Vox Galliae: Bonjour David Kersan, vous êtes Fondateur du site internet RING , pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?
David Kersan: Né en Haute-Savoie, à Annemasse, l'âme puissamment irriguée par une mère dont la force et l'amour m'accompagnent depuis mes premiers pas hors de la chair des Alpes. Après des études de droit et de sciences politiques, j'ai fondé en 1999 une revue philo devenue 'Ring' en 2004. Depuis l'été 2004, j'ai l'honneur d'être l'agent de Maurice G. Dantec. Je m'occupe de ses contrats d'éditions, traductions et droits cinéma, de sa présence au sein de festivals littéraires en Europe et également de sa communication.
Je m'occupe de plusieurs autres artistes dont Ivan Rioufol, Guy Millière, Eliette Abécassis, Jean-Louis Costes que j'ai fait signer chez Fayard cette année, deux écrivains anglais et autres fameuses personnalités hors du monde littéraire. Après un passage d'un an et demi dans le monde du free-fight, j'ai passé deux années de pure-autodestruction. Ces années m'ont fait cracher les faiblesses dont je devais de me débarasser. Y compris la vermine qui a pu traverser ma vie, comme la vie de tout un chacun. 'La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil' disait René Char. Je suis en train d'écrire un livre sur le Mixed Martial Art avec Bertrand Amoussou, ancien célèbre combattant de Free-Fight, entraîneur de Jérôme Le Banner et rédacteur en chef de Fightsport, magazine sur le Pride et autres plateformes du sublime vertical. Dans un tout neuf recoin de ma vie, j'ai la joie d'avoir fait mes premiers pas dans l'univers du cinéma, en tant qu'acteur, dans un film sur la vie d'un inoubliable écrivain de l'Est, Rainer Maria Rilke. Un réalisateur vient de me proposer un rôle important dans un road-movie américain, Down Boys, une pure bande psychédélique, entre ultra-violence et romantisme aérien dont le tournage est prévu en décembre 2006 dans le désert de Mohavi, à 400 km au sud de Los Angeles, près de Palm Springs. Si cela se concrétise, je devrais y croiser Kevin Bacon. Aujourd'hui, grâce à ces joyeuses activités, je reviens de vacances prolongées au bord de mer et vis actuellement au coeur du quartier latin, à cinquante mètres de la Place de la Contrescarpe, rue mouffetard, dans le Vème arrondissement de Paris.
Pouvez-vous présenter le RING à nos lecteurs ? Quel est le but de ce site internet ?
Plateforme d'écrivains chauffés à blanc, nous sommes passés de la revue philo au magazine en ligne d'actualité, pour finalement retrouver ma volonté d'origine : offrir un nouveau bijou à la main noircie de l'athlète qui combat pour le déracinement de la fausse beauté, du faux glamour, du faux amour, de l'épouvantable piaferie des terrorisés, des manifestants, et des silences, de l'indicible silence qui règne derrière la petite porte noire que peu osent ouvrir en eux, des fausses indignations, des fausses pudeurs. Bref, offrir un carnage sur le codex du micro officiel.
Qui collabore au RING ?
Nous avons eu la chance de publier Fernando Arrabal, Maurice G. Dantec, Renaud Camus, Jean-Louis Costes, Alexandre Del Valle, Philippe Muray, Juan Asensio, Olivier Noël, Laurent James, Frédéric Blanc-Brude, Meryl Pinque, Jean-Baptiste Faivre, Eric Bénier-Burckel... Maurice Gendre est l'actuel rédacteur en chef de Ring, une culture très riche, âme authentiquement hussarde et très grand bonhomme. Le plus grand rédacteur en chef que Ring ait connu.
Depuis sa création, de quoi êtes-vous le plus fier ?
