recueilli les témoignages de la plupart des acteurs de cette émeute. Afin de ne pas dénaturer l'« authenticité » de ces témoignages directs, nous vous les livrons « bruts », sans aucun commentaire. Evidemment tous les prénoms ont été « européanisés », afin de ne pas placer le Ring sous le coup des lois contre la discrimination.
Ce texte est une fiction, certes, mais dans ce monde, l'imagination est parfois plus garante de la vérité que la vérité elle-même.

Rencontre avec Jean. D., 41 ans, cheminot CGT en pré-retraite.

- Ring : Ces événements ultra-violents inquiètent-ils les cheminots quant à leur sécurité quotidienne au travail ?
- Jean D : Ecoutez, ces jeunes-gens espiègles et farceurs ne sont pas « violents » comme vous le dites... vous faites là le jeu du Front-National et de la lepénisation des cerveaux vendus à Coca-cola et au lobby juif international. Non... ces jeunes étaient en lutte contre la pénibilité au travail et la privatisation menaçante de la SNCF.
- Ring : Vous pensez vraiment que ces casseurs étaient motivés par la sauvegarde du service public ?
- Jean D : Je vais même aller plus loin... ce large mouvement de sympathie spontanée, émanant de toute la jeunesse de nos glorieux quartiers populaires, visait à la défense des régimes de retraite spéciaux... 
- Ring : Et le palmier de 50kg qui a été jeté par un jeune con, bête et méchant, sur un groupe de CRS ? ( Salaire d'un CRS en début de carrière : 1432 euros bruts  )
- Jean D : Une farce, c'était une bonne blague de sa part, une facétie... il faut bien laisser les jeunes-gens s'amuser. Ce n'est pas avec les équipements de loisir qui sont à leur disposition dans les quartiers défavorisés qu'ils peuvent exprimer pleinement leur créativité. Ca, évidemment, le gouvernement préfère donner aux plus riches et faire des cadeaux au patronat...
- Ring : Avez-vous été un témoin direct des incidents en fin d'après-midi ?
- Jean D : Non, j'ai vu ça à la télé, sur mon plasma. Moi je commence ma journée à 9h30 et je la termine à 14h, grâce à mes heures de décharge syndicale. Après je vais jouer au squash avec mes amis prolétaires de tous les pays, au Sporting-club, comme tout le monde...

Rencontre avec Marc F, 32 ans, fraudeur congolais professionnel

- Ring : Nous vous retrouvons à nouveau dans un train... vous avez payé votre billet cette fois-ci ?
- Marc F : Non, pourquoi ? Je ne paie jamais. Il faut payer pour un service aussi dégueulasse ? Les trains ne sont jamais à l'heure, le personnel fait la gueule, et il n'y a jamais de place assise aux heures de pointe...
- Ring : C'est votre contrôle qui a été à l'origine des émeutes de la semaine dernière ?
- Marc F : Oui, j'ai été victime de violences policières inqualifiables, et j'ai reçu un soutien spontanée et immédiat de la part des voyageurs...
- Ring : Quelles genres de violences policières avez-vous subi ?
- Marc F : Et bien, par exemple, je dormais tranquillement et une contrôleuse m'a secoué doucement l'épaule en me disant « Bonjour Monsieur, contrôle des billets ! » Alors j'ai commencé à l'insulter cette ignoble pétasse infidèle... dans ma culture et ma religion ce ne sont pas les femmes qui vont commencer à contrôler les billets...
- Ring : La presse fait état de vos multiples condamnations, de vos antécédents judiciaires athlétiques, et de votre statut de sans-papier...
- Marc F : Ecoutez... moi j'adore la France... on ne m'a jamais foutu en tôle alors que si j'avais fait la moitié de mes conneries au Congo j'aurais été pendu haut et court depuis longtemps... Non, mais la France aime sa racaille... et, attention, maintenant je me revendique comme tel. Vols avec violence, agressions diverses, escroqueries... tout est possible en France, croyez-moi, ce n'est pas le pays des droits de l'homme, c'est le pays du laxisme intégral et absolu...
- Ring : Ce laxisme vous choque ?
- Marc F : Oui, plutôt... vous savez que je suis fils d'un diplomate, et que j'habite à l'ambassade, dans le 8ème arrondissement de Paris... mon éducation ne m'avait pas prédisposé à autant de bordel... mais c'est magnifique, je me suis habitué à la France maintenant. Les fromages qui puent, les flics qui s'excusent de s'excuser de vous demander vos papiers, les juges féminines gauchistes du Syndicat de la magistrature, avec leurs poitrines maternelles et compatissantes... Sans parler des jeunes-filles blanches, toujours avides d'exotisme sub-saharien...
- Ring : La couleur de votre peau vous a t-elle posé problème en France ?
- Marc F : Certainement pas, mon ami... au contraire. Si j'étais né blanc, sur le territoire français, avec mon passif de conneries, il y a longtemps que la justice m'aurait mis à l'ombre...  bon, je vous laisse, je descends à cet arrêt.