Qu'il soit lu quotidiennement par Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec. Les deux titans littéraires de notre génération. Être cité régulièrement par Lire, Le Monde, interviewé par un Hebdo, invité par une émission comme Riposte n'est pas des plus désagréables non plus. Indépendamment de la qualité de nos textes et de la réalité de notre esthétique, Ring est un symptôme, une forme de 357 Magnum posé sur chaque bureau où git le pc de nos lecteurs. Ring est l'exponentielle de ces multiples 357 Magnum. Il est aussi un éclat de rire permanent à la gueule des offensés, des indignés dont la cause de leur vie est la libération d'Aubenas ou d'Ingrid Betancourt. Il est un Multiplex parmi d'autres d'une guerre électronique, d'une guerre pour la renaissance d'une véritable beauté, qu'elle soit coincée entre deux aphorismes clés sur l'éclair divin de l'abandon ou fleur authentique du Mal. J'ai finalement plus de respect pour le Musulman ceinturé décidé à voler en éclat pour son idole que pour le Bourgeois-Bohème poseur de chez Castel.
Comment s'est produit votre rencontre avec Maurice Dantec ? Comme avez-vous été amené à devenir son représentant en France ?
Je l'ai contacté en 2004 pour qu'il participe au lancement d'une nouvelle formule. Persuadé d'une réponse positive, j'annonçais de manière assez provocatrice son arrivée dans nos colonnes. 24 heures plus tard, je recevais un missile d'outre-atlantique signé Maurice Dantec. Suivait un échange e-mail de magnitude 7 entre nous durant quelques jours, un échange inoubliable qui a malheureusement disparu de mon outlook suite à un crash informatique... Une semaine plus tard, il me lâchaît son téléphone avec une recommandation : code rouge. Coup de fil de 4 heures le premier soir et une succession de conversations passionnantes ponctuée par une rencontre et une proposition de devenir son agent. Il avait reçu plusieurs offres d'agents littéraires parisiens, toutes rejetées par lui. Entre nous, une évidence implacable qui allait se décliner sur une amitié teintée de respect, de combats communs et de fraternité.
Peut-on espérer revoir Maurice Dantec sur le sol français ?
Il sera là en août 2006 pour la rentrée littéraire. Une campagne européenne, de Dublin à Munich puis il atterira à Paris pour répondre d'American Black Box et de son tout nouveau roman.
Quels sont vos projets à venir concernant le RING ?
Nous travaillons sur Ring Créatures, un livre collectif sur 10 créatures du 21ème siècle. Nous annoncerons sa maison d'édition fin juin sur Ring.
Vous aviez émis l'idée de créer une association des lecteurs de Dantec appelée Blackboxers ? Où en est ce projet ?
Malheureusement, je n'ai pas trouvé le temps de m'en occuper complètement. Ma priorité, le site officiel de Maurice Dantec va être remis à jour dans les jours prochains. Nouvelle esthétique, nouveau contenu décidé par Dantec lui-même.
Vous avez vécu à Marseille pendant presque un an, qu'est ce qui vous a attiré là-bas ?
Ville organique, virginale, éthérée, animale, ville de Daumier, Suarès, Honoré d'Urfé, Edmond Rostand, Nabe, Saint-Pol-Roux et Artaud (et de Laurent James), matière étrangement neuve et fascinante. Et puis j'ai eu la chance de vivre dans un coin d'exception il faut bien avouer, la Corniche-Kennedy, un vrai palace à 100 mètres de la mer, face à l'élément. La mer à trois cent degrés dans un séjour de soixante m², c'est de la soie sur la nuque. Une sorte de paradis que je croyais disparu, assèché par la grisaille parisienne et ses refuges qui ressemblent plus à des clones attitudes qu'autre chose. Une ville évidemment hors de France, infiniment plus apaisée que la capitale, infiniment plus brut, vaporeuse, plus immatérielle. Et puis j'ai réalisé un rêve de gosse, une V-Rod, la dernière née de chez Harley Davidson. Puissance, glamour, enfant terrible de deux mètres quarante de chrome étincelant pour trois cent kilos d'âme. Sans doute la plus belle machine jamais créée par l'Amérique. Elle étouffait à Paris, encore pire que moi. Mais j'ai redécouvert Paris au fur et à mesure de cet éloignement. Un quartier surtout. Qui s'est révélé comme une vraie soif d'y vivre. Mais nous finirons tous, parisiens de naissance ou d'adoption, par nous poser l'inoxydable interrogation : tendu par la joie pure, comment ai-je pu assassiner ma propre volupté ?
Propos recueillis par Alex Corvus.
David Kersan Kersan David
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