Rencontre avec Hubert P., 17 ans, casseur musulman amateur issu des « quartiers »

- Ring : Bonjour Hubert. Vous êtes donc un casseur, qu'est-ce que cela veut dire ?
- Hubert P : Ca veut dire que je me révolte contre une société qui m'exclut de toute part, à cause des violences policières à l'embauche, de la discrimination dans les boites de nuit gay, des arrestations de sans-papiers maliens et de l'augmentation des prix à cause de l'euro, sans parler du chômage... su'l'Coran que je suis discriminé...
- Ring : C'est bien vous l'homme du « palmier » de la gare du nord ? C'est bien vous qui avez jeté une jardinière de 50Kg avec un palmier sur un groupe de CRS ?
- Hubert P : Ouais, c'est moi... su'l'Coran que c'est bien fait pour leurs sales gueules de blancs... quand j'ai vu le palmier j'ai eu un flash... j'ai repensé au pays, à mon Maroc natal, à mon père, et j'ai eu envie de libérer cet arbre opprimé de sa prison de béton...
- Ring : Sa prison de béton ? Un arbre opprimé ?
- Hubert P : Ouais, la jardinière était en béton, comme la tour dans laquelle j'habite, en banlieue nord... c'est la haine mec... su'l'Coran, on me traite comme un palmier en France...
- Ring : Pourquoi vous attaquez-vous à des équipements publics qui ne vous ont rien fait ? On a vu des casseur agresser des escaliers en métal, des cloisons en plexiglas, des piliers en matériaux composites, des panneaux publicitaires... pourquoi tant de haine contre l'architecture moderne ?
- Hubert F : Je vais vous répondre franchement : la gare du nord est un bâtiment historique somptueux... et ça me brise le coeur, su'l'Coran, qu'on l'ait dénaturé avec autant d'équipements contemporains. C'est une question de respect du patrimoine et des monuments historiques. Je prends cela très au sérieux, mon ami, vous pouvez me croire...
- Ring : C'est donc pour cela, avec vos amis de l'école d'architecture, que vous avez décidé de tout casser ?
- Hubert F : Ouais, man, en fait pas exactement, moi et mes potes on n'est pas de l'école d'architecture, on s'est fait virer de la section chaudronnerie du LEP Iouri Gagarine de Saint-Ouen, pas'k'on foutait trop le bordel...  mais on a notre avis sur la question de l'aménagement des gares... su'l'Coran...

Rencontre avec Jean R, 22 ans, CRS

- Ring : Vous avez participé aux opérations de maintien de l'ordre, à la gare du nord, la semaine dernière... que retiendrez-vous de cette opération ?
- Jean R : Huit points de suture au niveau de l'arcade sourcilière et un poignet cassé. Nous avons été pris en tenaille par des groupes de jeunes ultra-violents, issus de l'immi... euh... par des groupes de jeunes issus des quartiers « défavorisés », qui nous ont lancé des projectiles, dans le but de nous tuer...  de nous tuer tous, en masse, du genre génocide quoi...
- Ring : Avez-vous entendu des cris racistes du côté des manifestants ?
- Jean R : Nous avons entendu « Sales blancs, on va tous vous niquer ! » et des propos du même genre... ça a surtout brisé le coeur de bon nombre de mes collègues issus des territoires d'outre-mer...
- Ring : Et aujourd'hui, votre sentiment général ?
- Jean R : J'aurais plutôt dû passer le concours de facteur...

Rencontre avec Laurent B, 58 ans, professeur de sociologie dans une université de province.

- Ring : Vous êtes un témoin direct des faits ? Vous avez vu à la fois l'arrestation de Marc F., fraudeur congolais professionnel, et le début de l'émeute...
- Laurent B : En effet... les policiers ont fait preuve d'une extraordinaire violence symbolique en demandant son titre de transport à Marc F. !
- Ring : Pourquoi donc ?
- Laurent B : Mais parce que, Marc F, en tant que sans-papier...
- Ring : ...mais Marc F. nous a dit qu'il était fils de diplomate, il a des papiers...
- Laurent B : ... je reconnais bien là les méthodes fascistes habituelles du Ring... ne m'interrompez pas je vous prie. Désormais, à la télévision publique payée par nos impôts, tous les noirs sont des sans-papiers, donc notre ami de lutte, Marc F. est - de droit - un sans papier... Je reprends : en tant que sans-papier, Marc F a déjà dû subir mille brimades symboliques depuis son arrivée en France. Il doit être au chômage, relégué socialement, dans la misère mentale...  Et en plus on devrait lui demander de présenter son billet de train à un contrôleur en uniforme ? Et puis quoi encore... vous voudriez peut-être qu'il porte aussi l'étoile jaune ?
- Ring : ( silence embarrassé )... Euh quoi ?...  la yellow-star ? Le truc des shérifs du grand ouest américain ?
- Laurent B : Ne dites pas de conneries, vous suivez très bien le train... de mes pensées. Donc, j'ai assisté à une agression raciste, rien de moins...
- Ring : Que faisiez-vous là, à la gare du nord ?
- Laurent B : J'étais simple voyageur... j'habite Paris mais je donne mes cours à l'Université de Lille. Cet épisode m'a choqué... et un mouvement spontanée de voyageurs apolitiques, mais attachés aux valeurs républicaines de gauche, a commencé à se former pour réclamer justice...
- Ring : Je ne comprends pas, Laurent... moi je prends le métro tous les jours, et personne ne fraternise jamais avec moi... même parfois, je fais des sourires à des femmes, tellement j'ai confiance en l'humanité, mais elles détournent toujours le regard. Il faut que des policiers tabassent un noir pour que les gens commencent à fraterniser ?
- Laurent B : Vous êtes un immonde provocateur à la solde de la droite la plus immonde... 
- Ring : Donc, quand un black se fait tabasser par des policiers la population réagit en masse, mais quand une bande de jeunes délinquants viole une jeune-femme de type « caucasienne » ( vous notez que je ne dis pas « blanche » )... personne ne bouge... vous vous en souvenez peut-être, il y eut plusieurs faits-divers dans ce genre-là en France... ( cf. viol d'une étudiante sur le Dunkerque-Lille du 31 mai 2001 )
- Laurent B : Vous êtes un immonde provocateur à la solde de la droite la plus immonde... Cet entretien est terminé.

FXA